LES TROIS NOTES CONCERTÉES
baies el écrites échangées ; mais M . de Montmorency demeura bientôt convaincu qu'on ne paniendrait pas à modifier le ton généra! des notes, qui était loin de lui plaire. La note du cabinet de Vienne était celle qui se rapprochait le plus de ses idées; cependant elle contenait un passage auquel le prince de Metternich tenait beaucoup, et qui était destiné à rappeler les anciens souvenirs de la gloire espagnole, en les rattachant à l'époque où la maison d'Autriche régnait de l'autre côté des Pyrénées. Cette réminiscence n'avait rien qui piH servir Ferdinand, descendant de Louis XIV par Philippe V, ni plaire à LouùiWllI, cher de la maison de Bourbon. La note russe étail écrite sur un ton dédamaloîre, menaçant et par conséqtieal peu persuasif. La note prussienne, rédigée par le comte ■ de Bflrostorff, présentait les mêmes caractères d'une manière plus marquée encore. Les membres du congrès étaient décidés à ne pas s'en tenir à l'envoi de ces notes. Ils avaient dû prévoir et ils avaient prévu le cas où la démarche qu'ils"a]laîent faire demeurerait inutile, et ils avaient considéré que, s'ils n'y ajoutaient pas une sanction pénale, ils se trouveraient saisis dans le flagrant délit de l'impuissance, ce qui produirait un fàcheiLX eîfet sur l'opinion. 11 fut donc arrêté, dans une des conférences, que, dans le cas trop probable ou l'on n'obtiendrait rien par les notes, on ajouterait quelque action positive à celle démonstration verbale. L'idée du rappel des envoyés et de la rupture des rapports diplomatiques était déjà depuis longtemps dans la léte du prince de Metternich. Elle lui semblait un but auquel on pouvait s'arrêter sans aller plus loin. La Prusse partageait cette opinion. La politique russe faisait avec empressement ce premier pas dans l'espoir d'en faire un second. Tous, depuis l'arrivée des dernières nouvelles d'Es-
npreulons mJ^ines dune ce Hfil. Le texte Je < par M. de Chatenutiiand, lome t", page» 131 i
>B Irais noin b été mppDi'lé rra Congrii de
294 CONGRÈS DE -VÈHOITE.
pagne et la lecture des gazelles européennes, étaient pénétrés de la nécessité de ne pas se séparer sans prendre un parti et sans faire entendre la voix du congés. M. de MontraorCQcy, c'est lui qui l'a dit, partageait cette manière de voir. En résumé, les minisires d'Autriche, de Prusse et de Hussie s'accordaient à retirer leurs ministres de Madrid s'ils n'obtenaient point l'abandon du système révolutionnaire. Ils craignaient moins qu'ils ne désiraient qu'on leur donnât un prétexte de les retirer. Celait ainsi que M. de Montmorency sexpliquail le peu de succès de ses efforts pour obtenir qu'on rendit le Ion des notes plus conciliant. L'Angleterre déclarait, par la bouche du duc de Wellington, que le miaistre anglais resterait auprès du roi Ferdinand pour s'efforcer de le prémunir, lui et son royaume, des malheurs qu'elle n'avait pas cessé d'annoiicw comme le résultat inévitable de la conduite adoptée par le congrès.
Ouand les choses en furent là, M. de Montmorency, qui connaissait, sans la partager entièrement, la pensée de son gouvernement sm' l'impossibilité de retarder plus longtemps le commencement des hostilités après la rupture des rapports diplomatiques, renouvela sa déclaration, qu'il n'avait pas d'ordres formels du Roi à cet égai-d. H ajouta qu'il irait les prendre lui-même, que ses dispositions personnelles étaient dans le sens de celles manifestées par les autres pténipolentiaîres, et que les principes de son gouvernement étaient assez connus pour protester de son désir de ne pas se séparer de ses alliés dans une détnarche aussi essentielle. Cependant il était de son devoir de présenter deux observations capitales : la première, c'étiiit que le rappel du ministre français de Madrid demandait à être plus sévèrement pesé que le rappel des autres ministres ; si la guerre s'ensuivait, c'était en effet la France qui serait appelée à la faire. La seconde, c'est que le roi Louis .VVIll, comme chff de la maison de Bourbon, était
PROTOCOLE nu CASUS FfEDBRIS. 393
obligé de consulter d'une mamère plus particulière les vœus de Fercilnand VU, qui pourrait croire sa sflreté iutérpssée à la présence de Teavoyé français à Madrid. Personne ne contesta la justesse et la force de ces deux remarques, mais M. de Montmorency ne tarda pas à reconnaître qu'il y avait un parti pris chez tes autres cours, et qu'elles ne subordonneraient pas leur marche à celle de la France.
Restait h discuter le protocole pour le castis fœderis. Naturellement le duc de Wellington, qui avait refusé de concourir à toute mesure dérivant de la pensée d'une intervention, s'abstint de paraître aux conférences, dans lesquelles on délibéttâ\ sur les cas où l'alliance aurait à prendre fait et cause, mais ses collègues le tinrent au courant des délibérations. Après deux jours de discussion, les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de Prusse et de Russie signèrent le procès- Terbal suivant :
a Article prcinipr. — Ia'3 trois cas dans U'squets les engagtiOL'nls ÛTentaelB entre tes f)ualre puissances, signataires du présent pruecs-ïurbal, ■teviemlront imniifdiatement oblifcaluires sunt :
«4» Olui «l'une attaque à main armée de l'Espagne contre le terrili^re français, ou d'un acte ofTiciet du gouvernement espagnol provin quant difeetemetit à la rébellion tes sujets de l'une ou de l'autre des puissances;
a 2a Celui de la déchéance prononcée contre SaHajesté le Roi d'Eftpa^e, d'un procÈs intenté eontru son auguste personne ou d'un attestât de même nature cuntre les memlires de sa famille;
■ 3' Celui d'un acte formel du gouvernement espagnol portant atteinte • ux dnjita de successions légitimes de la famille royale.
« Article second. — Attendu qu'iudépendamment des cas ci-dessus Spédliés et délltiis, il peut s'en présenter d'autres que les cours signataires (lu présent acte regardent de la même valeur et devant emporter tes mtnies effets que cpux qui se trouvent désignés en l'article premier, il est arrêté que at tel cas non spéciilé ou tel autre cas non aaalofue venait il se réaliser, les ministres des hautes cours alliées accrédités pr^s de Sa Majesté Tros-Ch retienne se réuniront avec le rabiuet de France pour examiner et dfterminor si le cas en question doit itre cousidéré comme rentrant dans la classe des cusw fœJtris
296 CONGRÈS DB VéHOWB.
prévus L'i diisifrnos , el eïigeanl comme tels l'application direrte des enfiagenienla pris par les hautes puissances, a
Il résultait du protocole qu'on vient de lire que si la guerre éclatait eutre la France et l'Espagne, à l'occasion des cas énuinéi'és dans ce document , le cabinet des Tuileries pouvait, s'il le croyait nécessaire , réclamer l'appui des puissances cosignataires de ce protocole, mais que celles-ci ne pouvaient point lui imposer leur concours sans ta demande expresse. Pour les cas non déQnis, il faudrait que la conférence siégeant à Paris et formée des ministres des trois hautes coiuî, d'Autriche, de Prusse et de Russie, se mit d'accord avec le cabinet des Tuileries sur la conduite à tenir. Restait une question indécise, celle des notes concertées entre les quatre grandes cours, à remettre au cabinet espagnol, avec le retrait des quatre ministres, d'Autriche , de France, de Pnisse et de Russie , comme sanction pénale, s'il n'était pas fait droit ans réclamations communes, M. de Montmorency s'était engagé solennellement dans ce sens, mais en réservant la liberté de son gouvernement, qui pouvait, comme il l'avait sagement fait obseiTer, avoir deux motifs puissants pour ne rien précipiter à cet égard.
Ou décida qu'il y aurait une dernière conférence pour arrêter ta forme du protocole sur les conférences dont la question d'Espagne avait été l'objet; mais il y eut préalablement une séance le 20 novembre, dans laquelle les quatre priucipaux ministres communiquèrent au duc de Wellington le procès-verbal signé la veille et les instructions que chacune des quatre grandes puissances se proposait d'adresser à son ministre h Madrid. Quoique ce ne fût quune affiiire de forme, le duc de Wellington développa les points de vue sur lesquels, comme ministre de la (irande-Bretagne, il envisageait l'une el l'autre de ces démarches, et annonça qu'il en résu-