Manuscril dijli elle
CONFÉBENCES FHÉUMISAIBBS A VIENNE. OU
Alexandre, à celle époque, était pompléleineot désenchanté d<'8 idées tibénies qtii avaient si longtemps channé son esprit, et qui donnent un attrait partinilier dans l'histoire à la Gguw de ce tout-puissant à la recheirhe de la plus belle des utopies, celle du pouvoir absolu travailliuit à la liberté des peuples. Les révolutions violentes qui avaient éclaté sur phisiein^ points de l'Europe Pavaient réveillé au milievi de son T^ye favori , et, en voyant l'cspril de renveraement se répandre de proche en proche , les IrOnes sous lesquels des mines souterraines faisaient explosion s'écrouler, et des sociétés secrètes s'organiser avec des mniimc» qui rendaient loul gouvernement impossible, il avait fail comme un homme surpris au milieu de ses occupations par uu incendie, îl avait couru au feu, toute affaire cessante, en ne songeant plus qu'à préserver l'édifice européen qui lui paraissait partout menacé. Le prince de Mettemii^h avait usé et même abusé avec son adresse ordinaire, dans Tintérèt de sa politique, de cette nou- Telle disposition de l'empereur Alexandre. Il avait exagéré encore l'intensité du mal et il avait fail voir au czar des révo- Itrtionnaires partout, même dans les lirecs, ses coreligionnaires, qui secouaient l'intolérablejougdes Tiu-cs, oppresseurs de leur religion, destnicteurs de leur nationalité, et qui ne leur laissaient pas même cette liberté individuelle, celte sécurité de la famille et du foyer, sans Inquelle la vie cesse d'être un bien, l'eu k peu il av;iît ainsi substitué h la première utopie qui avait charmé l'esprit d'Alexandre, une utopie nouvelle à laquelle ce prince avait sacrifié les intérêts russes dans la question d'Orient : il lui avait fail entrevoir le rftle de protecteur et de défenseur des sociétés européennes menacées comme seul digne de lui et devant lui assurer une haute place dans les fastes de l'histoire. L'empereur, toujoin^ préoccupé de la pensée généreuse de faire servir un grand pouvoir à «ne grande cause, étaitentrc de plus en plus dans cette idée.
et les changements opérés récemmenl dans le personnel radministratioQ russe témoignaient des changements qui s' taient accomplis dans l'esprit du czar. M. Capo d'Islria. avait balancé au moins le crédit de M. de Nesselrode et qi» l'empereur consultait peut-être de préféieiice lorsqu'il s'ngissail des affaires étrangères, avak résigné ses fonctions et quitté Saint-Pétersboui'g quand il avait vu la Grèce, sa patrie d'origine, abandonnée par l'empereur qui, après la mission de M. de Taliacheff à Vienne, s'était cumplélemeot rallié à la politique autrichienne. M. de Nesselrode, qui avait toujours penelié pour cette politique et qui eulrele'nait des relation» étroites avec M. le comte de Leb^eltern, le représentant de l'Autriche à Saint-Pétersbourg, était demeuré seul auprès d'Alesandre et l'avait accompa^é à Vienne.
Le vicomte de Montmorency fut frappé de l'aspect imposant d'Alexandre, de sa haute mine relevée encore par sa grande taille, et bientiH après de son affabilité Httrayante el di; s& politesse qui aurait paru un peu affectée chez tm simpk particulier. Le czar était devenu un peu sourd, il avait toujours eu la vue basse ; il fît asseoir le plénipotentiaire français tout près de lui. 11 ouvrit la conversaliou par quelques phrases générales sur les sacriflces qu'il venait de faire à l'intérêt de l'Europe; sous prétexte d'expliquer sa conduite aux autres, il se la justifiait h lui-même. Il déclara qu'il persévérerait dans cette politique, parce qu'il y allait du salut de l'Europe. C'était la cause commune des souveraùis contre les révolutionnaires de loua les pays qu'il s'agissait de défendre en évitant de donner à ceuï-ci le moindre avantage par une guerre d'intérêt qid, armant les rois les uns contre les autres, entraînerait des conséquences incalculables. Devant ce grand intérêt commun, c'était un devoir impérieux de faire taire tous les intérêts particuliers. La Russie avait obéi à ce devoir en renonçant à réprimer, comme elle en
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ayait le droit et le pouvoir, les provocations multipliées des Turcs.
Le tour qu'avait pris la conversation conduisait naturellement Alexandre à parler de la grande Alliance. Il en exposa la nécessite, il en célébra les avantages, et insista sur les dangers que créaient les ennemis de Tordre social, qui existaient en France; puis, passant à TEspagne, il dit que sa position était la plus grave de toutes les affaires qu'on aurait h traiter au congrès. Entrant alors dans quelques détails, il demanda à M. de Montmorency s'il était vrai, comme on le lui avait affirmé, que la plus grande partie de la nation espagnole fût restée étrangère à la révolution, et il prit texte de la réponse affirmative de celui-ci pour faire l'éloge de la régence qui s'était établie en Catalogne; quant aux décisions à prendre, il les renvoya aux délibérations communes, tout en reconnaissant le droit d'initiative qui appartenait à la France , le droit d'être consultée la première et de faire écouter son opinion avec une juste considération, comme étant la plus voisine et la plus intéressée *. M. de Montmorency ayant donné au czar les mêmes explications qu'à M. de Metternich sur la conduite que la France avait tenue jusque-là envers l'Espagne, Alexandre exprima, avec l'effusion de cœur qui lui était habituelle, l'intérêt particulier qu'il portait à notre pays ; mais il se reprit tout à coup, comme s'il avait craint d'avoir dit quelque chose de moins conforme à l'alliance générale, en avouant sa préférence pour la France. Il y eut un moment oii ces deux belles âmes se rencontrèrent dans la haute sphère où elles ai-
1. Dans une conT«ri>alion qu*eul peu de jours après le plénipolenliaire français avec M. TalisclieIT, qui avait élé ambassadeur de Russie à Madrid, il put voir d'une manière plus claire quelles éluicnt les tendances de la polilique rusîc. Ce diplomate Insista sur la néccwilé de favoriser la régence, d'intervenir à main armée* cl il parla même de diriger une armée russe vers l'Ei'pagne à travers la France : a Ce ne fut, dit M. de Montmorency, que sur ma déclaration réitérée que nous n'y conëenlirions pas, qu'il relira cette idée, t
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maieot à s* élever. M. de Montmorency ayant parié de la Providence et de la confiance qu'il avait eu elle pour les futures destinées de la France, Alexandre reprit vivement qu'il fallait en efTet tout rapporter à la Providence, que les souverains l'avaient trop oubliée , qu'elle protégeait ceux qui plaçaient leur coufiance en elle. En s'exprimant ainsi, sa voix devenait vibrante d'émotion ; eniin les larmes le gagnèrent ^
Ces conversations de Vienne, où s'agitent les idées, les intérêts, les sentiments de Tépoque, nous aideront puissamment à comprendre le congrès de Vérone en marquant d'avance la place que chacun des personnages occupera nv la scène. M. de Mettemich prend, au fond, un médiocre intérêt à la question espagnole; il est préoccupé de deux pensées : faire du congrès qui va s'ouvrir une diversion qui détourne Alexandre de la question dOrient et fournisse ua aliment à son activité ; empêcher que la France ne tire un avantage moral du rôle qu'elle remplira en Espagne, et su* bordonner notre action, autant que possible, à la direction du congrès. L'empereur Alexandre, plus désintéressé et d'un cœur plus haut, attache cependant un grand prix à ce que l'alliance à laquelle il a fait de si grands sacrifices en Orient joue le premier rôle dans la répression de la révolution espagnole. Il a besoin de faire quelque chose de grand pour regagner le terrain perdu dans Topinion de son pays. L'Angleterre voit sans déplaisir la réunion des souverains et des diplomates au point de vue de la question d'J^rient, parce qu'elle est d'accord avec TAutriche sur le parli qu'on peut eo tirer pour éloigner raction d'Alexandre de la politique orientale , mais elle lappréhende au point de vue de la question espagnole. Kilo cherche un moyen de détourner Alexandre du chemin de Constautinople, sans nous ouvrir le chemin de