DÉUISSION DE M. DE MONTMORENCY
chambre des paii-s la ronduile que lui imposaient l«s bontés dont le Roi l'avait honoré.
J'ai cru devoir entrer dans ces détails circonstanciés, qui éclairent d'une liimiêre toute nouvelle une époque mal cnnnni; et par conséquent mal jugée de l'histoire contemporaine, que des documents jusqu'ici inédits m'ont permis de mettre danït tout son jour '. J'ai pensé que ces renseignements honorables à la fois pour M. de Montmorency, dont ils font eonnallrc lu conduite si honnête, si loyale et si digne, et pour M. de Villèle qui maintint avec fermeté la politique qu'il jugeait la plus' utile à la France et au gouvernement royal, exciteraient l'intérât de tous ceux qui cherchent la vêrilé sur le passé, et surtout la vérité qui honore l'humanité. Ces deux hommes de bien, divisés sur les moyens, marchaient au même but. Tous deux, également dévoués au Roi et au pays, cherchaient passiomiément ce qui pouvait senir une cause qui leur était si chère, et l'un comme l'iuitre dédaignait de demeurer au ministère en sacrifiant ses idées. Le pouvoir poiu* ces nobles CïBurs, pour ces hoimêtes intelligences, n'éljùi qu'un moyen de servir la France, et ils l'exerçaient dignement parce qu'ils savaient le quitter. D'ime nature plus confiante, le chevaleresque duc Mathieu de Montmorency s'était Uvré au noble idéal d'une politique empreinte de générosité et de dévouement, qui abaisserait les barrières nationales, confondrait tous les rois comme tous les peuples dans une alliance vraiment sainte dont la reUgion et la morale seraient les suprêmes mobiles. D'un esprit plus éveillé sur les calculs égoïstes, eachés derrière un étalage de grands sentiments qui avaient, *lûn lui, leurs bénéficiaires comme leurs dupes, M. de Villèle
, I. Il m'a paru J'aulsnl plii' Jasic de faire conniïlre lu manière dont H. «lu ■onlmorencj eij'llquiil la condulffl an conpièa de Vérone el la eoiilu du *^'u, que eet homme de bifn tupprlma généreuiemenl u brocliute à la P%e lia HoNBiEim, comle d'Artois, au mois de tepleuibre 1SS3, pour n« |ia> '"^mler tet dlTMona déjà profondea de la droite.
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ENVOI DE LA NOTE FRANÇAISE A MADRID. 3i3
médiation anglaise présentée tout récemment par le duc de AVellington, à son retour de Vérone. Cette réponse que le Roi approuva était un refus'. Ce n'était donc point pour se rapprocher de la politique anglaise que le cabinet des Tuileries maintenait Tindépendance de son action à Fégard de ses alliés du continent. Dès le lendemain du jour où M. de Montmorency donna sa démission, c'est-à-dire le 26 décembre i 822, le président du conseil fit partir pour Madrid la note qu'il avait lue devant le Roi et qui avait reçu son approbation. Le lendemain cette note fut insérée au Moniteur. M. de Villèle, au risque de choquer les ambassadeurs par cette dérogation aux habitudes de la diplomatie, crut qu'après le tiraillement des derniers jours, en France comme dans le reste de l'Europe *, l'opinion avait besoin d'être éclairée sur la marche du gouvernement français, et avant l'acceptation de M. de Chateaubriand, dans le numéro même du Moniteur qui annonçait la démission du duc Mathieu de Montmorency, il fit paraître cette note qui portait la signature du président du conseil en sa qualité de ministre intérimaire des affaires étrangères :
« A Jf . le comte de Lagnrde, minùtre du hoi, à Madrid.
« Monsieur le comte,
« Votre situation poiitiquc pouvant se trouver cliangée par suite des résolutions prises à Vérone, il est do. la loyauté franraisi; de vous char- ^^ de donner connaissance des dispositions du gouvernement de Sa «*jesté très-chrétienne au gouvernement de Sa Majesté catliolique.
• I>6puis la révolution arrivée en Espague au mois d'avril LS-iO, la
*• t IL de Villèle, dit M. de Montmorency, fut le premier à me prier de ^^ ce projet de réponse, il Tapprouva ainsi que les autres membres da '^^U, et l'on m'invita à le faire HÎ^-ner le soir même par le Roi.i»
^* ■ Lee amliassadeurs, el, en parUculier, ceui des alliés, dit M. da Mont- '^^Qcj, me flrent part du la môme impression do surprise qu'ils avaient '^Qlie, en même temps qu'ils voulurent bien m'eiprimer leur regret* n
311 C056fcis I»E TÉBC«!I
FraDce. nul^r^.- lr« •iauj-rï- qu'a\ Ait p-cHir elle (vtle rëvolution. a mis l.iU5 <•:■> ï-jiii* à rv-*'* rT*-r \r-> lirrn* qui uDi>7<'Ut les detii Rois et à miiDttrn ir Ir* iv-Utî-'iif q*i: •riisUiil 'LiiXrv k-s driii Rati«.ins. Mais l'influence «••us laqut'lltr >\ta.rnt •.•{•r'> ies chaiurnients sunenus dans la monart-hi^ rijiajn > <sî •l'-\* n-Jrr plus (tuissante |»ar k-s résultats ni^me
de <"»-s i.haii-vmeDl*
» lu*.' O'Dstituti •» •]']:' le Roi Ferdinand n*a\ait ni reeimnue oi ao»*j»t#-«* rrii i>-f-r»r liant U r...i)i"»»nnc lui fut ini(«r«'e par une insurrer^ ti^n nàlitairr. La Cvii^quenr^- naturelk- de ci* fait a èif que ehaqut; E5[fd'jiU'.*\ iu*"«.'nt«'iit >'t'>t rni aut* •!!?<' â chfirbcr |iar le même mn^ei] l'rtahli^s* III» lit d'un •■r»jre de cliii>-> |»Ius en harmonie avec st's «»pîni'.tns »-t ^es priiit i|«f>. L'vniiiK'i il«* la f«»rce a crvt- le «ln»it dr la
V IK' là li-> m-iu\enit'iit> d'- la iiarde à Madrid et l'apparition des cjrps armés dans diverses pr*»*inces de l'Esfiagne. Les provinces limitrupbrs de la France i^nt t-tf princijialement le tht.'àtre de la smerrv civile. Ik' rvX «tat dt; tntuMe \\*f la Péninsule est rt^ultet» pi.iur la Kranff la ni.'Ct.*s>îti.' dt^ se mettre à l'ahri. L^s «vénenients «lui i>nt l'U li«u dt*pui< r<;talili*>«nient d'unt- arnii-e dVbser^atiun au pitHl des P^n-nétf* ontsunisamnitMit justitii-la pn-voyanee du p^uvernement de Sa Majfstf.
« Cef»endant le runuTt-s indiqué, dés Taunt^e dernière, |>«>ur >tâtart' sur les affain'S d'Italie, s'est T'-nni à Yi-n»ne.
<• Partie înti-srante de ce r«ini!ri'S. la France a dû s'expliqui-r stir les annenii'nts auxqu^'ls elle a vU- fi.»rci*e d'avoir rectmrs et sur Yim^s^ év«'ntu«*l qu'fUt.- on pourrait faire. Les pn-necupatinns de la FraineoDl paru jii>tifs a s«> alliis, et Its puissances contint* ntalt's «mt pn*!* nfSidution de >'unir ù ille <'il en était jamais besniu; |>i(ur niainUiiir <a di;:nité «-t son rejMis.
« \ji Franre se serait (••»ntont«*e d'une n'S«»lutii»n si bonurahlf \*"^ fllf; mais l'Autrirhe, la Prusse i-t la Russie ont ju^é nccessain' J *" jout'T à l'acte particulier de l'Alliance une manifestation de leurs m'HtinuMits. Des nnt«-s dipl«»niatiques s»mt, à cet effet, adressées jwr »'»> tn»is pui'*?>iinres à leui*s ministres resp»»ctifs à Madrid ; c«»u\-i"i ^ conniiiiniqueront au p»uvernenient espajrnol, et suivront dans W conduite ultirieure les nnlres qu'ils auront reçus de b'urs c«»ur?.
« Ouant à vous, monsieur le comte, en donnant ces communiiati"'^^ au eabiuetde Madrid, \ous lui ilirez que le pmvernement du R«»i «"^ intimement uni à ses allies dans la résolution de re|>ousser |iar t<>u^ les mo\ens les principts et I«îs nuuivements nWolutionnain^; q"'' ^ joint é^Mleinent à ses alliés dans les vœux que ceux-ci fonnenC p*"'' que la noble nation espa^nioletrouveelle-mômc un remède à st^sm^***' maux qui sont de nalure à inquiéter l'Kurope et à lui iraposkTil'*^ précautions toujtiurs pénibles.
K. DE CHATEArBRTAItD MINISTRE DRS APFAIKES itTRANGÈnCS. 315
• Voue aurei tiirtoul Huin ilc Taire roiiiuiLrv que ks (icuples de la IVoinuiln rendus à la tranquilUtù trouveront dans kura voisins des unûluj'aux et sincères. En onséquenre, vous donnerez au cabinet de lidrid l'assurance que les secours de tout g^nre dent la France peut disputer en Taveur de l'Espagne lui seront toujours oITertS |Kiur assurer «un bonheur et accroitre sa prospt^rjté ; mais vuus lui déelarerez en eAdt t«sips que la France ne se relâchera en rien des mf-sures préwiïtrices <iu'clle a prises, tant que l'Espagne continuera d'être dédlKe par les fartions. Le gouvernement da Sa Majesté ne balancera fumfme h vous rappeler de Madrid et il chercher ses garanties dans du dispositions plus eRicai'cs, si ses int^TËts essentiels continuaient à On cnmprvrais et s'il piird l'espoir d'une amclioratidU qu'il se plait b. tUrodre des sentiments [)ui ont si lon|n«Dips uni les Espagnols et les fnofais dans l'amour de leurs Rois et d'une sage liberté-.
'Telles sont, monsieur le comte, tes instruction s que leHoi m'aordonm'^ fetous transmettre au moment ou les notes des cabinets de Vienne, itBnlin et de Saint-Piïtersbuur^ vont être remises à celui de Madrid. Cm iortnictions vous serviront à faire connaitri' les dispositions et la Momination du gouvernement français dans cette grave occurrence. »
llestait à pourvoir à la vacance du minietère des affaires étrangères. M. de Villèle, dans la soirée même du 2S décembre, ^posa au Roi M. de Chateaubriand. Outre la juste renommée lUathée au taleul de M. de Chateaubriand, te président du tonaeil Ût valoir deux motifs graves. Il était important de conserver l'appui éventuel des puissances contre rinlerveiition pwsible de l'Angleterre; la sortie de M. de Montmorency leur tuumirait un prétexte de renoncer à ce traité, prétexte que Wùlail son remplacement par M. de Chateaubriand, comme lui pléuipolentiaire du Roi à Vérone. En outre, M. de Villèle '^présenta au Koi que M. de Montmorency avait la confiance il*s royalistes de la nuauce la plus prononcée, et que sa reifaile priverait le cabinet du concours d'un certain nombre d'entre eux . L'entrée de M. de Chateaubriand, qui s'était moa- W toujours fort partisan de l'intervention et de la guerre, en ramènerait quelques-uns. Il y avait un autre groupe qui mar~ *^>ûl avec lui, comme il était facile de s'en convaincre par sa
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&<>]licitude à r^oommander un cenain nombre dliommes dont
les noms revenaient «an? cesse dan? ses lettres; on contenterait ceux de ses amiâ que Ton pourrait contenter sans de l^ves inconTênients. et l'on comblerait ainsi les vides que laisserait la retraite de M. de Montmorencv dans les forces dn pouvemement.
Os motifs furent goûtés par le Roi, qui ne fit qu*une objection : il avait, dit-il, la certitude que M. de Chateaubriand avait donné à M. de Montmorency sa parole de ne rien accepter. Louis XVUK qui ne voulait pas s'exposer à un refus, autorisa donc seulement M. de Villèle à offrir à M. de Chateaubriand le portefeuille des affaires étrangères, en sou propre et privé nom, sauf la ratification du Roi'. M. de Chateaubriand, qui n'avait pas repoussé en effet les premières ouvertures de M. de Villèle faites dès le '25 au soir, les déclina par une lettre datée du 26 décembre au matin, publiée depuis par lui dans son Congrès de Vérone ^. Mais les termes mêmes
1. Voici \eê d^tsili qae donne à ce sujet M. de Montmorencr : « L« TKOoit^ de Cliateaiibrland élail Vi.'Du chei moi le 2 G déceiiil>re au malin , k la premièi^fc nou\ fille de ma retraite. Il m'en témoigna vivement son étonnemeulet sesregreti.. Il paraphrasa la dernière rédariion de M. de Villèle comme renfermant do« ei — premions faite* pour me «*ont«(iter. Personne n'était plut à même que lui d'ei parler, car J'ai, depiiisi. a('i|uis la certitude d'un fait qu'alors même il conlesti peu : c.'fnx qu« la confian'.'C de M. de Villèle l'avait appelé h revoir la premièi note où il avait fait insérer plusieurs plirases importantes, celle entre antres qa ^9 J'ai citée. M. d'iCliateaubriJiid ajouta que le président du conseil venait de iia>^ pr(ipo«er le niirilMère des affaires étrangères, mais qu'il l'avait refusé p;kr d& — férence pour des amis dont il partageait comme moi les opinions et qui ni'a^ '
coai(iagnaie::t de leurs suffrages. Je me montrai touché de ce qui se rappoi
tait à moi dans les motifs de>oii refus, mais Je répétai que Je n'avais nul droit ^ un tri sacriflce, et que je serais fâché de l'accepter en privant TRlat de^ que (>oiivait lui rendre un si bon royaliste , doué d'un si l»cau talent. »
V. Tome I*'', page 238. Celte lettre commen«*e ainsi : « I^ nuit porte coi ceil. Il ne ser.ilt bon ni pour vous ni |iour moi que j'acceptasse en ce moraeV*^
l'S portefeuille des affaires étrangères b 11 disait quelques lignes plus loii» *
« J'ai vu le bonheur de vous servir assez puissamment auprès de cette part ^ ^ des ro\alistes qui sont opposés à votre système... Je perdrais à l'instant toute mo "influence si j'entrais au ministère tans amener avec moi deuz ou trots hoE^^*^"^