‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 84 sur 122 · Carneldc M. de Vlllèle · texte numérisé non relu

Carneldc M. de Vlllèle

M. I»Ii: MONTMORENCY IIIJ'nNh A LA TRIlîrNE ANGLAI<iE. 493

arracher le Roi? Et si elle^î ne revenaient pas avec lui à Madrid, n'y reviendrait-il pas avec un parti affamé de vengeance et avec le pouvoir absolu ?

Ce fut le duc de Montmorency qui répondit le premier aux attaques de Topposition et h celles de la tribune anglaise. Il parla avec respect des souverains réunis à Vérone, et qui avaient été si outrageusement traités dans le parlement, avec exactitude de ce qui s'était passé dans le congrès, et il repoussa à celte occasion avec beaucoup de netteté et les allégations inexactes de M. Canning, qui avait affirmé que personne ne songeait, excepté la France, aux afftiires d'Espagne, et les insinuations injurieuses de M. Mole; il s'exprima avec une parfaite convenance sur sa propre conduite sans l'ombre d'une récrimination contre M. de Villèle, ou d'un reproche contre M. de Chateaubriand.

Yoici la partie la plus impoiiante de ce discours :

Cl Qui a pu concevoir Ti^morancc du gouvernement anglais sur la place que devaieut prendre au ron^^rôs les affaires d'Espagne? Ne semhleriiit-il pas qu'à peine «a-t-il pu prévoir qu'on ^en parlerait? Comment espérer persuader qu'un cabinet aussi vijrilant que celui de Londres ait pu mettre en doute ce qui était connu de tous les cabinets europt'^cns? Je ne songe à justifier ni la France qui n'en a pas besoin, ni moi-même qui regarderai toujours comme un titi*e d'honneur d'avoir concouru à ces grandes transactions de Vérone, mais je dois proclamer ce qui est vrai : la France n'a eu ni à désirer, ni à demander, ni à pn>vo«{uer la discussion des affaires d'Espagne au congrès; ce qui l'a amené^î, c'est la force même des choses, c'est le sentiment universel d'intérêt et d'inquiétude qui dominait alors les cabinets des souverains. Du moment qu'il fut question d'Espagne, il était naturel qu'on désirAt connaître l'opinion de la France, la prenûëre menacée par des contagions de tous genres, et que d(» souvenirs peu anciens devaient lui rendre redoutables. La France répondit avec toute la franchise qui convient à sa politique et à sa véritable dignité, que son désir sincère était de conserver la paix ; mais elle exprima ses craintes trop fondées que sa sûreté, son honneur, tous ses intérêts essentiels, ne lui en laissassent pas le choix. La France n'a fait à Vérone que des proi)ositiuns défensives , conditionnelles et hypothc-

496 SESSION DE 1823. — GUERRE d'ESPAGXE.

tiques; les ministres anglais l'ont s^jlennellement déclaré. Nous pouvons donc le dire à tous les désapprobateurs de la gut-rre, le proclamer à la face de l'Europe : oui, c'est l'atteinte portée à nos intérêts, c'est notre sûreté directement menacée, ce sont des actes contraires à notre salut et à celui de l'Europe qui nous ont obligés de faire le sacriGce momentané de toutes les sources de prospérité que, chaque jour, lapaii nous ouvrait, pour défendre la cause la plus juste. »

Ce discours d'un galant homme et d'un vrai gentilhomme^ à qui le rôle de premier plan qu'il avait joué à Vérone donnait une si grande autorité dans celte occasion, fit une vive impression sur la chambre et sur le public. Il est digne de remarque que, pour défendre la politique du gouvernement royal, M. de Montmorency se plaçait sur le terrain qu'avait toujours indiqué M. de Villèle : le droit qu'avait la France de suivre la politique de ses intérêts, et de repousser un péril dont elle était personnellement menacée. Sur ce terrain, on était inattaquable, et M. de Chateaubriand succédant à M. de Montmorency, qui ne lui avait pas laissé grand'chose à dire sur le congrès de Vérone, s'y plaça à son tour. Ce fut là l'argument décisif de sa péroraison :

« La question, dit-il, n'a jamais été pour nous de savoir ce que nous avions à gagner en prenant les armes , mais ce que nous avions à perdre en ne les [)renant pas. Il y allait de notre existence : c'était la révolution qui, chassée de France par la légitimité, voulait y rentrer. Que de tentatives faites sur nos troupes ! Que de comj)lots sans cesse renaissants! On employait jusqu'au souvenir de la victoire pour éhranler la fidélité. De là cette fatale opinion qu'il nous serait impossible *de réunir dix mille honimes sans nous expost'r à une révolution. On ne nous parlait, on ne nous m(.'n«i(;ait que de la cocarde tricolon*, et l'on affirmait qu'à ce signe aucun soldat ne resterait sous le drapeau blanc... Kh bien , l'expérience a été faite. Le coup de canon tiré à la Bidassoa a fait évanouir bien des [)restiges, a dissipé bien des fantomes, a renversé bien des espérances ! Huit années de paix avaient moins affermi le trône légitime sur ses bases que ne l'ont fait ces huit jours de guerre. »

BEAU DISCOLUU DE M. LIE CUATEAVBUIARD. 497

La guerre était doDC doublement motivée, au dire de M. de Chateaubriand , par Uae situatioa extérieure que compliquait la situation intérieure, et par la complicité des ferments révolutionnaii-es du dedaus avec celle révolution, qui, du dehors, s'était mise en relation avec eux, comme ces volcans qui communiquent par des canaux souterrains où coule la lave. Le ministre des affaires étrangères fut moins heureux dans les explications incidentes qu'il donna sur le défaut de communications diplomatiques faites aux chambres françaises, et dont l'abondance des documents transmis au parlcmenl d'Angleterre faisait encore ressortir l'insuftisance. II y avait alors une sorte de crainte superstitieuse des ministres alarmés sur la prérogative royale, qui les empêchait de soumettre aux rhambres toutes les pièces qui- leur étaient nécessaires pour former un jugement sur la politique extérieiu'i', dont la direclion appartenait exclusivement au Roi. A ce sujet, M. de Chateaubriand dit des choses très-sensées sur les différences radicales qui existaient entre la société anglaise, si profondément empreinte d'aristocratie , el la société françfùse, dont toute l'organisation était démocratique. Ilien de moins contestable. Mais ce raisonnement avait une bien autre portée que celle qu'on lui donnait. Ou il ne fallait pas accepter de discussions sur les affaires extérieures devant les chambres, et alors c'était la suppression du gouvernement représentatif; ou , si l'on acceptait cette discussion parce que le gouvernement re ■ présentatif la rend inévitable devant des corps politiques qui votent les subsides et les contingeuls, il fallait mettre les assemblées en état d'asseoir un jugement sérieux et motivé en [ leur faisant les communications nécessaires. On ne gagnait qu'une chose à ne point les faire ; c'était d'autoriser les plaintes de l'opposition, qui trouvait dans les documents anglais toutes les kunières nécessaires pour attaquer la politique du gomernement.

498 SESSION DE 4823. — guerre d'espagnè.

Dans la partie de son discours où il répondit aux invectiyes de la tribune anglaise, M. de Chateaubriand montra une modération pleine de dignité :

« IjCs récriminations, dit-il, auront bientôt changé l'Europe en un champ de Itataillc. C'est à nous à donner l'exemple de la modération parlementaire. On a fait des vwu\ contre nous : souhaitons la prospérité à toute puissance avec laquelle nous conservons des relations amicales. On a osé élever la voix contn; le plus sage des Rois et son auguste famille : qu'avons-nous à dire du Roi d'Augletcrre, sinon qu'il n'y a point de prince dont la politique soit plus droite et le caractèn.' plus généreux ; point de prince qui, par ses sentiments, ses manims et son langage, donne une plus juste idée du monarque et du gentilhomme. On a traité avec rigueur les ministres français : je œniub les ministres qui gouvernent aujourd'hui l'Angleterre : ces personnages émincnts sont dignes de l'estime et de la considération dont ils jouissent. J'ai été l'objet particulier dos insultes : qu'importe si ▼«m* tiH)uvez, messieurs, que je ne les ai méritées que pour avoir bien seni mon pa^s? Ne craignez pas que ma vanité blessée puisse me foire cqblier ce <|ue je dois à ma patrie; et. quand il s'agira de maintenir riiarmonie entre deux nations puissantes, je ne me souviendrai jamais d'avoir été offensé. »

L'effet de ce discours fut grand en France, et peut-être plus grand encore de l'autre côté du détroit. Il établit nattirellement une comparaison entre la politique française, qui, mettant sa force dans Taction, pouvait se montrer modérée dans son langage, et la politique anglaise, qui, réduite à inaction, dépensait toute son ardeur dans ses paroles. Le Moming Chronicle lui-même fit Téloge du discours de M. de Chateaubriand, et le duc de Wellington se montra ravi de cette manière si digne de répondre à des invectives et è des injures: « C'est ainsi, dit-il, qu'il fallait répondre; c'est là le discour? que j'aurais voulu dicter si j'en avais eu le talent. » Puis, se tournant vers lord Harrowby, avec une franchise toute miKtaire : « Voilà comment parle un wai gentilhomme; noblesse, loyauté, absence de ressentiment, bon sens, tout est là; de-

liEOBGE IV. — KOBLE LETTHE DE M. DE MABCELtUS. A99

puis dsux mois, uouâ D'avoub rien dil ni riea eBtcDdii do cc genre '. o

M. de Marcellus, en donnant ces détailii à M. de Chateaubriand, à la date du 3 mai, ajoutait quo le duc de WellingUin aviiit ponservé, dans telte êpi-tuv* difficile, l'iallexible loyauté de soucaraolifrc. Traduit devaut l'opiiûon, calonmiê à Weslmtnstw, accusé d'incapacité , de l)tiiblesse d'esprit , abandonné par celui de ses coilt^gues qui était son défenseui' naturel, M. Caiming, il brava les injures, les sarcasmes, et pas une parole équivoque ne sortit de sa bouche contre les alliés, la France, le lloi et ses ministres. M. de Marcellus, après avoir rendu ce témoignage, dans stt currespondiince, au duc de Wellington, ujoutuit que, tandis que des vœux hostiles retentissaient en plein parlement contre la France, le noble duc Je diercliait avec amitié, le rassurait en secret contre Tissue de ces U'istes débats, et présageait nos succès eu Espagne. Notre jeune envoyé reçut un lémoi^age plus élevé- encore. Le roi d'Angleterre, qui n'avait pas oublié les Tiens de l'ancienne amitié qui l'unissait à Louis XVIU, et qui était loin de jiartager les sympathies de son ministre, M. Canning, pour hi Frirolntion espagnole , avait vu avec peine, en parlait gentïlkamme qu'il était, les vœux exprimés ei) pleiu parlement par le ministère anglais contre la France. 4knnme roi constitulionnel , (ieorge IV avait gardé le silence, mais ce sHence avait quelque chose de si désapprobateur qu'un journal anglais, le Times, attribua au roi un entretien avec M. de Marcellus, auquel il aurait exprimé liautement les vœux qu'il faisait pour nous'. Cet article fit une grande sensation à Londres :

]. Leltre de H. de Hamllu) i M. de CLdeaubrtand. 3. Voici uD puuge de cet arUcLu : > Ou dit que H. île Hircelliu an pu m leulcmenl *rcuuilll, au lurar de lundi detuiar, avec une dârârenae parli- NlUre, nait eacorc que Im iieui Jib |dus Blacfrei lui ont élé Bxprlm^ «n tÈM,at de l'«nlre(<riiG Bourbon asalre l'Kêfteat. — «Ditei > valte miiLre i|ug ■ je délire lei tuacËi de lout mon c«ur,qa'ilam»«meilleun(ouiisiliii a — ou

500 SESSION DE 18:23. — glerre d'estag^e.

dans le parlement, où Topposiiion s'apprêtiût à interpeîl«rr !e Qiinistère à ce sujet; dans le miDÎstère, qui se demandait sH ne devait pas intenter des poursuites contre le journal qui avait publié sur le Roi un article aussi injurieux. Une lettre adressée à M. Canning par M. de MareeDus, qui slnspîra. dans cette démarche , de la générosité et de la noblesse qu*aTak montrées le gouvernement français depuis l'ouverture ée celte affaire, mit fin à ces perplexités. Yoici cette lettre :

• Porduil-PUM. 2 OUI ;i*S.

« Monsieur,

«I Vous avez quelquefois «nrouté mes plaiuttLS et j'di s«*u^*;at r*^;a ta \ôtres contre les témérités des journarix. Mais. aui*.4jniliaL je nr s*brais tr»>p tU vous eiprimer le d'};Lroùt que je resj?eii< en liiaat l'Aftoi* du Timtfs. Je pn:>teste entre ^«.«s okiizis coatre les parijles qu'<.>ii •«» mettre ainsi dans une N.>ui:he dU|niste. et comme si i'a«aj> b^sAii et lîous pn.'uvor à v..iu>-mcme leur inexa«.'titu«le. je j«-ias 1 nu Lettre on extrait de la depi?che dans laquelle je rends i*t.>mpce â ou <ri.nr «i-? r«dieace publique d>*nt il s'ajrit. Je ne puis mieux dept>ser nb.a reséotiment que dans v<>tre <ein. monsieur, puisque par une suiv d*fs kt.'Oks auxquellc-s v«u.s m'a^i.'z a>:c<.mtumi'. ▼•jiis rtant çbLO- pn-.s «ie m'.i p«9dant que le R>.>i me parlait, ▼•jos a^ez. '!i>mme nii>i. ea^ndi Jttr* entretien. Je suis, ▼•lus le sa^ez. m*>asi.eur. d'un sukr r.-valisae : fi«»:« me parl-.auerez ? û s rfst ^mu q^ianii ] xi 'u s'^Le^er dim i^ent g-ti£4: «i«?s s u^v ('S qiji pi.*i^ai»ent m»;ier min a^m i îine lisuIv ea»-ri ni Sa;este Pr'r:a.^:iii('ie. V n< iv-z bien ''^uiu. -in {uelques ■rir'fvG5Ci:ee«. placer s» -us Vs •••^ii.i ta R..i i.rrtaines de m*îs ct.*mmajiD:aJti*.'as : ;e «*« ip^mond'; la mi^mi.' ili^'iur pi.iir ces :i:nies> -/u Si Sli^esik iira bi««^ ment: tVrm»?i. iii.i , ist*: :iiii:£!iacn a ;t mvn pr'j(!'a«i r»;sçect si.fLT a pers* nue.

•(luiqiiis ruuiw i'ipprjcuunL >oiui an :i**jvtjii» la» t jettH 'lutiiin . naitfw «<ûe -«(ail Ti-tùtf« 3UIU» iir'Miitf ;iih .'-ïMirlt in .*«tiii fui im-u liiui fsL boà m «ti! I iunniir jitm piii» iu rnuiir'ii •■t T'iii^iutriiiiiii tu itf«ipiif mtfiaà X** u rJuiTu ju '.ijuiif ui'm -fouiA-int» pnv^iiitui: ni^tiiii «iuii'fmi. m. mhiu ?<^ sunDutj:^. Cor :i 'hdt ^•miartuer |iie 'u - 'CU *\:ir?uiH vi vt -ipiniri** firartaBRC^ iiin-sMUi«;iiwu( m vipn ji«« i]iiiiHi'>nf |iie « lai .$iir*iii i «m aen**!».. iç^«* nmiL 'liurtt pi *1 iiir*uiç*i 't?ur^ rpionin». nu» -nwupf «l «rn >lif Muî js!?v

naôitiioK lu ^jyauinir. nmu l'io JiiwinHitc --mn S«»iuiite. oi iimun* b^

"^ mniç -fluvii 4imil '».**i<* ih» '«pi^ lUMt tiuiile*^ * -icc.

DERMKR.S IH.BATS l LA >E>SInN KST CLOSE. 501

Eu présence de cette lettre de M. de Marcellus, accompagnée d'un extrait de sa dépêche à son gouvernement sur sa conyersatiou a\ec George IV, la haute opposition de la chambre des communes, qui en reçut la communication confidentielle, renonça^ux interpellations projetées; le ministère, de son côté, renonça aux poursuites contre le Times ^ dont Tarticle était décrédité par ce démenti. Le roi d'Angleterre se montra très-to^^hé d'un si honorable procédé , il fit remercier M. de Marcellus par le gentilhomme de sa chambre de service, et on rapporta à notre envoyé ces paroles du roi d'Angleterre, qu'il transmit à M. de Chateaubriand, dans une note confidentielle : « Je n*ai point tenu à M. de Marcellus le langage qu'on me prête, avait dit George IV ; mais ces vœux pour la cause de la France sont au fond de ma pensée, et je devais, en bonne justice, au chargé d'affaires français Taccueil qu'il a trouvé près de moi. Quoi! pendant qu'il lutte contre la malveillance, exposé aux conspirateurs de tous les pays, je Tabandonnerais aussi, et le duc de Lorenzo sera porté en triomphe par la populace! il sera invité, caressé par mes ministres, et ces ministres viendront, en plein parlement, lancer des vœux contre la France avec laquelle nous sommes en pleine paix ! Est-ce là la neutralité et une honnête neutralité ? J'ai souffert de cette conduite , dont TEurope aurait pu accuser mes principes politiques, et j'ai cherché à rétablir la balance, en montrant à M. de Marcellus tout Tintérét qu'on a témoigné exclusivement jusqu'ici aux agents des cortes '. »

Tandis que la politique française en Espagne était comprise et appréciée à Londres par le duc de Wellington et le roi d'Angleterre lui-même, elle était attaquée violemment, en France, à la chambre des pairs par le duc de Broglie, qui

1. Ed transmettint ces paroles de George lY à M. de ChatetabrUnd. M. de Mairellos ajouta : « Ces paroles da Roi m'oflt été révélées par le ccear Oiaerct qoi les a retaeUlies : Tw map rely npon il, *

502 SESSION DE 1823. — guerre d*espagne.

cédait aux mirages de son imagination éprise du beau nom de liberté, sous lequel s'abritent trop souvent le despotisme et l'arbitraire des révolutions. Répondant à M. de Chateaubriand, dans la discussion soulevée par Tappel du contingent de 1823, M. de Broglie déclara refuser le contingent pour rendre la guerre impossible et renverser le ministère , qui, par sa conduite à Vérone , avait fait de la France la place d'armes de la Sainte- Alliance. %

C'était toujours la même accusation qui revenait, accusation injuste à laquelle la correspondance de M. de Villèle avec M. de ^Montmorency, si elle avait été déposée sur le bureau, aurait donné un sanglant démenti, renouvelé, on le verra, par la correspondance du duc d'Ângouléme avec le président du conseil. De ces prémisses, directement contraires aux faits, le duc de Broglie, politique peu pratique, tirait de fausses conclusions ; il déroulait devant la chambre le tableau des utopies pessimistes , que lui suggérait son esprit engagé dans une opposition systématique, et noircissait de ses horoscopes un avenir assombri par les nuages sortis de son imagination. Le gouvernement français, il consentait maintenant à l'admettre, prévaudrait en Espagne contre les cortès , mais ce gouvernement voudrait suivre et vaincre aussi la révolution en Portugal ; alors la guerre s'allumerait entre nous et l'Angleterre. Cette guerre serait le signal d'une explosion révolutionnaire en France, et les armées de la coalition entreraient sûr notre sol , et viendraient étouffer la presse et renverser la tribune. Les vérités qui jaillissent de la langue imiverselle de l'Europe, voilà en effet, disait l'orateur, les \Taîs ennemis de la Sainte-Alliance, voilà les ennemis qu'il lui fallait exterminer. Le duc de Broglie ne s'arrêta pas en si beau chemin, et, après avoir accablé la France sous le poids de l'invasion de TEuropii, il soulevait contre la coalition européenne des millions d'hommes, dont plus de quatre cent mille

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