‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 93 sur 122 · NELE--ITE DE L IM HR\ EMI · texte numérisé non relu

NELE--ITE DE L IM HR\ EMI

venait à jeter les yeux sur les affaires de Tiulérieur. l)au> répoque où nous vivons, on s'est souvent fait d'étranges idées sur les intérêts des nations; il semble qu'il leur importe de vivre sous des gouvernements chancelants et précaires, et que tout ce qui affaiblit le pouvoir ajoute à la force du pays. C'est précisément dans la proposition contraire qu'il faut chercher la vérité. Comment ne voit-on pas que ces gouvernements si faibles au dedans ne sauraient déployer ni force ni fermeté au dehors, et que, toujours occupés du soin de conserver leur débile existence, ils ne peuvent rien faire d'important et de -suivi dans les affaires extérieures? La première condition pour qu'un gouvernement s'occupe de l'avenir d'une société, c'est qu'il puisse croire à son propre avenir. Lorsqu'il en est autrement, il vit au jour le jour, sans songer à un lendemain jusqu'auquel ne doit pas se prolonger sa vie éphémère. Il ne faut pas oublier la position précaire et critique dans laquelle la royauté française se trouvait avant l'expédition d'Espagne. Quoiqu'on eût rétabli les cadres de l'armée, tant que les soldats n'avaient point paru sur un champ de bataille avec le drapeau blanc, la question de savoir si la monarchie française avait une armée n'était point tranchée. Des associations secrètes l'entouraient d'un invisible réseau. Dans le cours de l'année 1821 , trente-cinq préfets dénoncèrent l'existence des carbonari dans leurs départements, et les troubles qui avaient éclaté à Paris, à Béfort, à Saumur, à la Rochelle, révélaient une conspiration permanente. C'était dans la révolution espagnole que les sociétés secrètes avaient mis leurs dernières espérances, et, parmi les adversaires armés que nous avions rencontrés de l'autre côté des Pyrénées, il y avait un bataillon fourni par les sociétés secrètes de France ; il fallait donc que la Restauration passât les Pyrénées pour conquérir cette certitude d'un lendemain, sans laquelle tout lui était impossible au dehors.

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Molilor cummaDde tru chrf le deuiîèaie ourps et loî^ royaumes de Valence, Madrid et iîrenade. Le gêuêral Latour4*oissac ccAimande une colonne d'c^ration, et Cordoue et Jaen sont dans sa circonscription. Le général Bordessoulle commande en chef le premier corps de réserve et le ro}-aume de SéviUe ; son quartier général est à Pu^io de SaHia-Maria. CVst lui q|ii est chai^ des opérations en face de Cadix.

Il restait, pour mener à bonne fin la campagne, quatre oqpératioos militaires à conduire ; les trois premières préparaient et facilitaient la dernière. Morillo, qid avait conquis 80u renom d homme de guerre dans sa lutte contre Bolivar pour maintenir, en Amérique, Tautorité de la mère-patrie, occupait, an nom des Cortès, la i lalice, à proximité du golfe de < Gascogne, et pouvait, si nous le laissions en arrière, inquiéter notre flanc droit, quand nous marcherions sur Cadix . Ballesteros OHnmandait pour les Cortès un autre corps d*armée dans les provinces du Sud, et pouvait se porter sur notre flanc gauche si nous marchions à Cadix sans Ta voir réduit. Mina, plus à gauche encore, disputait la Catalogne au maréchal Moncey, et, s'appuyant sur Barcelone, Figuières, la Seu dTrgel, Tarragone et Lérida, il prolongeait parla prestesse de ses mouvements et la rapidité de ses opérations siur un terrain dont il connaissait parfaitement les accidents, une résistance qui devenait une diversion.

Morillo fut le premier hors de combat. A mesure que les révolutionnaires espagnols s'enfonçaient plus avant dans les voies de la violence, il sentait grandir son éloigoement pour eux. Il ne put supporter la déchéance prononcée contre le Koi an moment du départ des cortès de Séville pour Cadix. A partir de ce jour, il se déclara contre cette assemblée, mais sans reconnaître la Régence; il avait établi une junte pour radmimstratioQ de la Galice et des Asturies, sorte de gouvernement provisoire qui, dans sa pensée, devait pourvoir aux

affaires jusqu'au moment ou le ftoi. délivré deî» mains «ie 2e^ preAliers, pourrait s'entendre îivec la natioa snr les- ioslitufione à donner à l'Espagne. C'était le plai coBcerté anree TAhi^bal et Ballesferos. Mai», an lien d'être exécuté avec atsemble, il allait <^tre partagé en trois actes àucceâa&* ce <piL devait le faire inévitablement échouer. Bien de phi» daea^^ reux dauH leg rtituationn extrêmes que les partis moyens* pour r^irf qui le5t prennent; le terrain manque sous leurs peds et il» tombent dan** le vide. Ce fut ce qui arriva aa général Morillo. H ne voulait plus être avec les cortès^ et il ne vouiaà pa» être avec la régence; il n'était donc avec personne^ et il glisfuiit ï)ur la pente au bas de laquelle F Abisbal avait rooié. fie principal de f^e^ lieutenantâ, Ouiroga^ refusa dès Lus et reconnaître non autorité, il appela à lui les troupes dont noe partie le <^uivit, et il Me dirigea verâ la Corogne. E en sortit pour livrer l>ataille au corpt» du général Boniii qui le saivait de prè^ ; ànn^ ce combat, qui dura cinq heures, on di^Ioya de» dein cAtéî* Iwiaucoup de courage, mais Quû^g^ éprouva de «ti f(;r(t^«^% pf^rtes, qu'il fut obligé de rentrer en toute hâte darii^ la place « Vith bientAt, apercevant un vaisseau français qui «>^fiitionnait devant le port et commençait le blocus, Q craignis, 9."\\ atf^îodail, de ne pouvoir sortir de la Corogne, et, s'échappant en toute haU;, il alla rejoindre les défenseurs et Cadix, (le fut le coup de mort du parti dans ces provinces. Les troupt'B qui n'avaient pa» suivi Quiroga flottaient indécises ; elIcH n*ob6iHftaient qu'en partie à Morillo, et sir Robert Nelson, cet Anglais qui s'était généreusement compromis en favorisant la Hortic dr; France de Lavalette, et qui, passionné pour HCH idées, était venu chercher sa part de péril, ne put réussir h les entralnfT avec lui à la Corogne. En présence de cette (lénorganisation et de cette résistance passive de son armée, Morillo fut obligé, le 12 juillet 1823, de capituler à Lugo et de reconnaître Tautorité de la régence.

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Lk iluo (l'Ani:uul''nir, autniiM- j'.ir l» s in-tiiu îi('ii> ilii lu-i. lui con^erva le o«;»minaiulrm. nt Je .m»u arnur rt !f Lioiivtnk'ment de sa province. La Coroj:ne se soumit le 21 juillet aux mêmes conditions qu'avait acceptées Morillo ; elle contenait quatre mille hommes de garnison et beaucoup de munitions de guerre et de provisions.

Le l*' août, le corps d'armée du général Molitor atteignait les troupes du général BiiUesleros, qui occupaient les royaumes de Madrid et de Grenade. La lutte sur ce point fut plus vive; mais le résultat n'en fut pas un moment douteux. Le général Bonnemains, qui commandait Tavant-gai'de française, eut des combats brillants avec Tavant-garde de Itallesteros; enfin le général Molitor en personne, à la léte du gros de ses troupes, força Ballesteros à accepter une action générale dans laquelle, après une lutte vigoureuse, les Espagnols furent complètement défaits. Il ne resta plus à Ballesteros qu'à faire sa soumission en reconnaissant la régence, après avoir signé, le 4 août 1823, une capitulation militaire qui le maintenait à la tétc de ses troupes ' .

Or, à partir de ce moment, l'armée française était maltresse de la presque totalité de l'Espagne ; Algésiras avait reçu une garnison française après une forte canonnade dirigée contre la place, le 1 5 août, par deux de nos frégates, la Guerrière et la Galathée. Quelques places fortes seulement restaient encore au pouvoir des révolutionnaires, mais elles étaient investies. Dès le 24 juillet, le blocus de Cadix, de Barcelone, Santona, Saint-Sébastien avait été signifié aux puissances maritimes.

1. Le dac d'Angoulême appréciait ainsi les services rendus par le général Molitor : t Je regarde tout ce qu'a fait le général Molitor comme si important que j*attaclie le plus grand priii à ce que le Roi veuille bien le faire maréclial. Je TOUS prie de le lui demander de ma part avec instance. Tout ce qu'a Otiit le 2« corps est à lui seul une admirable campagne. Il n*a cessé de marcher pendant quatre mois et par de bien fortes chaleurs. » [Lettre à M, de Villèle. — Baylen, le 7 août. — Documents inédits.)

54i SICCÈS KN Eîil'AGNE. — ÉLECTIONS GÉNÉUALKS.

Restait Mina qui luttait encore en Catalogne : mais cette lutte, qui honorait son habileté militaire, n'était plii& qu'un épisode qui n'entravait en rien le dénoiiment, et que le dénoûmeiit devait emporter avec lui. Ce dénoAment était à Cadix. Le doc d'Angoulême s'était mis en marche dès le 3 août vers cette ville pour aller l'y chercher. Mais si ses opérations militaires réussissaient à souhait, il rencontrait les plus graves difficultés dans la situation intérieure de l'Espagne et dans ks passions de plus en plus ardentes du parti qui était à la fois pour lui un auxiliaire et un obstacle.

Tout contribuait à surexciter les esprits : les dernières violences des constitutionnels en quittant SéviUe, les succès croissants de nos armes, l'imminence du dénoùment, la confiance que le désarroi des constitutionnels donaait an parti longtemps opprimé, impatient de devenir oppresseur i son tour, celte terrible soif de vengeance et de représailles qui est une des maladies du caractère espagnol; les suseeptibiUtés à la fois ambitieuses et jalouses de la régence de Madrid, qui, sentant le souffle de la passion royaliste dans ses voiles et s'appuyant en outre sur les cabinets de Saint-Pétersbourg et de Vienne, empressés d'opposer leur ascendant au nôtre, et dont les préférences pour le pouvoir absolu s'accordaient mieux avec la pente naturelle des membres du conseii gouvernementaldcxMadrid, aspiraitàn'accepterquenosserwc«s miUtaires, on déclinant désormais notre direction politique. Pour secouer une tutelle qui lui pesait, la régence cherchait à faire négocier sous main un emprunt, moyen efficace et renoncer au subside qui était un des liens avec lesquels nous contenions des velléités de complète indépendance. Le due d'Angoulême étant averti que le marquis de Jouffiroy, que nous avons rencontré Tannée précédente à Vérone, où il gênait l'action diplomatique de notre plénipotentiaire, suivait en Espagne des négociations relatives à cet emprunt, et ser*

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vait d'intermédiaire aux rapports de la presse delà coDtre-opposition de droite avec les exaltés de TEspagne, lui fit signifier à Burgos, où il se trouvait, Tordre de rentrer inunédiatement en France.

Des événements imprévus, qui, au commencement du mois de juin précédent, avaient éclaté en Portugal, augmentaient la confiance du parti exalté, et portaient un dernier coup aux espérances des révolutionnaires. On se rappelle la levée de boucliers qu'avait faite, au moment de notre entrée dans la péninsule, le comte d'Amaranthe contre les cortès portugaises et la constitution de 1812 importée à Lisbonne par un mouvement militaire analogue à celui de TUe de Léon, la nécessité où il s'était vu de chercher un refuge à la tête de quatre mille hommes sur le territoire espagnol, où sa présence avait été un embarras poiu* la politique française. Cette levée *de boucliers prématurée était le symptôme de mécontentements secrets dans la nation et dans Tannée, et lorsque la défaite des constitutionnels espagnols eut rendu confiance à ceux qui, en Portugal, partageaient les opinions politiques du comte d'Amaranthe, Tinfant don Miguel, qui habitait le palais de son père plutôt en prisonnier qu'en prince, s'échappa avec un petit nombre de gardes, et vint prendre le commodément d'un régiment levé par le brigadier Sampayo. Tentes les troupes que les cortès portugaises envoyèrent contre lui passèrent sous son drapeau. Ce fut en vain que l'Assemblée imposa au Roi de Portugal des décrets pleins de menaces contre don Miguel * , et qu'elle investit de la dictatm*e militaire le général Sepulveda, qui avait pris naguère l'initiative de rétablissement de la constitution de 1812 en Portugal. Ce chef militaire, comprenant qu'un mouvement irrésistible em-

1. Il disait dans un de ges écrits : a Comme père, je pardonne à mon fils ; conme Roi, J« saurai le punir, n

54 4 M ccÈs i:n Espagne. — élections géxéuales.

portait ses troupes, les harangua lui-niérae pour les exhorter à se réunir à don Miguel. Dès le S juin, le Roi, qui était allé rejoindre son fils, rentra à Lisbonne au milieu des acclamations populaires ; la contre-révolution était accomplie, et la constitution de 1812, semblable à la tente qu'on pose pour abriter le sommeil d'une nuit, était emportée par le souffle des événements. Le roi de Portugal, par un décret daté du Palais de Remposta, le 18 juin 1823, nomma ime junte de quatorze membres, chargée de préparer le plan des formes de gouvernement convenables pour la monarchie portugaise, et don Miguel envoya complimenter le duc d'Angoulôme et lui fit offrir le concours des forces portugaises pour hâter la délivrance de Ferdinand.

Il est facile de se faire une idée de l'impulsion que cette nouvelle donna aux exigences des royab'stes espagnols. Ils sentaient que tout leur venait, la puissance comme la fortune. Enivrés à la fois d'espoir et de colère, soutenus par la faveur et la haute sympathie que la Russie et l'Autriche témoignaient à la Régence de Madrid, à peine nous pardonnaient- ils l'obstacle que nous mettions à leurs passions, en considération des services que nous rendions à leurs intérêts. La tâche des puissances européennes, représentées à Madrid, était facile; elles n'avaient ni action directe à exercer ni responsabilité à encourir. Nous avions h conduire au but une grande entreprise dont les violences de nos auxiliaires espagnols aggravaient les difficultés, car si les constitutionnels étaient réduits au désespoir, c'était avec du sang français qu'il faudiMit triompher de leur résistance acharnée. Nous encourrions la responsabilité morale des excès commis à la portée de notre bras, car nous ne pouvons nous le dissimuler, bien que la grande majorité de la nation espagnole fût contraire au gouvernement des cortès, ce gouvernement subsistait dans toutes les villes devant lesquelles nos troupes ne se présentaient

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