CAMPAGNE DE LA CONTRE-OPPOSITION DE DROITE
vait prêté ces deux beaux mots pour devise : a Loyauté, onscience. » Qu'avait de commuo avec le budget de 1823 et i situation politique de la France intervenatit en Espagne our rétablir Ferdinand VIT siur son trône , et traversant la îdassoa pour empêcher la révolution espagnole de la passer,. 3tte suite de commérages rétrospectifs et puérils sur les vieilles uerelles de Topposition de 1819 et de 1820? Quoi! voilà les ujets dont M. de la Bourdonnaye occupait l'assemblée , lui ni accusait M. de Villéle de ne pas aborder les questions par î grand côté ! Tels étaient les horizons qu'il ouvrait devant lie ! Encore dans cette polémique anecdotiquc, n*avait-il pas aême le mérite du genre, celui de l'exactitude. A la déné- ^tion de M. de Bonald vint s'ajouter celle de M. de Villèle. Lvec une modération que faisait ressortir encore la violence le son antagoniste , il rétablit les faits :
« On tombe dans une erreur grave, dit-il, quand on compare Vo\hosition que nous avons faite à celle qu'on cherche à élever aujourd'hui, lui doute qu'à l'époque dont il s'agit, en m'opposant au système de ouvernement, je soutenais ce qui était dans ma conscience, dans ion opinion, je pourrais même dire dans la vérité, car les événements nt suffisamment justifié nos craintes. Tant que le ministère a suivi ne roule qui, à mes yeux, devait conduire la France à sa perte, je me iiis oppos*' à sa marche. Le jour où je l'ai vu, éclairé par les événeleots, chercher à revenir sur ses pas, j'ai cessé mou opposition, et 'est à cette époque que remonte le dissentiment dont vous a •entretenus [. de la Bourdonnaye. Il n'est pas impossible qu'il y ait eu alors un approchemcnt et une conférence... Mais il y a eu une erreur dans assertion du préopioaut. Il vient de vous dire que l'entrevue avait eu eeu avec M. Decazes et que môme M. de Corbière et moi, nous avions assc Umic une nuit dans son salon. La conférence a laquelle on fait llusion n'a point eu lieu la nuit, mais en plein midi, et, de plus, ce le fut pas une démarche spontanée; nous nous rendîmes clicz le linistre, d'après une invitation qui n'avait rien de mystérieux et dont î préopinant lui-même doit avoir un souvenir parfait. Aussi je ne rois pas que ce soit de celte entrevue qu'ait voulu parler M. de la lourdonnaye, et je pense, comme M. de Bonald, qu'il a fait confusion vcc une autre conférence chez le duc de Richelieu. Alors il s'agissait,
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je crois, de ramondement de M. Boin sur la loi des élections, etFon sait bien que M. Decazes n'était plus ministre. »
Devant ces explications tombait tout Féchafaudage de M. de la Bourdonnaye. Ce n*était pas une opposition d*ambitioo que M. de Villèle avait faite , et il eût été à désirer qu'on pùl en dire autant de tous les hommes de la droite. Quand les ministres s'étaient rapprochés des idées de celle-ci , MM. de Villèle et de Corbière avaient accepté des conférences avec eux dans l'intérêt de leur opinion. C'était leur droit, c'était leur devoir, et ils n'avaient pas à s'en cacher. Quant à sa politique actuelle, M. de Villèle n'était pas plus embarrassé pour la justifier. On n'avait que faire de lui prouver qu'il n'avait pas désiré la guerre ; il était le premier à déclarer qu'il n'avait rien omis de ce qui pouvait être fait honorablement pour la prévenir. Elle était devenue nécessaire, il n'omettait rien pour qu'elle fût faite résolument et avec succès. Les paroles parlésquelles le président du conseil termina furent graves et belles; on y reconnaît l'accent d'une conscience en paix avec elle-même et cette mâle tristesse de l'homme de bien qui se console des injustices du présent par la perspective des justices de l'avenir :
« Jamais dans mes fonctions, soit do ministre, soit de drputr, dit-il, je n'obéirai qu'à la direction de ma conscience, sans m'inquirter des appuis que je pourrai trouver ou des personnes qui seront en contradiction avec moi. Trouver des adversaires parmi ceux qu'on estime, c'est un sacrifice auquel doit se résigner tout homme parvenu à la direction des 'affaires publiques. Dans ce poste difficile, on peut quelquefois avoir la douleur de se voir mal ju^'é; mais tôt t»u tard la vérité et la justice se font jour, et tôt ou tard on reçoit de ses concitovens la seule récompense que l'on doit ambitionner comme le dédommagement de tant de sacrifices. »
Des marques chaleureuses d'approbation et de sympathie, parties de presque tous les bancs, saluèrent ces dernières pa-
FACHEl'X EFFET DE CES LUTTES INTESTINES. 489
rôles, et la chambre fat à peu près unariimo à réclamer la clôture qui fut prononcée, toutefois après que M. de Lalot eut essayé en vain de rouvrir le débat pour uu fait personnel. Dans les séances suivantes, la contre-opposition renouvela ses attaques; nous n'y reviendrons pas. Elles ne furent ni plus motivées ni plus heureuses. Mais, si leur effet fut nul dans la chambre, elles exerçaient une fâcheuse influence au dehors. Ces violences d'une opposition formée d'hommes de droite contre un ministère de droite qui comptait MM. de Villèle, de Chateaubriand et de Corbière dans son sein, autorisaient les violences de la gauche. Ceux-là mêmes qui s'étaient plaints si amèrement de ce que le respect disparaissait du monde travaillaient à détruire le respect. Le parti royaliste, sans s'en apercevoir, se démolissait ainsi de ses propres mains devant le pays. Quand les deux chefs qui lavaient conduit si longtemps dans Topposition étaient signalés comme des incapables, des prodigues, presque des traîtres, par leurs anciens compagnons, que veut-on que pensât le gros du public ?
Les journaux de la droite, troublés par ces luttes intestines entre des hommes qu'ils avaient été accoutumés à honorer et à louer également, ressemblaient à des navires qui ont perdu leur boussole et qui naviguent au hasard. Les uns, avec ce penchant inné de la presse qui incline toujours à l'attaque et à l'épigramme, parce que ce sont là ses deux grands moyens de succès auprès de la malignité publique, faisaient cause commune avec la contre-opposition de droite et attaquaient MM. de Villèle, de Corbière et de Chiteaubriand : c'était là le parti qu'avait pris le Drapeau blanc, M.deMartaiuville, accusé poui' la première fois de sa vie de modérantisme, quittait le journal fondé par lui, parce qu'il n'avait pas voulu tourner sa plume contre un ministère royaliste qui avait à la fois pour lui le Roi et MoNsucuh. C'était le motif qu'il donnait; mais
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il laissait denière lui des hommes plus résolus à uue opposition à outrance y qui, ti*ansférant dans la presse les récriminations de rassemblée, Taccusaient de céder à d*autres amorces et déclaraient qu'à son défaut ils sauraient remplir leurs devoirs contre le ministère. C*était donc partout un échange de reproches et d'injures. Le Journal des Débals embarrassé se réfugiait dans le silence, et la Quotidi&me cherchait à donner le change au public «t à cacher les plaies intérieures de son parti en feignant de croire que Témulation du bien public animait seule Tun contre Tautre le nodnistère et la contre-opposition de droite, qui <x rivalisaient, disait-elle, dans cette espèctî de lulte, de modération, d'indépendance et de loyauté. » On pouvait se consoler avec ces explications optimistes, mais on ne persuadait personne, parce qu'on n'était pas soi-même convaincu.
La session se traîna ainsi jusqu'au vote du budget, et la discussion rie se releva que lorsque la présentation d'une loi, qui appelait pai* anticipation sous les drapeaux la classe de 4 823, remit la guerre d'Espagne à l'ordre du jour. Une circonstance donna une grande vivacité à ce nouveau débat : c'est que le ministère anglais, après les vacances de Pâques, avait déposé, le 14 avril, tous les documents relatifs au congrès de Véi'one sur le bureau du parlement, avec un exposé de la situation. Une discussion solennelle s'ouvrit donc danà la chambre haute et dans la chambre basse. Rien ne peut donner une idée de la violence que diployèrent les orateurs de l'opposition et même les ministres contre le gouvernement français et contre la France. Il devait arriver et il arriva que les tribunes des deux côtés du détroit se répondirent.
Les succès qu'obtenait notre armée en Espagne et dont le télégraphe portait journellement la nouvelle à Londres poussaient à bout la vanité britannique. Quoique résolu à maintenir la stricte neutralité de l'Angleterre, comme il s'y était