‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 69 sur 122 · M. MANUEL SE FAIT ARRACHER DE SON BANC · texte numérisé non relu

M. MANUEL SE FAIT ARRACHER DE SON BANC

<les chiicholtements dans l.i salle et dans les tribunes; on se demandait pourquoi les bancs de la gauche et du centre gauche restaient vides. Tout à coup, on \it entrer M. Manuel ern costume, entouré de tous ses collègues de Topposition, i*€vêtus également de leur uniforme de député ; ils allèrent ccmme lui s'asseoir à leurs places accoutumées. A cet aspect, ■1 Y eut un mouvement dans la salle. C'était un défi jeté à rassemblée dont la décision était considérée comme non-avenue, i»e président laissa lire le procès-verbal, puis il avertit la chambre que, malgré la consigne donnée aux huissiers eu vertu du vote de la veille, M. Manuel s'était introduit dans la salle; il se tourna donc vers ce dernier et l'invita à se retirer.

« Monsieur le président, répondit le député interpellé, j'ai

déolaré hier que je ne céderai qu'à la violence *. »

X^e président annonça qu'il allait suspendre la séance pendatàt une heure et donner les ordres nécessaires pour que la volonté de la chambre fût exécutée. Les députés de la droite et du centre droit se retirèrent et suivirent le président qui descendit du fauteuil; ceux de la gauche demeurèrent immobiles sur leurs bancs, autour de M. Manuel. Ils semblaient ainsi les maîtres de la salle, et cette circonstance contribua certainement à la scène qui allait suivre. Après une heure de suspension, le chef des huissiers entra dans l'enceinte suivi de ^s subordonnés, s'approcha de M. Manuel, et lui donna lecture de Tordre signé par le président de le faire sortir de la ^^^ et d'employer, s'il en était besoin, la force armée. « — Cet ^^ure est illégal, répliqua M. Manuel, toujours immobile sur * 0 *^unc, je n'y obéirai pas. »

. <^hef des huissiers réitéra inutilement sa notification, i* s Se retira, et reparut bientôt avec un détachement de la

C4)iifip. ^Us SQhons le récll de M. de Daranlc, dans la Vie poUti'iue de Jloycr*

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gar3e nationale et un piquet de vétérans ; c'était la garde n nale, on le sait, qui faisait le senice d'honneur à la cbaffibre det; députés. À la vue de la garde nationale, les députés de h gauche protestèrent. Le général La Fayette s'écria: b C'est déshonorer la garde nationale! » M. Casimir Périer ajouta: i( Elle doit nous garder, et non nous faire violence; » M. Laffittc : B La garde nationale n'arrachera pas d'ici un êlu dn peuple ! » L'officier de vétérans qui commandait le poste ordonna au sergent de la garde nationale d'avancer avec S6t hommes. Celui-ci hésita. C'était un fabricant de galons nommé Mercier. La solennité du lieu, la gravité de l'action, l'attitude de la gauche, qui, seule présente sur ses bancs, semblaitêtrE l'assemblée, les adjurations du général La Fayette et de ses collègues, la voix, le geste, l'accent du général Foy l'avaioil intimidé, fasciné. La gauche éclata eu applaudissements aiiiquels se joignirent les applaudissements des tribunes publiques. 1 « — Honneur h la garde nationale! s"écria le général Foy. ! elle vient de se couvrir de gloire. » '

Il devenait évident que là garde nationale n'obéinût pas, et , sa désobéissance était applaudie. La fdtnation s'uggraTaîl. M. Havez prescrivit au colonel de Foucauld d'enti-er dans la salle avec un détachement de gendarmes. M. de FoucntiM était un homme de dévouement royaliste et de résolution militaire. Malgré la véhémente apostrophe du général Foy, qui s'écriait : « Quoi ! dos gendarmes dans l'encemte de la représentation nationale ! » le colonel de Foucauld s'avança vers If banc de M. Manuel et le Eiomma de sortir. Puis, comme U gauche l'interpellait de nouveau : « La gendarmerie n'est venue que pour seconder la garde nationale, » dit-il. Les «imputés de la gauche gesticulaient et protestaient en répétanl que la garde nationale refusait de se rendre complice de cet attentat. « Je fais une dernière sommation à M. Manuel, reprit le colonel de Foncauld. Je serai désolé d'employer la fora'

BËSt'lTATS nu VOTE CONTRE M. MAHtfEL. 499

cùutreuu député, mais enfin je le ferai, car c'est mou devoir. — Useï donc de h force, n répliqua M. Manuel.

Alors le colonel de Foucauld se tourna vers les gendarmes et leur dit : o Kmparez-\ous de M. Manuel' ! n Qnatre gendarmes et un brigadier montèrent au banc du député et lui mirent la main sur le collet. M. Manuel, qui voulait seulement constater la violence, se leva et les suivit sans résistance. Tous les députés de la gauche l'accompagnèrent ainsi au dehors. M. Manuel, demeuré libre, monta seul dans une voiture et se fil reconduire chez lui comme un acteur, au sortir de la scène où il u achevé son rûie.

C'est là le caractère de cet incident auquel on a mal à propos doomé le nom de dramt'. Il lui manqua ce qui fait le drame, UBe inquiétude réelle pour le héros, comme il manqua à l'aclioD de M. Manuel ce qui rend les actions de ce genre véritablemenl héroïques, le dévouement courageux qui porte un homme à tout sacrifler pour la défense des lois de stai pays et à braver un péril réel, M. Manuel n'étuit pas le défenseur des lois, c'était HQ agresseur, un conspirateiu' secret, un ennemi systématique des lois établies et du gouvernemout, et ni lui, ni ses collègues de gauche qui s'offraient nus mêmes dangers, ne couraient aucun péril. C'est pour cela qu'il y avait eu depuis le commencement jusqu'à la lin, dans toute celle affaire, uu caractère théâtral qui n'a pas échappé aux esprits réfléchis de ce temps '^

I. Din< la iilii]i*rtdeii liiiluircf, od Mt dira au colonel de Foui?au1(l i ■ Empaijpin ttt honuneAi \ ■ Ou loul nu moini : ■ Emiioign» H, Uanuel ! ■ C'fiI ta Indition de la ganclte qui fut eiplofléc dam Ici Jouruaai du lem|)9. M. de Fonrauld, i|u) éUll Don-ieulemenl un homme d*)iuiiiieur. mais un lioiiinie du bonoo complète, a toujours niil qu'il ae rdl «nryi de celle eiiirce^li-n lirulale. et la manli're polie dont II a'eiprïniK en lé\aoign»n\ i M. Manuel le retirvl qu'il épranvrraK s'il élail oblfe£ d'cmplDjur lu turvc eil uu srgunicnl en faveur de Mmanerllon.

3. Va homme qui apparlenall A l'opinion du cenire gnucliG, H. de Baranlr, dana la Vif poliliqae de Bnyer-Collard, I. II, p, !II3, luiftc percer ce BCnlImcDl : > 11 «mTcnall, dU-ll, de iftccnirr ccIid scite r,iii eul un InU'^iM dra-

440 SESSION DE 1823. — Cl ERRE D*ESPAGNE.

M. Manuel et le sergent Mercier, admis à partager sa gloire, devaient être bientôt également oubliés après avoir joui un instant de cette vogue, que la vanité humaine prend pour l'immortalité. N'importe, c'était une fâcheuse affaire pour la majorité, le ministère et le gouvernement lui-même.

La majorité s'était donné un tort, elle avait frappé, non plus il est vrai d'une exclusion définitive, ce qui aurait été un coup d'État comme l'avait dit M. Royer-CoUard, mais d'une peine disciplinaire qui n'était pas prévue dans son règlement, un de ses membres qui lui était à bon droit désagréable et suspect, qui une fois de plus avait heurté ses sentiments, mm dont les paroles sèches, inconvenantes et sans respect pour les choses, les événements et les personnages, que tous les sentiments honnêtes rendent sacrés ', n'étaient pas as?ez précises poiu' que l'on put en tirer, autrement que par une interprétation que l'orateur repoussait, l'apologie du régicide. VV y avait donc là un fâcheux abus de pouvoir que les précédent î5 de M. Manuel et son attitude pleine de provocation et d'arrogance expliquent mais sans le justifier.

En se donnant ce tort, la majorité avait commis iii^^ faute. En possession du pouvoir légal, son intérêt était de n <î pas donner prise aux passions extra- légales de la gauche. Eli*

mallqup.cl qui loulefoU li^moignaiî qu'on élailloin deslcinps révolutîonnairr^' D*ime pnrt, tlt's opiriion» passionm'es, inaU vaines, san:« pré\o}-ancc, cl doC^ la puiB.'anre reslail soumise aux furmes ronslilutionnellcs, elun gomeriiciner • qui comprenait la néccstilé d'une certaine modéralion. D'une autre f:art. ur* opposition courageuse ut vive, mais qui n'éiait dittposéc à aucune cnlrepri^^ exlra-li^tralc. I.e public pariKieii n'en re\"ut pas une impression profonde. Il n" -^ avait aucune inquiétude à concevoir pour M. Manuel ; on admirait «on cou '^ lage et son ind»?jicndance ; on applaudiss^ail à l'éloquence n\cc latpiclle ^^ s'était di'rcmli), mais quelques semaines après on ne pensa plus à lui. Le f rr genl Mercier eut aus^i su part du trîomplie. Il élail simple TaliricaDt d< galons. Les députés lui rendirent visiie dan<« son liumble boutique. De grande: dames allèrent y Taire des cmpleltes. On vo\ail sa litliograpbie exposée cliei les marclian Js, mais sa gloire dura peu. ■

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