A MADRID
On a vu que l'armée française, après le coup de canon tiré par les ordres du général Yalin sur le drapeau tricolore, avait
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passé la Bidassoa le 7 avril, et que le duc d'Angouh^me était entré à Inm, au bruit des clocheb' sonnant à toutes volées. Il ne rencontrait pas sur sa route de forces militaires capables de lui disputer le passage. La seule précaution à prendre, dans sa marche sur Madrid, c'était de ne s'éloigner des frontières de France que lorsque le corps d'armée du maréchal Moncey, destiné à combiner ses opérations avec celles dn prince, aurait poussé devant lui les corps espagnols de Mina et de Ballasleros, qui pouvaient tenter d'intercepter nos communications, et les aurait obligés, soit à chercher un asile dans les places fortes, qu'on ferait assiéger ou bloquer par le général Molitor, soit à efTectuer leur retraite vers les provinces du sud-est de l'Espagne. Mais, si les obstacles militaires, dans cette première partie de la campagne qui devait se terminer à Madrid, n'étaient pas considérables, il y*a\ait à vaincre des difficultés d'un autre genre.
D'abord le prince généralissime, avant même de mettre le pied sur le sol espagnol, avait rencontré un grave embarras dans le défaut de subsistances et de moyens de transports qu'il * avait constaté en présence du duc de Bellune lui-même ; et la mesure prise d'urgence par le prince, devait, toute nécessairt^ qu'elle fût, devenir plus tard une source de difficultés, parce que l'administration de la guerre, tardivement prête, mais prête à la fin, entra en concurrence avec M. Ouvrard, le munitionnaire général. Cette question devint l'occasion d'une correspondance active entre le prince et M. de Martignac, d'un côté, et M. de Villèle de l'autre. Le prince et son conseil insistaient naturellement sur les besoins de l'armée et la nécessité de lui assurer les ressources indispensables pour marcher en avant. Le président du conseil, tout en fournissant avec une ponctualité remarquable les fonds nécessaires, sans jamais marchander une dépense utile, insistait pour qu'on évitât avec sollicitude tout ce qui ressemblerait au double emploi, afin
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de ne pas prêter ilunc aux critiques des clianibres par lesquelles lottes ces dépenses seraient contrôlées.
On allait rencontrer une seconde source de difficultés dans Tancienne régence d'Urgel, dont il avait été impossible de faire un moyen à cause de ses prétentions inadmissibles, et dont Fambition trompée et Tamour-propre blessé devenaient un obstacle. Enfin, la junte espagnole que le prince avait nommée,. quelque soin que Ton eût mis dans le choix de ses membres, devait aussi avoir la prétention, le désir d'appeler à elle Tinfluence, le prestige et Taulorité ; elle devait avoir ses entraînements vers les passions des royalistes espagnols qui, ayant éprouvé beaucoup de vexations et d*avanies, étaient toujours tentés de se jeter dans une réaction sanglante. Or, si nous étions venus pour protéger les vies des royalistes espagnols, leurs intérêts, leurs droits, nous n'étions pas venus pour leur livrer les vies, les droits , les intérêts de leurs adversaires ; à aucun prix notr« amitié ne pouvait devenir une complicité, et le noble drapeau de la France ne devait abriter ni vengeances ni représailles.
Ajoutez à cela la jalousie de nos alliés eux-mêmes qui, tout en appréhendant nos revers, surveillaient nos succès et cherchaient l'occasion de smbstituer leur influence à la nôtre, en exploitant les éléments multiples et disparates de la situation ' ; le choc naturel des caractères, le tiraillement des vanités et des intérêts, et les dangers que pouvaient susciter dans un gouvernement où la presse et la tribune jouissaient d*une entière liberté, les esprits d'audace, d'aventure ou d'intrigues,
1. M. de Yillèle entretient souvent le duc d^Ângoulême dos difflcuUés que suscite le cabinet de Vienne au gouvernement français, tantôt au moyen du prince de Lucques, tantôt au moyen du roi de Maples, qui réclame la régence de TEspagne comme son droit, proteste contre la création de la jiinte, et fait armer une escadrille pour croiser devant Cadi!(. « C'est bien avoir envie, dit M. de Villèlo, dans sa lettre du 28 avril, de laisser de côté ses affaires pour se mêler de ccllçs des antres, b
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toujours prêté à s'abattre sur une situation difficile, comme ces riverains de la mt*r qui s'enrichissent du bris des navires et récoltent les épaves des naufirages.
Cet aperçu, si sommaire qu'il soit, donne une idée suffisante des difficultés au milieu desquelles cheminaient en Espagne le duc d'Ajigouléme, en France le gouvemement. Quelques extraits de la correspondance du président du conseil avec le duc dWngouléme achèveront de mettre la situation en lumière.
En apprenant le coup de canon tiré sur le drapeau tricolore 4jt le passage de la liidassoa, M. de Yillèle écrivit à M. le duc d'Angouléme, à la date du 13 avril 1823 :
tt Au dehors, le premier engagement de notre armée avec le drapeau tricolDn* tend à justifier la guerre et à détj'uire les préventiunà qu'on pouvait conserver sur les dispositions de notre arnu^e. Audi^lans, nos révolutionnaires sont déçus dans les espérances qu'ils avaient fondées sar la défection de nos soldats. Les fonds (5 p. 100) ont monté de a à 6 fr., ils sont à St. Nous attendons rarriW>e du raart'^chal de Bellune, il n'est que tw|» évident qu'il a été horriblement trompe par sfs agents. Nous sentons que vous ùtes obligé, par la pt'iiurie où Ton ^ous a laissi', de pn»ndre des moyens extraordinaires pour les subsistances et les transports. Mais je ne saurais trop vous prémunir contre les pii'ges. J».* dois uièaie vnus avouer que j'ji l'opinion que le marché fait aMT Ouvrard «•>! dt? w genre. Les prix et les conditions S4»nt tels qu'il est peu probable qu'on puisse les ratifier sans s'exposer ici aux plus graves repnK'hes. »
Voilà la première impression de M. de Villèle sur les marchés Ouvrard. L'imprévoyance de Tadministration de la guerre les a rendus nécessaires, mais ils sont onéreux; de là ridée sans cesse exprimée qu'il faut faire les derniers efforts pour les alléger.
Cette nécessité, reconnue par M. de Villèle, est le grand et décisif argument que le duc d'Angoidême et M. deMai'tignac emploient pour justifier les marchés Ouvrard. La seule nuance
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entre eux, c'est que le prince et son C4»nsciller trouvent le marché moins défavorble à nos intérêts que ne le croit le président du conseil. Le prince, qui mai'che toujours en avant et qui a successivement occupé Tolosa, Mondragon, Vittoria, écrit, de cette dernière ville, au président du conseil :
<« Si tous nos approvisionnements avaient été prêts comme ceux d*argcnt, nous n'aurions pas été réduits à traiter avec M. Ouvrard. Ce n'est pas que jtî croie que nous avons fait une si mauvaise afTairc. A l'exception de qui^lqucs articles vagues que nous rectifierons, d'un rautionnomcnt consitiéraMe en 5 p. i 00 que nous exif^orons et que nous obtiendrons, du tarif de l'arniéc que nous fttrons reconnaître au moyen d'un lé;?er sacrifîce au moment du règlement mensuel, ce traité l>eut soutenir la comparaison avec ceux approuvés par le ministre de la fruerre et qui n'ont pas été exécutés. Il me semble donc que le meilleur parti à prendre est de réviser et de ratifier ce que nous avon fait. )»
Puis le duc d'Angouléme se félicitait de la manière admii^abîe dont se conduisaient les troupes et de la discipline exacte qu'elles observaient. Afin de pouvoir prononcer le mouvement de son corps d'armée sur Madrid, il avait prescrit au comte Molitor, écrivait-il le 16 avril, de se porter sur Saragosse, et au maréchal Moncey, qui était un peu en retard, de commencer les opérations; c'était le meilleur moyen de contraindre Mina, menacé sur ses derrières, de repasser rÊbre. 11 avertissait en même temps le président du conseil des menées de l'ancienne régence d'Urgel. Le marquis de Mataflorida et Tarchevêque de Tarragolie, demeurés sur la frontière franco-hispanique avec plusieui*s de leurs collègues, agissaient dans un sens hostile à la politique française. Peutêtre deviendrait-il nécessaire de les éloigner du théâtre de Taction. Une question plus grave se présentait. Comment agii^it-on avec Tarmée de la Foi qu'on venait de réorganiser ? Lui allouerait-on une solde, ou la iaisseraitron vivre sur le pays? Dans le premier cas, ce serait une grosse charge pour