‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 68 sur 122 · M. MANUEL A LV TRIBUNE · texte numérisé non relu

M. MANUEL A LV TRIBUNE

président, afin de constater une fois de plus Sii sollici- .de à maintenir la liberté de la discussion, offrit de nouveau

parole à M. Manuel, qui , se réservant pour les derniers in- .sints, avait refusé jusque-là de la prendre. Celui-ci se dirigea îTitement vers la tribune. Il avait volontairement prononcé 3s paroles les plus propres à enflammer les passions de la maorité ; il allait une dernière fois chercher à tirer de la situaion violente que ses paroles avaient fait naître tout lé mal lu'il pourrait contre le gouvernement royal. Il continua le rôle qu'il avait pris dès l'ouverture du débat , il repoussa de très-haut la censure qu'avait laissée tomber M. Royer-Col- 1^ fiur la violence de son langage, tout en le défendant 'Où tre un ostracisme illégal. Il se posa comme la victime irré- 'focliablc des haines de la majorité, et se drapa d'avance ^ss un martyre politique ^ dont il savait très-bien n'être pas ïeriacé.

^oici ses paroles :

• -Aloi-s mfiine que j'aurais formé le projet de me justifier devant

ws de l'accusation portée contre moi, le zèle de mes honorables amis

^^it d'avance rempli ma tâche. L'absence du droit, l'usurpation,

iïf^i traire, l'innocence de mes intentions, tout a étt» par eux parfai-

îD^^nt établi, et si un de mes défenseurs, M. Royer-Collard, égaré

Aas doute par d'anciennes préventions, a laissé écliapper quelques mots

ojPï'obateurs, au moment où je vais braver tant de fureurs, je puis

ieda.igner un acte de faiblesse et de rancune. Mais ce n'est pas moi

^^ donnerai à mes adversaires la satisfaction de me voir devant eux

placé sur une sellette où ils n'ont |)as le droit de me faire descendre.

Qtte d'autres cherchent à avilir la représentation nationale, ils y ont

*^s doute un coupable inU'rét. Moi, pjussé par un sentiment bien

diffiêrent, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour lui conserver son

l^^re. Je déclare donc que je ne reconnais, ici, à personne, le droit de

^accuser ni de me juger. Je cherche ici des juges, je ne trouve que

^^ accusateurs. Je n'attends point un *acle de justice; c'est à un acte

^f Vengeance que je me résigrte. Je professe du respect pour les auto-

'^^S; mais je respecte encore bien plus la loi qui les a fondées, et je

^^ leur connais plus de puissance di'S l'instant qu'au mépris de cette

'^i <:llcs usurpent des droits que la loi ne leur a pas donnés.

Hiftt. dt la ReiUar. — T. Yl. S8

SESSION DE 1823. — GUEB8E D'ESPAGSE.

» Dans un tel i^Ut des choses, Je ne sais si la soumission <»t in mit de prudenct ', mais ji; sais que dès que la résistauce e^l un droit, dli' (lovii?nl uii devoir. Elle est siirtoul un deroir pour ccui qui, ommt nous, doivent mieux connaître que personne ta mesurwde leurs itrwls, elle l'est pour moi qui dot§ me manti'er di^ne de ecs boaor aUes cilojot de la Yeadée, qui ont donné k la France un si noble exemple d'indépendance ot de courage en lu'aecordanl ileux fois leurs suffrags. Arrlvi^ dans cette chambre par la volontc de ceux qui m'y avaient envoyé, je ne dois en sortir que par la violence de ceux qui n'ont pa»)c droit de m'en exclure : et si cette résolutioa doit i^>peter sur ina Ub de plus graves dangers, je me dis que le champ de la liliertê a tti' quelquefois fécondé par un sanfc' généreux. "

Ainsi 51. Manuel, profitant de la situation qiiî lui avait élc faite, préparait d'avance la scène d'apparat par laquelle il* devait couronner sa camÈre parlementaire. Avec une auifare V de reilet il arrangeait à son usage le mot célèbre de Mirabem ■ au marquis de Brczé, et, se ménageant nn dernier coup de 1 théâtre, cet artiste consommé de la tribune faisait entrevoir â la fin de son discours un dénoùment tragique, qu'il ne rraigoai'*pas plus que ses adversaires ne le désiraienl, et qui ne pou ^ Tait sortir d'une situation où l'on parlait avec tant de liberté - Les acclamations de la gauche se prolongèrent jusqu'à cequ^^ l'orateur eut regagné sa place.

Alors le président avertit la chambre qu'elle allait nvcir ^^ voter sur l'amendement de AI, Ryde de Neuville, ainsi conçu ^ « M. Manuel sera exclu des séances de la chambre pendant I^Çprésente session. »

Les dernières paroles de l'orateur avaient donné le atix récriminations et aux protestations de la gauche, prenaient un accent de plus eu plus violent. Elle avait de mandé l'appel nominal et le vote au scrutin, et celle demand< avait été repoussée. L'épreuve était déjà commencée quao!*^ M. Sapey déposa dans les mains du président une proposil

. M. Manuel Tsidail alliis

EXCU'SIO» TEMPOHAIME PHOSOSCÉE COSTllE M. MAHOËL. 43S

tendanlîï déclarer les deux tiers dts voi\ uécesgaires pour que Pexclusion de M. Manuel fût prononcée. M. Ravez oppoea à M. Sapey les termes fonnels du règlement. Alors les parulea les plus injurieuses s'élevèrent des bancs de la gauche. C'était le général Lii Fajette qui si'écriait : a Le règlement n'a pu prévoir riBlÂme coup d'^Ilat que vous oUi-z commettre. » C'était le gén(jral Foy qui, prenant encore une fois la parole, déclarait qu'il était impossible que l'on Ht une loi et qu'on l'appliquât le même jour : u Cela, ajoutait-il, est contraire à llioflueur de la chambre, contraire à la pudeur publique, à la niopale. Cette Charte que vous Urtsez aujourd'hui ne sera plus M (iemaia pour vous protéger. Au jour du malheur, vous n'aurez rien Ji réclamer, on vous répondivi : Vous avez été '^i-uetés, vous avez écoulé de tyranaiques passions , vous avez "(■itklié que vous avez uue patrie. »

I^a gauche adhérait i ces paroles que la droilo accueillait

1**" de violents murmures. M. Casimir l'érier, dont la véhc-

xice naturelle s'imimait au contact de celle de ses collègues,

'^»3nandait que l'accusé fût admis à récuser soixante-diï

mhres, en aflirmant qu'il y avait des députés qui s'étaient

;Bgés à condamner M. Manuel sans l'entendre. Comme si

1* 1 ibertê avait manqué à une discussion qui se prolongeait

id^'piiie sii jours, et dans laquelle M. Manuel avait pu dire tes

*k*<i6es qu'il avait dites ! Puis le mirage de la première révo-

ïi»*ion apparaissait k quelques membres avec ses fantûmes.

AlAait-on revoii- ces temps de la Terreur où les accusés saus

protection étaient livrés sur uu soupçon au bourreau? Le

général Demarç ay, joignant sa voix aux vois de ses amis, dé-

"*ïail la représeulation nationale faussée, la Charte abolie,

* ciiambre peuplée des ennemis de la nation, et, lorsque le

P^'èsidenl lui infligeait un rappel h. l'ordre, toute la gauche se

'^Vait en criant : o Nous pensons tous ce qu'a dit M. Manuel,

P^'osci'ivcz-nous avec lui ! »

A36 SESSIO!! DE 1823. — GLERRE d'ESPAGSIE.

Dans les temps de prûsoription véritable, od est moiib prompt à se faire inscrire pour le supplice, et les victimes volontaires^ ne s'ofErent en si grand nombre qu à des échafauds ima.^naires, qui ne seront jamais dressés. La gauche parlait par les croisées , aân de produire un effet d^opinioD* Les députés les plus sensés de la droite commençaient à re- ^^retter un incident qui amenait de pareilles scènes et ils aspiraient à clore par un vote ce scandaleux débat. M. Ravei réussit enfin à mettre aux voix, au milieu du tumulte, ramendément de M. llyde de Neuville, adopté par la commission, r{ui excluait pour le reste de la session M. Manuel des séances publiques. Li droite et le centre droit presque tout entier l'adoptèrent; à la contre-épreuve, la gauche et le centre gauche sortirent de la salle en déclarant qu'ils ne votaient pas. pour ne pas s'associer même indirectement par leur présence à la violation de la Charte.

Ce n'était pas le dernier mot de cette fâcheuse aflaire. Au sortir de la séance, vers six heures du soir, les députés trouvèrent une foule considérabte réunie sur le quai d'Ursay, 1* pont et la place Louis XV et la rue Uoyale. Plusieurs t>cadroUî de gendarmerie avaient été disposés autour de la rharabn' dont la garde avait été doublée : ils réussirent à rétablir h

circulation ; mais une masse compacte salua les lUenibrrsqiu sortaient du palais Bourbon de deux cris : Vive Manuel! Vive le côté gauche! et allèrent les répéter rue Saint-Ili«H»ré. sous les fenêtres de M. Manuel. Il y eut des groupes jusque une heure avancée de la soirée.

Le lendemain, M. Manuel réalisa la menace qu'il avait fî"'* dans son dernier discours. Il s'était facilen^ent introduit da"* le Palais -llourbcin dont il connaissait les abords, et, dVcoru avec ses collègues de la gauche, il a\ait préparé une diTUicn' .M'ène. Il était plus d'une heure, la majorité était assi>c ?'" seb bancs, le président venait de monter au fauteuil ; il ) ^^*''

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