Nolei moouBcritei do M. de HonlmoreDcy
COSFÉKEnCES VBÉUNlNjtUES A VIESKE. 3S5
Mudriii L-t de Cadts. C'est au milieu dt; ces diverses tondaiK'«s que outre politique devra cbemiDer. Il lui faudra à lu fuis iyiUtr les pièges de l'Autriche, vaincre les résistances de i'Aliglderiv et résister aux empresse meuls de la lUissie.
t)n élnit arriTé aus derniers jours du mois de septembre |823; l'on attendait toujours, pour ouvrir les couréreares. le due de NVeilUi^n. qui u'arrivait pas. 11 avait d\diord été reteati par lo désir de se concerter avec le nouveau roiiiislre an aiffiiires étrangèreR, M. (lunniog, puis par une pravL' indispositiun. Lord Stniird, nouveau marquis dit Loudooderry, absorbé dans la douleur où l'avait jeté la nouvelle iiiopioée de la mort de son Trére, n'avait pas de pouvoirs estraordiuaires, ^1 soDgcaît d'ailleurs à quitter son poste d'aml>assadeur. M. (jorduu, sou premier si-crétairc, n'était autorisé que pour les uiTHires de la tirêce. (tu vit tout k coup arriver à Vieune lord Straugrurd, amltassadeur d'Angleterre à Censlaotinuple, qui veuail de jouer le rbiv prépondérant daus les négociations sur la question d'Orient, il s'était tait précéder par un ioag tnemaratnlutn sur ses durnières conrérences avec le Reis-eOendi. C'était un de ces diplomates comme l'AngleteiTe . à pea prés seule en produit : caractère original, esprit plein de refisources , ut avec cela homme de t^te et homme de maiu; il a^ait fait le voyage à cheval, à travers les provinces turques désolées par le brigandage. Le prince de Melteniich l'accueillit avec un graud empressement, et il ulTecta de croire et de répéter qu'où di'vail tirer le meilleur augure de £00 dernier mémorandum, dans lequel il avouait cependnnt n'avoir pu obtenir, malgré tous ses efforts, uue démarche de conciliation de la Turquie envers la Russie. Mais les dipiomutee russes et l'empereur surtout furent loin de penser de mJme. Ils trouvèrent que le négociateur anglais faisidt piU'Ier les Turcs avec une hardiesse et surtout une habileté qui ne leur étaient pas naturelles , qu'il leur prêtait des argumeuts trop
COHGRÈS DE VÊHOnS.
angbis, auxquels il aurait pu opposer une meilleure réponse. " Alexandre lit donc à lord Stmngford un accueil Irês-froîd. f) falkilquc M- de MetleiDich s'eolrerait pour adoucir Alexandre eL ooHFoler lord Strangford ; il le fit avec son adresse ordinaire, et ce dernier partit content. Sur ces entrefaites, la Douvelle de la nomination de sir W'iUtara A' Court, comme ministre d'Angleterre à Madrid, parvînt à Vienne et produisit une îq*pi-ession pénible. Cet empressement du cabinet anglais à serrer les liens de l'Angleterre avec un gouvernement réi lutionnaire, au moment même où le congrès se.réi annonçait peu de disposition k s'entendre avec les autres breg de l'Alliance. M. de Metternich proposa que chaque puis* sauce envoyât à M. Canning un courrier avec des dépêches rédigées dans ce seus, et où serait exprimé le désir que sir Williiun A' Court s'arrêtât a l'endroit de la route où il était arrivé. Uuand le courrier arriva, il était trop tard. M. Canning put répondre que sir William avait probablement déjà dépassé Paris. Il ajouta que cet envoi n'avait d'ailleurs rieu qui pAt inquiéter les alliés et leur faire présumer que l'Angleterre fût en désaccord avec eux. Le chargé d'aS'aires anglais à Madrid, M. Uervey, paraissait avoir encouru, après les événements de juillet, le mécontenlement de ses collègues en diplomatie ; il y avait avantage à le remplacer promptemeiil par un homme plus habile, qui avait lait à Naples l'apprentissage des situations délicates.
L'impression produite par cet incident durait encore quand on apprit que le duc de Wellington venait d'arriver en .\lletnagne. M. Uurdon, qui était allé au-devant de lui jusqu'à Munich pour presser son voyage, lui annonça le départ déjà aiTèlé des empereurs pour Vérone et leur espoir que le duc de Wellington les y rejoindrait. Les diplomates anglais auraient voulu que les souverains demeurassent quelques semaines de plus à Vienne; ils alléguaient que ce temps suftirail pour'
hi—e rwiMiiiliiB^a'aspotyiMUmTkrtfi'3 stnil f K Bonàscfc av repiaion et m mé hÊmmt des JiifwîliiiiitMTaête H iè^ 4i|iUc I^ p^Mce de McftaMch En cfaws* ^ k ec,apR» OM kagae eaiiCéff«iioe WM hi, 3 [«il k cbcHui At Tyml. Les i—iiimii' i«c««at la te de Vdb^taB cm aadiea» particattfere, et^ m tui MUMmcaui iBor dépsft {KMB- V«nMK , k raigagteuil nnoMBl 4 las snce émt c»ttr ville. Le doc, êbwU sans être enewv CMi- -ârn. le taisâ* putir, et itmil ta dâcisiuu à pnu^ au retoor d> aMurier qui devait bn ^ipoctor la ivpuu» de soa gVNnemeiDaU à ses dépé<à<s précédcDtes. Dauà ses coutvtsalJeo& a««c M. de UootmoreiicT, il acquiesça i l'clablibsemeal d'une année d'uccupatioQ sur la &0Dtiêre fraocoHespagnole; mais il moidra une oppo^tiou absolue à l'tdee d'une îotervvDtioD année de la France en Espaguc.
M. Mathieu de Moatmorency était Tort indécis i^ur la question de saToir s'il devait suivre le^ souverùuâ à Véruuc. (k-ux-u, ainsi que leurs mimstres, avaient, à pluâivurs Rprise», insisté pour qu'il y vint, et il était obligé de s'avouer à lui-niéme que, s'il ne s'y rendûtpaâ, l'ubjet de sou voyage av serait p;is rttmpli. C'était aussi ra\'is de M. de Rayue^al, ambassadeur de France à Berlin , qu'il avait auturisé îi veuii' le \oii- à Vitiiine, et dout ropinioD avait de l'autorité. Il consulta sou guuveriiementjelil lui fut répondu que, si le duc de>Velliugton se rendait k Vérone, il n'y avait pas à hésiter ; dans le cas contraire, 00 le laissait maître d'ti^'ir comme il l'entendiait. 11 était parti le 3 octobre, sans attendre tme réponse de sou gouvernemeot, (pà l'atteiguît à luspruck, où il re^ut eu m^rnc temps ime dépêche de Vienne annonçant que le duc de Wellington su reudût à Vérone. 11 n'y avait donc plus à délibérer. Dans la dépêche de M. de VLllèle, que M. de flloûtmorency reçut à In-
Bi*l. de U BcUiiu. — I. VI. H
t «««e €ÊÊÊS ée kas nriMiM. IL de MoatmobIcs^mt qaH fil à iMfrafJt, wt «ncersTec un le à cMUfRadm, tes cette opiuk 4a TyroJ, ces fenws utBMlafioagfc fomés ca cnwfpMf 4e «otootwvé ar- >, ^ bÎMCitf nantir I'mt des notes un peu • de iMHsaéioAes ■■tJ—alu. Ces Vcadéens àt lÀI- ■oM Bailler le «énênble Ati de U laoïuicliie ; po«r lequel Bb anèeal coskittu b fortune de liipoléoa. On les voyait passa-, la cnafaîne sur Tépaale, fien, & boa droit, de leur courage, de leur fidéfité, et du âouTenirdB lew André Ho&r, re bêroedu Tyrol, fusillé pourafoùrdéleadii sa terre natale, «t dool on trouve rima^e dan^ toutes Iës «dbo^fs. Le 19 octobre, le plihiipoteiUiaire français quittait InepriKk, après avoir a^a^té à Ventrée de 1 cnipereui' et ik l'impératrire par la belle avenue que cùtoie rioa ; le ménie jour, il traTersait la haute chaîne des Alpes, pots posËail h Trente. BienUK il quittait la route directe de Vienne, et le di' naDche, 13 octobre, il entrait à Venise, le jour même où cette fine voyait mourir l'illustre scolplcur Caorna. Le 16 octobre, il arrivait à Vérone avant qu'Alexandre, qui venait par la rooie du Tjrol, t fût entré.
OUVSHtl!RE DL' COHGaiS.
En arrivant à Vérone, M. de Montmorency y trouva M. de Chaieaubriand , dont une dcpCche de M. de VillMe lui avait anoitocÉ l'arrivée. Quoiqu'un eût représenté au ministre des affaires étrangères de France qu'en sa qualité de chef des plèiûpotentîaireâ français il devait attendre lu visite de M. de Chateaubriand, il le prévint amicalement. Il crut remarquer quelque cbose de froid, de géué dans les manièrBs du nouvel arrivant, tt il eut dès loi-s l'idée, confirmée par ses observations subséquentes , qu'on avait espéré qu'il ne viendrait pas à Vérwue, et qu'on se résignerait difficilement à jouer un rAle secondaire au coogrès. M. de Chateaubriand apportait tes demii'res instructions du cabinet des Tuileries, dalles du $ octobre 1622.
M. de Villèle prévenait en ces termes M. de Montmorwicy, dans une lettre confidentielle datée du 4 octobre 1822, del'envoi des instructions pour le congrès de Vérone, dont M. de Chateaubriand était porteur:
a Nous vous expédions H. de Chateaubriand, de manière il ce qu'il Kât à Vérone lorsque les souverains y arriveront. Il ««ra porteur de pleins pouvoirs pour HM. de Caraman, la Ferronnavs et lui. Nous sommes bien obli^ de lui donner ausei des instructions, puisqu'il n'en existe point à votre ministère, et qu'on ne peut laisser une niùsion semblable sans direction otTiciellc, c'est-à-dire sans instrui^tione approuvées et signées par le Roi. Elles vous seront remises c* seront aussi simples que possible. ■
Voici quelle était la teneur de ces iuslruclions :
CONCBÈS DR VÉBOfiE.
Inslrudions fn>ur MM. les plénipotetittairei au congrt! de Yirone, 15 octobre (892.
L<!3 pli'nipotenliairea de Sa Maje«t<^ doivent surtout éïilcr <Ic se présenter au congrès comme rapporteurs des aiïaires d'Espagne. Les autres puissances [leuvent les connaître aussi bien que nous, puisque, comme nous, elles ont conservé leurs ministres et leurs Sfrcnts consulaires en Espagne,
Ce rôle pouTait convenir à l'Autridie au congrès de Laybach , parce qu'elle avait la volonté d'envahir Naplcs. Il lui convenait de le faire avec l'appui des autres puissances. Elle exposa ses motifs aHn d'olvtenir cet appui dont, au reste , elle déclarait qu'elle se passerait si on le lui refusait, sa silrel^ exigeant impérieusement qu'elle occupât Naptes. Il n'y avait donc rien de faible et d'inconséquent dans cette conduite de l'Aulriche à Laybach. Ce serait donner dans un piège que de consentir à faire prendre ce rôle à la France, vis-à-râ de l'Espagne, an congrËs de Vérone. La situation esl toute différente. Nous ne sommes pas décidés àfaire la guerre à l'Espagne. Les certes emmi''neraienlplut/it Ferdinand à Cadix que de le laisser venir i Vérone ; l'Espagne ne peut être conquise avec la même facilité que Napjes; on ne peut songer à y conserver une armée d'occupation après la conquête; enfin l'Angleterre peut vouloir rester spectatrice de la lutte comme iraur Kaples et se préparer, ii l'abri de ce nMc, un moyen d'agii* sur les colonies espagnoles avec plus d'uiilité pour son commerce que pour celui des autres nations.
Tous ces moti^ doivent porter les plénipotentiaires it déclarer au congrès que la France n'a pas plus h redouter l'anarchie de ses voiâns que les autres États de l'Europe ; qu'au moyen de trente mille hommes qu'elle a sur sa frontière des Pyrénées, son territoire est à l'ahri de toute insulte ; qu'au moyen des préparatifs et des approvisionnements qu'elle a fails, die n'a rien JL craindre r même d'une déclaration de guerre de la part de l'Espagne; qu'ainsi la situation de ce pays ne nous met dans la nécessité ni de demander comme l'Autricbe h Laybach l'appui pour envahir , puisque nous ne sommes pas dans la nécessité de déclarer la guerre, ni de secours pour ta faire, puisque, si l'Espagne nous la déclare, nous n'avons pas besoin de secours , et nous ne pouvons mémo en admettre s'il en résulte le passage de troupes étrangères sur notre territoire. Les plénipotentiaires français devront donc chercher il faire traiter les affaires d'Espagne sous leur rapport général avec ta situation des autres États et le maintien de la paii du monde. Dès lors la situalion de ta France se dégage. Elle ne comparait plus
HOUVEUES IHSTRDCTIOSS. 361
MX congivs pour y être dirigée et secuiirun; ulle } prviid psiri à itcs délibérations cuoimunes; tUt; y donne son avis cuiuiuu k-s autres. Le rûle est tout diHoreRt.
L'opinion de nus plénipotentiaires sur la question de savoir ce qu'il convient au confirês de faire relativement à l'Espagne sera que la France étant la seule puissance qui doive agir directement par ses tronpt^ en cm de nécessité , elle seule sera ju^e de cette nêeessïtê; et que, dans le cas où la guerre viendrait à éclater entre elle et l'Espagne, soit par suite d'atteintes portées à la sdrelé itu Roi d'Espagne ou à celle de la famille royale, soit pour insultes laites au ministre français & Uadrid , suit cnGn pour violation de territoire , les si^uveraius étraii> pire déclareraient aussi la guerre à l'Espagne et tornieraietit en Allema^e une armée d'observation pour venir au secours de lu t'ruuco, M elle le réclamait.
Ce traité se doit pas être sullicité par les plénipotentiaires cumuie iodispensable à la France, mais il doit être présenté comme leur avis sar ce que les souverains ont de plus sage et de plus utile à faire pour se préserver de tous les dangers que présente l'état actuel de l'Espagne. Si la disposition des souverains était telle que les plénipotenliaires crussent pouvoir (aire traiter utilement au congrî^s la question de la reconnaissance des gouvernements établis dans le Brésil et les Amériques espagnoles, il serait utile , il serait digne de l'a^^mMée des souverains de faire demander à l'Espagne el au Portugal la communication de leurs intentions, de leurs moyens pour rétablir l'ordre, ta paii et la sécurité pour la navigation européenne dans cette partie dn monde, d'offrir à ces puissances de concourir avec elles h ce rétatabtissemeut par notre médiation , et , dans le cas probable d'un refus de la part des métropoles, de convenir par un traite entre les grandes puissances qu'elles considèrent ce reftis et la situation réelle des colonies comme sulTisant pour leur faire reconnaître comme Etats indépendants toutes les parties constituées régulièrement des Ëtals d*Amériiiue , s'obligeant à ne réclamer pour aucune puissance en particulier des avantages spéciaux dans les relations conuuerciales aiuquelles l'acte de reconnaissance de ces nouveaux Ëtals devait donner lieu'. »
Nous avoDS dû donner in extenso la partie des iuslruclious
1, L'original de cei inslruclloni s Hi communiqué, en ISâU, ù noire uni et eoUiguï, M. Je Neutilie, par les ordrei île M. du li llitlo. aion minlslre da tlTolres élrangi^rca de Is République, el c'eil eur 1b copie cerlillée cunforine que Je le« al Iranuriles. tllca wnl signées Loujs, e( p\ii» l>u, coulreiignée* Vdkle.
te rràte et rwîf (Ouke^AboÇ avec le ftoi Panant 4oallcMit riiijiîiii iw^saMya- fc ëgwîMt i^iéemmi pépâftr l'éwmiîoa dts Ebfe K^ifitaïaE, rt s <i|i|iUMi fînuMï* kaeM an rraget ^w fvB frflak & TAirtikbe Rappeler au Ol^ti lot las |l !■ |i iliaiài i ii if i ÉMB JTtali», «*<>» b» JMwdPT DD report essel sv les «wairesprists par oli pour acisiirer letfr blnqmlBlé intérianv. S3 ûq dc s'oppocail paiot, ai «SA, i me panOe msupc, oa la vemài bienUI a^étenjre 1 rABenngne. et le parti «le roppcâlka ne mm^tterait pas d'aemser k gouverarment do Roi de Touloir souawttn la Fraoœ à une m^tectûn du taétae genre. 1^ France ne saorût 6ooe, ftve wacan rapport, sonsftm à one pareilte peD5é«. Rebli rement attxaSkiref d*OrîeDl, les plénipotentiaires ttançaîâ devaient persister dans la marcbe que la France avait toujours suivie jusque-là', le gomemement du Roi s'élant toujoure attaché à prévenir une rupture entre la Russie et h Ptnie. Toutefois, on ne pouvait se dissimuler qui- l'opinion générale en Europe élaii péniblement aSectée du retour pin* et mmple des chrétiens grées sous le jou? de l'oppression rt de la barbarie de? Turcs. Les plénipotentiain^s françms devaient donc appuyer de tout leur pouvoir et offiir de seconder de tous les moyens de la France, les proposilîoos (pii seraiwt Caites par la Russie dans l'intérêt des méuagemenls dus & son honneur, et des garanties à obtenir pour la chrétienté réunie en faveur des chrétiens soumis à la domination oUo-
Ën présence de ces însiruc^ons, ti. Klathieu de Montmorency tomba dans une perplexité dont il a consigné l'eiçns-
PERPLEXITÉB PB M. DR SOIfmOREKCY. 363
sion dans le manuscrit auquel nous avons déjà f»it plufiieurt< ptoprunU. Les nnancef^ qui exiâtaient entre sou opinion el celle de M. de VUlèle communiquaient Qatui'cUemeut leur teinte à t'es réflexions. Il craignait, ce sont ses propres expressions, qu'il y eAt de la pctitetise et de la timidité dans cet éloignement pow une franche iniUntive dans la question cspa^ule. Il avait annoncé à Vienne qu'il ne présenterait pas de note uflîcielle ; il se maintiendrait sur ce terrain, et il se bomemit à jeter quelques idées sur le papier pour être plus sur de ta précision et de la portée de ses paroles. Mais il s'attendait h Ctre interrogé dès la première conférence ; s'il rétait, il répondrait immèJUatement nict questions posées, en ftdsant connaître les notions recueillies par le cabinet français, ce qu'il avait fait, ce qn'il derait prévoir. Il esprimerail ensuite une grande confiance dans l'Alliance, il provoquerait les communications des puissances sur leurs intentions, et, quant à lui, il poserait ses conclusions sous la forme de simples questions.
< PouTatt-(>ti faire muinsî s'écrie M. de Mi'nlmurencj en Taisant, (pielques mois plus inrii , un n^tuur sur cetb.' [iliaao <lc sa mission diplomatique, l^ ministre du chef de ta maison de Bourbon pouvait-il paraître craindre de prendre l'initiative Bur la situation d'un pays limitrophe de la France et d'un rui malheureux de cette auguste biniUe ? L'apparence d'une timide l'êscrve n'aurait-elle pas appelé la méfiance, diminua noire considération? N'ctions-nous pas les premiers intéressé à- savoir h qnoi nous en tenir sor ce que feraient les ptiis- Hitoes alUà» , lurs d'une rupture avec l'Espagne? Nos preiniiires instnictions ne demanduieiit-ellcs pas leur appui moral, cl quels secours malériels elles nous ai)portt;raient dans le cas où nous les réclamerions î les instnictions apporU'es par M, de Chateaubriand n'étaient-ellps pas rédigées dans le mtme sensT Celui qui forme de tels voeux, qui a de tels iniérâts k ménager, de telles questions à poser, peut ne pas a te faire Î4 rapporteur, « si le mot est trop déplaisiint, mais il doit parler le premltr et avec franchisa. "
Céfciît ainsi que M. de Montmorency, sui vant in penle naturelle à l'esprit humain , s'encourageait h suivre sa propi^
2Ci CONGRÈS LE VÉBONE.
pensée. Il communiqua aux trois plénipotentiaires qui lui avaient été adjoints, la note qu'il avait rédigée à Vienne, et la leur lut plusieurs fois. Il en modifia la teneur d'après leurs obser\'alions, et la leur fit approuver. 11 crut en ne lui donnant pas le nom de mémorandum, pas m^me celui de noie, avoir satisfait aux instructions de son cabinet qui lui recommandait de ne pas se faire le rapporteur de la question d'Espagne. Ce n'était dans le fait, ajoute-t-il, qu'un moyeu indispensable de fixer mes idées pour moi-mâme et d'en fixer pour les ministres des autres cours le souvenir qu'ils devaient conserver.
M. de Montmorency se plaçait sur une pente qui le conduieait h une dissidence avec M. de Villèle. Entre se faire le rapporteur d'une affaire, et l'exposer dans un écritrédigé à priori, et oii l'on avait consigné les observations recueillies par le cabinet français, sa conduite, ses prévisions dans la question espagnole, en provoquant les communications des puissances, la nuance était si légère quelle devenait imperceptible; au fond, elle n'existait pas. M, de Montmorency, avec la candeur d'une belle àme, se confiait plus et par conséquent accordait plus à l'Alliance que M. de Villèle qui, avec sa sagacité ordinaire, apercevait an milieu de celte toile brillante, lissue de beaux sentiments, le sphinx autrichien, semblable à l'araignée qui guette sa proie. C'était la lutte de la politique chevaleresque et sentimentale qu'Alexandre avait inaugurée dans tes congrès, contre la politique circonspecte et avisée.
La lectiu-e des dépêches que M. de Montmorency avait reçues de Paris le conduisit à examiner sérieusement l'idée sur laquelle M. de Villèle était revenu plusieurs fois: celle de ne pas séparer la queslion de l'Espagne et du Portugal, de la question de leurs colonies; afin de ne pas fournir à l'Angleterre le moyeu d'obtenir une position privilégiée pour son commerce dans ces mers lointaines, au détriment de l'intérôt français.
SISSirUTIMENT DE MM. nE UOHTMOHENCÏ ET US -VlIitLE. 2C5
Deux considérations le déterminèrent à ne pas donner suite à cette ouverture. La première, c'est que l'intér^^t commercial qui existait pour la France dans la question des colonies espagnoles n'existait pas pour les trois puissances continentales du Nord, qui n'avaient aucun rapport commercial avec le nouveau monde. La seconde, c'est que la pensée de s'occuper de cette question était bien loin de l'esprit de ces puissances. Elles étaient pleines de mépris pour les démagogues, en ce montent maîtres des affaires en Espagne, et par conséquent peu disposées h se charger pour eux d'une médiation amicale. En outre, si cette médiation était refusée par le gouvernement espagnol, les puissances n'auraient plus eu qu'une chose à faire, reconnaître l'indépendance des colonies; or, sur cinq puissances, il y en avait trois qui eussent repoussé une pareille mesure comme un abandon des principes. Il fut donc décidé dans le conseil des plénipotentiaires français qu'on n'aborderait point ces idées de la médiation dans le Congrès et qne M. de Montmorency écrirait dans ce sens à M. de Villèle. Pour n'avoir rien à se reprocher, il jeta dans une conversation avec le prince de Mettemich comme une inspiration personnelle, l'idée d'une médiation à exercer entre l'Espagne et les colonies. Le prince se récria sur l'impossibilité de donner, par ime proposition de ce genre, un témoignage de considération et d'estime à un gouvernement qu'il faudrait plutôt mettre, dit-il, au ban de l'Europe.
Les souvertûns et les diplomates étaient déjà réunis depuis plusieurs jours à Vérone, et le congrès ne s'ouvrait pas encore. M. de Montmorency s'élonnait de ce retard, mais il Était le seul avec le duc de WelUngton à montrer de limpatience. MM. de Caraman.et de la Ferronays, plus au fait des usages de ces grandes assises diplomatiques que le chef des plénipotentiaires français, l'emontraient à leur collègue que les congrès sont de grandes machines lentes à se mettre en
kfe
mouvement. Quant k M. de Chateaubriand, il portait dana les réunions des diplomates franç.'us ce cnractère ÎDd^pimdnnl et cette humeur ombrageuse et un peu chngi'ine qui rendaient quelquefois son commerce difticile. M. de Montmorenry crut s'apercevoir que ces accès de sauvagerie augmenlèreat quand l'illustre écrivain sut qu'il y aurait, à Véi^^ne, des coofércDces préparatoires entre les chefs de cabinets, auxquelles les pléoipotenliaires adjoints ne seraient pas admis. Quelquefois la fantaisie du poêle reparaissait dans l'ambassadeur, et il s'échappait tout à coup de Vérone, pour aller visiter quelques curiosités des environs. 11 avait surtout pris en antipathie le marquis de Caraman, chez lequel M. de Montraorencj' avait établi que les plénipotentiaires français se réuniraient habituellement à dtner. Le génie, qui est aimable h ses heures, resijemblc h ces fleurs qui ont l'éclat et le parfum, maie qui se défendent par leurs épines.
M. de Chateaubriand se montrait h Vérone, comme partout, soigneux de sa popularité, et, pendant ces espèces de préludes diplomatiques qui remplissaient l'avant-scène du congrès, il eut une petite aventure qui occupa beaucoup les cercles de Vérone. L'étiquette admise pendant toute la durée du congrès voulait que les ministres ou les ambassadeurs se lissent présenter aux princes souverains, que ceux-ci gouvernassent on État grand ou petit. Le prince de Metternich en avait dressé la liste : c'étaient, en dehors des grandes puissances, l'archiduc Régnier, vice-roi du Milaneis, le grand-duc de Toscane, le duc de Modène, et Marie-Louise, duchesse de Parme, Après de mûres rcllexious, le chef de la légation française pousa qu«, le Iloi ayant reconnu Marie-Louise au congrès de Vienne comme duchesse de Parme, lui ayant écrit dans les occasions d'usage, ce qu'il y avait de plus convenable et de plus digne fc faire pour les plénipotentiaires français, c'était de se faire présenter chez cette princesse, qui n'était plus à leurs yetu
M. DE CIlATEAl-BHlA»n A TÉIHJSE. 2G7
qu'une archiduchesse d'Autrithe. M. de C,hateaul>rinnd combattit vivement cet avis en disant que cette démarche ne serait pas comprise par les opinîoos ardentes de la droite. MM. de Cararaan cl de la Ferronaya se rangèrent ii l'avis de M. de Montmorency, qui décida qiie la d«^marche serait faite. M. de Chateaubriand céda, mais le jour même où l'audience devait avoir lieu, il écrivit à quatre heures de l'après-midi à M. de Montmorency qu'il n'irait pas, parce que cette démarche encourrait le blâme des royalistes en France. Le chef de la légation fraoçiiise répondit qu'il aurait faliufiiirL' ces réflexions plus lot, que M. de Chateaubriand agirait comme il l'entendrait, maib que ses coUëguas iraient chez la duchesse de Parme. Ils y allèrent, en effet, et Marie-Louise, après avoir demandé des nouvelles du Iloi et de celles du duc de Bordeaui, exprima le regret de ne pas voir le célèbre écrivain; M. de MuQlmorency l'excusa en alléguant une indisposition subite qui l'avait empêché de se joindre h. ses collègues. Mais à quelques jours de là M. de Metternîch, qui donnait un magoi&que concert, chargea M, de Montmorency de prévenir M. de Chat^aubriaud que l'archiduchesse de l'arme assistant à ce concert, l'étiquette ne permettait pas qu'il y parât sans avoir été présenté. M. de Chateaubriand consentit k ce que la présentation eiit lieu dans la salle même du concert, et, introduit auprès de la princesse par M. de Mettemich, il murmura quelques expressions de regret de n'avoir pas pu lui rendre plus tôt ses devoirs. Ce sont les enfantillages des grands talents ; il semble que la petitesse native do l'homme ioive toujours se rencontrer dans un coin de son caractère. Lorsqu'on avait marqué la division du travail du congrès, it avait été convenu que les affaires de la Grèce seraient remises à l'ancienne conférence à qui deux séances suffiraient pour se mettre d'accord. Les affaires d'Italie avaient été rentoyées à une époque ultérieure pour laquelle devaient être
convoqués les princes et les niinisUes de la Péninsule. La question qui devait venir en première ligne était donc la question espagnole, qui excitait une préoccupation universelle. La coiTespondauce entre M. de Villèle et M. de Montmorency devenait de plus en plus active à ce sujet, et les divergences de vues des deux ministres s'accentuaieul de plus en plus.
Bans une letli'e du 12 octobre 1822, M. de Villète exposait ainsi à M. de Montmorency la .situation des choses eu Espagne, et indiquait la ligne à suivre au congrès.
a Voua veiTL'ï, par les dernières injuvelles de M. de Lagai'de, qut k parti dcB Giagcrës à Madrid a Tait une tviitativc pour furcer le noDCc apostolique et successivement tous les autres ministres étrangers à se retirer, niais que le ministère espagnol a donné au corps diploualique une saUsl'actiun sufQsante pour empéelier l'afTaire d'avoir upe suite aussi décisive. Cet incident, néanmoins, prouve ce à quoi l'on peut s'4ltendre , après la réunion des cottëa et la séparation du congrès, puisqu'avant l'influence funeste qui doit résulter de l'arrivée dus premier», et nial|^ là crainte que devrait inspirer aui révolutionnaires d'Espagne la puissanee du second, ils en agissent avec nos ambassadeui's de manière à rendre la demaiidi? de leurs passi^porls presque in(lis|>onsiibl6. Les affaires des insurgés sont en assez mauvais état. Ils nous envoieul député sur député... Je crois que, les choses restant ce qu'elles suiit, ta K'gcnce de lu Seu d'L'rgel ue peut manquer d'Être battue et pcut-dlie dissoute. Mais les Espagnols sont si lents dans tous leurs mouvements, et la réunion des cortès doit, ce me semble, tellement précipiter et démasquer les intentiojis folles des exagérés, qu'il est possible quR de nouvelles combinaisons surgissent et sauvent les royalistes. »
Après avoir ainsi communiqué à notre ambassadeur les dernières nouvelles de la Péainsule , au moment où les séances du congrès de Vérone allaient s'ouvrir, M. deVilléle lui donnait en ces termes les dernières instructions du cabinet des Tuileries :
Cl 11 paraît que le Portugal s'est lié offensive ment et défunsivemeDl avec rtspagne à laquelle il s'oblige de fournir un corps de huit mille homuics contre nous, si la guerre éclate. Ce traité, qui sera commu-
DËFÉCHB3 DE H. DE VIUÈLE. 2(!9
m<|U(i «)ix certes, nous offrirait «ne occasion bien naturelle pour celui dont nous tous avons chargé de pn^parer la ronclusion , romme un des meilleurs moyens d'agir sur l'Espagne et di.' garantir l'Europe des dangers que la démocratie n^volutionnaire lui fait courir. Nuus sommes tous portés à penser que ce traité ne pent Être aceepti- par nous , s'il ne stipule pas positivement que les troupes qu'auraient à futirnir nosalliés ne seraient mises en mouvement et ne passeraient sur noim territoire que lorsque nous jugerions nous-mtmes devoir les demander, si même voos n'aimez mieux eiclure tout à fait cette seconde supposition , et stipaler qui! les troupes opéreraient sur la Péninsule au moyen d'un débarquement; non que nous craignions rien Ai la bonne fui de nos alliés, niais parce que apri's une occupation comme celle qu'a éprouvée la France, la présence oii même la perspective de la pn'sence d'une forer militaire étrangère sur le territoire serait du plus mauvais effet, rt. loin d'accroître nos moyens de comprimer la révolution d'Espagne, nous mettrait dans le ca^ de la redouter chez nous-mêmes. Au reste, la question de la condition de la coopération des puissances dans la queitlion d'Espagne me parait oiseuse, nous n'avons l>esoin d'elles que pour agir moralement sur les esprits. Nous sommes en état i|e supporter seuls au moins une première campagne, n
Dans la même lettre, M. de Villèle revenait à son idi^e favorite sur l'intèrôt qu'il y avait pour les puissances à ne pas séparer la question de l'Espagne et celle du Portugal de la question de leurs colonies. Il faisait observer que le devoir du congrès était de ne pas laisser cette grande affaire sans solution :
« I^ moitié du monde est dans te chaos , disait-il , par suite dex foKes de l'Espagne et du Portugal. La mer est infestée de corsaires et de forbans dont les ports de leurs colonies sont le repaire. Que le confriv ouvre avec tes deui métropoles une négociation, afin de s'expliquer avec elles sur les moyens de régler définitivement le sort de leurs colonies, ou que les grandes puissances, vu l'état des métropoles et des colonies, conviennent de reconnaître l'indépendance successive de tous les Etats qui s'organiseraient dans ces der^i^res; que la France s'engage à en faire autant pour SaintDomingue et que la condition de cette reconnaissance soit l'admission de fjutes les puissances contractantes avec des droits égaux. C'est la chose la plus juste , la plus politîqne que puisse faire le congrt-s; c'est celle, je crois, qui tire de la position ce qu'elle peut avoir de profitable et de populaire, n
S70 aOKQURi ȣ \EKOSE.
OdvoîI. ici se degàioer l'esprit D«t, positif et pralique de M. de Villèle. tl comprenait, comme il k dit ua peu plus tard dans uue autre lettre, le côté Tulnérable d« la question espagnole : OQ pouTait attaquer U politique du cûngrcs eu l'accu- Esnt d'abuser des forces coalisées de l'Europe pour iut£nenir dans les affaires intérieures dune nation indépendante. En évoquant devant le congrès Taffaiie des .\jncriques espagnole et portugaise , il agrandissait la question , il y intéressait l'Angleterre par le côté colonial important pour son commerce; il l'empêchait de se faire assurer des avantages spéclain, et «1 même temps il donnait un argument au congrès, qw a^ sait au nom du droit et de l'intérêt de toutes les nations commerçantes , et avec cet argument il leur donnait une arme, en Taiisaot appréhender au\ deux métropoles la reconnaissance pure et simple de leurs colonies, si elles r^oussaienl les conseils de celte grande réunion diplomatique.
Quant à la position à prendre relativement k la révolution qui régnait en Espagne, M, de Villèle insistait avec une nouvelle force dans sa lettre du 15 octobre sur l'inconvénient de se faire « le rapporteur de la question espagnole » dans le congrès :
u Ottc malheurcusi? question (l'EspagDe, disait-il, sous quelque point «fu'ut l'etunine, présente des dîEIicultès uUÎDics. C'est pourqw<Ù jo perûste à peaser que tous avez tort de vous en laire le rapporteur tu cougrËs Ainsi ifue je vous eu avais Cail l'ubstirvation. Quelles sofoiit VOB coacLuûons? Et si vous n'en avex pas de positives, v'oiurex-vuus pas la voie auiaittrespour vous ea imposer? Je uumprevdii ^u'oji vut^ deuaudiïfksrenfivigncpt^ts sur aoUe posîttoiiet nos relations à l'cgaol de l'tispagite, que voua disiez tout ce ^ue vous savez sous ce ra^tpoit. Là vos coBulusÎMis sont aistea. Elles reposent sur des faits eiisUals et sur des résioluitions prisuji. Atnâ , dans tels et Lc|s cas, nous av^M.'^ dit à uolre ambassadeur de (trendre ses passepurtsj dans tels «u Ujs autres, nous furutts entrer nos troupes. All^ptusloia,priipv(x uiienult: écrite, vous placera daus une mauvaise iwsition , Je voua l'ai Imùuub dit, mon eb«r .c<«Ui'(;ue. c'est aussi l'avis du conseil auquel j'ai lu x^lff