‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 78 sur 122 · CESSION DE 1823. — GUERRE d'eSPAGNE · texte numérisé non relu

CESSION DE 1823. — GUERRE d'eSPAGNE

ments. On avait pourvu à Torganisation de 5,000 réfugiés espagnols qui se préparaient à entrer en Espagne par Saint- Jean-Pied-de-Port, et Ton avait fourni au baron d'Éroles les moyens d'en organiser 10,000 siu* un autre point; maison avait peu d'illusions au quartier général, quant à rnction qu'on exercerait sur ces auxiliaires à la fois nécessaii'es et compromettants, habitués à faire la guerre de partisans et peu préparés à accepter la discipline sévère imposée à nos troupes.

La seconde affaire que le prince généralissime eut à décider était infiniment plus grave encore. Des bruits alarmants avaient couru à Paris sur Tétat des approvisionnements de l'armée, et l'on a vu que, dans une lettre au président du conseil, datée de Bayonne, le ministre de la guerre était convenu que ses ordres donnés au mois de juin précédent n'avaient pas été exécutés ; il ajoutait qu'il avait les plus graves reproches i élever contre l'intendance, et qu'à son retour à Paris il produirait dans le conseil des preuves irrécusables à l'appui de son dire. Le mal était encore plus grand que ne se l'avouait le ministre de la guerre. 11 y avait, il est vrai, des approvisionnements considérables de formés, mais les movens de transports manquaient pour les conduire à leur destination-» de sorte qu'au moment de passer la Bidassoa l'existence d^ l'armée était compromise. L'impuissance où se trouvait l'iim— tendance de fournir aux besoins des troupes est un fait hist^ rique avoué au milieu de l'obscurité qui a continué à plan* sur les causes de cet état de choses, car ce fait résulte de Ta»--* veu de l'intendant général lui-même, M. Sicard, qui écrivoi ■ au major général:

« La méchancct(', l'imprévoyance la plus criminelle et l'ignoraii^^ m'empêchent d'accomplir ma mission. »

Le prince se trouvait donc dans la position la jJus difficiJ^-

M. OUVRA im MîMTIoNNAIll!: (.KNKIlAL. ^5

Il était h lii tète d'une hello armée, mais d'une armée qui n'avait pas encore combattu sous le drapeau blanc, et en face de laquelle on déployait le drapeau tricolore, de l'autre côté de la Bidassoa; fallait-il exposer cette armée aux mauvais conseils de l'immobilité, quand il y avait tant d'avantages à la jeter dans l'action militaire? 11 allait commencer une campagne dont le succès dépendait en grande partie de la discipline de nos troupes, et du bon accueil que cette discipline leur assurerait auprès de la population ; fallait-il s'exposer à la triste extrémité de faire vivre les soldats à discrétion dans le pays au risque de soulever tout le monde contre nous? Évidemment, il importait d'éviter à tout prix ce double écueil. Or, dans ce moment même, un de ces hommes qui ont le flair des grandes affaires, ayant depuis longtemps prévu qu'il y aurait une importante partie à jouer à Bayonne, puisqu'il s'était ménagé d'avance tous les moyens nécessaires pour la gagner, M. Ouvrard, successivement munitionnaire sous la République et J'Kinpire, et que nous avons rencontré à Vérone, négociant ia reconnaissance de la Régence, arrivait au quartier général P'*écédé par son renom d'habileté, et appuyé sur un auxiliaire '''ï'ési.stible, la nécessité. Il fit proposer au prince généralissime ^® itiettre le jour môme l'armée dans l'abondance, et de se ^iiarger de l'approvisionnement pour toute la campagne si ^O voulait accepter ses conditions et lui donner les fonctions ^ ixiunitionuaire général. Il n'y avait pas à hésiter entre une ^^^stion d'argent et une question de politique de premier '^^clre. Le duc d'Angouléme eut le bon sens de ne pas hésiter, ^^ la décision d'esprit de profiler des pleins pouvoirs que lui ^^'^it conférés le Roi pour prendre aussitôt un parti. Il fit *^I^peler M. Ouvrard, et, dans la nuit du 5 au 6 avril, il signa ' y ^ c lui le traité qui chargeait cet homme de ressource d'appro- ^^îonner l'armée. Ce qui put paraître anormal, au premier *^K)rd, c'est que le ministre de la guerre qui était Sur les lieux,

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il ne retourna à Paris que quelques jours plus tard, n'ait pas été appelé. Le duc de Bellune, sans désapprouver le traite, nouvelle preuve qu'il était d'une nécessité urgente, se plaignit vivement, dans une lettre adressée au général Guilleminot, du peu d'égards dont on avait usé avec lui :

(( J'apprends, ccrivait-il à la date du 7 ^vril au général Guilleminot, qu'un marché pour les vivres et transports a été signé par M. Ou^Tard. Les. circonstances ont pu dicter cette mesure extraordinaire, et sou? ce rapport je ne puis que l'approuver. Mais on a oublié que le ministre de la guerre était seul responsable des dépenses résultant de ce mâ^ ché, et que celui-ci ne pouvait être légal sans l'approbation authentique du ministre ; cette oraissii»n était facile à éviter, puisque je me trouvais sur les lieux ; mais je me suis déjà aperçu plus d'une fois que l'on s'occupe aussi peu des règles que des convenances. Du reste, je vous prie de m'adressor ce marché ù Paris, afin qu'il reçoive les fu^ malités sans lesquelles son exécution pourrait présenter quelques difficultés. »

Il est peu vraisemblable que le duc d'Angoidême et son état-major eussent oublié que le ministre de la guerre éUiil appelé à signer tous les marchés qu'il couvrait de sa responsabilité. Mais il y avait urgence d'entrer en campagne, on voulait agir immédiatement; on appréhenda probablement le& ■ objections dilatoires que le duc de Bellune, porté par sa position même à contester l'étendue de la négligence de l'admi^ — nistration de la guerre, pouvait apporter dans l'affaire. On» voulut pas lui fournir l'occasion de porter le litige à Paris et le duc d'Angouléme, usant des pleins pouvoirs que li Roi lui avait conférés pour les circonstances extraordinaires trancha la question. Le succès devait justifier cette mesun prise d'urgence.

Dans la nuit du 5 au 6 avril, le traité pour les approvision nements était signé. Le 6 avril, à la vue des préparatifs qu faisait l'armée française pour passer la Bidassoa, le petit bai-^ taillon franco-italien, formé de 130 Français et de 40 Piémon^

LAhUÈE FRA^XAISC FAS^E LA UIUASSOA. i77

tat!», dont le colouel Fabvîer avait pris le coinmandement, déploya le drapeau tricolore et sortit de Saiiit-Sébaslieu pour se rendre àiruiiofi un second bataillon, sorti de Itilbao, vint le re joiûdre. Tous ensemble se dirigèrent vers Béhobie, et de là, en attendant que la marée basse permît d'entrer" en France, ils cberchaient à attirer l'attention des troupes qui leur ftiisaieut face, en déployant au vent leur drapeau tricolore eten chantant en chœur la Marseillaise. On vint en avertir le général Valin, soldat des grandes guerres impériales, qui commandait de ce côté notre extrême avant-garde, et sur lequel les émigrés bonapartistes croyaient pouvoir compter. Il accourut et il ordonna . aux artilleurs qui- servaient une pièce chargée à mitraille et braquée de ce côté, de faire feu. Cet ordre fut exécuté, l'iuàeurs des hommes du bataillon du colonel Fabvier tombèrent, elle drapeau tricolore fut abattu. Le coup de canon par trois Cois réitéré décidait du sort de la campagne. L'armée était engagée ; elle avait tiré sur le drapeau tricolore.

Le lendemain 7 avril, l'armée française passait la Bidassoa.

Le duc d' Angoulème s'était fait précéder par une proclamation

dans laquelle tout était combiné de manière à ne pas blesser

la fierté de la nation espagnole et à ménager son esprit d'in-

<'èpendan(e. Celle proclamation, délibérée en coasefl à Pai'is,

■ annonçait que nous entrions en Espagne pour nous unir aux

ttttïis de l'ordre et des lois, les aidtr à délivrer leur roi prison-

'^'er, à relever l'autel et le trône, à arracher les prêtres à la

P^'OscriptioQ, le peuple entier h. la domination de quelques

*^titieux. Elle ajoutait que tout se ferait par les Espagnols et

*Vec eux ; que les provinces traversées par nos soldats seraient

'**l*iiinistrée5 au nom de Ferdinand par des autorités espa-

'SQoIcs. Cette pièce se terminait ainsi: « îious ne voulons ni

^^Us imposer des lois, ni occuper votre pays ; nous ne voulons

tlUe votre délivrance. »

Sans doute, cette proclamation pouvait avoir l'incouvénienl

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