INCONVÉNIENT- ET NÉCE»ITÉ DE L'INTERVENTION
A côté de ce premier axiome, il faut en poser un second : le devoir d'un gouvernement est de conser\er ou d acquérir assez de force à Tintérieur pour être en état de faire les affaires extérieures du pays. Ce n'est pas seulement un acte de faiblesse, c'est un crime pour un pouvoir que d'accepter une situation qui l'affaiblit et le déconsidère à tel point qu'il ne peut plus avoir la voix haute ni la main ferme au dehors.
Enfin, de même que dans la société civile la liberté de chaque individu est limitée par la liberté des individus qui Tentourent, et que l'intérêt de chacun ne peut s'étendre jusqu'à blesser les intérêts des autres membres de l'association, de même dans la société politique des peuples, la liberté de chaque nation est limitée par celle des nations voisines, et, comme le disait le duc de Wellington au congrès de Vérone, le droit d'intervention existe pour les parties lésées. Dans ce cas, en effet, ce ne sont plus les affaires d'une nation voisine dans lesquelles on intervient, ce sont ses propres affaires dont on s'occupe; ce n'est pas l'intérêt d'autrui que l'on juge, ce sont ses propres intérêts que Ton défend.
On ne saurait sérieusement contester ces principes. Hors de là, on tombe dans des déclamations puériles : quand une puissance se sentira lésée ou menacée par ce qui se passe chez une nation voisine, au point qu'une guerre franche et ouverte est préférable pour elle aux périls et aux embûches d'une paix hypocrite, ce n'est pas avec de vaines et d'injustes théories qu'on l'arrêtera.
Ces trois axiomes éclairent, expliquent et paotivent toute la conduite de la Restauration dans l'affaire d'Espagne.
C'était d'abord pour elle un devoir que de maintenir entre la monarchie française et la monarchie espagnole ces rapports
gleterre oa sur la France. Il importe autant à la Grande-Bretagne d'empêcher la prépondérance des Français en Espagne que si ce royaume était une province de TAngleterre. a
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dallianee et d'amitié, disons plus, celte fusion d'intérêts que quatre des plus grands génies qui aient illustré notre histoire ont tra¥aillé à réaliser. Or toute alliance devenait impossible entre les cortès révolutionnaires et la monarchie française. Si la révolution parvenait à s'établir dans la Péninsule, Tunion du pacte de famille était dissoute, la fusion d'intérêts n'existait plus; Tœuvre de deux grands règnes et de deux grands ministères était anéantie.
Poiu* empêcher ce résultat de se produire, il fallait de deui choses l'tme : ou que l'Espagne devint analogue à la France, ou que la France devint analogue à l'Espagne; c'estr-à-dire qu'il fallait ou que 1 Espagne retournât àla monarchie ou que la France allât à la Révolution. Or, s'il est facile de concevoir que Ton soit contraire à im gouvernement et à son principe, comment comprendre qu'on puisse demander à un gouvernement autre chose que de faire tout ce qui est compatible avec sa nature et son principe, pour rendre le pays dont il dirige les intérêts tranquille et prospère au dedans, fort et influent au dehors? C'était une puérilité de» la part de TopposiLion de gauche que de reprocher à la monarchie de servir monarchiquement la France. Qu'attendait-elle donc et que voulait-elle ? Que la Restauration travaillât contre eUe-mâme, qu'elle accréditât en France les théories, les maximes qui se manifestaient de l'autre côté des Pyrénées par les révoltes militaires et populaires et la captivité d'un Roi, qu'elle se prêtât à tout ce qui pouvait assimiler la France monarchique à l'Espagne révoIutionnaii*e ? C'était imposeï* au gouvernement royal un suicide.
Dira-t-oQ qu'on pouvait au moins demeurer en France dans la situation où fou se trouvait, et ne pas s'opposer aux événements, qui s'accomplissaient dans la Péninsule? Mais ces événements, outre qu'ils menaçaient l'existence de la maison de Bourbon, en France, replaçaient la monarchie française