‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 46 sur 122 · DËPÉCBBB DE M, DB VILLÈLE · texte numérisé non relu

DËPÉCBBB DE M, DB VILLÈLE

lcUr«. Je (li-sire,si voua R¥ez di'jfi \tni> ce parti, qu'il ne tous tissi: pas perdre, comme je le cjaius, une partie de vos avanUges. Si, jumsa' de questions , on en venait , comme c'est proliable , à voua demander l'avis de la France sur les moyens qu'aurait l'Aliianc« de bire rentrer l'Eipcgne tlans l'urdre, il me seiulil^ait assez flûitpk; que vuue rcpondi»' siex que cVtiitt une clitisi^ Turt dirCdle par des niDtifs connuA de tous : La situation g>'-(igrapliii|ue de la Pcnînsule, la nature du pays, le carnttëre des habitants, celui de son roi, etc.; qu'il feUait ajouter à ces 4)IEculW8, celle du la forme du guu«'em«iueiit élaUi «n France qui gènak beaucoup pour une u)MTation semblablo, euRn le souvenir n'- «nl de deui invasions i^trangcrfs. Vous auriez prié alors les nulre= <l'ijidii)uer leurs moyens et votre rdie devenait aussi fort r]u'il sera bible en prenant l'initiative. »

Après ayoir marqué la ligne de conduite que devaient stiirre les pléoipotenliaires français à Vémue, M. de Vîllèle revenait avec une nouvelle insistance à la question des colonies espagnoles. A l'objeclioa de M, de Mootmoreiicy, que la Russie, la Pnisse et l'Autriche n'avaient aucun inlêrOl à ijJtervenir duns l'afTaire des colonies et répugnaient à recuunaltre des gouveruemcnis delà nature de ceu\ qui s'y étaient formés, il rppondait que ces trois puissances avaient un graud intérêt à eequel'Anglelerre ne se séparât pas de l'Alliance ounes'arrangeât pas de manière à recueillir isulémuit les fruitsd'une négociation particulière, et que le moyen indiqué était peul-Ctre le seul qui put prévenir cet inconvénient, Quant à la répugnance des cabinelB àreconnattreles nouveaux gouvememeuts dans les Amériques espagnoles, il faigait remarquer que la première démarche devait Être faite auprès »ie l'Espagne; ce ne serait «ja'aprèsson retus qu'on agirailauprès des geuveruemeutô nou- Teatni,Boupas tant pour reconnaître des institutions politiques que pour Faciliter le retour de l'ordre dans les sociétés livrées au désordre et aus convid^ns. Le but était vraiment digne de la Sainte- Alliance. Quant aux ouvertures faites par les grandes puissances à notre plénipotentiaire relativement à la répression des sociétés secrètes, «M. de Villèle déclarait nepa&com-

272 COSGllfes DE VËBOHE.

prendre d'autres conventions possibles, à cet égard, que celle d'agir chacun chez soi, selon les foi-mes et les lois de chaque pays, pour obtenir la meilleure surveillance et la plus forte répression de ce mal de notre époque, n II ajoutait que l'cxlradition des condamués et des perturbateurs politiques est souvent plus gi>nante qu'utile; le Piémont l'avait éprouvé depuis sa révolution. Les alliés pouvaient se réunir au congrès, convenir d'une direction et d'une action commune ; c'était un grand bien, le seul bien que pût amener le noble et touchant accord des grands souverains de l'Europe. Si « on voulait tirer des cougrès plus qu'ils ne pouvaient rendre et essayer de maîtriser, soit l'ensemble des autres États, soit un seul d'entre eui, dans ce qui touchait à ses droits comme membre de la grande société des peuples, on échouerait et l'on perdrait l'avantage le plus précieux de ce moyen de salut '. »

M. de Villèle maintenait ainsi l'indépendance de la politique de la France , tout en acceptant les résultais vraiment utiles de ces grandes réunions diplomatiques.il écrivait ces lettres avant l'ouverture des séances du congrès. Le prince de Melternich avait en effet retardé la conférence préliminaire entre les principaux ministres, pai'ce qu'il avait l'espoir d'amortir dans des conversations particulières les diUérends qui existaient entre plusieurs cabinets. Il cbercbait, d'un ctïté, à tempérer l'humeur, trop belliqueuse à son gré, de l'empereur Alexandre, de l'autre, à entraîner le duc de Wellington dans l'esprit général de l'AlliaDce, non pas qu'il espérit obtenir le sacrilice impossible des instructions du cabinet britannique, mais il cherchait avec le plénipotentiaire anglais un moyen de les concilier avec la marche commune.

La position du duc de Wellington était rrès-délicate. Sans doute il éprouvait un éloignement profond pour les révok-

I . Correspondance Inédite lie M. de VillMe avtc lU dtot le congrî» de Vérone. [Documcnla inédits.)

ATTITtlDE DU DUC DE WELUKCTOW. 273

lions et les révolutionnaires, et il coQtinuait les grandes traditions politiques des tories, qu'il avait défendue^ avec lord Castlereagh. Eu outre le rôle brillant, qu'il avait joué dans la péninsule hispanique, en apportant le concours de l'Angleterre au mouvement national qui s'y était produit en faveur de la monarchie de Ferdinand Vil, lui faisait désirer le maintien et la stabilité de la royauté espagnole, car on s'attache surtout par les services que l'on rend. Mais, en sa qualité d'Anglais, il ne pouvait désirer que la France eût l'honneur de ce grand ouvrage, et qu'elle recueillit les avantages attachés à son accomplissement. Chargé des instructions de M. Canning, dont la politique était beaucoup moins conservatrice que celle de lord Castlereagh, il se tenait, avec la sévére exactitude de son caractère et l'habitude de la discipline, dans les limites rigoureuses de ses instructions ' . Il n'oubliait pas en outre qu'il aurait b. compter avec le parlement et l'opinion publique de son pays. Frifin il était enchaîné par tes précédents de la diplomatie anglaise ; il ne pouvait désavouer la contre-déclaration de Laybach et s'associer à l'action de la S&iDte-Alliance dans la Péninsule, Il était venu au congrès comme ime objection et comme un obstacle. 11 n'omit rien pour remplir sa mission , qui était, non de faire, mais d'empêcher qu'on ne fil. Il admettait que nous fussions obligés de maintenir une armée d'observation sur la frontière franco-espagnole, mais il ne faisait pas un pas au delà. Il niait les dangers de la contagion révolutionnaire, refusait de prévoir cetn que noire dignité, notre sécurité, la sûreté de l'Europe pouvaient courir; le seul danger qu'il y eût, selon lui, c'était

I. U. lie Monltnoreiicj. dans son Ecrit tnr le cengrii de Véro»t, reprfiente tTM Ica tlvM foulfurs d'un peintre qui s vu po«er l'original, le tlui' dn Wellingluu, rEUillel;iiil eana cène ses Inetruclians pendant leB ifiaceii du congrie, elj reîenanl imperlurliableinsnl quand on trojïil lui avoir fillfaiie luelques pai en «v*al.

Bill, ât 11 Bnliur. — T. Vj. IH

274 CONGEiS DE YÉnONË.

celui que ferait naître une iolervenlion française eo Espaj tenlative malheureuse pour soumettre un peuple fier, défiant, ennemi de toute iniluence Ctrangère. Il invoquait à ce sujet son expérience personnelle , et rappelait toutes les peines qu'il aïail eues pour ne pas s'aliénei- les Ëtîpaguols pendant qu'il les sauvait'.

Le prince do Mctternich espérait trouver les mêmes facilités chez -le duc de Wellington pour la question d'E&pagne, .qu'il avait rencontrées chez lord Castlereagh pour la question italienne. Mais ce n'était ni le m<^me homme ni la mi!me question. La question italienne était beaucoup plus indilTérente 4 l'Angleterre que la question espagnole, parce qu'on ne pouvait oublier à Londres le voisinage du Portugal et de i'Espagne, et celui de celte dernière contrée et de la France. En Outre, le cabinet britannique avait pour l'Autriche, qu'on a si longtemps appelée le soldat continental de rAnglelerre, das sentiments qu'elle n'avait pas pour son adversaire séculaire, la France. Enfin, le duc de Wellington, que l'on avait appelé sur le champ de balaille lion duke {le duc de fer), parce qu'il 86 mainteuait toujours inébranlable dans ses positions, appelait dans la diplomatie quelque chose de sa roideur et de son inflexibilité militaire. Le prince de Mettemicb oliercfaa donc vainement à opérer quelques modifications dans lee idées du plénipoteatîaire anglais; celui-ci, sans cesser de"» maintenir dans les termes d'une entente atFectueuse avec ÏÈiQr itridie, demeura immuable sui- son terrain.

Il n'y avait doue rien de changé, le 20 octobre 1822, dws les dispositions des membres du congrès, lorsque le prince de Melternich, pressé par les sollicitations de M. de Montmorency, réunit chez lui, en conférence intime, les chefs de cabb

. Ectii i)n M. Mnlliicu de MontoiorKncy ivt le Couvris de rérnat. (Dacits iHtdiii.j

OUVEBTl'BE ;

nets. DîiQS cette cunféreiiee, M. d« Muiiliuareiicy prit le premier la parole sur les tiiTairee d'Espagne, en liuiviml sa propre pensée, blàméo pnr Al. de Villèle, el préscula ce qu'il appela 60U dire sur la questiou espugnole, pour éditer la dênomiDation trop solcnnelliî de mémorandum, et mésnv celle de note. Les considérations développées pai- lui se termiuBieuI pai" un précis qui précédait imoiéiliutement ses coiiclubioiis, préseo- 4écâ sous la Torme de questions, au uonibi^ de trois. Les pléiUpoteutiaires de l'Autriche, de la Prusse, de la nussie, de l'Angleterre demaudérent une copie du précis et des conclusions, et le prince de Metternich se chargea d'eu faire tirer cinq ou six épreuves par la petite presse lithogiapliique qu'il avait toujours à «a suite. Les quatre membres de lu couféreoce proourent une réponse sous deux jours; les deux jours en durèrent dix. Enlin, le 30 octobre, les réponses des quatre puissanceK alliées aus questions du cabinet français fureutiueset soumises à M. de Montmorency, ditns.une deuxième réunion parUculicre chez le prince de Metteruich. Voici comment Je pléntpotenlJaire français analyse.iui-niéme ces réponses :

■ Lv laiigagu lie la Russie t^-lait chevaleresque comme son souTenÙn.-Cv tait die qui dùsirait le plus vivement voir la France, se dûdarer- EUf- Était |>r<!te i^ la .seoondi^r <le tout son pouvoir. L'Autridie et là Prusse, avec la ni6mn avcrsioa pour les révolulinnnaires, crai-

, goaient do le» vuir altaqiii^ i( force ouverte par la France dont elles n'espéraient pas, et dont même elles ne désiraient pas le succts ûclatanL Le cabinet autrichien surtout e'enlbrmajt dann di?s Tornies dilatoires et renvoyait tout aux délibérations communes de l'Alliance. La

' itfdose anglaise attribuée à M. Lamb, ministre anglais ù Francfort, était une paraphrase de ses résolutions appujées sur le principe de la ooD-inb^rvention, une atténuation des dangers de la situation actuelle de l'Espagne , une prévision exagérén de ceux que l'un courrait en tnlervenant , une prétendue ignorance des trriefs de la Fi'ancc contre TEspa^c, fondée sur ce que toutes les correspondances diplomatiques iei deux gouvernements n'avaient pas été communiquées, v

Cet exposé, tracé panM.de Montmorency lui-môme, indique

qKMt Lia jsEox^btt •ipsIL atiî: ÛjfÇ&te n'^cœ poe» k F abri des in- €«Div<étki»»k::» pnc^u» par M. et TtUpËÛ^. Li sinie défait le déflKifkCrer d'cme abJUKie pûi» twiiLanih^- ci»ntir&. Les principes MWiOûAixi fùé^fsurit direàtH, dtMûafinûrairTelles notes des antres paiâsaiK«s. i[ fait dûîdt «pat ks oonferences géoéralfe» s'oammeùi k 31 Mtôbn. Trône- dqtioaiales y assistèrent, ^^uk& «»mp&cr M. de «^éiiti, adonts. «îoiiiie à Liybach^ en qoaii:!^ àt âeerétaire râbeienr. ht coogrès s'oumt par dideocir^de M. de Mcttêfnîch dont ks pranieis motà dlndiquer la mamère dont M. de MûntmoKncy aTait introduit la question derant le congrès de Yérone.

« L^ ^•m'ftnk^nytnX français, disait le ninislK antridiien , s'est adr«ân<^ a se» aliie«. il Leur a exf4iqoé «es Y«nix eC ses dirtenninations; Ms «crax vjinl la o>a«erratî«>n de la paix, mais fl admet que l'Espagne révfflntionnaint i^jumît le mettre dans le cas de repousser one agressÎMi. Il a demanda; si, dans le cas d'one juste et nécessaire défense, il p40Tait comfyter sur lapilli m*>ral et ks secours matériels des cours alliées. Les cours d'Aotriclie, de Prusse et de Russie ont en principe répr^ndu affirmativement. Portant toutefois sur des applications éventuelles, leur adhésion doit être précisée par une définition exacte do €4uu$ ffzâ^x$, ainsi que par l'énoncé des obligations réciproques qui en dériveraient. Ces différents points seront réservés aux transactions diplomatiques que les cabinets jugeraient à propos dentamer à la suite des explications prescrites. »

Le prince de Metternich indiquait ensuite les trois formes que l'Alliance pouvait employer pour s'eipliquer avec le gou- Temement espagnol.

!• Les cinq puissances pouvaient s'accorder à tenir le même langage soit par une déclaration collective, soit par 'des notes séparées mais uniformes dans leur principe et leur but;

2* La France pouvait abandonner à ses quatre alliés le soin d'un démarche destinée à aplanir des difficultés dans lesquelles on pouvait la regarder comme partie ;

nOFOStTKHIS Btr PintCE DB ■ETtll.-nCB. 277

3" Due ourerture poinatt itK îakie au gouverneiDeDt espagnol par une seule d« puissances alliées qui sérail le plus aTaolageusement placée pour porter la parole.

Ces propositions du cabinet autrichien furent remises lilbographiées au Ticomte de Monlmorency, qui lit passer une réponse aus noies des quatre cours fUlièe*. sans la lire en séance publique, ei une nouvelle conférence fui indiquée ponr les premiers jours de novembre, afin de discuter les propositions de iAutriche. Mais les divergences des vries qui existaient dans le cougrès commençaient k se manifester, et te prince de Metlemich, h la recherche d'une solution qui pût satisbire k h fois la Russie et l'Angleterre, multipliait les poofpailers. Le corps diplomatique avait pris Ihabilude de se réituir presque tous les soirs chez la comtesse de Liéveu, Tefliine de l'ambassadeur de Russie à Londres, personne d'un totirdc conversation intéressant, original, nnimé. qui avait Te^iril et savait la tangue des .iffaires. Les préliminaires du CODgrès avaieut été plus d'une fois traités dans une pelite pièce située au fond de sou salon et que l'on appelait le cabinet desconversations confidentielles. Le prince de Melternich, qui appréhendait un conflit de paroles entre les plénipotentiaires anglais et les plénipotentiaires russes, parce que leurs opinions étaient situées aux deux pôles de la polilique, avait Eitit de grands efforts pour obtenir du duc de Wellington une note conciliante et modérée; il n'y avait guère réussi. La note russe rédigée par le comte de Nessclrode insislait pour qu^oQ eût soin de prévoir les conséquences vraisemblables de la démarche proposée , et de définir l'altitude que prendrait chacune des puissances intervenantes. Il émettait l'avis final qu'une déclaration faite au moyen de notes st^parées, mais uniformes quant au point de départ et au but, offrirait le plus de facilités. Il se ralliait ainsi aux conclusions qu'avait proposées le vicomte de Montmorency dans la note concertée avec

378 coKGKfcs DK véboub.

les autres pléaipotenliaires français. Dans la conférence où M. de Montmorency remit celte note, il devait y avoir une discussion publique, mais elle fut retardée par un longpourparier entre le chef du cabinet autrichien et le duo de Wellington, pendnnl lequel les auti-es diplomates restèrent dans le salon d'attente. M. de Metlemich ne fut pas assez content de cette conTersatîon pour risquer une délibéralion publique et reprit son sptème favori de communications plus faciles entre les chefs de cabinet. Il fut convenu que chacun d'eux prép^ reraitune note en particulier et que l'on se communique! les cinq notes, avant de délibérer formellement sur la < marche en elle-même. Peut^tre dans ces convcrsalionâ C fidentielies finirait-on par découvrir el pourrait-on ; adopter au duc de Wellington quelque heureux biais qui peiMr ■ mettrait à son gouvemement de faire à l'Espagne une com-muDicatioD, non pas en marchant tout à fait avec l'Alliance, mais au moins sur une ligne parallëlle. Le prince de Metlernich chercha à faire partager aux autres chefs de cabinet cette espérance et les invita à annoncer aux plénipotentiaires adjoints l'ajournement de la conférence générale. Ce renvw Si naître plus d'un soiu-ire parmi les diplomates aesislants, qui n'épargnaient pas les épigrammes à la marche incertaine et pleine d'hésitations du congrèsj et à ces retarda continuels. IjCB Russes les plus prononcés dans le sens de l'aclion,' MM. Tatischeff et Pozzo di Borgo, montraient leur mécontentement, et M. de Chateaubriand, encore mie fois relégué sur le second plan , ne déguisa pas le sien.

Quand les nouvelles de la marche du congrès arrivèrent à Paris, M. de Villèle écrivit, au nom du conseil tout entier, une longue lettre à M, de Montmorency; elle doit être citée in extenso; parce qu'elle établit d'une manièi-e complète la politique du. gouvemement français et qu'elle achève de marquer, avec la dernière précision, la divei-gence de vues qiû exis-

OBSEBVATIOHS DE M. DE VILLÀLE. 279

lailButrE le président du coDseil et le plènipoteatîaire frauçaïs. Voici la lettre de M. de VUlèle, datée du 6 novembre 1822 :

« Je Hors du conseil du Roi, où tout ce que vous avez envoyi} a été lu, et j'ai k tous rendre compte de ce qne nous en pensons , iiinsi que «jc U dilermination prise à l'égard de l'Espagne.

■ Vous verrez par la réponse fuite à H. de Lagarde qu'il reçoit l'ordre de demander ses passeports si on se [wrraet de détenir, d'arrêter ou mime de consigner au palais les TrËres du Hoi. Noua l'avertissons, en m£mc temps, qu'aussi ti^t qu'il aui'a Traticbi la frontière, nos Iftjupes se mellronl en mouvement |K>»r entrer en Espagne. D'un autre cAté, vous saurez que H. Ouvrard a délinitivement conclu avec la rég«Dce d'trgel un emprunt qui va donner auï rojalistes d'Espagne ta dispMÎtion de cinq millions de iranrs, et qu'en mime temps lu demande de la vallée neutre d'Andore vient de nous permettre île lever, pour let contrées le plus à |)ortéc de la Seu d'I'rgcl, la défense de faire ies exportations d'approvisionnements d'armes, de munitions, défense quieiiste pour le rcstadc la frontière. Il est lion que vous sachiez aussi, que Hina, après avoir perdu beaucoup de monde, a enfin forcé les royalistes h évacuer le fort de Castel-Follich ; malgré cette perte, c'est an échec pour les royalistes, n

Après avoir ainsi indiqué le point auquel en éuiieiit arrivées DOS relations avec t'Ëspague et l'état dei> affaires des royalistes espagnols, M, de Villéle eiposail ainsi les affaires àe France et les tendances de l'opinion publique :

( A l'intérieur, tout va hien. Le Roi léraoigne une grande confiance à son ministère. L'union des membres de la famille royale est absolue, les dispositions des tniDpcs sont de jonr en jour meilleures. Les élections renforceront les royalistes de quinze k vingt voii. Malgré ces données salisbisantes, il ne faut pas s'abuser sur la manière dont une déclaration de guerre h l'Espagne sera accueillie par l'opinion, si elle D'est fondé)! sur la nécessité bien prouvée de défendre notre honneur et notre sûreté. Les royalistes prononcés seuls l'approuveront. Tout le reste la verra avec peine dans tous les cas , et la désapprouvera baulementhor&des casduni je viens déparier'. Au fond l'opinion générale

1, Ls préildenl du ronteil, en ■'«iprioianl alnri, ne (isrlait polnl i li Ugère. Noiu Irouvoni ilin* san do>si«r pol111i|ii« une Ipllre cl« M , de S?rrp. alori aml>aiudeur il Naples, et dal^e du 27 seplciobre 1822. où l'ou remarque le

iSO COKGRiS DE TÉBOITE.

est ici guidée par ud instincl de» difficultés de la solulion détinitr d'une telle eDlrcprise. Chacun sent que nus cent mille hummes ne trouTerout de résistance mililaire nulle part, mais que si on amenait la faraille royale à l'Ue de Léon, nous serions peu l-êlrc longtemps avant de pouvoir retirer nos troupes; que, si nous avons le bonheur de sauver la Tamille royale, nous aurons de grandes difficultés à réuuir les opinions diverses et à amener celle même du Roi à fonder des institutions ou un ordre de choses quelconque qui permette à l'armée française de se retirer. Or il est évident pour tout le monde que le danger de l'entreprise est là et non dans la résistance qu'elle peut éprouver ù son origine. Nous retirer sans avoir obtenu notre but serait ignuminieui. Rester indéfiniment en Espagne serait proposer la destruction complète de notre armée ; c'est encore re dont personne ne doute. Voilà pourquoi le gouvernement du Roi , dans l'opinion bien arrêtée de Sa Majesté, de tous les membres de sa famille, dans celte do tout son conseil, ne doit et ne veut entrer en guerre avec l'Espace qu'autant que l'honneur et la sûreté l'exigeront. C'est dans ce sensqiie nous avons agi jusqu'à ce jour; c'est dans ce sens que nous continuerons à agir, et vous apercevrez à notre conduite 'qu'au lieu de reculer devant l'application de celte rt:gle, à mesure que les événements mai^ chent, nous donnerons plutôt de l'extension qut' des restrictions aui cas prévus dans lesquels nous nous croyons autoris4's k agir, a

Un touche ici du doigt les mobiles qui dirigeaient la politique adoptée par Louis XYllI et son couseil, et l'ou voit ce qu'il Tuut penser des hésitations de M. de Villèle dont il a été ai souvent parlé dans l'histoire. M. de Villèle n'hésitait pas, il voyait et il prévoyait. Il voyait qu'une seule considération pourrait justilier l'intervention française en Espagne aux yeux de l'immense majorité de la nation, plus inclinée vers les questions d'intérêt que vers les questions d'opinions, la nécessité : une nécessité matéiielle , celle de la sûreté territoriale de la France; ou une nécessité morale, celle de son honneur. Il

pauR^ lUltani : « Une guerre en Eipigne «erait InOnle en longueur, ne Mnfl lui tlDlinnuIn en France parce que, Rarler, nous ne «eroni pan oMaquét, doui rendraii oaiia inDuenve en Europe parcs que nus farves acrilml occupJMi ils l'autre eblé cJei PjrrAnées, aulariaeraJL les reproctiea de l'oppotillun pour lea iléponie». ni utpoterail peul-ËIre à U longue notre armée ^ la conUgioa dl

OBSEtLVATIOIlS DE H. DE V1LLÈLE. 281

prévoyait qu'une de ces nécessités se prnduirait par suite de ta marche logique des événements , et il l'attendait, décidé à agir aussitôt qu'elle se serait produite, maïs pas plus tôt. Il trouvait que l'entreprise était par elle-m^rae assez diRicile, à cause des suites qu'elle devait entraîner, et des obstacles qu'on rencontrerait quand on voudrait en sortir, pour qu'on n'aggravât pas la situation par des Tantes de conduite , et pour qu'on fil les derniers efforts afin d'écarter tout ce qui pourrait donner des armes aux adversaires du gouvernement et des ombrages à l'opinion. C'est ainsi qu'il arrivait h criliquer pluùeurs points de la conduite de M. de Montmorency :

■ Uh cooGidération de premier ordre pour nous, disait-il, et c'est ici ipiG j« *ais rentrer dans les opi^rations dont vous êtes chargi^, une obli^tiun cssi-ntielle, c'est d'agir de aotrc proiire mouvement, c'est de M pouvoir être accusés ni d'avoir provoqué l'indignation des autres souverains contre l'Espagne, alln d'obtenir leur appui dans une guerre que nous tnulioas lui déclarer , ni d'être entraini!s malgré nous à la bire par des déterminations étrangères. C'est afin d'éviter ces deux incouvénicnUque nous avions insistO pour que vuusnc vous fissiez pu Le rapporteur des afTaires d'Espagne au eongri's. Vous avez, sans doute, déjft senti comme nous pc-ndant les huit jours durant lesquels on vous abilatteodre lesréponsesauitrois<iueslionsqui tous avaient servi de BQoduaioDS, qu'il y avait là quelque chose de moins réellement avantageux jMur la France, que si, déclarant qu'elle avait pris ses mi-suree 1 tout événenienl. Taisant eonnaîlre ses intentions dans tous les cas, (die n'eilt rien demandé pour elle, annonçant ses dispositions à concourir ncannioiiis avec ses augustes alliés à rechercher si, duns l'intérêt (iénéral de l'Alliaiicc et des garanties sociales en Burope , le congre» n'aurait pas quelque mesure plus efficace à concerter et k a^topter.

« Mais un point capital sur lequel je suis chargé par le Roi d'attirer Iwrte Votre aUcntion, s'il en est temps encore quand vous recevrez celte dépêche, c'est la crainte où nous sommes et que juslilient les lennes des réponses qui vous ont été faites, que l'acte qui va résulter de votre négociation ne porte la trace de la provocation laite par la Prance d'intervenir dans les alfaircs de la Péninsule, de la secpiirir dans cette entreprise, comme si elle était au-dessus de ses forces, enûn de prendre chez les autres des garanties contre nous-mêmes. C'est

282 CONGRÈS DE t£RONB.

surtout ce que nous voulions éviter lorsque nnus vous prOcliions L âc ne pas vous Taire rap|>ortcur , c'est ce qui paraîtrait intoUrable ta et serait du plus mauvais elTet même en Espagne. C'est ce que n vous iiivilons à Taire inviter autant que vous le pourrez, soit dansU lentatiffia de conciliaUun avec le gouvernement actuel d'Espagne m" l'on s'y K'suut, soit dans l'acte d'adhésion donm^ par les puissances à notre conduite si elles se décident à s'en remetlri; à nous des mojens à employer. «

En terminant cette longue lettre, M. de Villèle peveDai cette question des colonies espagnoles dont il s^était pW cupé dès qu'il avait élc question de l'ouverture d'un cat grès, et il reconnaissait franchement qu'avec le tour qu'a avait laissé prendre aux délibérations , il était devenu impôt gible de l'introduire ; il le reeonnaissait en le regrettant. Paj jetant un regard sur la politique générale, il appréciait la lîgi suivie par chaque puissance , indiquait celle qu'il appartenait à la P'rance d'adopter, et caractérisait avec im bon sens qui touche à la proTondeur les inconvénients futurs de la politique suivie par le prince de Aletternîch. C'est une page qui appartient à l'histoire, parce qu'elle met en saillie dans I "intelligence de M. de Villèle, chez lequel quelques esprils prévenus n'ont voulu voir qu'un financier, des facultés politiques de premier ordre ;

0 Nous concevons aisément , écrivait-il, qu'une Tois engagé dans la voie que vous avez cru devoir suivre, la questino des colonies devenait inabordable et n'eût Tait que rendre impossible tout résultat quelconque. EUe ne nous avait frappés que comme propre à ûter à l'Angleterre la possiLililé que vous voyez qu'elle se réserve avec tant de soin de Taire tourner à son profit toutes les chances de non-succùs, toulea les lenteurs, tous les obstacles qu'elle contribuera, autant que le décorum le lui pci-mettra, à nous préparer en Espagne. Nous voulions lui ôler cet intérêt , cette possibiliti'. C'était difficile , j'en conviens de bonne foi, même avec la marche que nous avions indiquée; c'était impossible et absurde avec celle qui a été suivie, il ne faut plus y penser. Je crois que la suite prouvera qu'on a ou tort de ne pas pn>flter de ce congrès pour balayer toutes les questions par lesquelles la paii

SlITE des: nÉpéCBES DE H. DB TIlliLE. â83

du monde [>eut 6tre troultlée , à la Toluntù de U première pu issanre qui y truuTera son intérêt, l^uuid Chaiejiibriand dit que t'aiTairt- d'Espagne durera trop peu de temps pour ijue l' Angleterre puisse sVn^a^er dans cette Tuie, il a raison s'il ne calcule que le temps qu'il faudra à notre armée pour aller à Madrid , mil-mc ii Cadii, s'il eu est besoin. Ma» s'il calcule celui qu'il faudra pour arracher la famille royale des mains de ces furcenéfs; s'il calcule celui qu'il fauilra pour pacitier et oi^aniser l'Espagne en di-pit de l'intt^ril que va avoir l'AngU-terre à rendre notre (eurre dilTicile , impusstlile même, je crains qu'il ne se trompe.

« .Nous qui $uinmi.>â à une dislance peut-être meilleure iHiur liicn juger ce qui se passe en ce moment si près de vous que Tous-mi'me, Toici ce (|ue nous croyons Toir dans les dispusitions des divers cabinets. La RiM8i<>esldc bonne foi dans tout c« qu'elle vous dit, cl snrtiiut dans le di^sir qu'elle manifeste ijuc >ou9 avei besmn d'diesl que vous lui foorussi» le seul moyen qu'elle ait de concentrer ses troupes et de reprendre de l'action et du poids dans le midi de l'Europe, sans sortir (lu caracti'n- loyal, dtsinlcressê, chevaleresque de son aouverairt. L'ADtriehe et la Prusse sont embarrassées pour contenir ce besoin d'action de la Russie, eepérant qu'en dirigeant ses spéenlalions sur l'Espagne, un peut l'amuser avec moins de danger que s'il s'occupait de l'Orient, i-'t nous payant ce répit donné ii leurs craintes par toutes les alliances et toutes les promesses que vous voudrez; bit'n entendu, Hni»ut pour l'Autriche, â^ondilion que tous n'en aurez jamais liesoin, qu'die restera toujours soulerriiinement liée avec l'Angleterre contre nous et la Russie , et le déclarera même tout net lu jour ou quelque drcHnslanre le permettra.

I La pi>litique de M. de Mcttcmicli nous parait toute dilatoin'; il pousse le temps avec t'épaule. U croit avoir ville gagnée quand il a levé l't^tacle du moment aux dépens des obstacles qu'il accumule pour le let>deni3Jn. Il fait en Europe ée que H. Derazes faisait on Franco. Dieu TeuiUe que l'orage enlassi^ par un tel système ne finisse point par éclater! Les ravages en seraient incalculables-

a Nous aurions cru ici que, loin de persister à détourner celle né- Mssllé d'action de la Russie, il eût été plus sage de lui fournir un alimnit et de lui donner satisfaction en concertant h Vérone des moyen» de terminer honorablement les afTaires de la Grèce : au lieu de cela. Tut» allez partir sans oser en parler. Croyez que la Russie se réveillera mr ce point et qu'il peut en résulter un bien grand dommage, même pour les intérêts que défend H. de Metternich. De même vous partez Sans aïoir osé dire un mot des colonies. Je crains bien qu'il n'en résulte des effets inextricables pour |>acilier la Péninsule, et qu'en définitive les Anglais, après s'être présentes comme les seuls qui veuillent

384 COKGIIÈS DE TfBOXE.

respecter tes droits des nations, ae parrieiineiit i s'appr<^ricr xu â se (iaire ct'd^r Cuba, et à se rendre mailirs ou a.u moins possesseors pritilï^L'S du commerce du nouveau monde, après nous avoir fait consommer quelques cent mille hommes et quelques cent millions eu Espace.

« Xais j'en finis sur ce point, car je n'aime pcnnt à Toir tes choses en noir, et je suis toujours disposé à prendre les affaires où eUes en

sont C'est en bisaut opérer chacun sur sou terrain et dans son

iotêrèt, qu'on peut utilisiT cl sati^raire tout le monde. Ainsi , c'est en s'cntcndant avec la Russie sur re qu'il >' a de raisonnable à faire en Grèce; avec l'Angleterre, sur requ'ilja à faire en Amérique ; avec l'Autriche et la Prusse sur les précautions à prendre en Allemagne et en Italie contre les révolutionnaires; tnlin en nou» aidant muralemeiil, autant qu'on le pourra, à terminer les affaires de la Péninsule, que le congrès s'honorera et que la Sainte- Alliance méritera son nom. Preuoiis dans ce moment ce que nous pourruns de ce con^'£-ci. Em- I)é(-liez l'Autriche d'ahuser de sa position en Allemagne et en Itahe. Retirez de nos trois alliés continentaux t'unitc d'action morale avec nous sur l'Espagne, et pour ne pas alTaibUr cette action ne soul&ei tien qui puisse faire accuser la France de l'avoir provoquée. Son hrf est déjà assez mauvais, parce qu'elle est [irobahleuient appelée à supporter seule tout le poids, toutes les chancra et tous les frais de l'opération; que le concours effertif et matériel ne puisse jamais avoir lica que sur notre demande. Enfin, trouvez quelque autre moven que celui du débrouillage des affaires d'Amérique pour ôter à l'Angleterre l'intérêt el la facilité de manger l'huitre en nous laissant les écailles, apri's que nous nous serons donné une peine infinie à les ouvrir. *

nans les lettres suivantes, M. de Villéle ne cessa poiot de revenir siu' le même ih^me, et de renouveler à M. du ^^uo^■ morency ses instances pour qu'il sauvegardât dans les résolutions communes qu'il s'agiss^t de prendre, la liberté d'action de la France et sa dignité'. Comme cette supriînic délibération sur la question espagnole coïncidait avec les électioi

I . Il lui dirait dins » lellre du 1 1 novenlirG 1b!Î : a J'ai ci d« pcniro mon eicelleiit vire. Je aorte que je n'ai ni 1^ fient uî la (Sta ■ ■ITiiIrei poliiif|uc». Fious vonumi de rcceiolr votre lellre du & el le*|iroJcUV y Glaïeul JolnU. iia irais parlU. In |irenit«r rai h srui qiil ail paru lolén BU tlul, Encore rmil-ll que voua un l'alculiei bien lui ronsJquencet, que v ru pesici liieii Itr- Icrmc», que >ou» io\ei bien aiTâl£ sur ]« rtinllat el i

:ilES DE H. D£ VILLELE.

du cinquième, à cause dts attermoiements du prince de Mettemich qui, dans l'espoir dp trouver le terrain d'une transaclioD avec TAngleterre, avaîl remis de joiu' en jour celtu délibération, les adversaires du gouverDement se servaient de l'iacertitude qui régnait dans les esprits pour lui Taire une guerre dont le contre-coup se faisait sentir à la Bourse. Nous trouvons l'expression la plus vive de ces préoccupations du président du conseil dans sa lettre du 12 novembre 1822. Il était découragé, écrivait-il, de parler de la voie prise au congrès, parce que tout devait être terminé avant qu'on reçût sa lettre à Vérone. Cependant il voulait dire à M- de Montmorency qu'il remarquait avec un sentiment qui ne tenait en rira de la siupnse, car il le connaissait lui et ses cullégues, qu'à mesure que les conséquences de la marche suivie au congrès se développaient, ils avaient eu soin d'écarter, autant qu'il était en eus, tout ce qui était de nature à porter atteinte à la dignité et â l'indépendance de la France. Le Roi s'était indigné â la lecture des deuxième et troisième projets présentés '. Le premier était sans doute préférable, seulemeni il élail à prévoir qu'il conduiiait les plénipotentiaires français à de nouvelles difficultés qu'ils chercheraient, le conseil y comptait bien, à lever, en conservant au gouvernement du Roi sa liberté d'action, sans laquelle i! tomberait à la suite du congrès, ce que le& ordres et lus instructions du Hui avaient positivement prescrit aux plénipotentiaires d'éviter.

Parmi les inconvénients les plus graves du retard apporté

lool cel« Nil d'accord avec l'iioiineur l'I l'indépendance du pouvemïtncnl da Bot. Les relardi du con^rèj et 1i nalure Aa In dîu^iDllon nou> fanl iri beaucoup de mal. Pitra funds BOnl en débâcle. Toul le monde a'altend k la guerre. Chacun •oadnit que te gouvernemenl parlll, el H ne peut rien dire. >>

I. Il l'aglfuU du projel d'après leqael lei praodei pu iwancee auraient agi aoprèi dd (rauiememenl e<ipa^noI , à i'excluaian de la Krance . coDsIdfrJe evnune parlle dans le lilige. el du projet dapris lequel la pui-jance la mieui poiée pour m fidre écouler par le gouiernemenl eipa)inol, prolialUmcQl l'Alil^eleriw, aurai 1 leule porl£ Ib paj'ole.

286 CONGRÈS DE VÉHOKE.

aux réstiiutious qiu' devait preudi-e birongrés, il fallait coni| ter l'espèce de vague dans lequel on laissait l'opinioa. Le gouverneroeul de la Restauration, il importe de ne pas l'oublier, suivait cette grande affaire du congrès et se préparait à une intervention qu'il prévoyait chaque jonr comme de plus en plus probable sans la désirer, en face d'une presse qui jouissait d'une liberté absolue. Il lui était impossible, h cause de l'incertitude des événements en Espagne, de celle des décisions du congrès, et du parti qu'adopterait l'Angleterre, de donner une direction quelconque aux journaux de droite qui venaient chercher auprès de lui des renseignements. La polémique se trouvait donc transférée dans le domaine de l'imagination, et, faute de connaître les faits, on spéculait sur les idées. D'autres spéculations, comme il arrive dans les circonstances de ce genre, se rattachaient b. celles de la politique, et il y avait à la Boui-se de brusques oscillations favorables au jeu, préjudiciablfs aux intérêts et à lit solidité du ci-édit public. Le gouvemoraent faisait ce qu'il pouvait pour éclairer les esprits et ■les inlérôls. C'est ainsi que M. de Villèle, ayant appris quête ministère espagnol avait complètement abandonné l'idée d'impliquer lus Infants dans le procès dont le mouvement tenté par la garde royale h Madiid, au mois de juilk-t précédent, avait été l'occasion, M. de Villèle manda le syndic dus agents de change et ravenit qu'il avait reçu de Madrid U nouvelle positive qu'il n'était nullement question d'une ini de ce genre et qu'il pouvait en donner l'assurance

1. ■ OnTioui reprochall fori, éfHt H. da Villèle à la dale du 1 Od Ini^ïer ruinsr It* diipei que \fr afMeun fôlMli-nt i Is Roiinn, >rancc de loiile nouvelle daiu lai|uellG nom Islttion* le pulilic. J'ai praHl^ û premier fsit tenu 1 ma onmialdunifl pour niandor le a.vndie dio a|;snl* de diangu et lui dire que puiaqu'iinK Het lioutel1e> i|ul avalptlt le plut «gl «ur Ift. Bourse était niille donnée par. [|ue1que» Journaux, tous la ilalc du 31 nplobra. i MaUi'iiJ, riuu lee Infante élajcnl niQnueiïfl à'iXre comprlii dans In pouriullc dl»

DIPLOMATIE CLANDESTIKE. 287

Ce D'était pas seulement à Paiùs qu'il y avait une ufficine de fausses Douvelles, 11 est rare qu'un congrès s'ouvre une ville sans qu'à cAtéde la diplomatie officielle on voie s'organiser les bureau\ d'une diplomatie claudesliae. L'intrigue est presque toujours à cûté des atTaires. Celait ce qui était arrivé i Vérone, et au commencement du mois de novembre, M. de Villèle se plaignait à M, de Montmorency de ce que le comte Achille de Jouifroy envoyait de Véroue à Paris un journal des opérations du congrès, dans lequel les notes remises par les plénipotentiaû'es Trançais étaient relatées i< leur date, les dispositions des deux cabinets appréciées, et Lotm XVIII et son président du conseil représentés comme »}'aot laisïié surprendre le secret de la politique française par le duc de Wellington, lors du passage de ce dernier h Paris '. M. de Montmorency, dans sa réponiie à la lettre de M. de Villèle, se montra aussi mécontent que lui de la correspondance que le comte Achille de .louffroy entretenait, non-seulement en Fraitce, mais en Angleterre'^. Le personnage dont il s'agit était un de ces esprits aventureux qui entrent de gré ou de farce dans les grandes affaires. Il se présentait comme un diaciple de llergaâse, il était attaché à la rédaction de h Gazette ie France, et il avait eu pour introducteur auprès de M. Ma-

BmiI Venâtt, i'^Lnic «Us de lal «pprendre que ilei nouyeltes de Madrid MUt 'M dite dn Hpl joli» pasUrleun, ne me Uliulenl aiii^un doute eur 1> bmielâ '>' U première nourtlle, et qu'il pouilll en donner l'aiiaurance à u com- IXgnle «fin d^iiler ({Ufl la connaluanire <|UB devolenl rn atolr comme mol .fliirttijri mnlwns de comniarae «1 de banque, ne «erïit aux nos à duper les '"'rci. Toul cela » é\& rendu h la diable pur les journaiii, didIb k produit aon "^1, ttr. ricpulB, le» fonda ae aont releté» et «oulenua i 89. » (Doeimenti

1. Letlre de M. de Villèle i la date da 8 novembre. [Document! inédiit.)

2. On puWla, à Londrca, une brochure InlItuWe ; Chnmblue -icrile oii '^'•orii df IVrnne. doiil l'objet «lait de persuader au public igue l'IiilerïBnlton ^*n;ilH en Efpiiftne avait élé eicluakemenl (IdlerniiTi^F par deux liommet ^'^ngeri & l3 dipii-inalli', le comte d'Eipagno Ri M. de iaaHm^, aurloul par **lle du crédit qu'avait te dernier sur M, de Moiilmorcm'y,

CONGRES DE VÉHUNE. ■

Ihieu de Montmoreucy, devenu ministre des affaires élran- ' gères, un ancien diplomate français employé par l'empereur de Russie pendant l'émigration '. M, Achille de Jouffroy avait quelque renom comme publiciste ; peu di3 temps auparavant, il avait soutenu une vive polémique contre M. de Donald au sujet des Grecs, dont le grand écrivain catholique s'était déclaré le champion, et que M. de Jouffroy avait attaqués comme des libelles en état de révolte coutie leur souverain légitime le grand Turc. Le bruit avait couru que l'opinion de M. Achille de Jouffroy, dans cette question, n'était pas complètement désintéressée, et qu'il élait l'instrument du prince de Metternich, avec lequel il était en correspondance depuis le congrès de Laybach. M. de Montmorency, auquel on avail présente le comte de Jouffroy comme un homme t employer - en première ligne, conçut quelques déliances de ses relations présumées avec le premier minisire d'Autriche, et consentit seulement h causer de temps de temps avec lui le matin el à lui faire rédiger quelques mémoires sur les questions qui rentraient dans le cercle de ses études. Quand le ministre des affaires étrangères de France partit comme plénipotentiaire pour Vérone, le comte de Jouffroy sollicita de lui la peimis* sion de s'y rendre en profitant de l'invitation que M. de Gen\i lui avail adressée ; son ambition se bornait à ce que le ministre favorisât son voyage. M. de Montmorency savait qu'il eu avail agi de même lors des congrès de Troppau et de Laybach, pour lesquels il était parti avec l'approbatiou ou au moius In tolérance de M. Pasquier, alors ministre desaffaires étrangères, n semble que le rôle qu'il avait joué à ces deux congrès ne fût pas de nature à encourager M. de Montmorency à lui accorder l'autorisation sollicitée. 11 passait, en effet, pour ne pas

I. J>iii|irLiti1e toui cet d^lait» i ane note qui ïull l'fml lur U congru d« Vtroiie, par M. de Monlniorcnry, noie qui porle re tîlre : Sur le l'ojni/f , '' ii^joiif tl les iuiTiyuei de M. le comle Aehittt de Jouffroij u r^rone.

DliiLOMATlE CUNDESTINE. 289

avoir été iusensible, pendant les cougrèii de Truppau et de Liybach, aui séducUuiis de la politique autrichieime, et il n'avait pas tardé à devenir suspect aux diplomates français doDt il contrariait l'actiou et dont il critiquait le? tendances, en se donnant comme un envoyé secret des royalistes les plus ardents, et même du pavillon Mar&au. Rien de plus nuisible dans les affaires que cette diplomatie clandestine faite k cbté de lu gimide diplomatie. M. de Muntinorency, qui était trèsftvaut dans l'estinie et la confiance du comte d'Artois, crut que lu présence de M. de JouiTroy à Vérone n'aurait pas pour lui les m^mes inconvénients qu'elle avait pu avoir, sous un DÛiûstère d'un royalisme moins pruuoncê, pour les plénipotentiaires français à Troppau et à Laybach. 11 u'éconduisit donc pas M. de JouiTroy, comme en raison de ses précédents il aurait eu le droit de le faire, et espérant en tirer quelques ^rvices, il lui demanda seulement d'être avant tout Français, ce que celui-ci promit sans hésiter. Autorisé ain^i à se rendre à Vienne, le comte de Joulïroy y arriva peu de jdurs après M. de Montmorency, avec le comte d'Espagne, connu par le tôle RCliT et brillant qu'il avait joué dans la guerre de l'indépeudance. Le pléuipolenliaire français reçut quelquefois M. de Juuffroy dans son cabiuet, comme le ministre eu avait l'habitude à Paris. Ce fut ainsi que le comte de Jouffroy lui remit UQJour une note en le priant de la lire attentivement. C'était celle qui circula quelques semaines après à l'aris et dont M. de Villèle se plaignit à bon droit'. M. de Montmorency,

1. < Il pi'H]i|iorla qudqiiFs rantelgncmeDU utiles, dil M. de Moaîaiorcncj '•M ion écrit. Dana une de «» ttxtiu, Il me remit, ta me prt.inl île Is Uni ^UMliiemeiil, la noie qui a circula quaire ou cinq >e[nBin«i apris i l'arli, «t * lui |iar Hrc [lulili^e pur Ica Joiirnaui snglala. J'ai cclli: noie. Je lui iIIb que )< TtrIAfrali *e qu'il m'nniioiïnil des dliposlllons des rahlnets élranBori ; que ^■■■nl k te qu'il prétenilall utoir de lu décision du nAlre el de» princtpei peu ■bndonlj'avaiaàuiedéller, Il j iTaliLeaucoupd'iudiecrÉlioDeld'ineiiic^Ulude ■Uanci «Mcrliotm. Il me promiL le «ecrel, el je n'y l'cusai plus, n [Sales 1 ''•iipui de l'£cT-t( lur le congrès de FVroiie. -;- Documenit inidiis.)

UM. de U Rcslliu. — T. Tl. lU

CÛNGHès IiE VÉHOKE.

dont Tâme loyale ne soup^-onnail pas les ruses de celle dîiil matie soulerraine, dont les senices mêmes sont des pièges et les révélations calculées des moyens savants de comprometlre celui qui les écoule, se contenta de répondre que les assertions relatives aux décisions du cabinet français et aux principes peu sûrs dont le ministre des afl'aires étrangères de France avait à se déKer, « renfei-maienl beaucoup d'indiscrétiom et d'inexactitudes. » Puisque M. de Montmorency jugeait à propos de répondre à ce courtier clandestin de nouvelles diplomatiques, ce n'était pas dire assez, et il y avait une certaine candeur de sa part à se fier à la promesse de discrétion de ce personnage dont le rôle était d'être indiscret. M. de Montmorency partit peu de temps après de Vienne pour Vérone, et bientôt il vil arriver dans cette dernière ville le comte de Jouffroy et le comte d'Kspague, qui suivaient à la piste la marche des affaires. Ce fut là qu'il reçut la lettre de plainte de M. de Villèle dont il a été parlé plus haut, avec la copie de la note qui circidait dans les salons de Paris. Il la confronta avec celle que lui avait remise M. de Jouffroy et vt^rifia leur identité. Lorsqu'il témoigna sa surprise et son méconlentemeut à celuici, il n'obtint de lui qu'une défaite : le messager chargé de remettre ces documents an marquis de Jouffroy de la part de son (lis, avail eu le tort d'en laisser prendre plusieurs copies. M. de Montmorency eut la longanimité d'accepter celte excuse, cl ce ne fut que plus lard qu'il poila un jugement plus sévère siu- ta conduite de M. de Jouffroy en reconnaissant qu'il avait fourni les éléments de la Chronique secrète du congrès de Vérone, cette légende de mauvais aloi publiée h- Londres, qui a longtemps obscurci la vérité historique txm faisant Illusion a beaucoup d'esprits alléchés par tout ce ^ sent le mystère'.

I, «Le lort de M. de JouBroj ne m' H. ds Hontmorenty, loruine Mr)ss[EtR t

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