I. Coiigr/t de Uroar. I. Il, p. l&S
LE ZllC d'aKGOULÉJIE lïEVAST CADIX. 537
tlire ; le duc d'Angouli^me était nriivù la veille ii Sainte-Marie. La lettre se terminait par une &omin.ilion politique à bref délai : si dans le délai de cinq jours', disait-elle, Ferdinand o'êtait pas libre, l'armée française le délivrerait les armes à la main. La réponse de Ferdinand, dictée par ses ministres, montra une fuis de plus sous quel joug il était courbé, n 11 n'avait jamais été privé, répondil-il, d'une autre liberté que celle dont il était dépouillé par l'ariEée française... Rétabiiiaprès trois siècles d'oubli une institution aussi-variée, aussi chantante, aussi monstrueuse que les aucieiiucfa corlè:) du royaume, c'est ce qu'il croyait aussi incompatible avec la dignité de sa couronne qu'avec les droits, les usages, et le biea-^tre de la nation espagnole. 11 terminait eu ajoutant que la médiation anglaise pourrait seule amener une paix désirable pour tous''. »
Les révolutionnaires espagnols, qui parlaient par la bouche du Roi prisonnier, mettaient leur dernier espoir dans cctt^ médiation de l'Angleterre, que sir William A'Court, établi à Gibraltar, depuis que le Roi avait été déclaré en état d'incapacité partescortt;s, au sortir de SévtUejCoutinuaità proposer. Mais le cabinet français était moins que jamais disposé h accepter cette médiation, et il avait les raisons politiques les plus fortes pour 1.1 décliner. S'il l'eût acceptée, non-seulement il eût introduit en Espagne l'inlluence de l'Angleterre qui, depuis l'ouverture
I. Le cotiBcll ïiall indfqHJ un iljlal ilo deuT Joura iculempril. « Jl> leur ut Jonné cini) jour* au II<mi de deux. Atrirail le duc d'Augoultmi: le 17 aoùl, c'esl te Kul cliangemenl, >
:. Celle Ipllre t\ë\l c>i?ri1c loul enti<^re de la main de Ferdinand. En Ven- TO}*nl au prince de Polignac, notre amhns^adtur à Londres, H. de ClialeaubrLaud diult 'a te dernier : a Celle eo|iia est uaiquemcnl peur roui. Noua ne deioni Taire conuallie que maigri! (joua, et le |ilu3 lard possible, ce monutnenl da la lionie cl de in servitude du ml d'Ëapagne. La lellre originale eil de la main mtine da ce luallieurcux monari|ue -, ainsi il déclare qu'il eM libre, bU utuainea aprèi avoir protcslâ. à Sf tjlle, conlre la violence qu'on lui faliill cl Btoir ^lé déclaré fou cl dépouillé de la rojaulé, • (Coiigi^i Je Ti'one. 1, II,
558 SUCCÈS EN i:Sl»AGNE. — ÉLECTIONS GÉNKllALFS.
de cette affaire, n'avait cessé de montrer son mauvais vouloir à la France ; mais il eût consenti à ce que l'Angleterre fût la caution de la France envers les constitutionnels, tandis que la France se serait rendue la caution de Ferdinand auprès de TAngletcrre, deux sources d'embarras inextricables et peutêtre d'incidents dangereux pour l'avenir. Ainsi s'explique la lettre de M. de Villèlc, écrivant au prince « d'éviter surtout une proposition de sir William A'Gourt assez raisonnable pour être embarn^sante, » et la fin de non-recevoîr que le duc d'Angouléme opposa à M. EUiot, le 28 aoAt, quand celui-ci vint lui dire de la part de son gouvernement « que les Espagnols, pour conclure la paix, demandaient une constitution, n'importe laquelle, pourvu qu'elle fût représentative et que le prince la garantît. »
La médiation écartée, restait la voie des armes. Cadix est une ville très-forte par sa position péninsulaire. Située à l'extrémité occidentale d'une langue de teiTe formée par l'tle de Léon, avec laquelle elle communique par une chaussée en pierre, elle est environnée de presque tous les côtés par la mer, et protégée par de bonnes murailles flanquées de bastions ; son port sûr et commode s'ouvre sur une des pins vastes baies du globe protégée par plusieurs forts. Pour assiéger Cadix avec quelques chances de succès, il faut être à la fois maître de la terre et de la mer. Cette ville avait presque conquis lo renom d'imprenable : il fallait remonter jusqu'en 1,j96 pour trouver un démenti à ce surnom ; à cette époque, en effet, les Anglais la prirent et la pillèrent. Mais en 1026 et en 1702 ils l'assiégèrent sans succès. Pendant la guerre de l'indépendance contre Napoléon,- Cadix avait été le siège de la junte centrale et des cortès, le maréchal Soult l'avait en vain sommée de se rendre ; comme la mer appartenait aux Anglais, il avait dû se borner à la bloquer, ce blocus avait duré jusqu'en 1812.
LK IMX I>'ANG0LLKMI: devant CADIX. 559
Le siège de Cadix mit' en mouvement toutes les têtes. Chacun sentait que le moment décisif était venu, et s'empressait d'apporter ses idées pour aider le chef de l'expédition à frapper les derniers coups. M. de Chateaubriand avait ouvert une correspondance avec le général (iuilleminot et suggérait le plan d'attaque qui lui semblait devoir amener le plus promptement la reddition de la place. M. de Villèle, qui n'avait pas oublié qu'il n'y a pas de place imprenable, quand un mulet d'or peut y pénétrer, mettait à la disposition de M. le duc d'Angoulême la somme nécessaire pour acheter la reddition de Cadix, s'il se trouvait dans la ville un général assez puissant et assez résolu pour la vendre. M. Ilyde de Neuville, qu'on avait nommé ambassadeur à Lisbonne, afin de l'enlever à la contre-opposition de droite, écrivait pour annoncer qu'il faisait fabriquer des rames nécessaires à la manœuvre des barques et des canonnières *, et pour offrir le concours de la marine portugaise qui fut accepté seulement pour le blocus auquel elle ne put envoyer que trois bâtiments légers, car « ce pays, comme l'écrivait le général fiuilleminot, était totalement épuisé en ressources maritimes. »
pèsle commencement de juillet 1823, les mesures prescrite» pour que Cadix fût bloquée par teiTe et par mer avaient été exécutées, et Ton équipait a Séville une flottille de chaloupes canonnières et de bombardes, tandis qu'une escadre de quatre vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates tenait la ville en respect. Un peu plus tard, et après la reddition de la Corogne, qui eut lieu le 21 aoAt, la flottille qui bloquait cette place rallia l'escadre de Cadix.
1. ff Dès demain, je fais Iravailler au sciage des rames et elles partiront au ftir et à mesure pour Cadix. Vous verrez par une lettre du major général, que M. Gros me remet à l'instant, combien l'envoi de ccà rames est urgent. • M. Hyde de Neuville h M. de Chaleaubriand. — Lisbonne, 1 i septembre. — {Coutfris de Vérone^ t. Il, p. 105.)
SUCCKà CN ESV/
- ELECTIONS GÉneBALES.
Le lû juillet, les assiégés, protégés par le feu de toid leurs batlerii?s, avaient fait une sortie par le Trocad< et rtle de Léon, pour attaquer nos lignes ; mais le génél BordessouUe leur avait tué quinze cents hommes et les af| repoussés saHà éprouver de pertes sérieuses. Depuis celte a que infructueuse jusqu'au jour où le duc d'Augoulème pa| son quartier général devant Cadix, un seul iuridenl s'éllj produit : une frégate anglaise élait entrée dans le portfl s'était mise en conimunïcalion avec les assiégés, sans qu'aucun bâtiment de noire escadre, parvînt même « à la liêJer, » selou l'espression de M. de Villéle. Ce fait éveilla rallenlioD du gouvernement français sur l'étal de notre marine, que nos désastres, sous l'empire, avaient singulièrement affaiblie ; les officiers généraux de uicv, tout en ayant celte résolution de cœur, qu'on appelle la bravoure, manquaient de cette résolution d'esprit, si nécessaire au commandement. L'amiral Hamelin et l'amiral des Retours, résignèrent successivement la tîlclie qu'ils avaient acceptée, et Ton se décida à envoyer de Paris Pamira! Uuperrê, qui, après une longue convereatJon avec M. de Villéle, convint qu'il était facile de réduire en peu d'heures le fort de Santi-Petri : a II a été plus difficile, écril le président du conseil sur son carnet, de lui fnire reconnaître qu'avec ses quatre vaisseaux il pouvait prêter collet au fort de l'ortalès, pendant que les forts du Trocadéro le seconderaient et que nos troupes effectueraient un débarquem Quand il y sera, j'espère qu'il le tentera. »
Dans le conseil de guerre que tint le duc d':\ngoulème ï 17 aoi^it, et où il avait appelé les généraux Ouitleminol, BordessouUe, Tirlel, Uode de la Drunerie et l'amiral Uamelin, on avait arriHé le plan d'attaque, et il avait été reconnu q préalablement ù tout, il fallait être maître du Trocadéro, des forts avancés de la place. Le 19 aoiU, la tranchée fut c verte devant le Trocadéro. Le 30 on était au pied de la (
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l'BISE DU TBOCADÉWO. 56i
pure'. Le 3i, le duc d'Aiigoulême, qui commaudail celte affaire dans laqueUe il ne se ménagea pas, donna le signal de l'altaque. Toute la ligne était en armes ; quatorze bataillons, sous les ordres des généraux Obert, Goujon et des Cars, entrèrent résolument dans la coupure, dont la largeur était de soixante-dix mètres et la profondeur d'un mètre et demi dans les plus basses eauï; ils la passèrent en ayant de l'eau jusqu'aux épaules ; le prince de Carignan , qui servait comme volontaire sous l'uniforme de grenadier de la garde royale, se distingua dans celte action militaire, qui fut très-brillapte. Ces troupes électrisées passèrent le canal sous UD feu très-vif dirigé contre elles par une batterie de cinquante canons, et, montant à l'assaut, elles tuèrent les caoonniers ennemis sur leurs pièces. Elles enlevèrent, avec le même entrain, le fort Saint-Louis.- En moins d'une heure, tous les obstacles étaient surmontés. Les Espagnols avaient eu quatre cents hommes tués ou blessés ; ils laissèrent neuf cents prisonniers entre nos mains; nous ei'imes deux cents hommes mis hors de combat. Les soldats de la compagnie de la garde royale où servait le prince de Carignan, témoms de sa vaillance, lui ofirirent le soir des épaulelles de grenadier : ■ Je reçois, leur dit-il, ce présent avec reconnaissance. J'en connais tout le prix ; je le conserverai toute ma vie *. » Il le consei-va, en effet, et lorsque la couronne lui glissa du front, le prince de Carignan, devenu roi sous le nom de Charles- Albert, prouva du moins & Novare qu'il n'avait pas oublié le
I . Le dite d'Angaulfme écrlvilt Is !& : • Noas atlona èlre au pied de U «oapDK du Trooadéio »an« satolr s'il al prarible de 1« paner. P«r mer, e'ert Impouible; tout bitimenl qui «'m spproi-herail serait coulé. \.p. puuirc amiral Hamelin en ■ pour ai mi dire perdu la If le; aïte ma permission, it n remis son oomman dément h l'amiral des Koluur». » Nous aion» entendu le duo des Cari racoDter qu'au pasîage de la coupure du Troc»d*ro, sa monlre qu'il aiail rniae dans sa crarale fui inoitllléc.
5, Je lranst;ris cl;s paroles sur le c-arnet de M. de ViUtle.
Ilitl. rie la n«U«r. — T. VI. 36
■yùi 57: i* Zy '^rA»J5£- — ÊLECTiOSS GÉNKRALES.
Lt^LIr iD*::irr'dc s^ldi:. apprià sôUfr le drapeau de la Fraoïv. (jc prroiler su* ■:<r^ obtenu, on résolut d'attaquer le fort S^inti-I'etri, âiio dV\êcuter ensuite un débarquement daD^ l'ù: de L^'.*n dont la pC'S^sâon était jugée nécessaire pour réduire Cadii '. Le 20 septembre, le fort Santi-Petri, canonoe pendant dr-ii\ Iseures par l'amiral des Rotours que rarrivêedr .<ion successeur, l'amiral Duperré, avait enfin décidé à teDter Taventiu^e, se rendit sans avoir mis un seul homme horsd^ combat à bord du Centaure -. Le 23, nos vaisseaux, sous le commandement di- l'amiral Duperré, ouvrirent le lx»mbardement de Cadix : l'amiral écrivait à Paris que, de ^ heures à 10 heures du matin, il avait lancé 200 bombes dans la ville- Le 28 du même mois, le duc d'Angouléme visita la ligne d'attaque contre l'il^ de Léon; il parcourut un espace de plu? de deux kilumt-tres sous le feu des batteries espagnoles. L'0 boulet, qui vint tomber très-près du prince, le couvrit déterra et comme les offici«.TS de son état-major s^empressaieut mm^ tour de lui : « Eh bien ! messieurs, leur dit-il, si je suis lué-
I. Le général Guiileniînol écrivait le 11 teplembre ûu porl Sainlf-lbri'' ' M. de Chateaubriand : « Devenue niailres du Troi'adéro. j*ai pen^é aiHM <^nui'** Volrc Eireltenre que non.* defion.< attaquer par le Ponlaîe*. En non* éla!»'»?:*''* liane le faulxtur*; qui t'i^l «Icrri^re el dan« la Cortadara, noas evapit^triit*^ d'une part les horiic:» de la place, et cou tral luirions de l'autre lou« les défrP' Mum de l'île de Léon de capituler. Cette opéralion nouv ni^ner<i{l p1u5 dir^" temcnt et plus pronipteinent au bot. Notre ■urine e^l mieui d'areiirl a«^^ nouri Hur la ])f)s^illilit«• d'un débarquement >ur la plapc de la graB«li- ni r, tritr^ Sanli-Pelri et l.i Torretrada. Mai^ un préatalde nécessaire, eVist la nMirli' '* du fort de Santi-Peiri qui eroitie «»i feux avee le» Laiterie* de ierr«». #nr 1^ point jnj."'* le plus pmpie à la <le>i'onle. I)<»inain nous cannnnerons ••- T'it l'"** terre el par mer, et, suivant toute probabilit'^, nou,< le réduirons prunii''^ ment. 1^ première do ee.« opéra! ions repote en grande partie fur la uurin*'' l'iie foin à terre, uoa Iniupes pleines d'ardeur se diartrent du rwte. • Cv»f^* lit! Vrrotif , t. 11. p. Hi'2.)
'2. (/e.<«l ufu> pleuve de plus de cette timidité d'esprit q»? le* ilé*a<^f*** iiiariliuieM de l't^utpire avaient laissée aux oOlcieri péoéraux de lui r. M. *'*' Villile, en eonsi^Miaiil ee fait sur son carnet, ajoute que les soldjisi •!■* 1^^*^; .i\n' rel e-prll frnnrais (pi'on retrou\c loujoun dans nos canipr. a Tji*"»»! ''■""*' .1 l'amiral d<'«* Itoluurs un sobriquet : ils i'api»elaienl Vuiuimi ToHnu-'Hi'<'"^'
BiUÏHANCE DE FEKDINAJil) VII, 5^3
TOÎni eu bonne compu^uie ai à la fritaraise. m La furtiine, qui devait aviiir poui' lu duc d'A u^ouléme peu de souriree, lui montrait, sans le lui accordej', laljeauté béi'oique d'uu tfépas militaire et iui iuspii-ait uq mot à la Ilemi IV.
Un se préparait à donner l'assaut à Cadji> Mais le^ ejji-lès, eSntyées des dispositions de la populatiou, comprirent que leur dernii-i-e heure était arrivée el vouluient au ni.iins se ménager la ressource de passer ù l'étranger. Leur drapeau était eu ce moment abattu dans toute la péninôuLe. Nuu-seulement l'Âbisbal, Morillo et Balletiteros, qui comm;uidaietit leurs trois priucipaux corps darmée, avaient capiUilé; mais Quiroga, qui avait essayé d'appeler à lui une partie de l'armée dft Morillo, avait échoué, et, après avoir essuyé une dêraite, avait dû s'eiiruir en toute hâte de la Corogoe oii il ci'aignait d'être bloqué. Uiégo, qui, k la nouvelle de k capitulation de BallestcroËj s'était échofipé de Cadix pour tenter de l'allier les troupes de ce général et de cooliuuer la guerre, n'avait pai^ été plus heureux. Va moment maître de Malaga, il avait dé^woré son pouvCiir éphémère par des exécutions sauglaotee, et, pressé par les Fran^'ais, il avait été obligé de quitter cette ville sur un bâtiment et s'était fait jeter sur un point du littoral ; mais, au moment oii il gagnait les montagnes, il avait été arrêté par les paysans et livré aux ti-oupes du général Latour-F«is*ac . Dès le J7 septembre, l'ampeluue, apràe avoir été battu par noire artillerie qui avait écrasé sa dtadelle et éteint son feu, s'était rendu. Saiut-Séba.stien avait capitulé le 28. Le maréchal Moucey, de sou côté, avait eu eoiÎQ raison de la longue résistance de Mina en Catalogne, et, dès la fin d'août, il était en mesure, après avoir battu et refoulé tous les corps ennemis qui défendaient les abords de Tarragone, de faire le siège de cette ville. Dans la (ialîce, la division du général Buurck avait mis hors de combat les corps des généraux constitutionnels Uosello, Vigo et l'alavia.
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