CONSPIRATIONS : LE GÉNÉRAL BERTON A SAIMIR
tive du colonel Caron, qui date du mois de juillet de la même année, et qui eut lieu dans le département du Bas-Rhin. Lors de l'événement, on nia la connexilé de ces entreprises, et ce fut naturellement un des moyens employés par les défenseurs. Mais cette connexité a été avouée, proclamée même, depuis que la question, dégagée de tout intérêt judiciaire, est arrivée devant le tribunal de la postérité. Il est d'ailleurs tellement évident que toutes ces entreprises, dictées par le même esprit, allant au même but, et où Ion voit reparaître les mêmes acteurs, venaient de la même î?ource ; et la charbonnerie, embrassant à cette époque la France entière, comme Tont déclaré, dans des écrits publiés depuis, les fondateurs et les promoteurs de cette société secrète , il est tellement contraire au bon sens de croire, en présence d'une conjuration générale, à des hostilités isolées et séparées, que personne ne s étonnera de trouver réunies dans le cadre d'un tableau unique les diverses scènes du même drame.
On a vu que, le 25 décembre 1821 , un coup de main avait été tenté à Saumur par les affiliés des sociétés secrètes, et qu'il avait échoué. Le général Berton, désigné par la Vente suprême, résolut de diriger une nouvelle entreprise dont cette ville deviendrait le point objectif. Le 18 février 1822, il se rendit à Saumur, où il se rencontra avec Delon, son aide de camp, qui l'assura, non-seulement que les sociétés secrètes de cette ville étaient prêtes, que la majorité de l'école de cavalerie était favorable, et qu'on avait de nombreuses intelligences dans la garde nationale, mais que les ventes d'Angers, de Nantes et de Rennes promettaient leur concours. C'était d'abord à Saumur qu'on avait résolu de lever le drapeau. Les Chevaliers de la liberté, — c'était une société secrète plus ancienne dans le département que la charbonnerie, et qui agissait de concert avec elle sans se fondre dans les ventes, — devaient, à la faveur du marché hebdomadaire, affluer de tous côtés dans
la ville, et proclamer, après un coup de main heureux , un gouvernement provisoire. Au dernier moment, le plan fut modifié. On crut plus avantageux et plus habile de commencer le mouvement à Thouars, où il n'y avait pas d'autorité militaire et dont toute la garnison se composait de cinq gendarmes ; maîtres de Thouars , on rayonnerait sur Saumur, qui n'était qu'à sept lieues.
Personne n'ignore à quels mécomptes on est exposé dans les conspirations politiques quand on passe de la conception à l'action; le nombre des audacieux qui jouent, dès le début, leurs têtes, dans ces redoutables parties, est toujours singuUèrement petit. Berton s'empara sans coup férir de Thouars, où il comptait parmi ses comphces l'adjoint du maire et le commandant de la garde nationale. Entouré d'une espèce d'état major composé de quinze hommes à cheval, et arborant le drapeau et la cocarde tricolore, il prit le titre de « commandant de l'armée nationale de l'Ouest, » donna pour cri de ralliement à sa troupe celui de vive la liberté auquel quelques-uns mêlèrent le cri de vive Napoléon II; puis il perdit le reste de la journée à faire des nominations et des proclamations dans lesquelles il annonçait qu'en ce moment même la France s'insurgeait et proclamait la république. Il indiquait verbalement les noms des membres de la chambre des députés qui devaient composer le gouvernement provisoire : ce ne fut que le lendemain qu'il se dirigea sur Saumur. Sa troupe était peu nombreuse ; quinze hommes à cheval, et environ cent vingt hommes de pied ; elle ne se grossit que de rares recrues sur le chemin. A trois heures de l'après-midi, il arrivait à Montreuil, et ce fut un gendarme de cette petite ville qui alla donner l'alarme à Saumur dont les autorités ne se doutaient pas de ce qui se passait. Elles prirent à la kAle quelques dispositions de défense. Berton, en arrivant à Saumur à la nuit close, trouva de l'autre côté du pont Fouchard qu'il