‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 89 sur 122 · SLCCKS en ESTAG^F. — ÉLE^MIONn (iÉNÉIlALES · texte numérisé non relu

SLCCKS en ESTAG^F. — ÉLE^MIONn (iÉNÉIlALES

M. de Villèle remontrait avec sa patience ordinaire que, « dansla position du prince, il fallait voiries hommes tels qu'ils sont pour éviter leurs pièges, et cependant les utiliser en les prenant comme ils étaient, et en les conduisant, nonobstant les difficidtés, vers le but qu'il s'agissait d'atteindre. » Le duc d'Angouléme, goûtant ces sages avis, réunit le 23 mai 1822, c'était le lendemain de son entrée à Madrid, les Conseils de CastiUe et des Indes, qui désignèrent, pour faire partie de la régence, le duc de l'Infantado, le duc de Montemart, le baron d'Eroles, Tévéque d'Osma et don Gom^z Caldcron. L'évéque d'Osma avait été élu en remplacement de l'évoque de Valence, qui avait refusé de se séparer de M. de Mataflorida et de Tarchev(!que de Tarragone, ses collègues de la régence d'Urgel. Il n'avait pas été possible do faire admettre dans la nouvelle régence les ducs de Fernando et de San Carlos que le gouvernement français aurait aimé à y voir. N'importe, le président du Conseil se tint pour satisfait. L'origine de la régence é!ait espagnole ; les hommes dont elle se composait étaient des personnages considérables; ils étaient aussi raisonnables que pouvaient l'être des Espagnols engagés dans un des deux partis extrêmes, pendant un temps de révolution. On avait le principal, il n'y avait pas à s'occuper de l'accessoire. C'est dans ce sens qu'écrivit M. de Villèle au duc d'Angouléme, et il ajoutait, éclairé par les démarches de la junte dont les fonctions venaient d'expirer et par celles de la régence d'I'rgel :

« Puisque c'est pt»ur trouver de l'arjreiit que toutes ces juntes i>u régences chcrehaient un appui Imrs de nous, il conviendra i>eut-èliT que Voti*e Altesse Koyale se montre plus facile et plus large avcr U nouvelle rég^MUx». »

La régence à peine installée, le duc d'Angoulème deniiuida à avoir le moins de rapports possible avec elle : il pressa

i»iŒM:Kiu:s niFiiciLTi-s AVFc LA liLbi- N<:i:. -523

l'arrivée du marquis de Talaru, noire ambassadeur, envoyé à Madrid pour y attirer ceux des puissances du Nord, et combattre ainsi TefFet produit par la présence de sir William A'Court auprès de Ferdinand, prisonnier des Corlès àSéville. Il voulait abdiquer entre ses mains le rôle politique qui lui pesait, et s'occuper exclusivement des opérations militaires qui devaient amener la délivrance de Ferdinand. La conversation qu'il avait eue le 30 mai avec le duc de Tlnfantado, président de la nouvelle régence, avait achevé de le dégoûter de ses rapports avec les Espagnols. Le duc d'Angouléme lui ayant parlé de l'oubli du passé et de l'avantage qu'il y aurait à donner à l'Espagne un gouvernement représentatif composé de deux Chambres, le duc de Tlufantado s'était montré fort éloigné des idées du prince sur ces deux points, et comme celui-ci lui citait l'exemple d'oubli du passé donné par Louis XVIII à sa rentrée dans ses États, l'inexorable Espagnol avait répondu que la punition des coupables eut mieux assuré sa tranquillité. Quant au second point, il déclara l'existence de deux Chambres impossible, et ajouta que le mieux serait de rétablir les anciennes Cortès *.

Malgré cette répugnance du duc d'Angouléme à s'occuper d'affaires politiques, il était indiqué que le fardeau continuerait à peser sur lui. Celui qui tenait en Espagne l'épée, et ou peut ajouter, après la lettre plus haut citée de M. de Yillèle, la bourse <ie la France, avait seul qualité pour discuter avec la régence, transiger avec elle et lui résister au besoin.

Quelques jours après, le prince lui-même dut en demeurer convaincu. Le 12 juin, les membres des Cprtès qui avaient emmené avec eux Ferdinand VII prisonnier à Séville, ainsi que la famille royale, proclamèrent la déchéance du Roi et nommèrent un conseil de régence. En même temps ils dé-

I. LeUre du dnc d'Angouléme à M. de Villèle. — Madrid, 31 mai 1823. (Docrnmenii inédits.)

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frétèrent que le roi déchu serait transféré à Cadix, où ils établiraient le siège du gouvernement. C'était un otage que les honunes les plus compromis de la révolution se ménageaient. Ils avaient avec eux une force d'environ cinq mille hommes, qui protégea leur sortie et leur marche sur Cadix. Il y eut contre eux une émotion populaire dans les mes de Sé^ille, avec des cris de : Vive le Roi absolu! Mais ils réprimèrent ce mouvement à coups de fusil. La régence, nouvellement établie à Madrid, voulut répondre à ces mesures extrêmes par des mesures à outrance. Le 20 juin, le duc de Tlnfantado, son président, accompagné de M. Calderon, communiqua au duc d'Augoulême un projet de proclamation et de décret qui excita à la fois la surprise et l'indignation du prince par la violence du langage et la rigueur implacable des mesures adoptées.

« Je lui ai dit, écrivait-il à ce sujet à M. de VillMe, qu'étant chargido maintenir la tranquillité dans le pays, je ne souffrirais pas de mesures aussi arbitraires, que leur projet de prendnî des otag<*s éUil digne de la Convention, que je ne tolérerais pas davantage les confiscations. S'il y avait des coupables depuis qu'ils étaient installés en régence, qu'ils les fissent arrêter et juger par les tribunaux; mais je m'opposerai à tout^'s les mesures arbitraires de nature à exciter k^ passions et à animer les partis. Leur sévériti» envers les niiliciens augmentait le nombre de nos ennemis. J'exigeais qu'ils agissent de concert avec moi ; qu'ils ne prissent aucune mesure, ne publiassent aucun décret sans me l'avoir connnuniqué deux jours auparavant. S'ils voulaient agir d'eux-mêmes, sans me consulter, j'évacuerai Madrid, je rappellerai mes troupes et je me retirerai vingt-cinq lieues en arrière.

« Ils m'ont supplié de n'en rien faire.

<« Voilà le fond d'une conférence qui a duré plus d'une heure. J'*i ajouté que je vous rendrais compte de tout et que j'attendrais de nouvelles instructions.

« M. de Martignac m'a apporté aujourd'hui de leur part un nouveau projet de décret où il n'est question que de menaces contre ceuxquï vont à Cadix, et de mettre leurs feiens sous un séquestre provisoire. Conmie je n'y ai pas trouvé grand inconvénient, j'y ai consenti*. »

1. Lettre du duc d'Angonlème Ik M. de Villèle, à la date da 2t julo 183)*

Fi:UMETK DL' DUC d'aNGOL'LÈME AVEC LA HLGENCE. 525

La leçon était sévère et la forme en était rude, brutale même. Mais au fond le prince était dans son droit et dans son dessein. SiFEspagne était en grande partie délivrée, si Ferdinand devait Tétre, s'il y avait une régence royaliste à Madrid, tout cela ne s'était accompli ou ne pouvait s'accomplir que par l'épée de la France. Or la noble épée de la France ne pouvait être un instrument aveugle au service des passions des royalistes espagnols violemment surexcitées. La France qui, avec la puissance, avait la responsabilité, devait être consultée. La conduite du duc d'Ângoulême fut partout et toujours au niveau de cette générosité de sentiments.

Malgré ces différends, on avait atteint le but désiré. La régence espagnole était établie à Madrid. Le duc d'Angoulême, avec Tautorisation du gouvernement français, lui avait alloué deui millions par mois pour les dépenses administratives et militaires, au lieu des quinze cent mille francs mensuels accordés à la junte. M. de Talaru et les ambassadeurs des puissances européennes arrivaient à Madrid accrédités auprès du nouveau centre du gouvernement \ sauf l'envoyé napolitain, qui mettait pour condition à sa résidence à Madrid la déclaration que la régence reconnaissait avoir reçu l'investiture de son pouvoir du Roi de Naples, déclaration qui ne fut pas faite, parce que le duc d'Angoulême signifia qu'il la regarderait comme une offense envers notre pays. La régence, ainsi constituée, nomma un ministère chargé de l'organisation des forces militaires et de l'administration des provinces replacées sous l'autorité royale, et des ambassadeurs auprès des diverses cours. Sans doute on rencontrerait encore bien des difficultés, on se trouverait surtout en dissidence avec les passions espagnoles qui pénétraient dans le conseil de la régence ; le mécanisme politique qu'on avait établi deman-

1. C'étaient MM. Royez, par la Prusse, Oabril, par la Russie, BranetU, par l*Aalricbe.

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dait à être touché à la fois avec fermeté et ménagement; mais le résultat principal n'en était pas moins acquis : il y avait à Madrid un gouvernement espagnol.

L'affaire des marchés Ouvrard offrit plus de difficultés. La mission de M. de Jonville, par laquelle M. de Villèle espîrail arriver à une solution, demeura sans résidtat. Cet intendant militaire, qui partit le 3 juin de i*aris, avait pour instruction de reprendre à Madrid son service, si la chose était possible; si elle ne Tétait pas, et s'il demeurait convaincu que Ton cumpromettrait le sort de l'expédition en rompant les marchés conclus avec M. Ouvrard, il devait au moins les rectifier*. Après avoir séjourné deux mois à Madrid auprès du dnc d'Angouléme, M. de Jonville finit par adopter les vues de l'état-maj or général. 11 déclara, au commencement de juillet 1823, « qu'il était impossible de casser les marchés cunclus avec M. Ouvrard, et qu'il n'oserait se charger de l'administration de l'armée avec les éléments que le ministèi'e de la guerre avait mis h sa disposition'-*. » Cette déclaration de M. de Jon- \ille confirmait les plaintes exprimées par le duc dWnpouléme. C/était le représentant même de l'intendance, Ihoranje réputé le plus capable de l'administration militaire, qui donnait tort au ministère de la gueriv, à l'exemple de lousovu^ qui étaient venus sur les lieux, à l'exemple du duc de liellune lui-même qui, dans son voyage à H:iyonne, avait reconnu (f^ ses ordres étaient demeurés inexécutés. Le mois suivant, M. de Jonville (pu» le ministre de la guerre rappelait à Pari* par des lettres impératives, et que le prince retenait à Madrid jusqu'à ce qu'il eiU achevé son travail, présenta une n»rtitiiwtioii des marchés Ouvrard. M. de Villèle, en rece\iint ce travail, y vit une aggravation des marchés qu'il .trouvait déj*

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