‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 39 sur 122 · u mon ducouilc de CaïUereafli djle du muia d'août · texte numérisé non relu

u mon ducouilc de CaïUereafli djle du muia d'août

228 CONGR&S DE VÉRONE.

thieu de Montmorency, dont Tâme chevaleresque devait être plus impressionnée que toute autre par ce rapprochement entre l'Espagne royaliste et la Vendée. Il proposa au gouvernement d'envoyer secrètement aux insurgés espagnols des armes et de l'argent ' . Les autres membres du conseil furent unanimes à repousser cette proposition. Ils firent observer qu'une pareille politique serait déloyale et resterait inefficace. Comment entretenir un ambassadeur à Madrid auprès d'un gouvernement contre lequel on soudoierait la guerre civile? Cela ne serait point digne de la France, qui ne pouvait avoir que des sympathies ouvertes et publiques et des antipathies déclarées. En outre, c'était une idée chimérique que d'espérer résoudre le problème de la question d'Espagne par les seules forces des insurgés. On les aiderait à entretenir la guerre civile sur nos frontières; tout continuerait donc et rien ne finirait. Le conseil se rallia tout entier à cet aris, fortement soutenu par ABI. de Corbière et de Villèle, et ce dernier, au sortir de la séance, fit expédier aux douaniers de notre frontière franco-espagnole les ordres les plus précis pour qu'ils ne laissassent sortir ni armes ni munitions de guerre. Peu de temps après, on en saisit un petit convoi, et grande fut la surprise de MM. de Villèle et de Corbière lorsque, remontant de proche en proche, ils rencontrèrent des indices qui les laissèrent convaincus que cet envoi avait été fait, sinon par l'ordre, au moins au su de M. Franchet, directeur de la police générale, et ayec le consentement de M. Mathieu de Montmorency, ministre des affaires étrangères. Ils s'en expUquèrent très-catégoriquement avec ce dernier et ils insistèrent sur l'obéissance due aux décisions prises au conseil. En même temps, M. de Villèle, comme ministre des finances, et le duc

I. M. (le Villèle ralïïrme dans ses A'o/e* politiques inédites : « Le vicomte Mathieu de Monlmorency, dit-il, nous avait fait la proposition formelle de faire passer aux insurgés espagnols des armes et de l'argent. »

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de Belluue comme ministre de la guerre, expédièrent de nouveaux ordres, le premier à la ligne de douane, le second à l'armée d'observation, pour que la suneillance la plus active fût exercée.

Cette circonstance qui fut connue du Roi ne contribua point à le rendre plus favorable au vicomte Mathieu de Montmorency, contre lequel, on avait pu s'en convaincre à l'époque de la formation du ministère, il nourrissait déjà des préventions. Cependant l'état de la santé de Louis XVIII ne lui permettait pas de se rendre au congrès comme les autres souversdns : il fallait donc qu'il s'y fît représenter, et le ministre des affaires étrangères de France se trouvait si naturellement indiqué pour cette mission, qu'une exclusion eût été une offense. Cependant M. de Villèle rapporte que des ouvertures détournées lui furent faites à lui-même, de la part de Louis XVIII, et qu'il dut travailler à dissuader le Roi de son dessein *.

Le 26 avril, il fut décidé dans le conseil des ministres, tenu chez le duc de Bellune, que l'on proposerait M. Mathieu de Montmorency au Roi pour aller le représenter à Vienne où les souverains devaient poser les préliminaires du Congrès. Il s'agissait ensuite de lui choisir des coopérateurs pour l'accompagner à Vérone, et assister au libellé et à la conclusion des affaires préparées à Vienne. M. de Chateaubriand désirait passionnément quitter momentanément son ambassade de Londres pour aller à Vérone. Dès le 4 juin précédent, il avait écrit à M. de Villèle pour poser sa candidature dans les termes

1. « Je fis sentir, ajou(e-t-il avec une honorable modestie, que Jo n'avais ni la position sociale ni mOme la position politique nécessaire pour jouer c« rOle ; que mes facultés et mes connaissances m'y rendaient impropre ; que, déplacé où Ton m'enverrait, je manquerais à l'intérieur où j'étais utile pendant l'agitation que la réunion des souverains allait jeter dans les esprits. Ma conviclion était si forte, que je n'accepterais pas cette mission si le Roi me l'offrait. J'ajoutai qu'il était urgent que le Roi ne laissât pas voir qu'il avait eu cette pensée, car M. de Montmorency se retirerait. • {Documents inédiis,)

cokguès de vÉnowE.

les plus nets, et U était maaîsfeste que, si sa demande était écartée, il ne resterait pas longtemps en bonne intelligence avec le ministère :

d Je crois, mi<n cher smi, lui disait-il, par di!S considérations hautes, que si vous voulez , un jour , vous servir de moi , il faut que vous me placiez sur un grand ttiéàtre , afin qu'ayant négocie avec les rois , U nerestf plus aucune olijûction ni aucun rival a. tn'oppoaer.

Depuis, ses lettres s'étaient succédé de plus en plus prêtsantés. Il avait fait une démarche formelle auprès du minist des affaires étrangères, en însistaut pour être fortement puyé ', Il donnait mCme des indications sur la manière dont fallait former la légation française h. Vérone : o La perfecliflO serait d'y envoyer M. de Blacas pour le Roi, M. de Chateaubriand pour la droite et M. de Rayncvai pour le centre. » D écartait, dans une autre lettre du mois de juillet, comme fâcheuse, l'idée d'envoyer le vicomte Mathieu de Montmorency à Vérone, il indiquait à M, de Villèle la compensation qu'an pouvait offrir à l'ambassadeur de France à Londres, si le ministre des affaires étrangères refusait de l'emmener avec lui au congrès '. M. de Chateaubriand, comme il le disait si bien, voyait dans le congrès de Vérone un théâtre, et sa puissante imagination de poète s' exagérant le bruit qu'il pourrait y faire, l'éclat qu'il pourrait y jeter, il demandait avec une impatience fébrile à y Être introduîL Après tout, c'est une ambition permise au talent sous le gouvernement représentatif, et il n'y

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Il juin 1822.

i| aur le congrÈB de Vfninc. Je n I, Maie ^ H. de Uonlmorencj' vi

î. n Enrore un u ralaonnable ventre m Itque — et s'il de veul pas m'j emmener avec lui, aurlei-vous une grande objevlioii h ne faire donner le porlereulllc des alTaires élrangireii pu* inlârlD. Vauf avei déjà touIu me le Taire donner (oui h, (aH. Aujouril'liul, la potlUM que i'ai prlw en Angleterre nie rend beaucoup plua mtir pour U place. ■ LondrM, âjulllcl IS2!.

{CorrripOHdimcc iiiiàile dt M. dt CI,oira«brin«d avrc Jf. de VUIiile.)

UGNE FOUnOOB ADOPTÉE 8» CONSEIL. 331

avait rien d etoQnant à ce que le plus grand écrÏTaÎD politique du siècle aspirAt aux premières places. A la fin du mois d'août, il fut décidi; eD coaseil qu'on lerait droit à la demande de M. de Chaleaubriaod, appuyée par M. de VlUèle '. Les deux autres membres delà légation française qu'on adjoignit h M. de Montmorency, furent le comte de la Ferronays, nnibassadeuide France i Saint-Péterbbourg, et M. de Caraman, ombsssaéeur à Vienne. On avait pensé à substituer à ce dernier le duc de Blacas; mais M. de Caraman, appuyé par le prince de Metlemicb qui s'arrangeait peu de la hauteui' du duc de Blacas, avsH tellement ingisté pour qu'on ne hii fit pas l'injure de rexdnre d'un congrès réuni dans une des villes de l'Empire où il âait ambassadeur, que le roi Louis XVIll ne voulut pas lui causer un chagrin qui ressemblait à un afiront.

La riiose la plus difficile n'était pas de choisir les hommes qui devaient représenter la France au congrès ; mais de leur tracer des instructions conformes aux intérêts de la France, et en même temps nettes et précises sur toutes les questions qui devaient y iître triûtées, partie ulièrcmenl sur la question d'Espagne. Voici comment M. de Villèle expose dans ses notes manuscrites les préoccupations et les résolutions du conseil:

M L'affairt: d'Orient étant terminer, ou au moina assoupia, dit-il, grlce aux soins de l'Anglelcrre et do l'Autriche, les reprcscntants du Koi ne pouvaient s'empiicher de considérer cotte réunion de soqvcitios, assez inopportune pour le rcsU et surtout pour notre situation à l'igud de l'Espagne, comme un mojen de distraire la Russie de la question d'Orient Ils devaient donc s'efforcfr de concentrer l'action du congrès sur l'Italie , insister pour obtenir l'évacuation de Naples et du PiimoDt, chercher it réconcilier le prince de Curigaiin avec le nouveau Roi qui, bien que le prince fiH son héritier, ne voulait pas le voir, depuis que celui-ci avait consenti i. se mettre à la Xdte des troupes qui

I. Dani une lettre ïUdale da 31 aoQt 1623, H. de ChalMuttriand remerde I, de VlUtlc do MU cbaJearvui foucoara.

232 CONGRÈS DE VÉnOHB,

voulaient impoRpr la constitulion à l'atK-icn Roi. Cett<^ r^conrilialîotl importait à la France parce qu'elle Éloignait toute pn^tcntion de la maison d'Autriche à cette couronne. Les représentants de la France devaient éviter avec soin, mais avec adresse, d'appeler les dêliliëratinns exclusives du congrès sur la question d'Espagne qui attirerait naturellement sou attention. Il importait à l'honneur de notre pays qu'il rvstil seul juge de la part qu'il voudrait prendre dans la discussion de cette question, et des voies et des moyens il adoptiT pour la terminer scloo ses intérêts et sa convenance. Nos représentants seraient d'ai mieux places pour conclure avec les puissances continentales' que nous désirions avoir pour contenir le mauvais vouloir de l'J terre, qii'ib n'auraient pas provoqué eux-mËmcs eus regard du parti qu'elles avaient à prendre vis-à-vis de l'Espagne.

n Le gouvernement russe devait être le plus empressé h té\ par la Torce des armes les révolutionnairesespagnols pour s'ejcusor yeux de sa nation et de son arm<^e de ne pas avoir secouru ses lipionnaires. Or il aurait fallu, pour rendre possible rcttc action do* Russie, que ses troupe» traversassent notre territoire ex* que nona pouvions permettre', sans honte, déconsidération et [léril. L'Autriche, jwur distraire la Russie de la question d'Orient , taisait bon marché Hinos répugnances. La Pnisse , satellite de la Russie, prêterait les it tout ce que celle-ci voudrait. L'Angleterre, directement contratr* l'entreprise , s'y opposerait h Torce ouverte ou la contrarierait par les moyens.

H On décida donc en conseil qu'on ne provoquerait pas VexatnCD d'une question dont les embarras retomberaient sur nous . et que nos plénipotentiaires provoqués répondraient : Nous nous chargeons ie l'Espagne. Notre cordon renforcé est aujourd'hui changé en armée d'observation. Nous avons augmenté nos forces de B0,000 hommes depuis notre entrée au ministère, elles sont suffisantes pour faire avec les auxiliaires que nous préparc la guerre civile, ce qui nous sera nécessaire pour nous garantir du danger et vous en préserver vousmêmes. Ce serait l'accroître que de vouloir nous aider matériellement de vos armées. Leur passage sur notre territoire soulèverait l'indt- ^mation de la France entière, nous ne le soulfrirons pas; mais nous accepterons l'appui moral d'un traité qui, par la promesse que t( noQs feriei de venir à notre secours si nous le réclamions, em| " rait l'Angleterre d'essayer de prendre parti , dans la Péninsule, pour' les révolutionnaires et contre nous. »

Cette page délacbée du caniet de M. de VillMe nous tran^ porte dans le centre des affaires de ce temps, et nous permet

lains

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