C0NSPIBATI0S3 : LES SERGENTS DB LA ROCHELLE
UQ homme en blouse qui teuait en main dçui chevaux de selle ; il lui montra la moitié d'un foulard ; Thomme exhiba aussitôt Tautre moitié, et tous deux chevauchèrent silencieusement pendant deux heures. Le guide s'arrêta devant une grille conduisant à une maison isolée, et mit pied à terre; puis, après avoir échangé un mot de passe avec un homme qui vint ouvrir, il introduisit Lefèvre dans un petit salon, où celui-ci se trouva avec un jeune homme à la Cgure énergique, à Taspect militaire, malgré son costume civil. C'était, il ne le sut que plus tard, le Ueutenant d'artillerie Delon, déjà compromis dans la première conspiration de Saumur^ Il apprit de lui que des circonstances imprévues retardaient le mouvement de Saumur; il fallait toujours se tenir prêt, mais en évitant toute imprudence de nature à provoquer les soupçons.
Le régiment que Lefèvre avait rejoint sans encombre s'était remis en marche. A Saint-Maixent, trois des affiUés, efTrayés des communications qu'ils avaient reçues à Orléans, ûvent dire à Bories par un d'entre eux. Labouré, qu'à partir de ce moment ils ne voulaient plus faire partie de la société secrète. La réponse de Bories, rapportée plus tard par Labouré, mérite d'être notée : « Rentrez, lui dit-il, dans la classe dont vous êtes sortis; vous êtes iodignes du nom de Français ! » A Poitiers, Bories, au lieu d'être enfermé, comme aux autres étapes, dws la prison du corps de garde, reçut un biUel d& logement cb^ un ancien ofScier. C^était un piège qu'on lui tendait; l6$ soupçons étaient fortement éveillés sur le 4S* et en particuUer sur Borie^ et l'on voulait savoir à quoi s'en tenir. Vb6te de Bories affecta les opinioos les plus contraires au gwvemeni^ept; U sergent eut l'imprudence de parler de ses espérances, d^ s^ moyeqs d'action, des dispo^tion^ du ré-
U fiéiàï ttli fit itt^n «»r^ U févolia«» de 1810.
^(3 tUNISTÈRE I»-: M. r>1C VILLÈLE.
giment, del'iitteute oii il était d'une occasion prociiaioe, et il ' montra une hmirse pleiae d'or. La jactance militaire, le désir naturel à la jeunesse de faire parade du rôle qu'elle joue et de l'imporlance qu'on lui accorde, l'emportèrent sur la réserve I du conspirateur. A Niort, les autres sous-officiers affiliés de la vente acceptèrent un dîner que les habitants de l'opinion ta plus hostile aux Bourbons leur offrirent au café Bellegarde, qui était le centre connu de réunion des ennemis du gouvernement, et qui, par là même, devait fitre très-surveillè. Dans ce repas, où les verres si^ remplijent et se vidèrent souvent, les têtes finirent par s'échauffer, et l'on porta les toasts les plus compromettants. La sobriété est la première des qualités J des couspirateurs, et longue serait la liste des conspirations. 4 Inihies et perdues par les banquets ; mais cette jeunesse miÏÏ- ' taire aimait l'expansion, les spectacles, le bruil, elle se plaisait à se sentir conspirer.
Le 14 février 1822, quand le 45" arriva à la Rochelle, Rories fut conduit, par ordre snpérienr, à la maison d'arrêt de la ville ; c'était un symptôme évident de la gravité que l'on allachail à son affaire : on ne se contentait pas de simples arrêts, A partir de ce moment, les trois sous-officiers qui, dés Saint-Maixent, avaient déclaré qu'ils ne voulaient plus faire partie de la vente, cessèrent de paraître dans la réunion. Bories, de plus en plus inquiet, déclara à Pommier, Goubin, Raoulx et Lefèvre, qui venaient le voir dans sa prison, qu'à tout prix il fallait qu'il eftl une lienre de liberté. Klle lui était nécessaire, disait-il, pour faire disparaître une malle qui pouvait les perdre tous, et compromettre un brave officier du régiment. Ils comprirent que la malle devait contenir des poignards, des cartes de reconnaissance, peut-être des papiers; ils supposèrent que l'officier devait être le capitaine Massias, ancien officier de l'empire, qu'ils regardaient tons comme le chef désigné du complot, quoiqu'il n'eût ja-
cosiiFiRA-riORs : les sebgbxts de la nnciiF.u.v..
mais paru dans les réunioQS de la vente. Par leur entremise et celle de la veuve du dernier geflUer, qu'ils gagnèrent, Bories obtint celle heure de liberté qui Un était nécessaire; le geôlier intérimaire consentît à le laisî^er sortir pendant le temps demandé, à condition de ne pas le perdre de vue. Pommier , qui avait succédé de fait à la présidence de la vente, s'était déjà empare du premier rôle ; il s'était mis en r^pori avec la vente centrale des carbonarî civils, et il avait noué des intelligences dans deux bataillons d'infanLerie coloniale cantonnés à Tlle de Rhé, lorsque deux nouvelles, arrivées presque simultanément, vinrent, comme deux coups de foudre, tmpper les conspirateurs. Ils apprirent, le 21 février 1822, que le lieutenant général Despinois avait donné l'ordre de transférer Bories à Nantes, où il voulait riuterroger lui-mfime; et. presque en môme temps, ils surent que le général Bertnn avait échoué, le 18 février, é\u& le nouveau coup de main tenté sur Saumur. Pendant quelque temps, ils demeurèrent comme étourdis de cette duid)le nouvelle, puis ils reprirent courage en apprenant qu'un envoyé de la Haute Vente de Paris ne tarderait pas à leur apporler des instructions. Il arriva, en effet, et Pommier put le voir à Marans. La Haute Vente faisait avertir la vente militaire qu'elle lui demander.iit un effort prochain, dont le succès serait une éclatante revanche des derniers échecs. Un général se présenterait bientôt pour prendre le commandement de rinsurreclion de la Charente-Inférieure; on n'attendait qu'un signal, et le lendemain la l-'rance entière serait en armes et debout. C'est avec des promesses de ce genre qu'on entraînait ces jeunes gens téméraires et ambitieux à une entreprise coupable, oii ils devaient laisser leur vie, tandis que les organisateurs suprêmes se tenaient sur l' arrière-plan.
11 y eut quelque hésitation parmi les affiliés. Les événements si récents de Saumur les effrayaient comme un triste
présage. Quelques-uns des fugitifs de Thonars commeDçaieift à arriver à là Rochelle, parce que le littoral vofein offrait des facilités pouriin embarquement furtif . Parmi eux paret le lientenant Delon, que la cour d'assises de Tours venait de ôdûdamner à mort par contumace. Triste, sans être découragé, il accusait Berton de l'insuccès. Pommier le vit avant son embarquement sur un navire de commerce en partance pour l'Espagne. Le général Berton avait refusé de sortir de Fraïwe avec lui ; il voulait ou prendre sa revanche de son dertrieff échec à Saumur, ou mourir. Le 44 mars, il arriva dans les environs de la Rochelle, et Pommier, en voulant sortir après l'appel du soir, déguisé en paysan, pour avoir une entrevue avec lui, fut reconnu et arrêté par un adjudant. Goubin avait été, de son côté, mis k la salle de police.
Ces arrestations successives et multipliées produisirent sur les affiliés une sorte de panique. Nul doute que l'autorité ne fût sur les traces de la conspiration. Quand on apprit que Pommier avait demandé une audience au colonel, on supposa qu'il voulait parler, et l'un des affiliés. Goupillon, qui, depuis quelque temps déjà, était assiégé par des craintes contradictoires, qui lui faisaient apparaître à la fois l'échafaud dressé devant lui et la pointe des poigniards des carbonari appuyéie Sur sa poitrine, voulut le prévenir et parla le premier.
Conduit chez le colonel de Toustain, le 19 mars 1822, parle sergent-major Choulet*, auquel il avait fait ses premier aveux, il fit sur le complot les déclarations les plus explicites , et donna môme les noms de ceux qui faisaient partie de la vente militaire à laquelle il appartenait. Le soir même, vers neuf heures, après le contre-appel et les hommes couchés, Tadjudant-major de Gognet et phiàieurs autres officiers désignés par le colonel entrèrent silencieusement dans les chambrées,
t. C'était celui auquel feoAefe avait hàt dtt ttuvetiurés à retape d*^nS6rvine.