LIVRE QUATORZIÈME
NOMINATION DE LA RÉGENCE PAR LES GRANDS CONSEILS. — PREMIÈRES DIFFICULTÉS AVEC LA RÉGENCE. — MISSION DE M. DE JONVILLE AU SUJET DES MARCHÉS OUVRARD. — EM PRUNT DE VINGT-TROIS MILLIONS DE RENTES. — NÉCESSITÉ ET INCONVÉNIENTS DE L'INTERVENTION.
Le gouvernement français s'était assuré, en fermant de bonne heure la session, le temps et la liberté d'action nécessaires pour pousser avec énergie jusqu'à son dénoùmenl celle de toutes les parties qu'il avait le plus d'intérêt à gagner, l'expédition d'Espagne. Il était convenu d'avance qu'il y aurait un temps d'arrêt à Madrid. C'était là qu'on réglerait plusieurs affaires importantes dont le président du conseil n'avait cessé d'entretenir le duc d'Angoulême dans sa correspondance presque journalière.
D'abord on procéderait à l'installation d'une régence espagnole destinée à gouverner l'Espagne pendant la captivité de Ferdinand VII, et à remplacer la junte devenue insufQsante depuis que nous occupions la moitié de la Péninsule. En
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second lieu, on tacherait de rectifier et de régulariser rafFaire Uuvrard, qui devenait un des soucis financiers de M. de Villèle, et M. de Jonville, regardé comme un des membres les plus distingués de Tintendance, se rendrait à Madrid dès que le prince y serait entré, pour entreprendre de résoudre ce litige h la satisfaction commune '. Enfin on prendrait les dernières mesures pour suivre les cortès jusqu'à Cadix, si, comme cela paraissait inévitable, elles y emmenaient avec elles le Roi prisonnier.
Les vues du conseil sur l'organisation d'un pouvoir national, communiquées au prince dans une suite de lettres qui devenaient plus pressantes à mesure qu'il approchait d<* Madrid, peuvent être ainsi résumées : La France avait un in-
l. Dès le 23 mai, M. de Villèle écrivait au duc d'Angoulême une leUre dans laquelle il lui exposail ainsi la gravilé de cette afTairc fiscale, au point de vue de la re^ponsabililé ministérielle : « J'ai eu hier une longue conversation avec le miuisirc de la guerre. Jl esl Torl disposé à ne plus rien contester do ce qui paraîtra rnisonnable à Votre AKcsse Royale. Mais il est resté forlement préoccupé cl 8i^c^remenlaf^ecté du surcroît de dépenses que vont causer les double.^ diaposilions Taites pour le même service, par suite des achats souscrits par lui cl des obligations contractées avec M. Ouvrard. Je crois du devoir et de l'intérî^l de Votre Altesse Royale de se prêter à tout ce qui pourra éviter à i'Élat dcf dépenses inutiles. Le maréchal prétend avoir h sa disposition des subsistances pour six mois. Jl me semble très-raisonnable que cet approvisionnement serve à la Tournlfure de Tarméc et soit déduit des fonds à Taire au munilionnaire général. Le maréchal assure que, dès le l^-"^ juin, il aura, à Bayonne, deux mille quatre cents mulets de bat, deux cent quatre-vingt-dix-neuf caissons attelés de quatre chevaux, deux cents voitures auxiliaires de quatre colliers, et, à Perpignan, douze cents mulets, cent cinquante caissons et cent voilures auxiliaires. Si ces arrivages se réalisent, il me semble que monseigneur doit les utiliser pour le service de son armée, et exi^^er dans les moyens de transport de M. Ouvrard une réduction proportionnelle. L'n double emploi dans ce genre lerall intolérable, et il n'est pas possible que Votre Ailessc Royale, avertie que plus lard tout ce qui lui manquait au moment de son départ lui arriverait, puisque Tadministration de la guerre en avait fait la commande, ne se soit pas réservé, vis-à-vis de M. Ouvrard, le moyen d'éviter un double emploi. »
M. de Villèle terminait sa lettre en communiquant confidentiellement «'ai prince une note du duc de Bellunc d'après laquelle la difTérence des prix des fournitures, d'après les tarifs comparés de l'administration et du munilionnaire, constituait un excédant de dépenses de 2,(500,000 fr. par mois au préjudice de l'Élal.
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NOMINATION m: LA riÉ(.nN« E A MADHII». 521
lui procurer un emprunt, et il savait intéresser bien des gens à ses projets. Les cabinets européens, qui nous soupçonnaient de vouloir établir des institutions libérales en Espagne, avaient Toreille ouverte de ce côté. On coupait court h tout c'ela par la mesure indiquée. Rien de plus motivé. 11 était tout naturel , en effet, qu'en entrant à Madrid, après avoir délivré la moitié du royaume du joug révolutionnaire, le duc d'Angouléme, en l'absence du Roi emmené prisonnier à l'autre extrémité de ses États, ne voulant lui-même exercer aucun droit de conquête sur le pays, pourvût à l'établissement d'une régence issue régulièrement des pouvoirs nationaux qui administrât les parties délivrées et les fît concourir à la délivrance du reste. Quant au mode d'exécution, le prince ferait réunir tous les Conseils, s'il était possible ; dans le cas contraire, une partie seulement, mais tous devaient être nommés dans l'ordre de convocation; l'élection de la régence se ferait par les membres présents. Le duc d'Angoulême ne devait paraître dans aucun de ces actes, mais il devait les diriger et les provoquer au besoin ' .
Sans méconnaître la sagesse de ces instructions, le duc d'Angoulême désespéra un moment de pouvoir les suivre, et crut qu'il serait obligé de nommer lui-même une régence. Il rencontrait dans le caractère des Espagnols avec lesquels il se trouvait appelé à traiter je ne sais quoi de méticuleux, de roide, d'excessif, de hautain et de difficile, et il lui paraissait plus commode et plus court de trancher le nœud que de le délier.
CCS jours derniers dans le Drapeau blanc, » (Lettre de M. de Yillvle ù la date da IG mai. — Documents inédits.)
1. M. de Villèle, dont nous résumons les insiruclions, ajoutait : • Le rôle de libérateur do l^Espagne que remplit monseigneur doit cire, pendant le temps que notre armée passera à Madrid pour prendre quelque repos, de n*en prendre aucun lui-mCme, de s'occuper de l'organisation et de la marclie de la régence, de la réunion d'une armée espagnole, eniln de la soumission successive de toutes les parties de l'Espagne sur lesquelles nous pouvons agir par ]e fer ou l'argent, p (Lettre du 18 mai 1823.)