‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 52 sur 122 · PAU M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

PAU M. DE CHATEAUBRIAND

Le conseil fut convoqué pour le samedi, 23 décembre, à trois heures de Taprès-midi, chez le marquis de LauristoD, qui avait la goutte. Nous laisserons racopter cette séance au duc Mathieu de Montmorency lui-même :

« La discussion , dit-il , fut longue, complète , solennelle. Je l'ouvris naturellement par la lecture des dernières dépôches, un résumé rapide des circonstances précédentes et des observations nouvelles de Vérone, enfin une énonciation formelle et motivée de l'opinion que j'avais fait connaître. Je parlai avec cette intime persuasion , ce désir , cet espoir même de convaincre les autres, qui peuvent seuls donner au discours, sinon de réloquencc, au moins une véritable chaleur. Dois>je dire d'avance qu'une partie de ces moyens de succès me manqua dans la même discussion renouvelée, huit jours après, sur un plus grand

1. Ces dernières lignes sont extraites de l'écrit de M. de Monlmomicy.

r 23 M^:cEMBHB 1832. 323

ttB'sitreîJe relus la noUî pn'pBT^ pour notre pinm ù M»ilrid,^np j'nTnis drjà corrigée d'aprea les obsenations <le mes collépfUM, t\ que j'R*ais misu f*in& les ;eus ilii Kui qui »'} uvail pus fait irohjectJKns. J'ajoutai qiK je n'attai'liais pns imt' inipi^rluncc' ciagérre au choix Aes paroles, que je cpovais leur surcès ji Madrid peu Traigemhlnbti- ; mais que je tenus fortement û deux nu trois rentes de conduite eosentî^nes qui coin|meai<;iit tout mon sjstêmc. Parfaite int<.-lHgencc aTee nus alliés du conlinenl, marche coucertt-c triBemblc, et rapptj âiriiullané 6e tine nintstres en Espajrne. J'emhrasïais «ans crainte celte rtqrtiitr «le DOS reports diplomatiques avec on gouvernement rffolutionnairc eooiiue un moyen plutM dénrable de véritable indépmdance , pour téglrr notre manière d'agir ultérieurenient it son pgard et pour choisir mis le moment oppiTtun d'une fuerre que nnua devions eommenc(T 8«uls. Je ne décidais p« que relte pnerrc diVt ftre nêeessairenifTit immi^iliate ; mais, en ailineltant uiônie cette eu n séquence, je ne reculais pu devant elle, s

C'est ainsi que le récit de M. de Monlraorency rouvre le conseil oïl s'agita une des^uesliona les plus graves sur lesquelles le gouvernement de la Restauration ait eu à délibérer. Quand l'historien moderne, plus heureux que l'historien antique, rencontre sous la plume des personnages de l'époque qu'il retrace les paroles qui ont été sur leurs lè\Tes, il doit s'effacer et leur laisser la place. Trop souvent il est réduit à deviner ce qui se passe dans les conseils intimes de la politique, il doit saisir Ips bonnes fortunes qui l'y introduisent. M. le duc MathiiHi de Montmorency, aprt's avoir analysé son opinion, esquisse plus rapidement celle de ses collègues, U conseil, on s'en souvient, avait opiné en majorité pour qu'une démarche frtt faite auprès des Irois puissances, nos ïUiées, encore réunies à Vérone, afin d'obtenir d'elles l'ajournement de l'envoi des notes. Il croyait donc qu'il y avait des iocttUTénients dans cet envoi; mais la question qui lui reve- ^l n'était plus la même, 11 s'agissait de savoir si, l'ajourne- "Wnt demandé ayant été refusé, il y avait moins d'inconvénieols i envoyer la ûote française avec les notes européennes qu'ï isoler l'actioa de la France de celle de l'Europe.

CONGUÈH; DE VÉRONE.

« Mes collègues, continue le duc Matliiuu <le HonUnorency , reni auccesaiv^ment et longuement. Une fraiichiae eïtrême ré^a Aau» celle première discussion. On ne craignait pas d'aborder les quêtons les plus dflieates , mfmc celles qui se rattachaient à la réaction de l» politique extérieure sur les divers partis et fk l'cipinion prononcée de nos meilleurs amis. On pensa généralement que, la guerre étant lot on tard inévitable , ce serait un mauvais caleul à l'intérieur de blesser les sentinienU et de ralentir l'ai'deur de ceux qui l'appelaient de Imn Tceui chevaleresques; en Espagne de perdre et île décourager Dec alliés naturels; en Europe de nous séparer de nus alliés, de ceux qui pensaient comme nous et tendaient au même but, pour paraître marther avec le seul cabinet dont les principes et même les dispositions nous inspiraient peu de cuntiance. Cinq ministres conclurent comme mi>i, en proposant seulement quelques variantes sur la note. ■

Restait à entendre M. de VillMe, qui, en sa qualité de prêsideat du cooseil, opinait le dcrûier.

I] est facile de pressentir quels durent Être les argrimenls de M. de Villèie. Il ne laissa pas un instant l'ombre d'un doute sur son opinion, car voici ses premières pai'oles telles que If duc Mathieu de Montmorency nous les a conservées :

u Mon opinion est tout à lait dilTérente , mais il semble inutile •!•' la développer puisque celle du conseil [>arait arri^tée. »

Il la développa cependant. L'analyse naturellement succincte qu'en donne le duc de Montmorency ne s'éloigne pas sensiblement de ce que dut être l'argumentation du président du conseil . il avait, dès le premier moment et dans les instructions mêmes des plénipotentiaires français àVérone, émis de la manière la plus nette l'opinion que, dans la question espagnole, la France étant la principale intéressée et la puissance appelée à agir par les armes si la guerre venait à éclater, l'initiative et la direction devaient lui appartenir dans cette affaire, comme le choix du moment où il faudrait agir. Les trois autres grandes .puissances ne devant, selon lui, arriver qu'à titre de garantes, elles assureraient à la France le concoui-s mordl de l'Europe et aubesoinses secours éventuels dans le casoii celle-ci les récla-

PROPOSITIONS DE S(M. DE VILlÈLE ET RE MONTMOBENCV. 325

merait. La France répondait ans puissances qu'elle ne souffriniit pas que la révoliilion espagnole mtt en danger la vie, la dignité et la liberté de Ferdinand, la sécurité de Ifi France et relie de l'Europe. M. de Villéle combattit donc l'envoi simultané des nolesparce qu'il ôtail l'initiative à la France pour la faire passer h l'Europe, qu'il entraînerait celle-ci à faire la ffiierre non à l'heure choisie par elle, mnis à l'heure marquée par ses confédérés. Il croyait, eu effet, ce qu'il avait toujours cru, que le Roi serait obligé de faire la guerre le jour où il rappellerait son ambassadeur. Or il ne mettait pas en doute que la remise de la noie n'entraînât la nécessité de ce rappel. Cette guerre ferait un déplorable effet sur l'opinion, sur le crédit, si on la croyait commandée par la Sainte-Alliance. Klle avait ses dangers, mais ces dangers n'étaient encore rien auprès des diflicultés des transactions politiques qui suivraient DOS succès présumés, et de la nécessité de l'occupation plus ou moins prolongée de l'Espagne par nos troupes. 11 y avait en outre un grave inconvénient à laisser à l'Angleterre seule le rôle de protectrice de la sûreté du roi Ferdinand et de l'indépendance de son peuple, et l'on ne devait pas mettre en oubli les résultats favorables qu'elle saurait en tirer pour ses intérôls commerciaux et dans la Péninsule et dans les colonies espagnoles. A l'appui de celte argumentation, il exprima des ^utes sur les dispositions secrètes de l'Autriche, et ne cacha point la défiance profonde que lui inspirait la politique dirigée par le prince de Metlernich. Oui pourrait assurer que le premier ministre autrichien n'avait pas une entente secrète avec l'Angleterre, et que les cabinets de Vienne et de Londres ne Dons voyaient pas sans déplaisir nous engager dans une quefelle périlleuse qui nous occuperait assez pour nous empêcher fie surveiller de près leurs projets ambitieux ' ?

I. M. de VillèlE reprodull atee éloge dan* mi nolea pallllquea Im dépSche '''on dlpIoDule fr«n(àii. d'un rang iwandalre, <lil-jl, qui iMlilail au congrus

326 CÛ56Bis DB TÉKDHS.

Le présideDt du conseil coaelut en demandant que le cal»^'* nel des Tuileries fit une démarche à pari, qu'il envoj'àl au

de T*rone eI dool W ii|iprMaIion> firpnl une rite iraprM»ion lur ton («pril. Votd quelques Inpaieiili de Mlle déptche, qui, kIsd toalea le* probabilltéi, STilt éU éciitf |uir H. de lUuuD :

a Vne rlrcoiialince qui ■ àtji tu et qal aura encore une grande loDuence inr le> aMaitet mroftmuta, r'nl l'intimil^ qui règne entre l'Anglelerre et l'AalrlrLe. tllet détirenl l'une el l'aulte égakoieDl que la Fnnce reste diM l'état de regio* ri de faibledir qni , drpnli huit >ni, l'emp^he déjouer un rAle dant In frandet traimarlloiif politiques de l'Europe, et que le eiar ne K l)>rt paa 1 toute l'aoïLIlioii que l'élal aftud de «ni eniirire et celai de tea *oUm pourraient lui In^plrtr. Sur cet deui poiala, l'Aulrrriie a un intértl encore plin vif et plu» dlreel que l'Aupleterr*. l"n lonp rrpo» pent kuI ranw>iidèr la noQvaiui déreloppemenl* qu'a |»ii ■* pgiMaDce. La tttnallon de h* aStira rn llalic, iea clianc'* qui •emliUnl l'j préparer pour elle dani l'atenlr, tool lui donne une eralnte Jslouie de la France. Elle ical Iropoeer 1 l'Italie, qui pourrai! ae r^eitler à la TOia de la France , ce repoa daoi lequl Ict peapW Taliguéd par de langue» agilaliODs l'aasoupissenl engourdi' par une domiaalioo

( L'aorieB ijmliMne de la [■roiie consiilait i dffputer 1 l'Aulrlehe la prl»cjpale influence en t'appujanl lur le> grandei puitwnce* flriugèrei 4 ce pari.,, Drpuli qu'elle t'etl arrêtée i l'entrée de cea inililulioiu qu'elle aeniblall toololr ouvrir aut peaplea de l'AHefaiinie, elle «'eut é]oifoie de Vallianre moe qui bleiMit la taaité pruideone. Le bemia de repoa el de eompreMion t'ont rapprochée tleiAulricbCi qui a iei idSidci beMlni. Elle tremble de ooa« >oir t la première afilation lui demander la riie panrhe da Rfiln. Elle l'nniralt à l'AutricLe et i l'Anglelerre giour aou* en empteher.

« b Aulrirbe KuiMall d>>voir i V^rune poutKr aieo la Ituuie la France 1 Il guerre. Lei principee afilrh Ja par elle à Lajbaeh . la condaiie qo'elle tint aprct. la n#i;eatit< d entrer dana Ici tae* du cur au loaniFnt oà elle «ient de le détourner d'uue guerre ataalageuse pour lui eoolrc li Turquii^, l'ouï (ilacèe nir celte pente. Mali eite >'j etl blenlfit arrêtée. Elle appr^lienJe de mjconlenlCT rAuglulerre ; pni> la réitriulion, fortement comprimée en Italie, ne loi jiarait pluti i rraindre. Elle redoute, ai la Iranee Iriouipliu, de loi toir ni< prendre «a pui»aricv , retrouier ton amiilllon cl devenir une alliée pofsible du riar. Si die éeboue, elle redoute de lOir le* arm^ ruiw* traveriwr l'ADemague pour aller clierelicr l'Etpague i Iraten la France. Ke TojanI paa da bon irll la France Taire de l'alTalre d'Eïpagne son alTaire propre , ne TOulanl pat lieurler Iea Idée* du eiar , el voulant wtittïire l'An^eletre , le cabinet de Vienne a fait aubailiuer à l'action que la France parainalt ïoololr eirrccr OM térW de dispuiitiuiia communei qu'il le promet de rendre lUusaires l'il 1«

■ La France, qui lemlilo avoir dédré d'éviler de paraître l'inatruinml da r Alliance, dana le L'ai hii la guerre «erail néceuaire, aurai! pu ne rien dcuiaudcr au congru*.. . Elle a luiii une anlre vole, el l'on a proOlj dt l'eetiÂce d'inlllaUre qu'elle ■ |>ri«e {tour lui donner l'aiipareace d'ïlre ii

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