CAMPAGNE DE LA CONTRE-OPPOSITION DE IHIOITE
plus de ce que le ministère avait fait, mais de ce qu'il n'avait pas encore fait. 11 semblait que toutes les réformes et ioules les organisations pussent être improvisées à la fois : de nouvelles institutions religieuses ; des lois de décentralisation communale et départementale ; des lois de responsabilité pour le ministère et ses agents ; la refonte générale des lois de la Révolution et de l'Empire et leur mise en harmonie avec la Charte, l'indemnité aux émigrés dépossédés de leurs biens. C'était à un ministère dont l'existence avait quinze mois de date et qui, dans ce moment même, commençait une guerre au delà des Pyrénées, que M. de Lalot reprochait de ne pas avoir achevé toutes ces tâches qui eussent réclamé un grand nombre d'années.
M. de Corbière, dans une réplique marquée au coin d'ifti spirituel bon sens, mit en évidence ce qu'il y avait de banal, de vague , dans l'argumentation de cette opposition de parti pris qui ne pouvait point parvenir à articuler un grief précis, et s'enveloppait dans une phraséologie malveillante et dans des généralités de dénigrement. Il ajouta que lui et ses amis voulaient sur leur banc ministériel ce qu'ils avaient \ouhi sur leurs bancs de députés, et se montra peu surpris de se trouver . en dissidence avec des membres qui, au temps d'une commune opposition, s'étaient déjà séparés de leurs collègues. Les luttes qu'il avait fallu soutenir contre eux à cette époque l'avaient préparé aux luttes qu'il avait à soutenir contre eux aujourd'hui. Au fond, il n'y avait rien de changé. Seulement il croyait que la contre-opposition de droite l'autorisait pai' ses attaques à lui donner un avis : si faible en nombre, elle •devait au moins se montrer forte en raison ; si elle continuait à n'avoir pour elle ni la raison ni le nombre , le ministère marcherait sans s'inquiéter de la responsabilité dont on le menaçait.
La majorité accueillit avec une sympathie non équivoque
486 SESSION' DE 1823. — GUERRE d'ESPAGXE.
cette réponse de M. de Corbière. Elle était évidemmeul fatiguée de ce débat sans raison, sans opportunité et sans résultat possible, et malgré la tolérance dont elle usait envers des membres, sinon de sa nuance, au moins de sa couleur, elle aurait voulu la clore. Mais ce n^était point Taifaire de M. de la Bourdonnaye, qui, irrité du peu de succès de sa première attaque , voulut entrer plus avant dans la voie des personnalités rétrospectives. Il annonça à la chambre qu'il allait lui révéler un secret qui couvrirait les deux anciens chefs de la droite de confusion. A ces mots, ime attente inquiète se manifesta sur tous les bancs de rassemblée. Quel était donc ce secret et qu'allait dire M. de la Bourdonnaye? Il se reporta au temps de cette opposition de cinq ans pendant laquelle la droite marchait contre le ministère Decazes, et il accuî^a MM. de Villèle et de Corbière, qui passaient leurs journées sur les bancs de l'opposition à la chambre, d'avoir passé leurs nuits dans les salons des ministres pour tniiter avec eui. Interrompu par les murmures de la droite et les dénégations des deux ministres accusés , le fougueux orateur persista dans son dire , et somma MM. de Yillèle et de Corbière d'avouer que, dans une réunion à laquelle assistaient MM. de Bonald et Benoist, il leur avait prouvé qu'ils avaient passé la nuit chez M. Decazes. Les murmm^es redoublèrent, et couune M. de la Bourdonnaye voulait porter à la tribune le récit de conversations qu'il assurait avoir eues avec M. de Yillèle à ce sujet, rindignation de la chambre excédée éclata dans un cri unanime de réprobation qui obligea l'orateur à descendre de la tribune. En descendant, il eut encore à subir la dénégation de M. de Bonald, dont il avait invoqué le témoignage, et qui déclara n'avoir aucun souvenir du fait allégué par M. de la Bourdonnaye.
C'était à ces tristes excès de paioles que descendait la contre-opposition de droite, à laquelle M. Ilyde de. Neuville