‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 4 sur 122 · CONSPIRATIONS ; BÉFORT · texte numérisé non relu

CONSPIRATIONS ; BÉFORT

vier, parce qu'on calculait que le général La Fayette serait arrivé avant la nuit. Le colonel en demi-solde Pailhès, qui, jusqu'à rarrivée du colonel Fabvier, était désigné pour se mettre à la tête du mouvement militiûre, avait réuni à un souper, dans une salle de Thôtel où il était descendu, un grand nombre d'officiers en activité et à demi-solde; les aigles et les cocardes tricolores étaient préparés, et Ton allait donner le signal de Taction, quand le commandant de la place de Béfort, averti de plusieurs côtés à la fois du coup de main organisé, donna des ordres pour mettre la main sur les conspirateurs, dont quelques-uns furent arrêtés. Le colonel faillies était encore à table avec ses convives, quand les premières arrestations furent faites.

Cette conspiration si menaçante se termina par une échauffourrée sur une des places de la ville et un sauve-qui-peut général, ce qui indique que les combinaisons avaient été moins bien prises que rassuraient, dans leurs récits, quelques-uns des intéressés. D'après ces récits, le gouvernement itérait resté jusqu'au dernier moment dans une sécurité et une ignorance complète; il en serait sorti, le 1***^ janvier 1822 seulement, pai» l'arrivée d'un sergent qui, venant de congé, et n'étant pas dans le complot, crut devoir avertir son capitaine que, d'après les ordres donnés par l'adjudant major Tellier, on avait mis des pierres aux fusils, et l'on était prêt à marcher'.

1. Toujours esl-il qu'une lellre écrite par le soua-préfel de Bt^fort au comte de Puymaigre, préfet du Haut-Rhin, le \^' janvier 1822, à minuit et demi, relate, de la manière suivante, les événcmc>n(« :

a Le 1"* janvier, vers neuf heures du soir, le lieutenant-colonel commandant le 2Î><' en l'absence du colonel, et un capitaine se présentèrent chez le lieutenant du Roi, commandant le département, et l'avertirent qu'il existait un complot dans le répriment. Ce complot devait éclater le lendemain avec le concours di plusieurs personnes étrangères au régiment. On arborerait la drapeau tricolore, on soulèverait la garnison; ils connais^aie^t plusieurs des oiTleiers engagés dant la conspiration; \U ne voulaient ()as les laisser échapper. Le lieutenant du Roi ordonna au lieutenant-colonel de faire prendre les armes au 2U^

20 MINISriRE DE M. DE VnXÈLE.

L'affaire était manquéc, et lorsque MM. Joubert et Carrel arrivèrent de Neufbrisach, ils trouvèrent la conspiration désorganisée, la plupart des conspirateurs en fuite, et quelquesuns sous la main de l'autorité. L'arrestation qui fit le plus de bruit fut celle du colonel Pailhès et de son aide de camp. Cette arrestation eut lieu par les mains d'un agent dis police, qui, se souvenant de son premier métier (il avait été maréchal des logis de hussards), sauta la rivière, à la suite du colonel, l'atteignit sur la rive opposée, le désarma de son poignard et l'amena prisonnier, en refusant une bourse de cent louis qui lui était offerte. Il fallut immédiatement songer à courir au-

et de diriger des patroaillea sur les endroils menacés, et, s'armant de son épée^ il le rendu de sa penonne, aree une patrouille, au faubourg de France, où, d'après les rapports, s'était réfugié l'adjudant sous-offlcier désigné comme le chef du complot. Àrriré à la porte de France, et, a^ant de l'avoir dépassée, il mnoontra et recmmit qoaire individus que leurs antécédents signalaient comme suspects, et qui allaient pénétrer dans le faubourg* »

La lettre du sous-préfet de Bi'fort que M. Jo comte de Pujmaigre, ÛIs de l'honorable M. de Pnymalgre, préfet à cette époque, a bien voulu me oaann* niqaer, et à laquelle j'emprunte ces détails écrits le jour même de l'événement, nomme ces individus : c'étaient les sieurs Pigalier, Desbordes, Lacombe etBricc.

« l.e lieutenant du Roi ordonna à rofllcier de garde de lesarrôter et de les tenir enfermés dans le poste. Puis, continuant lui-même sa route, il troam, près de la place située au coin de la rue du Faubourg et du pont, un groupe nombreux de bourgeois, an milieu di^squels se tenait on iiomme- de liante stature, coiffé d'un shako, l-e lieutenant du Rot ordonna aui bourgeois de ae disperser, et, tandis qu'ils obéissaient, bien qu'avec lenteur, il alla droit à l'Individu coiffé d'un shako, et le somma de dire son nom. Celui-ci, an lieu de répondre, se dirigea sur la route de Giromagny. Le commandant, suivi de aa patrouille, se mit à sa poursuite; mais alors l'individu, se retournant, marcha droit au commandant , le pistolet an poing, et s'écriant d'une voix haute : « Soldats, vous n'arrêterez pas votre ofUcier! » Il fit feu presque à bout portant sur le commandant. La balle frappa sur la croix de saint Louis, qui amortit le coup, et le commandant continua à marcher sur l'ofRcier ; mais les bourgeois revinrent et s'opposèrent au passage de la patrouille, qui flit obligée de rétrograder. Le lieutenant du Roi, qui était tombé, se releva après un évanouissement d'un moment. Il gagna la ville, appuyé sur le bras d'un ofRcier dcvt il aTaflété reconnu. Il ne retrouva pas à la porte de France rofflcier auquel étalent confiés les quatre hommes arrêtés ; engagé dans la conspiration , Il s'était enfui avec ses complices. Trois autres officiers ne répondirent pas à l'appel. T> {Mémoires inédits da comte de Puymaigre,)

GompiRàTKnis : béfort. 3T

deiraDt du général La Fayette poor Tempécher d'arrimer.. On espérait le rejoindre à Lure; il changea bnisquemeat de route et se rendit à Gray, ehez son ami et collègue, M. Martin (de Gray). Quant à M. Kœchlin, qui avait quitté Mulhouse, on Tavertit; en temps utQe, et il put rebrousser chemin et retourner cbe2 lui. n était inutile d'avertir M. d^Argenson, il ne parut nuUe part. Restait la voiture de M. de La Fayette, qui avait été saisie et mise sous les scellés par la gendarmerie, de sorte qu'elle pouvait devenir une pièce de conviction contre lui. On réussit à l'enlever nuitamment, et on la fit brûler, pour 6ter à la fois à Tautorité un indice accusateur et un argument qui aundt pooontribuer à établir la culpabUité du général.

A Paris, le gouvernement ne crut d'abord qu'à une conspi* ration milUaire. On trouve en e£fet, à la date du 2 janvier 1822, les Hgnes suivantes, inscrites sur le carnet de M. de Yillèle, et qui donnent une idée exacte de la partie matérielle des événe* mentset de Vidée qu'on s'en fit h Paris.

« Des troubles devaient éclater par suite de trames (ourdies dans la garnison de Béfort. Informé à temps, le lieutenant du Roi fit prendre les armes aux troupes et s(; porta à la cas(,*rnc où il fit arrêter quatre anciens prévenus de la conspiration du 10 août, soupçonnés d'avoir trempé dans le nouveau complot. Ces détenus furent confiés par lui à l'officier commandant le poste voisin qui prit la fuite avec eux. Trois autres officiers se sauvèrent. Le général, passant sur une des places de la ville, où s'était formé un rassemblement nombreux, reçut un coup de pistolet; la balle fut amortie par sa croix de Saint- I/mis; cependant il tomba. Sa. troope indignée fit main-basse sur le rassemblement qui se dispersa. »

Telles furent les premières informations et la première impression du gouvernement. Il admit seulement que M. d'Ai'genson pouvait ne pas être étranger au complot de Béfort ' ;

1 . On lit dan8 le carnet de M. de Villèle, à la date de la Un de Janvier : c V. d'ArfeofMi flit'Wiipçoniié'd^livoir trempé* dim» Kaffaire de Mf^rt- •

38 MINISTÈRE DE U. DE MUÀlE.

mm plus tard, loi'squ'U nt de nouvelles explosions se succéder, il commença à soupçonner qu'il y a\ail une vasle association donl les mouvements partiels élaientles symptômes, et alors s'ouvrit cette instruction générale, qui devait se réfléchir plus tard dans le réquisitoire demeuré célèbre de M. de Marchangy. A Marseille, le capitaine Vallée ayant offert, dons les premiers jours de janvier, à quelques anciens milit^res, auxquels il avait donné à déjeuner, de les faire entrer dans une société secrète, un de ses invités le prit pour un agent pro-, vocateur et le dénonça; le capitaine Vallée fut arrêté avant>d d'avoir pu faire disparaître un progi-amme du plan et du bufc'4 de la charbonnerie ; ce fut un des premiers faits qui donn^renk-l l'éveil au gouvernement. M. de Corcelles fiis et Arnold Scheffer | qui, après l'échauffourée de Béfort, s'étaient rendus par leS'j ordres de la Vente suprême à Marseille, afln de concerter' 1 un soulèvement avec le colonel Caron, président d'une veate-j dans cette ville , furent obligés de repartir en toute b&te ea'tl emmenant avec eux le colonel Caron, contre lequel un maa-* J dat d'amener avait été lancé. A la fin de janvier 4822, ti'oisï instructions judiciaires étaient commencées : à Colmar, contr 44 accusés, dans le Var contre 10, à Toius contre 11. Ce$>1 trois procès répondaient aux l^ntatives de Bi'fon, des dépar* J tements du Midi, et de Saumur.

Malgré ces échecs successifs, la partie était tellement liée] que de nouvelles tentatives éclatèrent. Nous allons avoir à parle du coup de main organisé, en février 1822, à Thouars, parli général Berton, qui dirigea une nouvelle attaque contre Saumur; de la conspiration dita de la Rochelle, qui date dé I la même époque et qui a conservé dans les annales judiciaires 1 le nom des quatre sergents condamnés â mort à la suite de cette affaire; du complot donl on soupçonna l'existence à Strasbourg, et qui motiva, au mois d'avril 1822, plusieimî arrestations dans lu garnison de cette ville; enlin de la tenta-

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