‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 53 sur 122 · M. DE VILLÈLE SEUL DE SON AVIS DANS LE CONSEIL · texte numérisé non relu

M. DE VILLÈLE SEUL DE SON AVIS DANS LE CONSEIL

comte de Lagarde une dépêche pour le charger de rappeler au gouvernement espagnol nos bons procédés, notre désir de conserver la paix et de faire respecter en même temps nos frontières, les conseils que nous avions donnés aux Espagnols en les engageant à une conduite plus sage, nos vœux .pour que ces conseils fussent suivis. M. de Yiilèle exprima la pensée qu'il ne fallait pas appuyer cette dépêche par Tordre donné à notre ambassadeur de quitter TEspagne, et qu'il fallait réserver cette mesure, qui nous jetait dans la guerre, pour le jour où notre honneur et notre sûreté Texigeraient. Le président du conseil termina Texposé de son opinion en déployant un projet de dépêche entièrement écrit de sa main, qu'il ne lisait au conseil, ajouta- t-il, que pour lui rendre compte de ses idées.

L'antagonisme des vues était cette fois nettement dessiné ; il y avait un projet de note et un contre-projet. Il devenait clair lue le ministre dont la politique ne prévaudrait point se retirerait. M. de Villèle surtout ne pouvait demeurer président du conseil, si une politique qu'il avait attaquée comme dangereuse l'emportait sur celle qu'il avait conseillée comme la seule ^lile. 11 n'eût plus été président du conseil que de nom, le véritable ministre dirigeant eût été M. de Montmorency ^

W des piiiiigancefi.. . La démarche que les alliés vont faire auprès du cabinet

^"pignol , que nous nous y Joignions ou non, va très-probablement les con-

attire au rappel de leurs ambassadeurs. La Russie y voit U guerre, le cabinet

^ Vienne une démarche tans contéqiienco qui plail à la Russie. Si la France ne

prend point part à cette démarche, elle est mal posée par son attitude h. Vérone

I^ur ce refus, malt il n*en arrivera rien de fàciieux. L'Autriche ne s'y oppo-

•*ï*paiet se réservera pour l'avenir. L'Angleterre, à moins de raisons Irès-

"*tes, lie prendra pas ouvertement la cause des cortès de peur des conséquences

<|w celte conduite pourrait avoir en Orient; elle se tiendra prôt»; à profiter de

^w fautes et de nos malheurs , et s'occupera des arrangements favorables à

•on commerce. 1^ France peut donc encore prendre le parti qu'elle trouvera

^ Bwilleur. >

^* tt C'était. le eadre, ajoute M. de Montmorency, et i\ peu de chose près, '«memble de la note depuis adoptée, mais avec des couleurs plus ternes, et

Quoique tout eût été à peu près dit de Tun et de Tautr côté, il y eut des répliques, d*abord celle du ministre de affaires étrangères qui, sans méconnaître la force de quelques uns des arguments qui lui étaient opposés, soutint que le inconvénients signalés par M. de Yillèle étaient moins grave que ceux qu on rencontrerait dans la voie où il voulait eo traîner le conseil. Plusieurs autres ministres parlèrent dans 1 même sens. M. de Corbière fut un de ceux qui s'exprimèrei le plus fortement ; avec sa perspicacité ordinaire, il avait bie vu que Fargument de M. de Yillèle allait plus loin que sa coii clusion, car le président du conseil avait donné des raisons non-seulement pour ne pas envoyer la note française avec le autres notes, mais pour maintenir la paix entre la France € l'Espagne. 11 le mit donc en demeure de se prononcer pou ou contre la guerre :

« M. {\o Corbière, connu par son intimité ancienne avec M. d Villcle, continue M. de Montmorency, lui opposa des déclaration très-franches et des questions assez pressantes. Dans la chaleur de répliques, il s'en présenta une toute directe sur l'opinion et le intentions du président du conseil relativement h la guerre , et M. d Yillèle fut mis dans le cas de répondre qu'il avait encore le dési et l'esprâr de l'éviter, et qu'il voulait sacrider à ce grand intérê sauf la réserve toujours sous-entendue de notre sûreté et de noti honneur.

(( Comme nous avions tous les six déclaré de nouveau que noc persistions dans notre premier avis, le président du conseil , d'un to sérieux (pie je ne lui avais |)as encore vu prendre parmi nous, dit lac< iiiquement : « Messieurs, je rendrai compte au Boi du vote de lagranc majorité du conseil. »

« 11 se fit un silence de quelques minutes. Je crois que ce fut m< qui le rompis, en disant que si Sa Majesté souhaitait, comme cela éta vraiseml)lahle, que la question fut traitée de nouveau devant elle , serait désirable que ce fut le plus tôt possible, afin que l'on pût rendi

quelques phrases de moins, qui sont celles qu'on a trou?ées les plus signili calives. » Le Mois de décembre à Paris. — Ma retraite. (ËcrJt inédit de M. d Montmorency.)

EFFORTS POUR MODIFIER l'aVIS DE M. DE VILLÈLE. 329

wwo réponse quelconque dans Tespace des trois jours, limite extrême ^lée aux ambassadeurs |)ar leurs cours. — Le lioî donnera ses ordres, ^'pliqua le président du conseil, et je vovs les rapporterai. »

' Ce fut alors, ce me semble, qu'un ministre cherchant à diminuer i^ sentiment de gùne qui pesait sur tout le monde, dit que nous n'étions A^ift-étre pas aussi divisés d'opinions qu'on paraissait le croire, il fut /^pondn qu'il ne fallait pas se faire d'illusion, qu'il y avait deux opinions bien tranchées en pn'sence.

« 1^ silence se rétablit. M. de Villèlc se leva et sortit seul et le pren^ier, sans se mêler aux causeries qui terminaient ordinairement toutes nos réunions. Je puis dire qu'en sortant de cette séance je savais parfaitement à quoi m'en tenir. J'allai donner un grand dîner diplctmatique, qui fut le dernier. Le lendemain matin, M. de Villèle,qui ail*, je crois, chez le Roi, ne m'avait rien fait dire. J'allai moi-même enti-o une heure et deux porter un portefeuilh; à Sa Majesté. Je lui IMirlai simplement du conseil de la veille. Le Roi me dit qu'il en était informé, et qu'il avait remis au conseil du mercredi suivant la disrussion définitive du parti à prendre. Le Roi [taraissait désirer qu'on "'antiripàt point sur cette discussion; je me soumis. Je pris seulement la iîlHTté de rappeler l'intérêt qu'il y aurait à ne pas donner à nos ailû'^s l'apparence d'agir sans nous, et j'aurais désiré un conseil <*xtraordinaire pour le lendemain mardi... Le Roi m'opposa le m^tif ^^^ devoii*s religieux auxquels il voulait consacrer ce jour qui était la vaille de Noël. Je me retirai pour m'occuper d'expliquer ce retard aux aïtiliassadeurs d'Autriche et de Russie qui montraient un ^'rand intérêt «^ faire coïncider leur démareh(i avec la nôtre. Je leur dis que, s'ils ne |h>u valent pas dépasser le délai de trois jours qui leur avait été (ixé, il suffirait de prescrire à leurs courriers d'aller un peu plus lentement, H^ï»^-' le nôtre partirait mercredi après le conseil et qu'il parviendrait fî^cîlement à les rejoindre. »

Kous avons suivi jusqu'ici le récit de M. de Montmorency, il est temps de' nous tourner vers M. de Villèle. Il n'avait pas dissimulé à ses collègues, le lendemain du jour où tous s'épient prononcés pour l'envoi simultané des notes, que si le 'toi adoptait cette ligne de conduite, il le prierait de vouloir "îen accepter sa démission qu'il porterait toute rédigée au Conseil. Il considérait, en effet, cette détermination comme plaçant la France à la suite des autres puissances qui lui forcent la main, au lieu de lui laisser conduire à son gré une

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affaire dont la direction lui apparU-oait '. Le diâsentiment qui eli^tait dans le conseil commençait à tran^irer au dehors, au moinà pour les personnes placées de manière à voir de près les grandes affkires. Le 25 décembre au matin, M. Hyde de Neurille écrivait à M. de Villèle une lettre pressante pour l'exhorter à u*: p«jiut se séparer de ses amis, et en même temps pour le mettre en garde contre TAnglelerre *, par la poUtique de laquelle on le supposait influencé. Un de ses collègues les plus chérs, le marquis de Clermont-Tounerre, insistait vivement pour qu'il revint sur ses pas et pour qu'il ne s*obstinât point à quitter le pouvoir à Toccasion d'une questiou sur laquelle tous ses collègues avaient été d'un avis opposé au sien '. La veille du jour où devait se tenir le conseil aux

1. Le carnet de M. de Villè1c,que noui avons souTentet otilemeiit confullë, reMa en Marie du 9 décembre jusqu^au 25. vraiflemblablemenl fiar «uite de 11 préoeeapation que lui raan la prande alTafre qui divIfaK le eonfHI. Jafqu*aa 3, il porttr la Irace des efforts que Tod fait pour s*enteiidr«. J'y IrouTe le S décembre la menlioo d'un conseil tenu peur traiter la queslioB de TenTOi des note»; le 4 , m^me mention; le o, la mention d'un courrier envojé i M. de Cliateaubriand pour l'avertir que le gouvernement se résenre la faculté d'eiivoyt-r ou de ne pa« envoyer la note Tranyaise avec les autres notes; le (î, mention de tentatives Taites dans le conseil pour rédiger une note moins contpromellanlc. Le 8 d'cembre M. de Villèle Tait mention du dîner diplomatique donné par le duc Mathieu de Montmorency et auquel il assista. I^ 9 décembre et les jours suivants, le carnet re^te en blanc Jusqu'au ?&•

2. « La diîfniié nationale , disait M. Hyde de Neniille dans cette lettre, U sûreté du trône. la saine poliliquef l'inti^r^t du commerce, prescrivent de ne pas marcher avec l^s Anglais, de ne point les craindre, d'achever avec eux, sans eux ou contre eux d'écraser le carbonarisme. J'ignore si le monde dit vrai; mais Taites cesser tonte division parmi les bons, soyex toujours notre chef, prenez une forte attitude, et croyei que votre ministère sera soutenu par une majorité des plus importantes. »

'4, « Pendant qu'il est temps encore, écrivait M. de Glermonl-Tonnerre à la date du 25 décembre, renoncez ù votre résolution. Elle est nuisible pour vous, nuisible pour le pays, aflligeante pour vus amis, elle blessera le cœur du Uoî. Elle fera la joie de vos ennemis. Vous êtes seul de votre opinion sur ce que vous croyez devoir Taire. Vous avez eutendu hier votre plus intime ami , tous m'avez entendu aussi et je ne suis pas moins sincère. Je ne vous répéterai pas ici ce que nous vous avons dit hier. J'ai constamment retourné dans ma pensée les motifs que vous nous avez donnés; j'ai cherclié quels pouvaient être ceux

UOTIFS DE LA POUTIOCE OB M. DE VILLÈLB. .131

Tuileries, M. de Corbière lit auprès de sod ami ime dêmarcbe suprême qu'autorisaient leur étroite amitié et leurs efforts conunuDs dans l'oppositioEi et au ministère.

M. de Villèle demeura iutleùbte. Il était trop avisé pour ne pas voir qu'il méeoatentait par cette réâistaoce uu gi'and nombre de ses amis de la di'oite, eL il n'était pa^ iaseUiriLle à la désapprubalion qu'il reocuiitrait chez ses propres collègues. Mais il euiisageaii la question à un poîut de vue plus large et plus élevé. £h dehors de la droite, de la chambre même, il voyait un pays renaissant à la prospérité, où il y avait plus d'uilérétij que d'opinions, qui était attaché h la pais par les avantages de toute natiire qu'elle lui apportait. Il connaissait eu outre les susceptibililés de rtuiiour-propre national : le seul sentiment général au milieu de la division des partis était It disposition de l'esprit français à se cabrer contre tout ce qui resiiemblait à une ioUuence éti'angére, surtout depuis Ituimilialion des deux invasions. Il croyait doue qu'il y avait à^ux conditions hors desquelles on ne pouvait inlerveoir eu ^Jogne avec avantage: il fallait d'abord agir de manière à Convaincre tous les intérûts qu'on avait fait tout ce qu'où pouvait honorablement faire pour éviter la guerre, et qu'on ne l'ac- '^tail qu'à son corps ou it son honneur défendant; il fallait, *^ outre, convaincre le pays qu'on ne subissait paii, en faisant '* guerre à la révolution espagnole, une initiative étrangère, * que le cabinet des Tuileries agissait dans sa pleine indépendance. A rencontre de la plupart de ses amis de la droite, **- de Villèle n'avait pas désiré celte guerre, parce qu'il savait Qu'elle enti'atnerait de graves périls par la connivence pos- '*ble de l'Angleterre avec les révolutionnaires; des sacrifices

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COSGBi:^ I>E 1

considérables pour nos finances, des embarras sérieux ponl notre politique, par la nécessité incviUible d'une occupation qui suivrait notre succès, et dont on ne pouvait mesurer d'avance la durée; enfin, un important préjudice pour notre commerce, si l'Angleterre obtenait des conditions exceptionnellement favorables pour son commerce avec les Amériques espagnoles. Mais, sans désirer la guerre, il la prévoyait comme infiniment probable depuis son entrée au ministère, comme inévitable depuis plusieurs semaines. Les actes témoignent ici plus haut que les paroles. Dans la prévision de cette guerre, il avait fait ajouter trente millions au département de la guerre dans le budget présenté par le ministère sortante! trente mille hommes à notre effectif. En outre, il avait obtenu de la chambre des moyens de crédit perpétuel pour solder toutes les charges arriérées de l'Étal, ce qui lui avait assuré la disponibilité de tous I les effets à terme du trésor, les plus propres à procurer les fonds nécessaires pour les dépenses urgentes et éventuelles d'ai-mcment. En renonçant à la censure législativement volée, il avait armé le gouvernement de la censure facultative, dont il pouvait se saisir si les circoustances, devenues critiques, l'exigeaient. La précaution qu'il avait prise de tenir deux sessions dans la mOme année pour sortir des douzièmes provisoires lui assurait dix-huit mois de provisions fînaucièrespour tous les services, il n'avait rien omis pour préparer le gouvernement royal à une guerre éventuelle et probable, et au point de vue financier, militaire et politique, il l'avait armé de manière qu'il pût la faire avec succès.

Sans doute, il n'avait pas devancé les événements, mais iV

les avait suivis. Aux abords du congrès de Vérone et au mo

ment où Taggravalion de la situation de la famille royaI^3 d'Espagne et la tentative des révolutionnaires espagnols suff^ nos frontières lui en donnaient le droit, il avait fait supprime^r* le cordon sanitaire, que la cessation de la fièvre jaune u'aulo —

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