‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 71 sur 122 · SESSION DE 1823. — GUERRE D*ESPAGNE · texte numérisé non relu

SESSION DE 1823. — GUERRE D*ESPAGNE

bre, la droite au travail des dissensions intestines, eiiGn, aider à la crise révolutionnaire qui, dans sa pensée, se faisa/f proche * .

Le 5 mars, à Toiivcrture de la séance, le président annonça à la chambre qu'une lettre signée de soixante-deux dépuU^ lui avait été adressée, et qu'une protestation contre la mesure prise au sujet de M. Manuel y était jointe. La majorité, malgré les réclamations véhémentes du général Foy qui vint glorifier à la tribune Tacte d'indiscipline et de désobéissance du ser^'ent Mercier, passa à l'ordre du jour sur la protestation i^ h gauche et décida qu'elle ne serait pas hie. Elle savait à lavanci' et le public sut bientôt aussi, car, à défaut des journaux qui n'osèrent pas la publier, on fit circuler clandestinement de? copies de cette déclaration, que c'était une insulte à la clianibre et un appel à la révolution ^.

1. M. Diivergler de Ilaiirnnnc le «lit d'une inanurp forincllo ; o-, p."r *fl pure inciiibre alor« du cenlrc gauche, et qui a«iti«la aux délit» Talion* m»* aloplcr U r'ijiolu lion qui y Tut priso, riii^loricn «c trouvait au fourant du nio^i^ dfî la rnnduitc de la gaui'liv . a Depuis quelque temp«, la j:aui*ho T'iiit d(':n:i^ pur ceitc idt'e funeste qu'une praude crl:^;! ri3\olutionnaire rtail iii!'\ii3l>. '' que, t^oit par la désertion di' raruiée, «oit ))ar Icé t<^nt(MU> et les ;'-• l.ri-" i<^ '' jiuerre, le î-'ouverncuicnl de la Ueslauration périrait ou siMait du iiinl: '?«"*" de clianger do ?v«lèii:e. Kt eette eon\icti(iu n'était pas relliî de la j:.iur!i ' j'i^" Icuicnt. Kllt^ a\;dt pa^né le ei'nlre gauche et jusi^ue a une giandc |iui -"n "'* l'ancien parti !tlcii(-liL-u. M. de Tallevrand crovall à la crise et ne s'c;i -ffl -'"' pan. M Pasipdcr s'y allenduit tout en la déplorant. Le jour où «Ile si* rclnî»" nia:itte, la ^aurlie crut donc aider au inou\cnient extérieur il Taire un j< '•''''' l)ardie.<>8e olT«'n>iv,;. » {llhiuin- du gouvernement pnTlcincuiair^'s t. VU. p ■<''•

2. On en jugera par l-s passapci* suivantfl : ■ Nou?, 80(iS5Î};nt's. nit-nil'f*'* iliî la chaudire drs dépuiés dcj» départements^ déclaroni ipie nou> n';!»-.-!!* V* \(.'ir Kans une profonde douhMir et une indijrnation qu'd est de n'd-i'i!'"*[ de manirester devant touie la France, racle illéf:al, atlentalnire .H h Cliaiti". ^ la prériiLMtive royale et à tous 1 •« principes du [^nuvernenienl re; réj^tu''^"' •|ui a perlé atlrinle à la n'|)résentation nationale, cl \ioIé, dan« la prrv»»^"' d'un député, le-» paranlicd ns^urées à lou», leé droit* des élerteui» it ilc '''"* les citovcns francaid :

m Nourt dérhiKuis, à la face de notre |>a\j», que, par cet acte, la chamî'i*^* ^

drpulés ol norlii! de ^a nphcre lépale el des limite^ de j^on mandat

« Cons^hlérant la résolution prise hier 3 mar* I8?:i contre notre nO' ir'''*

VOTE DU CUEDIT E.VTRAOiimNAIRK. 445

Lecenlrc gauche, qui n'avait pu se résoudre à adhérer h un acte rédigé dans des termes aussi violents, tint une conduite séparée. Il décida qu'il ne quitterait pas la chambre, mais qu'il ne prendrait part à sa délibération que par son vote. L assemblée ne trouva donc plus à gauche que les bancs déserts d'une opposition absente, et, au centre gauche, une opposition silencieuse.

Il en résulta que la discussion sur le crédit demandé, après

avoir commencé d'une manière si brillante et si animée,

se trouva fermée tout à coup et s'éteignit faute d'opposants.

Il y eut un résumé remarquable et modéré de M. de Martignac ;

après quoi le crédit extraordinaire de 4 millions de rentes fut

voté par 219 voix contre 19. Trois députés du centre gauche

seulement se levèrent contre les articles, ilM. Duvergier de

Haurannc, Hav et Delacroix-Frainvîlle. La loi des vétérans

passa à la même majorité.

On ne saurait dire cependant que le débat ait été étouffé. Il

^ rouvrit le 14 mars à la chambre des pairs, devant laquelle

ies deux lois votées par la chambre des députés furent portées, et

le maréchal Jourdan, MM. de Barante et de Broglie, traitèrent

'a question avec une entière liberté de paroles. M. de Barante

^^^9 comme on l'avait fait à l'autre chambre, la gravité des

'ï^olifs qui déterminaient le gouvernement à entreprendre la

P-^^rre d'Espagne ; aucun ne lui parut sérieux. Faible sur ce

'**QiQ 1^ premier paa d'une faction pour se mettre viulcnminnl au-dessus de ^te« les formes et pour briser tous les freins que notre pacte fondamental

*^~Uil imposés; . ^ Convaincus que ce premier pas n'est que le prélude du système qui con- ^11 France ù entreprendre une guerre injuste au dehors pour consommer ^-^^^^Oans la conlrc-révolulion , et pour ouvrir notre terrilolrs à l'occupation

■^^çjère; ^^ ^e voulant pas nous rendre complices de tous les mallieurs que celle

^^e peol atUrer sur notre patrie ; ^1 ^*ous proteatons contre toutes les mesures illégales cl inconstitution-

418 SESSION UB 1823. — GLIEOBE D'ESPAGXE. ■

point, son argumentation [ut plus forte quand il iusista ?iir la difficulté d'établir un régime durable en Espagne après avoir obtenu la victoire, et sur les dépenses cl les inconvémeuts d'une occupation militaire prolongée. Seidement, avec le pessimisme naturel k l'opposition, il exagéra leÂCUDséqucucec fâcheuses de ces difâcultês et fit entrevoir la possibilité d'nne révolte en France, révolte provoquée par la suppression d«s libertés publiques, à laquelle le gouvernement serait obligé de recourir, par suite du mécontentement qui ualtrait de i'occupRtion de l'Espagne, et suivie de l'invasion de notre territoire par les armées étrangères.

Le discours qui par l'élévation des idées et celle du langage produisit la plus vive sensation fut celui du duc de BrogUe. Il choisit naturellement parmi les thèses de ses adversaires celle qui prêtait le plus a son éloquence, qiù aimait à graviter dans la sphère dos principes. Le prince de Polignac avait demandé si la France pouvait demem-er spectatrice indifférente du combat engagé entre l'ordre et l'anarcbio, entre la fidiUité et la révolte, et il avait répondu : « Il faut que la civilisation succombe ou que la révolution espagnole recule. » Le duc de Broglie accepta ce point de vue du prince de Polignac, comme le véritable terrain de la discussion, sans songer que le gouvernement, dans ses aégociatkuK avec l'Espagne et dans les transactions de Vérone, s'était au contraire constamment placé au point de vue de l'inlérèt français, et qu'il avait pris son droit de représentation et d'action dans le danger que nous faisaient courir les désordres de l'Espagne. Selon l'oratÊur, c'était purement et simplement une guerre de priucipe, une croisade contre les révolutions, que la France allait faire eu Espagne, en proclamant que « tout peuple qui revendique ses droits, une liberté que son gouvernement lui refuse, est un peuple de forbans qui doit être mis au ban de l'Europe. Les coHslilutions légitimes n'ont de source légitime que (lao*

Mi

le]

l CIlÉDIT BVTBAOBDINAIB)

le pouvoir absolu. L« pouvoir absolu les donne quand il lui plalt, telles qu'il lui plall. S'il n'en donne point, les peuples n'en auront point. Tout gouvernement issu d'une révolution est un monstre qu'il faut étouffer quand ou le peut. »

Il n'était pas diflicile de vaincre des adversaires i qui l'on assignait une si mauvaise position sur k champ de bataille. Le duc de Broglie triompha donc des objections qu'il avait mises dans la bouche de se^ adversaireg. Puis il arriva à invoquer le droit de résistance h. la tyrannie. C'était le thème que M. Manuel venait de déveloper à la chambre des députe» et au nom duquel le manifeste de la gauche provoquait la France à tenter lUie révolution, Lp. duc de Broglie ne cherchait pas à dissimuler ce qu'il y avait de grave à soulever une pareille question :

« Mensienra, ilLsaît-il, c'est ;ii w un [imfonil cp^ri'l i|iie je prononcLc«8 paroles; je sais que je marche sur dci cbarbuas ardents. Autant qa'im autru, d'ailleurs, je sais que co droit délicat et liTriLle qui si>nimeille au pied des ins[itutii>ns humainfs, comme leur tristu et dcrmÎTi: garantie, ne doit pas être invuqiir k-gèromoiit ; autant qu'un autre, jisais qui-, surtout il l'Issue di:s gi-andus cuniniotlons potiliqucs, la prulienee coaseilte de n'en pas frapper incessamment l'oreille des penpks «t ée le laisser enseveli sous un voile que la n^cesaîlé seule ait te droit de soulever. Je suis prêt, pour ma part, â rae conformer h ce roifseil de la prudence, -je suis prêt à me taire ; mais c'est k eette condition [aantant qa'oa ne voudra pas me contraindre à proelomer qu'un tel

dM*t n'enisle pas -Car culin cr droit de compter sur soi-mime, et

ite mesurer sou obéissance sur la justice, la loi et la raison, ce droit <te vivre et d'en ttre dijme, c'est notre patrimoine Si tous ; c'est l'apam^c de l'homme qui est sorti libre et intelligent des mains de son créateur; c'est parce qu'il existe imprescriptible, inexpugnable nu dctlailB de chacun de nous, qu'il existe colle ctivi' ment nu sein dea soeiéb^s; rhonneur de notre espA^e <'n dépend. Les pim beaux aouvenira de la race humaine se rattachent à ots époques glorieuses oii les pevples q«i ont eivilisé le monde, et qui n'ont peint consenti de passer sur cette terre en s'ijiuOrnnt eux-rufimes et comme des instruments inertes dans les mains de la Providence, ont brisé leurs fors, attesté leur grandeur morale et hissé il la postérité de magnifique?

448 SESSION DE 1823. — GUEnnE d'espagzie.

eienipleft de liberté et de vertu. Les plus belles pages de l'histoire ^4^. consacrées à célébrer ces jri'néi-eux citoyens qui ont affranchi la pays. »

Le duc de Broglie put développer ces éloquentes généralités philosophiques et littéraires sans éti*e une s<;ule foîs arrêté par le président, témoignage de la liberté de la tribune à cette époque*. Elles recelaient cependant pour la pratique un immense danger que M. de Chateaubriand fit ressortir dans sa réponse. Déjà avant lui le duc de Fitz-Jamesrépoudaot au reproche du duc de Broglie, qui accusait le gouvernement royal d'être resté indifférent aux crimes commis de sang-froid par le despotisme et de ne s'indigner et de n'intervenir qu^ contre les excès commis au nom de la liberté, s'était écrié que depuis trois ans la liberté était morte en Espagne et que ce n'étaient pas les révolutionnaires qui la ressusciteraient. Alors M. de Chateaubriand, prenant à partie le duc de Broglie sur les dangers du principe de la révolte mal caché dans la doctrine du droit de la résistance, prononça cesparoh*? pleines de vérité :

« Je crois étrr aussi indépendant ilVsprit et dv carart»Ti' i|ii«' '•" noble duc, je cmis aimer autant (jue lui les liberté> publiques, j'H*'' irs tyrans, je déleste l'oppression ; mais je soutiens tph> discuter U durtrim; de la résistanec, c'est s'exposer à boulevei*s<;r le imuulf. k MHitiens qu'aucune soeiété, mémo une soeiétt"' dénuMTatitpie. w |k'uI exister avtM* ce principe. Qui fixera le point ou la résistance doit it'W' mencer? Si \ous m'établissez juj:e de ce terrible droit, mes iiay-în'»*mes préju^'és, les bornes même de mon entendement, me fer«»ut *""■ partout la tyrannie. Les lois me stMubleront opj»ressi\es, quaiul »U'*^ arrélernut mes pencliants, et je leur ivsislerai; l'ordre de nies sui»»* rir'urs me paraîtra arbitraire, et je ne l'exécuterai pas. Si jf irsi''!'*ou me résistera, car le ilroit e^t é«:al pour bms. Tous les dé>"nln'>. bms les mallieurs, tous les chnit'S découlen»nt dé ce dmit tic rt'*»'!*''' et l'on arrivera à l'anarchie, qui n'est qu'une ^rrande rési>tann? à ti»U' le«i pouvoirs. »

Page 1