SOS
IIXCES EN ESPAdNE. ■
GËnË IULES.
La guerre pouvait (5tre considérée comme finie, car une' des premièfoe mesures prises par t'erdioand avait été de prescrire à tous les commandaQt!; de places, qui tenaieot encore, de les remettre à la force militaire la plus voisine, qu'elle fiït française ou espagnole. Mais si la guerre était terminée, les affaires contioiiaient et l'on pouvait prévoir de nouvelles difficultés. Le& premières de toutes allaient résulter de la conduitu de Ferdinand.
Une lettre écrite par le duc d'Angouliîme à M, de Vîlléle, le lendemain mi'me de la délivrance du roi d'Espagne, c'està-dire le 2 octobre, et dont la seconde partie avait d'aulani plus d'autorité que le prince venait d'avoir avec le monarquii qui lui devait son salut une longue conférence , éclaira le gouvernement français sur ce qu'on pouvait attendre des dances ultérieures de la politique espagnole : ,
• Niius possiklcins le grand but de l'expédition, disait le prince. simvciicz-vous de ce que je vous ai mandé il y a quoique temps : tx pays-ci va retumljer dans l'absolutisme. Jo m'en lave les mains. H. de Talaru est chargé dt: toute U partie politique; il est un fonctiunâ d'ambassadeur, te ne me mêle plus de rien, grâce à Dieu! le Roi repart à quatre heures piMir Xérès. Je n'ai pu encore lui dire uu mot. Je vais cependant le voir tout à l'heure. Il me recevra t>ien, dira qm; j'ai raison mais il n en sera ni plus ni moins^ Le Hoi a confirmé les ministres di. U r gcncc, r'est M. Sae^Equlfait tout. Le Rui doit passer deux jours d \Lr<.s huit ou dix à Séville. J'ai demandé au duc de l'tn- Tantado si le Rii avait besoin d'argent. 11 m'a rê|K>ndu qu'il ne le croyait pds quL M Ouvrant avait avancé deux millions. Le duc de rinrantadc a Lt< fait commandant des gai-des, je crois qu'il n'a auriM
pnuvoir et qu il ne s i 8 «oucic pas Je ne fermerai ma lettre qu'après
le départ du Rji
« Cl que j avais prévu est arrivé. Je suis allé chez le Itui avani
son départ, le lui ai parle d'étendre l'amnistie le plus possilile, d'an-
Rlilons un inléi'tl porfonnel 1 In rcaraiiEst d'un moi>3n|ae Jialtubk, non i)Ub noua cruislont tout Uni; mais ddui ét\ont dotia un vMlnUlc transport à l'idée que la France pouïail renaître pulosanle el ri.>doulable, oi que nous avioin «in- Idl'uiS a lui renletlrK Vépte i la main, n
DERNIERS ACTES DL' 1»L C r»'.\NGUl LÈME EN ESPAGNE. 569
iiiiiii «T quelque chose qui tranquillisât tout le monde et donnât des S4*curitês pour l'avenir. 11 m'a répondu à tout qu'il verrait, et comme quatre pelés et un tondu lui ont crié : Vive le Boi absolu ! il m'a dit que je voyais bien que c'était la volonté du peuple. Je lui ai répiiudu qu'il fallait se mettre en position de ne pas voir se renouveler les scènes de i 820 et trouver moyen d'avoir du crédit. Maintenant j'ai la conscience déchargée, je ne dirai plus rien; mais je certifie que toutes les sottises qui peuvent être faites le seront. J'ai prévenu de tout M. do Talaru, c'est maintenant à lui de s'en tirer. »
Le prince, qui se faisait peu d'illusion, prenait toutes ses mesures avec une bonpéte prévoyance et une généreuse fermeté, pour qu'au moins le nom de la France ne fût pas compromis dans les torts et dans les fautes où le gouvernement espagnol allait se jeter. Sa correspondance avec M. deVillèle en fournit la preuve. Le prince avait donné au général de Bourmont le commandement de Tannée d'occupation, de 38,000 hommes, qui, d'après les arrangements pris entre le gouvernement espagnol et le gouvernement français, devait demeurer dans la Péninsule pour affermir l'établissement que nous venions de relever. Voici en quels termes il exposait au président du conseil les instructions laissées au général de Bourmont et aux autres chefs militaires :
« J'ai prescrit à M. de Bourmont, disait-il dans une lettre écrite à Fucnte-del-Condé, à la date du 12 octobre 1823, et aux autres commandants militaires des places fortes espagnoles occupées par nos troupes, d'y maintenir le bon ordre et de ne pas ser>ir d'instruments aux vengeances. D'après votre autorisation, j'ai fait recevoir sur nos vaisseaux Valdès, Alava et quelques autres compromis. Tant que je commanderai l'armée française, j'agirai d'aprcs le même principe. Jusqu'à ce que le traité soit fait, et il ne pourra l'être qu'à Madrid, nos commandants doivent être absolus dans les endroits occupés par nos troupes; sans cela la France perdrait sa considération. Si le gouvernement du Roi devait adopter une autre ligne de conduite, je le prierais de charger une autre personne du commandement. »
Dans une autre lettre datée d'Ecija, 14 octobre 1823, le duc
570 SUCCÈS Eîf ESPAGNE. — ÉLECTIONS GÉ5ÈBALE5.
d'Angoulême annonçait que le Roi d'Espagne avait voulu liri donner le palais de Buendvista et le titre de piince de Traçadero : \
« Je lui ai répondu trî*S'P<»linient, ajuutiit-il, maïs par un refo» pi^sitif. Un fils de France est au-dessus de cela, et jamais Je n*ac«pCerai rien d'aucun souTcrain étranger, »
Le jour même où le duc d*AngouIême écrivait cette lettre à M. deVillèle, il en adressait une à Ferdinand pour caractériser la conduite de celui-ci dans les tormes les plus sévères:
« cycst avo;: regret, disait-il, que je me vois oMijjré d » repn'-sont«r à " Votre Majt'st»'' que tous les efforts de la France |)our délivrer et vint soumettre l'Kspajnic deviendraient inutiles, si elle continuait àwiw le pernitieux systt'me de gouvernement qui a amené les malheun de 1S20. Hcpuis quatorze jours que Votre Majestt' a reeouvré son aut>rite, on ne connaît d'elle que des arrestations et des exils arliilrain">. -i Aussi le méc«intent«'ment, l'inquiétude et la terreur connn eurent-ils à , se répan<lre partout. J'avais demandé à Votre Majesté de d«»nner uw amnistie et d'accorder à vos peuples quelque chose de rassurant puor l'avenir, elle n'a encore fait ni l'un ni l'autre... Les efforts mùteui que la France a faits ne peuvent être indéOniment pn»lon.irés, ilfant donc (pie Vutre Majest*'» établisse son autoriti'* sur des bases ^M"^ *
Le roi d'Kspagiie, ainsi mis en demeure, se dérobait à (^? instances par des atermoiements et des fins de non recevoir. 11 était très -désireux de donner à l'Espagne ce que le duo d'Angoulém*^ demandait pour elle, disait-il; mai^, dans une entreprise de cette importance, il fallait agir avec une «ic»* lenteur et une grave maturité '. Dans celte réponse, où perçait une pointe d'ironie, car Ferdinand parlait au prince u de -» franchise, de l'agitation et de la véhémence qui rcgniùi*"'
1. i\e sont \v$ propres lermei rmplo^\<$i par Ferdinand dans ra r^ponM'** 32 oclobro : m Si plimieiirs mois s'écoulent pour TadopUon d'unfl loi ord^ nairp, nj(»ulail-il, romMrn à plus forlo rabori faut-il un trnip* plu* Ion;: I»*"' (louuer la plus int«'re<isaule de» loi?. » J)o(innriii,s inedii%. — Pspicr* dt'.^«'' Vlllrle.)
r)ri;.Mi:Ks Acri:> i»r Drc i> AM.niLKMr. i:.n i>rA«..M:. 57!
(tans î*îi lettre, » il était fîioile d'apercevoir le parti pris de ne rien faire de ce que le duc d'AngouIème et la France demandeûeiit. Aussi le prince se montrait-il de plus en plus pressé de quitter l'Espagne, pour ne pas encourir la responsabilité d'ime politique qu'il réprouvait '. Il avait appelé à Madrid le général de Rourmont, investi du commandement en chef de Tarmée d'occupation, et Tavait remplacé à Cadix par le général de Latour-Foissac , et il avait chargé le marquis de Talaru , comme ambassradeur du Roi à Madrid, de discuter et de signer avec le gouvernement espagnol le traité d'occupation, en se concertant avec l'intendant en chef et M. de Rricûgne. Il avait fallu proroger, d'abord jusqu'à la fin d'octobre, ensuite jusqu'à la fin de novembre, le subside mensuel que nous faisions à TEspagne pour entretenir son armée.
Tout manquait à ce gouvernement en désarroi, et la sagesse lui manquait plus que tout le reste. Les trois cours du Nord, qui lui donnaient des conseils plus en harmonie que les nAtres avec ses tendances naturelles, prenaient de plus en plus l'ascendant sur sa politique ^. Aussitôt après être sorti de Cadh, Ferdinand avait révoqué par un décret toutes les pro* meâses contenues dans sa proclamation du 30 septembre, et donné force de loi à toutes les ordonnances de la junte provisoire et de la régence. Par un décret daté .de Xérès, il avait prescrit au députés des cortès, aux ministres, aux conseillers
1. « Je rais plus décidé que jamaU & parlir avec Tarinée le 4 norembre, écrlTSIt-ll à la date du 27 octobre, et à ne pas attendre l'arrîTée du Roi d'Kspagne à Madrid. Je luirai dit tout ce qnt Je pouvais lui dire. Je ne veux plus m'occuper des afTaires d'Espajrne. ■ (Correspomiance du duo d'Ângoulômc. — Documenti inédits,)
2« Celte remarque est de M. de Vlllèie : « On voit déjà percer dans cette note, dit-il, raclion des trois cabinets russe, autrichien, prussien, poursuivant leurs idées du congrès de Vérone, et allant se servir des dispositions du Roi, des paaalont de l'esprit de parti, de l'areugleraenl de tous pour enlever a la France la conflance du cabinet espagnol et recommencer pour ce maliieureux pays le régime d'absurde despoUsme qui devait bientôt le replonger dans l'auarcliie. » (Nofet de M. de VIHèle.)
572 SL-CCiS EN ESl'AGNE. — ÉLECTIONS GÉNÉHALES.
d'État, aux membres des tribunaux suprêmes de justice, util commaDdants généraux, aux chefs et au\ ofâciers de la milice nationale du même régime, de se t«nir à plus de cinq lieues de la route marquée pour l'itiuéraii-e royal. Par un décret du 23 octobre, il déclarait ajourner la publication de son amnistie jusqu'à son arnvée à Uadiîd :
R Là, ajuutait-ii, ontourû des liimiLTCs de mra conseils, jo fer^ publier ma volonté en conciliant ma cJL-nK'twc naturelle avot la diynilr de mon trfiiie, ma sollicitude pour la tniruguillili' de mes |j<>u|ilri il mes relations avec mus puissants allies. »
II fallait vivre avec ce goiivcmemeut dont on ne potiTaii changer les dispositions, avec ce peuple dont il était impossible de modifier le caractère .et de tempérer les passions. Le cabinet des Tuileries accepta cette tâche difficile, en maintenant sa liberté d'action à cûté de celle du gouvernemeut espagnol, et en séparant soigneusement la conduite tenue par les autorité.s militaires françaises de celle lenue par lesauturilés du pays. Il avait favorisé, avant d'entrer à Cadix, le départ des hommes les plus compromis, et notre escadre laissii passer des barques qui portaient cent cinquante fugitifs h (!ibraltar. Nos vaisseaux reçurent sur leur propre bord Alava, Valdez, et plusieurs autres des principaux chefs. Oi'îintaui prisonniers, il fut convenu que ceux qui s'étaient rendus directement aux Français ne poun-aient, sous aucun piéteile, être réclamés par les autorités espagnoles qui ne di^poseraient que des prisonniers faits par les nationaux. Celte convention fit la perte de Riégo qui avait été arrêté' dans les montagnes, on s'en souvient, par des paysans espagnols, et U salut de "Vigo qui était le prisonnier de nos soldats. Le conseil des ministres, consulté à Paris, décida que Kiégo devait être remis dans les mains des Espagnols ; il fut envoyé deTanl le tribunal compétent qui le condamna au d^rnitr supplice,
BETOrH nu iiur. dangouleme ew pbance. S73
ea motivaDt en partie son arrêt sur les exéoutions sanglantes ordonnées à Malaga par l'accusé qui avait fait fusiller sans jugement huit des citoyens les plus notables de cettti ville '. En revanche, le général )lendez Vigo, qui était notre prisonnier, fut préservé, par le déploiement d'une grande énergie, contre les ressentiments des royalistes espagnols. Il étail accusé d'avoir favorisé le maséacre des prisonniers politiques dans les forts de la Corogne dont il était gouverneur; qu^nd il paiisa à Vittoria, il y eut contre lui une manifestation si violente, que le commandant français dut faire braquer des canons contre la multitude pour la contenir^.
Avant de quitter l'Espagne, le duc d'Angouléme avilil à coeur de terminer nne dernière affaira, celle qui avait été l'occasion d'une lutte continuelle entre l'état-major général et le ministère de la guerre, et qui avait laissé au princeune antî- , patlûe invincible pour le duc de Bellune. lîn des membres les plus distingués de l'intendance militaire, M. de Jonville, était venu, on s'en souvient, à Madrid pour étudier la question surles lieux, et il avait signé une transaction pour mettre fin au différend. Mais cette transaction, qui étendait le traité Ouvrard, avec quelques modifications, à toute la durée de l'occupation, n'avait été ni approuvée par M, de Villèle, qui trouva qu'elle aggravait la situation en prolongeant tes marchés Ouvrard, ni sanctionnée par le conseil des ministres. Cette décision avait été très-pénible pourle'duc d'Angouléme, qui croyait avoir
I. • La Ga:'Mt de Badrid, du 11 dëceinbre I 993, [julilln un êcrll <Ic Rjégo contenant un nvcu île us «rrcurs. de tes trimes et l'eiprcuioii du son proRind Mpetitir. Ccl icHl a éli Ml el tl^né par lut Jans la prlion, la veille de » morl. Il (Gariiel ito M. U« Vllltle.j Le carntl mpyorlo niiBsi i|ue ttlégo fui ■Mille ta jour de ni tiiorl par dea mafne« dotnluicalni.
3. ■ I.G duc d'AngoiilSine jcrirall i. M. du Vlllèle ï ce iirjel : > SI i'ai fait • rendre ViAtga parce qu'il n'était pas mon prisonnier, J'ai donrid les ordres les « plus précis iHiur qu'on me remit Vlgo, qui >'esl rendu prisonnier de guerre > ai» troopes IVan;aIaes, • (Ledre du duc it'AnyouICmc d H. de Villèle. 12 oetDbri; \%°t-l. — BùcumeHlt liiédili.)
574 SUCCÈS EN ESPâGKE. — ÉLECTiGNS GÉKéBALES.
leruoiné une affiiire qui n'avait pas un momeut cessé dVtiv pour lui une source de désagréments. Il avait la consoiene^ d'avoir fait une chose indispensable eu signant d'urgeuct, fc* jour de son enu*ée en campagne, ces marchés qui asstirait^t les approvisionnements de son armée laissée au dépourvu. Il ne concevait pas qu'on pût mettre en balance avec une question d'argent les résultats politiques si importants qu'on avait obtenus. M. de Villèle était entré dans ces raisons tanlque cette dépense supplémentaire lui avait paru néci's^saire m succès de la campagne; mais, depuis qu'on avait réus>i. illvi paraissait qu'on ne pouvait, sans encourir les justes ivprofl*e> des chambres, reUu*der d'un jour le rétablissement d«» l'ordre normal, en mettant à {yofit les vivres et les moyens d«* trutfports ttU'divement réunis par Tadministration militaire. Efllin il obtint par .sa ferme insistance la promesse que le duc d'Aï»goulôme ferait comprendre à M. Ouvrard la nécessité de renoncer à se prévaloir de la transaction Jonville, qui u'aviit pas été approuvée pai* le gouvernement français, et de rev^rsir au traité primitif. Dans ses lettres du 4 et iO novembre 1&!3. le prince aveilissait le président du conseil qu*? la <]u»^> était terminée à sa satisfaction, et que M. Ouvrard Oi»nK*uW^ à abandonner 1<.* service au l*'"" janvier 1824 '.
1. « Je vous envoie, ATivall-îl le 4 iioveinhre, iiiie |»ropo>illon ilf M. <*"* vrardqiip je lui ai fuit deuiaiider. Il consent à oljuiidonner le s^rii«*f kU Ttrw^ d'oceiipution en entrant dan^ \otre i<lée de.i'evenir au premit-r Iraili' 4*** prendrai! (In aver le i»ervire de Pann^e nrlive au !<•'• jan\ier. Je désin ni»»!" '' fnl possible de terminer «elle alTaire avant ma si>rtie d'Hi^pa^ne, ear j»- lifcs» ■> annuler par une dernière si^'uaturc mes^ i^i;natiire« préeAdeiile*. » bam n»^ lettre, éerile le lU iioveiulire et datée de Nontdraguii , 1« priiiti* «jiMitiM A J'espère ({ue ce que je joius ici rttin|»lira vo« intontiuns. f>ru\ rriiian|«^ Heutenieiil : 1" ÏAi couiiidérdut «|ui a été inU eu lètea pour olijet de dt'Miwa-'''^ que si j'ai (ère en ipielquc M>rte lua pnHuesae, c>»l i|Uf j'ai ^lé euttiraiiit pv ^ furre des rxruenicnls, parie traité d'oeeiipatiou (|ui ne peruiH \»êâ «le ropMr"' un niunitionnairc f:éuéral du «enicc qui ne doit plu« èlre à la rJiarge^^' l'Vanee ; T' M. Ou\/ard, aprè^ avuir adiiéré au\ couditioiu du Iraii' <''* 14 iio%euihre, se r>'eouiuiande à uia liieuveillanee |iour ol»tenir UHe amt*^* tation hur son serxjru r/crt '«-rm» /o. Cell4> supplique n'ftltéuue cl v^
LE< IIOMMKS ET LKS CIlUSF.-^ AI'IlKS LA (iltlillE h lîSl'Ai.Ni:. Ti".')
Tout était aiubi réglô. Loï? dorniL'rt's places qui tenaient encore en Espagne pour les constitutionnels se rendaient les unes après les autres, si bien qu ala Gn du mois de septembre, et après la soumission des garnisons de Carthagène et d'Âlicante, Tautorité du Roi était rétablie sur tous les points de la Péninsule* Le prince généralissime fit à cheval, et par journée d'étapes, la route du Port-Sainte-Marie au pont de la Bidassoa. La duchesse d*Angouléme alla au-devant de lui jusqu' Chartres, Monsieur, comte d*Artois, jusqu'à Versailles. Le 2 décembre, le duc d'Angouléme fit son entrée triomphale à Paris à la tête de plusieurs corps de troupes arrivant d'Es* pagne: Puis, dans le courant du mois, commencèrent les fêtes données par la viilè de Paris au princ43 et à l'armée, et ce fut à Toccasion de ces fêtes que les hauteurs de Chaillot, où Ton tira un grand feu d'artifice en l'honneur de l'armée, prirent le nom du Trocadéio.
SITlàTION IXTÉRIETRE DE Lk FRA!(CE ET ÉTàT CÉKÉRAL DE L'El'ROPE APRÈS LA GlERRE D'ESPAGNE.
Le moment est venu d'exposer la situation où le prince, à son arrivée à Paris, trouva le pays, le gouvernement et le ministère. Certes, le succès de l'expédition d'Espagne avait été une cause d'affermissement et de force pour la royauté, soit au dedans, soit au dehors; mais, en même temps, et par lui
Teffet de son acte d*adhé«ion. Mais comme c'est au marché pavé avec lui que Je dois mon entrée en Espagne le 7 arrll, e1 que le succès de mon expédition d«iit être en grande fMrtie aUiibué ù la discipline de .Faraiée qui n'auraU fn e&ister ai elle n'avait pas été exactement fournie de tout, il est de mon devoir de reeommaDder la supplique de M. Ouvrard. » (Correspondance du duc d*Antavae H présideot du conseil. — Docvmentt iitédiit,)
iî7C SUCCÈS EU ESl•Afi^E, — ÉLECTIONS eÉ»ÉRALES,
cuncours de circonstances qu'il est nécessaire d'esposer, î devînt une cause indirecte d'ébranlement pour le cabinet qui venait de conduire heuretisement cetle grande entreprise, et de graves dangers pour l'opiuion à laquelle apparteuait ce cabinet.
Le duc d'AngouJéme avait eu d'excellenis rapports avec le président du conseil pendant toute la campagne; il av*ait apprécié la ponctuelle exaclilude de M. de Vîllëie, attentif à mettre h sa disposition tous les fonds nécessoires, et il lui écrivait le 2 novembre, en terminant une de ses dernières lettres : « Je serai très-heureux de vous voir dans un mois el de vous témoigner combien je suis sensible à la manièi-e dont vous avez coopéré au succès de l'entreprise. » Mais le prince revenait avec des impressions toutes différentes à l'égard du ministre de la guerre. On n'a pas oublié les plaintes continuelles reproduites dans toutes ses lettres contre le duc de Bellune , d'abord à cause de l'incurie de l'administratiua militaire qui n'avait pas su réunir les approvisionnements en lemps utile pour l'entrée en campagne, ensuile à cause de la lutte sourde que le ministère de la guerre n'avait cesse de faire aux marchés souscrits par le prince avec M. Ouvrard, sous le coup de la nécessité. La lutte entre l'étalrmajor général et le ministère avait été continuelle, et il en était résulté une véritable antipathie du prince contre le maréchal. Il dk cacha pas à Monsiecii, comte d'Artois, son père, qu'à son arrivée à Paria, il refuserait de recevoir le ininistre. Le dissentiment ayant pris ces proportions, il devenait impossible de conserver te portefeuille au duc de Bellune que ses bureaux avaient mis réellement en faute. Le duc d'Angoulême acquérait par le fait même du succès de la campagne, sur l'année et sur toutes les affaires qui la concernaient, une iufluenw inévitable et qui avait, en même temps, son côté utile. Comment l'exposera avoir des rapports journaliers avec un homme
LES HOHNES ET LES CUOi
Ll'BÈS LA GCEHHE D'ESPAGNE. 37T
avec lequel il lui élail dt'sormais impossible de s'entendre? M. de Chateaubriand dit, il est vrai, dans sa correspondance diplomatique avec le prince de Polignac, que si le président du conseil avait voulu l'aider, il eût été possible de refuser cette concession à M. le duc d'Angoulême '. Mais quand on ii soigneusement étudié les faits et qu'on a lu les correspondances du temps, il est impossible de ne pas reconnaître que M. de Chateaubriand s'exagère ici son influence et s'attribue un crédit qu'il n'avait pas sur le prince généralissime ^. Dès la seconde moitié du mois d'octobre, le Boi et MoHsiEtJR comte d'Artois, dont l'inllueuce grandissait à mesure que la santé de Louis XVUI déclinait, avaient entretenu M. de VUlèle de
1 . U. de ClialMiibrlanJ i^crlvalt à la date dii !7 noti^inbrn IS23 nu priii^'e lie Polignac, auibauaileur A Londres : ■ Si H. de Vlllile eQI mieux lenti l'ImporUnee du remol tlii marMil <tui <»l une dca plue lourdce raules [|ul aient
Jamili été codiiiiUes, el l'il ni'eùl ipiiuyd, j'auraU BBUTé le maréchul On
anratlpu ulbralre le due d'AngaulAuie à un moindre prix, et c'eil un exemple funejle dans le gouvernenjeul représcDlalif qu'on puisse exiger le ronroi d'un lolnEsIre porlé par ropiulon de lamijarlté. ■ {Daciimeaii hUdiis, conimutii(]uéa par H, le dar, de PoliBnac.}
2. Le duc d'AngoulËme. pendanl loule la cnuipagn?, n'avait loulu enlretvnir de eorreapondance qu'avec U. le con>le d'Artois et le pr^idfnl du conseil, cl M. do Chalfaubriand lui a^ant érril, 11 s'en plal^il k M. de VlllMe, le 37 octobre : ■ J'ai re;u depuis peu, dll-il, trois lettres de U. de Clialeatitirlaul, avec lequel je ne suit pas en torrespiindaoce, ne l'Alanl qu'avec vous Hol lias miniilres du Roi, ne rendant compte qu'à voua ou â mon père et no raccTUil qoe pu vous les InatruclionB du Roi. Par la première, il m'entojxlt un numéro du Journal dti Dtbaii conleiianl ijn arltcle de lui. Par la seconde, il m'offrait l'ambaisade de Conilaalinople pour un de mn g^njraux. Par la dernière, 11 m'annonçait l'arrivée a Paris de U. Pouo di Borgo, m'engageait i le bien traiter et à regarder la Russie comme noire meilleure alUJe. J'»i répondu pour l.i seconde que je ne me perroctiraie pu do désigner une pertonne au Roi pour l'ambassade de Conslantliiople , mais que je citerai les généraux Guilleminol, Bordesonllo et Dode la Rruncrie. comme m'ayant parfailcincnt secondé. A l'égard de la troisième, concernant M. Petto, Je le recevrai poiimenl. je ne lui parlerai de rien., et a'tl me parle do politique, Je lui répondrai que cela ne le regarde pas. Ln Franco est maStresse de rnire ce qu'elle veut, et n'a de compte à rendre il personne, o (Cotrapondance du duc d'Àngaultme ai-fc M. de Villilc. — Dociimfiiii iiudiis cguiniunlqui'ï par H. le mnCe de Villilc el par M. le comle de Keuvllle.]
1 impossibilité de mainteair k duo de BdQuzie ou miniâCr^fv dt la guerre. C^tes la loyauté du Dùble marédial «Uil aa-dûsêv dn ftoupfOD; mak il étah impoasihfe de ne pas rfi'n— ilrie> ii a?ait reconnu loi-même que stA buream aTaîent faîBi cornprvimeUre le sort de la campagne, et, eomaie chef de sinme, il encourait la reisponsabilîté d'une (aide commise para» Mibordonnés.
n n*y ataii donc pas d objectkm possaMe à la Toionlé fortement exprimée par le Roi de pounroir à son rempbcemeiit '. Mai^ re n'en était pas moins un ébranlement fâcfaêox pour le ministère. Le duc de Bellnne jouissait à la fois d^une fofih larité héroïque, conquise sur les champs de bataflle de llimpin;, et de la faveur et de la confiance de l'opinion royaliste, qui le savait loyalement dévoué à la maison de BouiiwDy et qui lui savait gré d'avoir éliminé de Tannée les éléments douteux au moment où la guerre allait éclater. Comme une pienv qui tombe et ébranle Tédifice tout entier, un ministre qui faisait partie d'un cabinet homogène lui imprime, quand fl s'en détache, une secousse dangereuse. En outre, jusqu'à ce qu'il soit remplacé, c'est une brèche ouverte par laquelle regardent les ambitions impatientes d'entrer dans la place. L idée vient à tous que ce ministère est vulnérable, puisqu'il a perdu un de ses membres ; quand ce membre est remplacé, il l'est rarement de manière que le cabinet retrouve l'équivalent de ce qu'il a perdu.
Tous ces inconvénients se rencontrèrent dans la retraite forcée du maréchal de Bel] une. Après avoir hésité entre le
I . h trouve» h la date du 10 octobre 1823, les Hgncfl suiraDtes rar leearoet dn M. de \\\\b\v. : n Vu Monsieur et le Roi, tous deux décides aa remplacenest dn M. U) duc do BclInne. Le 1 7 cl le 18, conseil sur ce sujet embarru«inf« liC inar<^chal n'est d^'idd à envoyer sa démission. Le 19, Journée fort agit^* Je nuls allé trois Tels riiez ic Roi, trois fols ches Momsieqb, une fois chef k aiaréohal. EnOn, à quatre heures du soir, écrit Tordonnance du rempla- 'emonl. n
LB DCC DE BELtCNE SOIlT DU HISISTEBE, 5VJ
général (iuillemiaot el le ruoréchal Laurislon, qu'on écarla tous les di'us, le premier, parce que son entrée au ministère de In guerre eût été une victoire trop complète, assurée k l'état-major général sur le ministère, et une mortelle injure faite au duc de Bellune, le second, parce qu'il avait déjà fallu faire «ne espèce de violence au duc d'Augoulâme pour le décider b. accepter, comme coopérateur tardif dans la campagne d'Espagne, ce nouveau maréchal nommé en dehors de son armée, on se rabattit sur le baron de Damas. Le baron de Damas était un loyal militaire; il avait montré de la vigueur dans la dernière campagne, et c'était lui qui avait accordé au bataillon franco-italien, battu en rase campagne, la capitulalion de Figueiras. Mais ce n'était ni une capacité administrative, ni un homme de premier rang dans l'armée; en outre, il ne venait pas des grandes luttes militaires, il venait de rémigration. 11 ne rendait donc au cabinet rien de ce que lui enlevait l'éloignement du duc de Bellune, et le duc d'Angoulirae lui-niéme, étonné de voir le maréchal ainïâ remplacé, écrivit une lettre peu obligeante à son successeur ' . Qa&nt k la presse royaliste, sa colère éclata dans la Quotidienne, la Gazette, le Drapeau blajic et X'Ortflamme, avec une violence extraordinaire, tm ne pouvait dire la véritable catise du reniirfacemcnt de M. de Ifellune. Les journaux de la droite en rendirent M, de Villèle responsable devant la France, devant l'Europe et devant l'armée. La Quotidienne fit en même
I. ie trouve ce Tiit mcntlDimâ dans ks noies paliliques de U. ilo Vlllile : * Lo duc d'Angoulfime, dll-il, a ^crit une kitrc pDU ohllgeanle au baron Jo Dsmai an lujet de la numlnation, ■ Dana la corrofpondancs du prince Ja rencoDlre un autre paanga qui indiqua que ce ne Tut paR lana quelque élonnetnenl qu'il vit arriver M. de Damas nu rulnisl^re de In guerre : « II tout que voui marépondiet franchutnent, (cril-il i M. de Villflo lia date du t Mldbre I8!3 t Eil-c« vous qui avei porl^ le baron de Damas au minUlère do la guerre, et, ti ce n'eal |iaa vous, qui eel-ce qui 1'» Tall arritcr 7 n {Correspondance d« due tAngaulimr. — Doeumenls Inddili.)
m^at p»o«jr L*r ^ibi&r: dios ie rempCsi^ciDciii da nurêclul par
k h^iria d-: L»:iCi.L?. M. de VTiirrV sr hl:ait de bc^Kli^' la luie ouv<crtr dm^ Li «piHIr du oiTÎrir. porciê' que sa swiîMrztiide élail 'isKui'-.K air Ik dADSur qjivt »>jorût k cabôbrU niÊikicé {Mrcelle îiiâiKriu:^ iecr^ce qoî n'iTait e<âê«é d^ smkdîr. je Tai dit, dm ce^ ckrmerr témp^f . et qui l'aTaîc aidé à stjo début.
La p»:ote naturell*; d« Ft^prit humain jK^rte ks hooDcte? ;r*:n^ eui-méme? à croira qa'ib soot Di^ctncfiaires aux foodioiis qui leur plaisent. Phis que jamais le sakiii de madame du i^o} la Evdoublait ^es efforts et élevait ses nsêes, depuis que d*:^ <:rat:{ueDi«rQts intérieurs s'étaient lait sentir dans le miuistrrre. La: vicomte S>sth^nes de la Rochefoucauld surtout, dans l'ardeur de sa ^ive jeunesse, se croyait appelé à on grand avenir p^jlitiquev tt s'attribuait des aptitudes égales à son zèle et à son ambition. Doué de ces avantages extérieure qui contribuent aux succès dans les salons, actif, hardi, •.-ntreprenant, m^iniant avec facilité la parole et la plume, sûr d^ lui-même, Comme ceux qui n'ont pas eu à lutter avec les obstacks de la vie, dédaigneux des autres, il croyait cm- [tfjTUtr tout d*:: haute lutte avec son dévouement inconte?tabli;, ses bonnes intentions, ses grandes manières, soutenues de son crand nom, de ses srandes alliances, — il était le cendre du duc Mathi»:*u de Montmorency — et de sa sranik fortun»^, — sa f^^mme était la petite-tille du duc de Luynes,du ohefde sa mère, madame la duchesse de Montmorency. Ouoiqu'il «:ous«:fniàt d*t bons rapports avec M, de Villèle, il ne oégliireait .lucun moy»:-n, non pas pour renverser le ministère dont cet homme dÉtat était le président, — il le regardait comm^ son a-ii\re, — mais pijur le modifier, de manière à y trouer place, ainsi que son père, le duc de Doudeauvilie. Madame
M. DE YILLÈLE EN DITTE Al \ IUFFICULTÉS INTÊHIEIRES. 581
du Cayla, pour qui le roi Louis XVIII avait conçu une de ces affections douces et profondes, semblables à ces lampes à la lumière un peu pâle qu'on allume au chevet des malades ou des mourants, agissait auprès du Roi, d après les instructions du petit cénacle politique dont elle était entourée. Le plan secret des confédérés était de faire entrer M. le duc de Doudeauville au ministère de la maison du Roi à la place de M. de Lauriston, et M. Sosthènes de la Rochefoucauld au ministère de Tintérieur, où il aurait remplacé M. de Corbière. On accueillit, de ce cAté, comme un coup de fortune, le dissentiment soulevé entre le duc d'Angouléme et le maréchal de Bellime, dissentiment qui amena la retraite de ce dernier. Ce fut de là que vint la combinaison qui, en portant le maréchal de Lauriston au ministère de la guerre, aurait fait une vacance au ministère de la maison du Roi, ce qui aurait ouvert les voies à Tavénement du duc de Doudeauville. On n'omettait rien en. môme temps pour ébranler d'autres positions ministérielles, celles surtout de M. de Corbière et du ministre de la marine, M. de Clermont-Tonnerre. M. le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld se croyait prédestiné à sauver le pays, et on conçoit qu'avec cette conviction il n'hésita pas à mettre la cognée dans le ministère de droite : « Je veux, écrivait -il à cette époque, conquérir le
monde entier dans les mains du Roi Si Villèle ne décide
rien, j'irai de désespoir en Espagne ". »
M. de Villèle, déjà en butte aux attaques parlementaires de l'extrême droite et de la presse de la même nuance, sentait qu'il se formait aussi un nuage noir d'un autre côté, nuage de cour qui commençait à peser sur l'atmosphère du château des Tuileries, quand le président du conseil s'y rendait pour travailler avec le Roi. Il avait été obligé de céder
1. Mémoire» de M, de ta Hoche foucauld, t. VIH, p. 202 et 21 7.
58S SUCCÈS E!f ESPAGHE. — ÉLBCTIOffS GÉHÉRALES.
pour le duc de Bellune ; mais, quand Louis XVIU lui montra du mécontentement contre M. de Corbière, il défendit énergiquement son ami. Le ministère, il le comprenait, était compromis s'il éprouvait un nouvel ébranlement. II le dit au Roi, à qui Ton avait aussi parlé du renvoi du ministre de lamarine ', et lui fit comprendre que ces changements à vue, dans le ministère, n*étaient propres qu'à^diminuer la stabilité de l'autorité royale.
Le succès de la guerre d'Espagne, en éloignant les dangers immédiats, avait ajouté aux séductions du pouvoir, dont il rendait Texercice plus facile, et, à ce point de vue, il avait créé pour les royalistes un péril d*une nouvelle espèce. Il leur avait enlevé, en effet, ce besoin de demeurer unis et de serrer leurs rangs, que la gravité des circonstances leur avait fait comprendre. L'épreuve et Tobstacle leur avaient donné cette union qui fait la force, et tant qu'ils avaient eu pour point objectif la révolution qui grondait en France, qui éclatait en Espagne, ils avaient évité de prêter le flanc. La prosptrité et la victoire relâchaient leurs liens. Il semblait qu'il ue devait plus être question que de tendre la voUe au soufllt* de la fortune, et depuis qu'on naviguait dans des eaux plus tranquilles, tout le monde voulait mettre la main au gouvernail.
1. C'est au carnet de M. de Villèle que J'emprunte cet àéiêWi intima* - « J'ai eu avec Sa Majesté, dit-il, une eonveriation dans laquelle elle m'a luuolr^ du inécoulenteuienl contre mon ami Corbitre, que J'ai dt^fendu d'abord pa^ conviction, ensuite parce (|uo Je devinais bien qu'on l'attaquait pour arri^rr Jusqu'à moi. Ona^it, depuis la délivrance de Ferdinand, pour faire remplacer au conseil le ministre de la maison du Roi et celui de l'intérieur. On a aujie-i essayé d'expulser celui de la marine. On n'a réussi encore que pour »f lui à^ ta (guerre, à cause de ranlipatliie bien prononcée de Monaei{;neur qui a d^lar^ qu'il ne le recevrait même pas à son retour. Les dilttcultés étant surmuiit^» on voudrait bien faire dans le conseil des places vides, pour recueillir ce que d'autres ont semé, et par malheur on a accès auprès de Sa Majesté. J*r«p^re pourtant parvenir à lui faire senlir le danger qu'il y aurait pour son prupne pouvoir et pour I'int<^nt du pays h faire, en ce moment, de nouveaoi cIj»»gemenlf dans son ministère. »
Li£ su«:<:t:s de la droite menace de devenir son écueil. 583
M. de Yillèle, en faisant une visite à madame la comtesse du Cayla, reconnut bien d où venait l'action qu'il avait rencontrée aux Tuileries, et, après avoir dissuadé cette dame de per« sister dans cette fâcheuse voie, il lui déclara qu'il la combattrait de tout son pouvoir *.
Ce n'était pas le seul souci du président du conseil. M. de Chateaubriand , qui commençait dès lors à s'emparer de tout l'honneur de la guerre d'Espagne, à laquelle il avait contribué, mais qu'il n'avait pas faite à lui seul, avait aussi des visées sur la direction du ministère, et il entretenait souvent M. de Yillèlc de la nécessité d'y introduire M. de la Bourdonuayc et M. de Lalot, avec lequel il avait des liens politiques très-étroits. Il se passa, trois mois après la prise de Cadix, un fait qui permit de voir combien cette tendance à s'attribuer le principal rôle dans le ministèi'e dominait de plus en plus l'esprit de M. de Chateaubriand. C'est au carnet de M. de Villèle que j'emprunte le récit qu'on va lire :
a Le 27 décembre, allant chez le Roi comme à l'ordinaire, vers une licunî, dit-il, j'en vis sortir M. de Chateaubriand tout ému, et n'ayant que ie temps de me dire : « Mon cher Villèie, calme?, ic Roi, calmer le Roi! » Introduit dans le cabinet, je trouve le Roi lui-même un peu ému. — Vous avez dû trouver, me dit-il, un homme assez mal à son aise, et qui le mérite bien. Croirioz-vous qu'entre lui, M. Pozzo et M. de la Ferronnays, ils viennent de me faire donner un soufflet sur votre joue par l'empereur Alexandre. Mais je saurais lui donner chasse en honorant d'abord relui qu'il excepte. Il vient d'envoyer une décoration de ses ordres à M. de Chateaubriand et à M. de Montmorency, et à
1 . Ce Alt alors que M. de la Rocheroiftauld écrivit ù M. de Villèle la lettre Tort dure qu'il cite dans ses mémoires : « Je vous somme , au nom du Roi, disait-il, de tenir voire parole... Vous voilà comme au premier abord de voire ministère, redoutant qu'on reconnaisse la moindre trace d'une influence qui vous a fait ministre et qui fait toute voire force. • M. do la Rochefoucauld s'eiagérait singulièremtînt rinfluenco do madame du Cayla. Elle avait pu contribuer à déterminer le Roi à accepler plus volontiers et plus vite M» de Villèie des mains de la situation comme ministre ; mais madame du Cayla n*avait fait ni la situation ni M. do Villèle.
5H4 -rCCt> EN ESPAGNE. — ÉLECTIONS GÉNÉRALES.
vouà rien. Mai> j«^ \ai> 1»* [»ayer de ..son affront en une monnaie de meilleur aloi.
« Le Roi sonne alors, et donne l'onlre qu'on envoie chercHer le ministre de sa maison : — Mon cher Villèle, continua-t-il alors, je vous nomme chevalier de mes ordres, ils valent mieux que les siens. Allez chez vous et attendez Lauriston. »
Cette nouvelle s'étaut répandue, M. de Villèle eut une affluence énorme de visiteurs à sa réception du soir. Il est facile de comprendre que le roi Louis XYITT ait été blessé du blâme infligé ^ sa politique dans la personne du président de son conseil, et qu'il ait soupçonné une intrigue entre son ministre des affaires étrangères, sou ambassadeiu* à Saint-Pétersbourg et l'ambassadeur de Russie à Paris. La manière embarrassée et en partie inexacte dont M. de Chateaubriand raconte cet incident dans ses mémoires n'a rien qui éloigne une supposition de ce genre '. Mais ce fait suffisait pour annoncer un
]. a Ces cordons, dlt-il, firent éclater des Jalousies. M. de Villèle ëlait pourtant fort au-dessus de ces lacets de cour. La Russie fit passer l'ordre de Saint-André à M. de Montmorency, ainsi quelle chargea son ambassadeur de nous le remettre à nous même. Louis XVHI prit cette grâce étrangère comme un reproche fait à sa personne. Le Roi déclara qu'il voulait témoigner sa Mti»- Taction des succès de la guerre d'Espagne en créant M. de Viiièle chevalier de ses ordres, il. de Villèle avait tous les droits à cette distinction. Mais le dessein
du Roi était de nous blesser; il nous comptait pour trop peu 11 ne nous
convenait pas d'être un mannequin dans le conseil. L'achèvement de notre entreprise nous a fait nous résoudre à rester ; nous oubliions tout à coup le puissant motiT de notre présence au ministère et nous nous en allions parce
qu'on voulait nous humilier; tel nous sommes Huit jours après noire
déclaration, le Roi nous gratifia du cordon bleu. » Après ce «récit que J'emprunte aux Mémoires d'ouire^tombe^ M. de Chateaubriand reproduit la lettre qu*il écrivit ù M. de la Ferronays à l'issue de cette affaire : « Tout est arrangé et beaucoup mi^ux que je ne l'espérais. Le Roi, blessé de la nomination du duc Mathieu, et Villèle, oublié dans la promotion, ont été au moment d^amenrr un grand orage ; nous nous serions brisés contre un ruban après avoir échappé à de si grands écueils : telle est la nature humaine. J'ai été obligé de parier et Ton a bientôt reconnu qu'aller sans moi était impossible, et la tempèle s est apaisée. Il en résultera un bien, c'est qu'on sera convaincu qu'li faut relier unis si nous voulons achever l'ouvrage que nous avons si bien commencé. Il n'y a plus qu'une chose à Taire, c'est que vous demandiez à l'Empereur, en mon nom et pour m'obliger, le cordon de Saint-André pour Villèle. Ne craignez
INCONVÉNIENTS FtE LA SITrATlON Dr MINISTknE. 583
désaccord secret ou ptutât une lutte d'inlluence cuire le président du conseil , qui tenait lu première place par son sens politique et la confiance du Itoi et des chambres, et le grand écrivain à qid son prestigieux talent, son ascendant sur l'opinion, et son crédit dans la presse, dont il était la gloire, et dans les salons royalistes, ne permettaient plus d'accepter la seconde. Le cabinet de droite était évidemment menacé d'nn déchirement, et les propos qu'on tenait dans les salons, où M. de Chateaubriand était l'objet d'une sorte d'idolâtrie, n'étaient pas de nature à faire tomber les ombrages : « C'est à tort, avait dit madame la duchesse de Duras, dont les paroles firent le tour de Paris, qu'on accuse M. de Chateaubriand d'avoir des préventions contre M. de Villèle. Comme le cardinal de Richelieu, il reconnaît qu'il a besoin de son père Joseph. »
C'était ainsi qu'au milieu et par suite môme du grand succès que le cabinet de droite venait d'obtenir, on commençait à apercevoir d'une manière plus claire les inconvénients de sa situation. Sa base trop étroite, circonscrite dans la droite, ne lui laissait pas une force de résistance suftisanle contre les passions et les idées extrêmes de son parti, une force aussi efficace que si cette base s'était élargie jusqu'à recevoir, comme c'était au début le désir et la pensée de M, de Villèle, M, de Serre et le comte Koy, De ce que le cabinet se composait de membres appartenant exclusivement à la même couleur, il résultait que cette couleur se subdivisait en nuances, qui tendaient de plus en plus à devenir rivales. M. de Chateaubriand, OD vient de le voii-, reconnaissait à peine la présidence de
pu, Je ne «eral pus lileué, cl c'eil mol ijni joue tel le beau rAlr. Il Taul tire I jusia, d'aillEun, Vlllèlc cil en laut un hooime d'un mfrllc mir^rleur, el tvmniD désarmiii II laiit bien qu'il m'sbsndanne entièremenl la Uirerllon île Inpollllquc élrang^rr, nni,» ne puuvons plus nvolr ilc rlvalllf. a {Con.itèf île Tfroiti- , I. II. p. ÏIH.)
M. de Yillè.lc, et voulait marcher dans son indépendance. Les compétitions de puissance ou d'amour-propre se développaient sous l'influence de cette situation. En dehors du cabinet, il y avait des intrigues qui travaillaient à le supplanter, un mouvement impétueux d'opinion qui cherchait à TentralDer sur le terrain de la passion royaliste, ou à le renverser. ftlM. de la Bourdonnaye et de Lalot conduisaient ce mouvement dans la chambre. Au dehors, il était plus violent encore ; la presse, qui est une des nécessités et qui, dans l'état où se trouvait la France, était une des difficultés du gouvernement représentatif, est presque toujours plutôt dans la passion que dans la raison, parce que la passion donne plus d'éclat à la polémique, plus de mouvement au style, et plus de puissance au journal, qui, affranchi du frein salutaire de la pratique, vogue à pleine voile sur l'océan sans bornes de la théorie. Or il y avait à cette époque de redoutables journalistes. M. de la Mennais, esprit véhément et impérieux, qui allait par sa pente naturelle à l'extrême, et qui devait étonner notre temps par ses emportements dans l'un et l'autre sens et le scaudale de ses palinodies , se signalait par des attaques d'une \iolence sans mesure contre M*' d'IIermopolis, grand mallre de rUniversité, et prétendait qu'à l'abri de ce nom respecté c< les enfants étaient élevés dans un athéisme pratique, » en alléguant à l'appui de son dire le récit d'une communion sacrilège faite au collège Louis-le-tîrand par trente élèves, récit poursuivi comme calomnieux et qui amena le Drapeau- blam devant les tribunaux. Ce fut à l'occasion de ce procès que M. de la Mennais s'écria : « Ils ne savent donc pas ce que c'est qu'un prêtre? Ils l'apprendront. » Loin de l'apprendre aux autres, le célèbre et malheureux écrivain devait lui-même l'oublier.
D'autres publicistes de la môme nuance travaillaient, dans des brochures et des articles de journaux, à préparer pour la
MANHEMENT l»K M. DK tLKllM(»NT-TONM: UUE. r»87
société une nouvelle organisation, de nature à inquiéter les classes moyennes, étonnées dVntendre révoquer en doute l'inviolabilité de la Charte donnée par Louis XYIII dont le pouvoir constituant , prétendaient les auteurs de ces écrits, n'avait pas été épuisé par ce premier acte et subsistait toujours.
En même temps Tespoir allumé par ce souffle de fortune, qui revenait à l'ancienne royauté après tant d'épreuves, excitait des esprits honnêtes, mais ardents, à lui demander pour le catholicisme plus qu'elle ne pouvait donner. Ce fut ainsi que M. de Clermont-Tonnerre, archevêque deToulouçe, fit paraître, au moment des élections, une lettre pastorale qid devint l'objet d'une violente polémique dans les joumauxetd'embarras sérieux pour le gouvernement. Non-seulement l'archevêque de Toulouse revendiquait les anciennes libertés de l'Église de France, la reconstitution des synodes diocésains et des conciles provinciaux, chose si désirable ; mais il exigeait la complète indépendance du clergé catholique, la restitution de toutes les anciennes fêtes solennelles abolies par le concordat, le retour à l'ancien droit ecclésiastique et à l'ancienne discipline , le rétablissement de plusieiurs ordres religieux, la modification du texte du Code relatif au mariage ; le retour des registres de l'état civil dans les mains du clergé ; une loi sévère et des aggra^vations de pénalité relativement aux vols commis dans les églises, a II fallait, disait-il, remettre la loi française en harmonie avec l'esprit de la monarchie. » C'était demander à la Restauration beaucoup plus qu'elle ne pouvait donner, et oublier cette sage maxime : que les gouvernements humains ne sont obligés qu'au possible. Ce n'était point avec les tendances gallicanes qui dominaient alors dans le clergé, avec les dispositions malveillantes de la magistrature, héritière des préventions parlementaires, qu'on pouvait songer à improviser de tels changements. Le gouvernement fit au conseil
d'Klat un appel comme d'abus contre cette lettre pastorale : arme dangereuse qui blesse ordinairement la main qui remploie plus que celui contre lequel elle est dirigée ^ La suppression fut prononcée, et les journaux religieux protestèrent. En vain M. de Yillèle se plaignait de ce qu'on voulait mettre la cérémonie avant l'idée, c'est-à-dire écrire dans les lois ce qui n'était ni dans les mœurs ni dans les esprits ; les passions contraires, armées de la liberté de la presse, s'en servaient à outrance et se souciaient peu des embarras inextricables dans lesquels elles jetaient le gouvernement.
En face de l'école qui poussait les droits du Roi jusqu'à l'absolu pour lui demander l'impossible, se dressait réede révolutionnaire, qui ne poussait pas moins loin les droits du peuple, et ces camps ennemis s'aidaient en se combattant. Ils se fournissaient en effet l'un à l'autre des arguments pour passionner les deux partis, et pour acclimater une sorte de terreur panique en France. Le spectre de l'ancien régime, évoqué d'un côté avec son cortège d'inégalités et de privilèges, et le spectre de la révolution, évoqué de l'autre avec ses hor-
1. LeRoiflt écrireau cardinal de Clermont-Tonnerrc par le neteu de celui-ci, le ministre de la marine, que, malgré cet acte de aévéritéi il lui ronUouail les mêmes sentiments de haute estime et de bienveillance. Le cardinal-archeTè«iiM le remercia dans une lettre dont j'ai le texte sous les yeux : « Le cœur roval de Votre Majesté, disait Tarchevèquef a approuvé la pureté de mes intentions A l'époque où je Hs à Rome ma lettre pastorale et où je renvoyai
à Toulouse pour la faire imprimer, j*ignorais l'ordonnance de Votre Majolé pour la cassation de la chambre des députés ; elle n'a même paru qu'à mon retour de Rome. Cette circonstance imprévue peut seule me rendre coupable, mais coupable bien innocemment, car, sire, ce qui m'inspira l'idée de faire cette lettre pa:itorale, ce furent les succès glorieux de vos armées en Espa^Ci l'enthoudiasme que produisit à Rome ce triomphe de la religion. Je me laissai aller à croire que c'était le moment favorable de déposer aux pieds de Votre Majesté les vœux de son clergé, ceux de toute la France, et j'ofe le dire, d'après les ambassadeurs qui étaient à Rome, ceux de tous les priâces chrétiens. » {Documents inédits.)
On voit si nous avons raison de dire que le succès de notre expédition en Espagne avait excité d*irréalisables espérances.
\IULE:4CE rtES journaux en sers CDNTBAinB.
reurs et ses ciîmeÉ, ne laigsaieDt h personne le sang-froid iiéceseaire pour apprécier exactement les principes et les choses. ^ Ceux qui travaillaient à pacifier les idées et à rapprocher les intérêts pour asseoir le régime nouveau sur des bases larges et solides risquaient de succomber à l'œuTre , et d'être écrasés entre ces deux marées de laves qui montaient. Il y avait d'autant plus à redouter ces deux actions également passionnées, quoique en sens contraire, que la France, nouvellement entrée daus le gouveruement représentatif, au sortir de ses bouleversements, n'était pas préparée à cette épreuve, comme les pays qui , façonnés de longue main à co régime de lutli'S, tit jouissant d'institutions cimentées par les siècles, et qui divisent à la fois l'initiative et la responsabilité, voient s'écouler les flots des agitations passionnées de la tribune et de la presse entre des rives de granit. Il était à craindre que les bases, manquassent à ce régime de contrôle et de lilre discussion, posé sur la surface du sol, et qu'il finit par s'écrouler. Ort pouvait le craindre d'autant plus que tous les partis s'en servaient à outrance. Pendant que les anciens journaux de la gauche, intimidés ou découragés par les derniers succès du gouvernement, se taisaient ou ne dirigeaient plus contre lui qu'une opposition timide, un nouveau journal, fondé par un homme peu connu, mais qui avait beaucoup de savoir-faire el de dextérité politique, essayait de réaliser contre la droite au pouvoir ce que celle-ci avait fait contre M. Decazes quand elle fonda le Conservateur; je veux parler des Tablettes de M. Coste.
L'ambition avouée de M. Coste était d'établir une chaîne qui , par une suite d'anneaux intermédiaires , réunir.iit M. Manuel au prince de Talleyrnnd, qui, depuis la guen'c d'Espague, avait singulièrement élevé la note de sou opposition. MM. Benjamin Constant, (ïuizot, le duc de Bn)glie, Delessert, Tcrnaux, de Laborde, Kératry, le comte Mule, le
baron de Baraiite, le duc Dalberg, le maréchal <îouyion Saint- Oyty le duc de Choiseul, le duc de la Rochefoucauld, étaieot les anneaux intermédiaires de cette chaîne.
Ce dernier, destitué de plusieurs places gratuites % à b suite d'une lettre adressée par lui au préfet de police et daos laquelle il accusait le gouvernement d'avoir mis obstacle par des pratiques souterraines et clandestines à la surrôUance salutaire du conseil général des prisons, et au bien qu'il laîsait, était un de ces grands seigneurs venus de 1789, qui se plaisaient à cumuler les honneurs des fonctions officielles avec la popularité de l'opposition , et à s'autoriser pour faire k guerre au pouvoir des marques de confiance qu'il leur dcMUiait. Caractère élevé et honorable du reste , mais dans leqod h fronde avait laissé son coin avec son esprit vif et piquant, et son impertinence de haut goAK Ce fut ainsi qu'en recevant l'ordonnance qui le destituait de toutes ses fonctions, il écrivit à M. de Corbière pour lui faire observer que par ouMi sans doute, sa bienveillance avait omis de lui retirer la place d'inspecteur de la vaccine.
C'était beaucoup, c'était trop que d'avoir contre soi toutes les nuances que représentaient ces noms. Tous les personnages dont je viens de parler n'écrivaient {fas sans doutedaos les Tablettes, mais ils avaient autorisé le fondateur à se parer de leur patronage. A Tombre de ce patronage imposant, h rédaction ordinaire se composait de quelques jeunes gens dam toute la verve de leur talent, surexcitée par l'ardeur d'un âge qui incline naturellement à l'opposition : c'étaient M. deRémusat, esprit fin, ingénieux et lettré, railleur élégant et incisif, expert
1. C'élail M. Dccazes qui lui avait conféré ces fonctions dont voici laiistc: Inspecteur général du Conservatoire des arts et méliers, membre da Conseil général des prisons, membre du Conseil g4néral d'agrleoltare, membre du Conseil général des hus[»ices de Paris, membre du Conseil génénl du département de l'Oise.
dans Tart si fraiirais de la moquorio, cl qui apportait à la presse les grâces piquantes des salons; M. Thiers, qui, à cette époque, en rapport habituel avec le prince de Tallcyrand, connaissait par lui tous les bruits et tous les secrets du inonde politique et les condensait dans une chronique d'un intérêt piquant, en se chargeant de Tassaisonnement ; M. Rabbe, esprit d'une trempe moins fine et d'un caractère plus \ioIent, qui arrivait facilement à la déclamation passionnée et à Tinvective. Le point de ^iie de ce journal était celui que j ai indiqué tout à rheure. Suivant lui le litige était entre lopinion représentée par le Drapeau blanc, seul interprète sincère du parti royaliste, prétendait-il, et la société moderne qui ne voulait pas rétrograder jusqu'au moyen Age. C'est ainsi que, des deux cAtés, pour justifier une politique à outrance on évoquait des fantômes. Les Tablettes, dans leur opposition irrévérencieuse, n'épargnaient personne. Louis XVIII, qui aurait dû se contenter de son métier de Roi, avait toujoui's eu une secrète faiblesse pour le métier d'auteur ; il fit paraître à cette époque un écrit anonyme, où il racontait son évasion de France avec M. d'Avaray, à l'époque du voyage de Varennes. Il était facile de reconnaître l'auteur, il fut reconnu, et, dans un piquant article, les Tablettes persiflèrent l'écrivain couronné : la loi, qui défendait le Roi contre les insulteurs , ne défendait pas contre la critique l'homme de lettres couronné, qui avait eu le tort de se placer sous sa juridiction ; il dut la subir. En même temps Paul-Louis Courier, dont nous avons déjà eu occasion de parler, et qui avait fait du pamphlet une puissance, aiguisait contre le gouvernement royal ses traits les plus acérés *. Dans ses derniers pamphlets, il s'attachait à distinguer, c'est-à-dire à séparer la branche cadette de la branche aînée, et à louer le duc d'Orléans au détriment de
1. Noui lai avons consacré un chapitre ipécial dans VUittoire de la lillé* taittre 80u$ la Rratattratioti, t. I*', p. 40 t.
<»fnniai>e •. u ie du-: sr::*i:; :i;*-rr- p^iTy-r qiit * ôe priù..-- i:
Le -i--: dvrlTîi.*- ->rkTi.- jr j^iiL»; ôr nire àrs rio^es dr
rii». Irr :■ vT T^.l'siiriirf r-'- i^i:: j:«r k îe 5ii àe îi pTtmirft
:. 'i^."« -J: SIC i^? ili- i- l'y V'r • rrTt^ ••-•^ îii^iiiUtr qull - - - ■ - -- • • » • . - -
: . •. ■ i : - - i-'ii •: i - 'y. :• . u •:■-. . L: • :? \'»T ] ! . ti -.•■. >i >i: ^ a*, i't
.■:>:■ : '. ■: --.I ■- - ..:■=.:-. t si::;? : ■: >c«: c i i'^z iiz'i ^^hz. ; pour ia
r:l :■.:. j. !■ 1 .':^:;^^ :>: .Ifil iî: I.LTI :: 1 tl: î^ii; miDt. 'S .. ''..": t> :.■•■:•: L J: :ll::I.^:•::^. s C T.iii:-!? iZ: y'\L\ di
L . •: - > • ".<■•:.•:■■: '. • •, / ; lT. .: t:*. > •; j : Z^i î J*. ^: C JI: b ■. iHjmr q»» -•: i. . i .*. ..1 "..;.> ' 1
isthigles et menées au dmiaks. 5U3
lU poliUques aussi sont des roules qui ninrchcnt et qui portent ceux qui s'abandonnent à leur action, sans qu'ils aient besoin de faire, pareux-mônies, aucun mouvement.
Quand on étudie ain^i l'ensemble de la situation, on découvre que si le succès de l'expédition d'Espagne avait singulièrement affaibli toutes les nuances de la gauche, dans ce qu'on appelait alors le pays légal, celle-ci demeurait puissante encore dans la presse et dans l'opinion, et que s'il avait rendu la di-oite maltresse dans la chambre des députés et dans les régions du pouvoir, il avait jeté une pierre d'achoppemeut sous la roue de son char de triomphe, en excitaiitdes espérances irréalisables, des rivalités d'ambitions et des luttes intestines qui devaient, si l'on n'y prenait pas garde, dissoudre, par la victoire, le parti que ses épreuves avaient uni.
La santé du Roi, dont le déclin était marqué et rapide, ne laissait pas d'exercer aussi une iotluence fâcheuse sur la situation. Certes, dans d'autres temps, Louis XVIII qui pratiquait, avec tant de scrupule, la vertu d'un roi constitutionnel, qui est de ne tolérer aucune action en dehors de celle de son ministère, n'aurait pas permis au petit centre politique qui s'était formé autour de M"° du Caylu de tenter ce qu'on est convenu d'appeler l'opération de l'amortissement des journaux.
M. de Villèle blâmait des tentatives dont il présageait l'insuccès, dont il craignait le scandale, et dont la réussite aurait mis la presse dans les mains d'une de ces influences de cour qu'il trouvait sur son chemin. Mais, déterminé comme il l'était, à ne pas sacrifier M. de Corbière à M. Soslhênes de la Hochefoucauld, et à ne pas introduire celui-ci au ministère de l'intérieur, il était obligé de laisser cet aliment à l'activité dévorante de ce dernier, et il ne pouvait l'empêcher de tenter, soit avec sa fortune personnelle, soit avec les fonds de la liste civile 4ni3 à sa disposition, ce brocanlage des journaux de gauche et même des journaux de droite. C'est dans dea
HM. de i>
iDomriiiï («ÂTciiï qur k prêâdent du ooos-eil écrivait sur I fATûrL cL'iddt-ni dr a^ tri?îràîc< c€4iuDt: de seè joies bit r^rri — ie f»i:4i\L'ir ^•j»C4-;i: plus de àoucir qur de cou»
liitiL'iis — Oi> iiiTLr* d^*aIou^euàr^ :
t Lr îi d-.'-oirt AU >--j". .'a: ru la prtu^t qu'un avait Ira^aiJi au;rs -iz Sa Ma.'t^-ir jk-ut faîr* r'iDî*la'.x-r C-rhii-rf t-n liri'it ilo m'-i •rsf^raiit qur. k*is*p<r k- h\Â 2'aunit dtridv. je ne tiifikirais [»a> à » rï:UicT nj-.'i-z&txijr. i'. «B «pi*! wQ m; ycnïl tTi^Dpê. Gt'S întrkui»^ «.•■'JT >.'nt int.-l'.rai'ir? p.»ur œui qui ••nt It pi.âds des atTairc^ fi nr b tr.*u^«:Dt lias as>c2 attra>anlei> (»>ur u?<-r do l'utilit/' iImiiI il>>*ntalio 4'iiDfK'?»T au raaitjv r-4»hfati»ii «l'rI-*ifiKr d^ >a famîliaritt* anu fii to abus<:iit. •
Troi* jour< apivs, le !o décembre 1823, je trouve encore ^.•e^ lieues écrites sur le carnet :
• J'ai «I uïïf ■ tiiiftTvnce aTir Mo5>iEi'R. qur les inOnicii iB»»)tii?riDp]v>cs pro^iaUt-nk-ntparlam^*' intriïrae. avaient indi$pt«»i- (•«t'v 11* iiiini^Ue de ia marîrK-. J'ai dit ià cv que je |iensai» de it> ebrank- Di»^nt< iDiin>U-hcL< qui iir U-ndaii-nt a rien iiMins qu'à Mtor Jo U f"*^*' au rou^t.Tncuit.-nt au ui*.>ment ••ù il lui on fallait, au cm u train', l"'<^ tin.T t'.HJt If parti li-^î^siNK- du -^Ui-ivs d'lL>|iaî7no. •
Au dehors, aucuut- affaire de quelque iiuporlauce ue svllii-iUiitTatteutiou du gouvenieuieut, sauf la suite àd«»uut*rà^c ^ra>c annexe de la question d'Espagne, celle de si'S i'ok'Di'"= du l'Amérique, qui préoocupail vivement M. de Yillrli*,<fc le début du congrès de Vérone. Lt- problème à résoudre éui' toujours le même : il fallait, en agissant de concert a\K te grandes puis>au«'es, amener TKspfigue à émancipi-r. àl*" iniablc) ses colonies d'Amérique, eu lui a;>suraut le pluMl-^ \ant'iges possibles comme conditions de cette énuuicipatiuo tâcher d'organiser, dans ces colonies, des mou.inhirs a\i' des infanls, et empêcher l'Angleterre de s'attribuer, par un» reconnaissance séparée, la plus grande pai1 du comiiu'^' des colouicd espagnoles. C'était donc une affaire à ^ui^^e à !•
.iSFËCT DE U PUUTIQL'K ÊTRJLS&ÙtE. 5115
fuis à Londres et à Madrid, où M. de Talaru fivait eD mému temps la mission diflii-îlL' d'apporler le plus de tempûrameut possible à la puLiLique du Ferdinand el de faire sigoâr le traité d'occtipaliùn et la recunuaiâsance de nos créances sur VE&pague. L'Angleten'e s'était déjà résiguée à l'idée de voir une armée fcaiii;aiâe occuper la l'éninsule, et son principal miai!»tj.'e el se^Jouruaux avaient apporté, à l'appui de cette résignaliuu, deux motifs, dont l'uu était honorable pour la Fraucu, tondis que l'autre répuudait aux seulimeats jaloux dont les esprits sont ordinairement animés contre Qouf>, par delà la Manche. M. Canning reconnut, dimi le paclemcnt, (juc le maintien d'une force française eu Espagne était eacoii; plus une question d'humanité que de politique '. Les joumwix anglais consolèrent l'esprit national de leur pays de celte occupalîoQ en alléguant qu'elle serait plus onéreuse pour nos intérêts financiers qu'avantageuse pour nob intérêt* politique».
Bans le reste de l'Europe, dont notr» attention s'est naUiretlement écartée pour ne pas perdre la suite des événejaents en Espagne, aucun grand ctiangemenl n'était InterveQU. Le pttpe rieYU avait achevé, le 20 aoiMlSâS, son laborieux poiitilicai, éprouvé pai' les persécutions et l'exil, mais couronné par s» rentrée triomphale dans sa viile de Ilome, longtemps veme du Puntife-llûi. Le 27 septemlire, le cardinal délia lieugaavait été élu sous le nom de Léon XJl. Le Hoi de Naples,. on l'a vu, était enlin rentré dans ses États, el les Autrichiens avaient évacué les places fortes du L'iéraont. Le roi de Prnssa, qui s'empressait peu de tenir les promesses libérales de 18U et de 181S, fontiiiuait à graviter dans l'orbite de la llussie, qu'il
t. An moUile février IB2f. M. Canning;, oprfa atolr bit duii la irhanibrv dei vomiQunci lu ]ilnt erauil éloge ik lik Uliclplina <lu l'amâu fraiifuH e4 iIpi MDiiEuaaIg du prince B^nfrullssinip. s'ciprlniL alnal : • SI on me dumandaii i ■ L'iroiée rriiifaiso dolL-elle éiacuerl'Eapienedemilii? n Jairnis obllgi ilu
M ami de l'humuillé :
•nisnair, -^ tp /JLitrâiu? m a a' limiifi ms- Les «irecs pour- ^iTOÎent .!aiiïr«t ie? Tîut-s îeur înE.* ruorLîvfBse. sans awpu '^îiiiTir* iSnaiThir !fiinDt»*riiïntian îfHir p<ky5, qimqolls eœseDl r^o«'inââ*^* m mijLé i' }«!rji:Qri £:$!£}. h. &:cse turque da litU^ral *bt la Mtjpèî «^a iTd iûsint ^niJr ii< p«î^t&^ «onnes, et en déù^XkiuA jiiitrjvia^fj^txnjèQt 3fc5g»}iûn.fti;, «iL^it k siège rappelle k ai'im srfofKYTL «ie Kir:^ feczsns. Atzi «Effi^uhês de cette lutte înèçik ^•ituû: î'ij*-ar^ la <EE*?trfîé 4e cnétr un goureiwus^xA DatîfiOal .m aûliru de «r^ttie crise. La riraihé des andeos ardvxrteâ, qm Toclaiait ei'jotinuer à zouveroer, «Tec les capitkiiKr«, qui pr>^3daieiiC afoir part au eourememeot, s'était U rnnoée par une transaction. Le prince de Mettemich, d*acrord arec TAndeterre sur la politique orientale, malgré b divereences qui s'étaient élerées entre les deuï pays sur U question espagnole, continuait à exercer le même ascendant .-.ur l'empereur Aleiindre. Vers les commencements de h campagne d'Espagne, le 19 mai 1823, M. de Nesselrode, ministre des affaires étrangères de Russie, avait passé une note à lord Strangford, ambassadeur d'Angleterre àCoustantinopIts afin de mettre un terme, par Tentremise de ce dernier, au différend entre le cabinet de Pétersbourg et la Porte ottomane, différend qui menaçait depuis longtemps d'amener une ruplun* entre les deux gouvernements. Le prince de Mettemich, continuant à suivre la tactique qui lui avait si bien réussi, enlarji* d*î I»lu8 en plus l'empereur Alexandre dans le réseau de sté habiles llatteries. Il invoquait sans cesse le grand rôle rempli par le czar dans les transactions européennes qui avaient suivi la cfiutïî de Napoléon, et lui représentait qu'il était le restaurateur et le préservateur dt? Tordre légitime dans rOociileiit : (jif il eédAl. au voîu égoïste de ses peuples et de son aniu»' (pii le poussaient à s(î jeter sur rOrient comme sur unepri»i*',
les révolutionnaires, affranchis de la crainte qui les a>;»î jusqu'ici contenus, entreprendraient la destruction do ledï"
ENTIÙNTE SECUKTK DE LUM»UL:s ET DE VIENNE. 597
iice social et politique dont Alexandre avait été le grand architecte, de sorte qu'il tomberait du rôle de bienfaiteur de rhumanité à celui d'un ambitieux vulgaire.
Au fond, les cabinets de Londres et de Vienne, moins préoccupés des théories que des faits, sans s'inquiéter des tendances contradictoires qui portaient le premier à être le patron banal des gouvernements constitutionnels, le second, des gouvernements absolutistes, s'entendaient pour mettre h la fois obstacle à l'agrandissement de la Russie et aux reprises que pourrait exercer la France, si la question d'Orient Tenait à s'ouvrir, ils atteignaient ce double but en maintenant les débris de l'empire ottoman*. Le comte de Nesselrode et lord Strangford se rencontrèrent à Czernowitz, et, plus tard, du 6 au 12 octobre 1823, les empereurs d'Autriche et de Russie eurent, dans la même ville, une suite de conférences et se mirent d'accord sur les mesures à prendre en Orient. La guerre était donc encore une fois ajournée, et le gouvernement français restait ainsi maître de tourner principalement son attention vers les affaires de l'intérieur.
1. Je trouve à la foie celle remarque consignée dans iea notes de M. de Vilièle et dans la correspondance diplomatique de M. de Chateaubriand : • Vienne et Londres, dit simplement le premier, suivent les babiludes traditionnelles de leur politique en travaillant à raffaiblissement de la France, dont les succès sous Louis XIV et Napoléon les troublent encore, et au maintien de l'empire ottoman, obstacle à l'agrandissement de la Russie. »
M. de Chateaubriand écrivait au comte de Talaru, dans sa dépêche du 29 novembre 1823 : « Dans votre politique, soyex Russe. Notre ennemie naturelle, l'Autriche, est très-malveillante dans ce moment. L^Anglelerre voudrait nous brouiller avec la Russie surtout, et nous caresse h présent, o
PKOJETS DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS A L'INTÉRIEUR. — DÉBATS DANS LE C0N8BIL. — DISSOLUTION ET ÉLRCT10N8 GÉnAKALES. ^ LOIS RÉSOLUES. --* PROMOTION DE PAIRS. — TRIOMPHE COM- PLET DE LA DROITE DANS LES ÉLECTIONS. — ALARMES SIR LA SANTÉ DU ROI. — APPROCHES DE LA SESSION.
La première pensée qui se présenta aux hommes qui gouvernaient la France, à cette époque, fut celle de changer la durée de l'existence de la chambre des députés et la manière dont elle se renouvelait. C'était une ancienne idée soul^mie par la droite, qu'une chambre assurée d'une vie pluslongoe serait plus apte à s'occuper utilement des affaires du pays, d que le renouvellement intégral, venant après une période déterminée, était préférable au renouvellement partiel, qui, chaque année, remplaçait un cinquième de la chambre. Outre ragitation perpétuelle que les élections du cinquième entretenaient dans le pays, les promoteurs de cette idée alléguaieut qu'une chambre ayant devant elle le temps et la sécurité, une chambre produite par le même souffle d'opinion et animée du même esprit, serait mieux préparée à l'étude des grandes loî^ qui allaient être soumises à l'examen des pouvoirs délibérants.
Cette question, outre son importance intrinsèque, était grave à deux points de vue. Il s'agissait de toucher, avtH^I^ concours des trois branches du pouvoir souverain, à la Charte, qui s'était prononcée, dans son article 37, pour le renouvellement par cinquième, et par conséquent pour la durée quinquennale de chaque légishiturc; la dissolution de la chambre existante et de nouvelles élections étaient la préface ohlijrét' de la présentation d'une loi destinée» à remplacer le n*nou-
PROJETS or GOVVEnNEMENT A t'iSTÈltlELB. R99 "^H
v.meinent. partiel pur U^ r-'iHMiveHenienl intégral , f 1 1» durée ^M
qiiinqiienn&le de la chambre par la septennalilc. ^M
La dissolulion de la chambre et les élections générales ^M
D'inspiraicnl aucune incpiiéltide au gouvernement; elles ne ^|
pouvaient être faites dans de» circonstances pins favorables, et ^M
le ministre avait le juste espoir du voir les électenrs écarter ^M
de la rhambi-e plusieurs des hommes de gauche qui avaient ^M
fait à In gueiTe d'Espagne une opposition presque factieuse, ^Ê
accompagnée de pronostics sinistres démentis par l'événe- ^M
ment. Le nombre de gens qui se rallient au succès est ton- ^M
jonrs considérable. Le gouvernement avait vaincu derrière les ^|
PyrénéfS la révolution qui l'attaquait en France. Il n'y avait ^M
donc pas de doute sur l'intérêt politique du gouvernement h ^M
[aire dos élections générales. Mais il rencontrait sur son chemin l'intérêt des dissidents de la droite, qui appréhendaient que M. de Villèle , si violemment attaqué par etix, m liU défavorable à leur candidature, cl qui récriminaient h la fois contre la mesure de la dissolution et le renouvellement intégral'. Le ministère fui unanime k persister dans cette double mesure, et l'on était convenu d'avance qu'on ne s'aventiuvrait pas dans cette grave entreprise, si elle ne réunissait pas l'unanimité dans le conseil. Cette unanimité fut nu moment de manquer sur deux points. M. de Chateanbriaud, dont l'antagonisme contre M. de Villcle se dessinait de jour en jour d'une manière plus mai-quée, mit en avant deux prélentions: celli" de substituer la quiuquennalité à la septennalité, et celle de faire admettre sur la liste de présidents de collèges HLM. de Lalot et de la lïourdonnaye, c'est-à-dire les
1. H. lie Clialeautriand ^i^rlvoil, 1c 10 noTemhrc Ilï3 , au prince d« Poltgnac, ainhniNKlFtir à LonilrR» : v Non» lommee )d iJani un praixl coniliil «nr la dlstolnllon ilc 1b. chanilire et le rcnoiiTelIsnicnt Inlâ|;rBl. Nua amit let roj'aliilci QDiprIi la clioii de Iravera. en haine de M> da VIII Cile; mats, cooinia la meaure Mt lionne, noua ne rerulvrona pas, el le sactit fera lomber luut fe Iinill. ■ iDoramfuiainéililt, rommunlqui^ii par M. le dne du PoHjmae.)
600 ^rCCKS EN ESFAGNF. — ELECTIONS GENERALES.
deux chefs de la contre-opposition de droite avec lesquels il avait conservé des liens. M. de Villèle opposa un refus absdu à ces deux prétentions. Tout en se montrant facile sur la composition de la liste des présidents de collège, qui éqîuvalait à une liste de candidatures ofBcielles, et en reconnaissant qu'en principe il devait suffire d'être royaliste pour y être admis quand les conditions de notoriété et d'influence se trouvaient réunies par les candidats, il déclara qu'il y aurait une exception pour les noms de MM. de Lalot et de la Boutdonnaye, en qui se personnifiait une opposition violente et systématique. Le ministère ne pourrait en effet, sans une inconséquence qui nuirait à son crédit moral, indiquer au choix des électeurs des hommes qui n'avaient pas cessé de le décrier, comme le président du conseil ne pouvait, sans abdiquer toute dignité personnelle, appeler le choix des électeurs sur deux hommes qui l'avaient personnellement insulté. Sauf ces deux exceptions, qu'il maintint avec beaucoup de fermeté, M. de Yillèle se montra très-facile, et consentit à laisser écrire sur la liste des présidents les noms de MM. de Yaublanc, Dudon et Donnadieu.
Le débat devint plus vif encore dans le conseil quand la question fut posée entre la quinquennalité et la ^ptennalité. M. de Chateaubriand s'était prononcé pour la première de ces deux combinaisons; M. de Villèle et le reste du conseil persistèrent à soutenir la seconde. Comme il fallait arrivera une conclusion pratique, ils déclarèrent à l'unanimité des voix, moins une, qu'ils donneraient leur démission si le Roi n'adoptait pas leur avis, mais en ajoutant que, si le Roi sanctionnait leurs idées par son approbation, ils exigeraient la retraite du ministre dissident. Ce fut seulement alors que M. de Chateaubriand, mis en demeure de se retirer ou d'adopter le système de la septennalité proposée par tous ses collègues et approuvée par le Roi, se rangea à l'avis général, et rétablit
PROMOTION DE VINOT-IIUIT PAIHS. GOl
ainsi dans le conseil l'unanimité jugiie nécessaire pour mener à bii^n cette loi difficile '.
U étMt évident qiiL'^l' union du ministère était sérieusement menacée, et que ces dissentiment!; , qui au fond résultaient moins de la divergence des vues que d'une rivalité d'influence, amèneraient ainsi, avant qu'il fût peu, une rupture.
La dif&cullé de l'entente à établir reparut quand il s'agil d'arrêter la liste de vingt-huit nouveaux pairs, que le gouvernement avait résolu de nommer en dissolvant la chambre des députés, tant pour fortifier la droite dans la chambre haute, dont la majorité était douteuse, que poui' récompenser des services politiques. M . de Chateaubriand tenait à faire écrire sur la liste les noms des généraux Donnadieu et Canuel, et celui de M. de Vitrolles; M. de Villéle s'y refusa d'une manière absolue, et fit prév^iloir son avis. Deux évéques*, et treize anciens députés firent partie de la promotion. On remarquait, parmi ces derniers, MM. de Bonaid, Florian de Kergorlny, de Marcellus, de Bélhisy, Chabrol de Crousol, de Villefranche, de Vogtlé, de Chastellux, d'Ambrugeac; presque tous tenaient UDe place considérable dans leur opinion et k la chambre des députés. M. Laine entrait aussi à la chambre haute; évidemment c'était une grande influence du ccnti'e droit qu'on tenait h faîi'e disparaître de la chambre des députes , où la droite voulait et allait dominer seule. Ce fut le mÊme motif
I. l'emprunle ces délifU bu carnet dn H. de Villèle. ll> loni coaDriD^s |iir le paiMgc lufianl J'una tel (re ad réside i la (laie du 16 mars 1824, par H> de Cbftleaubrland i U. de Serre, el ilunl on trouvera le leile in cxieaso dan* !« Congrii de VénaF. p. 350, l. 11 : n Ce i|ue tdui dilei du renouvellemenl •cptennal eil excellBol. La loi ne lera pas pr^aenUtt ramme Je le désirBli, J 'aura 11 voulu le rcnouvellemenl qulntiueniml d'abord, piiurlaclmuilira actuelle. Ane en verlo de la Qmrlc, et le seplennal |iour let chsmbrea ijul lulironl. J'il propmA auui le cliangemeat d'Age ; j'at été ballu lur ces àen\ pointa, ni on propotera le teplennal pur el simple,.. Je prérérerali inoii projet conmie plue légal el plus complet. Quoi qu'il en toit, ce sera un grand bien que celle loi >
3. C'éUienl HH. de Vlllcrrnucon, iirclicv&|ue de Besancon, el H. de Vkliy, ffSqued'Aulun.
qfii àèiermin^ le miBistêre à ne pas inscrire le Ofi'in «i^ M. <ir S^;rrf; âur ia liste des présidents de eoBé^ ; oa açprdieiidi ce earactêre et cette éloqneoce aux monfuiKals imprévus, qiii poinraient devenir un obstacle'. La droite, et e'étail m tort, car elle n^était pas seule dans le pays, Toubît être $rde h la chambre, et M. de MUèle. qui a?ait refusé d^admettre MM. de la Bourdonnaye et de Lalot sur la liste des présidents, ffAf STMjleyé des tempêtes s'il y avait écrit le nom de M. de Serre.
lie baron de Glandères , le comte de Puységur, le vicomte d'Agoiilt, le comte de Mesnard représentaient riq>p€rt de la cour dans» la promotion des pairs ; c*étaient les candidats de Mofisicm, de Madame la duchesse d'Angouléme et de Madame la duchc«se de Berry. MM. de Breteuil et deToumon représentaient les services administratifs dans les préfectures; les noms de MM. Dubonchage et de Charette donnaient satisfaction, comme ceux de plusieurs des membres de la chambre des déput<!S cités plus haut, à la fraction ardente de la droite, et les provinces de l'Ouest devaient voir avec joie une des renommées le» plus éclatantes des armées catholiques et royales de la Vendén représentée à la chambre haute par un héritier de flhnrettc.
Avec quelque soin qu'on eût composé cette liste des nou-
1 . M. ih Scrro d^^fllrall pa«sionnément entrer à la chambre, comme le proore In 1i!llrn Huivnntn, adresiK^c de Naples à un ami, à la date du 19 janTier 1824 : « VouR avez trop d'activité dans I*e8prit pour ne pas comprendre que cette activité longtemps exercée devient un besoin, et que constamment appliquée nu l)ien de son pnys^ elle devient un sentiment énergique. Dans cette dtsposillon une Inaction Forcée devient un état de résignation, bientôt un état de
nouffrancc si le cœur saigne déplus d'une plaie Que désiré-Je donc? Aller
pnsfirr trois mois à la Cliambre, m'y entendre avec le gouvernement ^ur ce
(|u'll peut y avoir de grand et d'utile h faire J'ai en partie complété ce qui
inn manquait, la connatMance de nos intérêts au dehors, et de leur Influence nur in* mpKurcs tntériourcs. Personne ne sait mieux que vous que la force dei l'Iioses nou!( a conduits nu système actuel, qu'on ne peut faire de bien que dan» ce système. J'aurai au moins cotte habileté d'intelligence et de probité qui subordonne tout h une idée principale, qui est aussi un premier devoir. «
(l/original de cotte lettre m'a été communiqué par M. Gcnty de Bussy.)
SOtVELtES uns mÉPARÉES f»H LE MINTBTKBE. 6(l3
veam pairs, elle fit heaiicmip de méconteiitti. 1> nombre des personnes qiii se Irotivaieiil à peu pri>s dans les m^mes conditions de nnissancp et de notoriété que In plupart dp ceux qu'on venait de choisir était assez tonsîdérable, et elles se demandaient nattirfllempnt pourquoi cette faveur accordée à d'autres n'était pas venue les chercher:
« J'â.) eu lieaucoup de réclamations pour I& iisirie, écrit H. di^ Villi-k «ur son carnet, comiae il arrive pour Il's fftfvurs arbitraires niixquel]*r>i lic-aucoiip de persunnes peuvent prétendre ; elles miisenl à ceux (jui li's ttccortleTit plus qu'elles ne les scrvenl. n
M. de Chateaubriand se cbargen de ramener les dissidenis de la droite h l'idée de la dissolution de la chambre et des /-lecHons générales. Le 21 novembre, un écrit en faveur de la septennnlité parut sans nom d'nul«ur ; mais le Journal dts Datais et le Moniteur, en te reproduisant intép;ralemenl, eussent suffi pour édifier le public sur son caractère semi-officiel, s'il en avait été besoin, et le Uiient de M. de Chateaubriand, éclatant à chaque page du livre, trahissait l'incognito qu'il avait gardé sur la couverture. Le principal orgtnnent de ce manifeste, presque eTchisivement adressé nus hommes de la droite, c'est qu'il fallait une chambre fi la hauteur du grand labetu- législalif qui allait bii incomber, et que cette combinaison de la septennnlité pouvait seule préparer une chambre au niveau de celte tAche.
Quelles étaient donc ces lois que préparait le ministère» Elles étaient au nombre de quatre : d'abord la septennalilé, dont l'objet a été indiqué; en second lieu, l'indemnité À acffftrder aux émigrés spoliés par la confiscation révolutionnaire; cetlc mesure, qu'au début même de la Restauration le maréchal Macdonald avait proposée, pouvait être envisagée h un double point de vue : c'était une réparation équitable envers les spolié», et cet act« d'équité avait un avantage éco-
nomique immense, en ce qu'il faisait cesser cette distinction entre la propriété patrimoniale et la propriété nationale, qui dépréciait une partie du sol, et perpétuait les divisions politiques en les enracinant dans la terre.
11 y avait enfin une mesure financière qui se liait étroitement à cette mesure de réparation politique^t sociale quVlle rendait possible sans faire peser une charge trop lourde air le budget : c'était celle de la conversion des rentes. Il s'agissait de réduire à 4 p. 100 Tintérét de S p. i 00 que Ion payait aux rentiers de l'État, en émettant des rentes au capital de 75 francs, portant 3 p. iOO d'intérêt. Mais, pour faire me honneur et probité cette opération, deux choses étaient nécessaires : d'abord que la rente fût au pair, ensuite que le gouvernement eût les ressources nécessaires pour offrir le remboursement intégral du capital en espèces aux rentiers qui ne voudraient pas accepter les nouveaux titres. M. de Villèle avait fait des ouvertures aux principaux banquiers français et à deux maisons étrangères, celle de MM. Rothschild et celle de M. Baring, et après d'assez longues négociations, il a>^t fini, à la veille de l'ouverture des chambres, par obtenir la réunion de toutes les compagnies qui se chargeaient de fournir, contre la livraison de titres de rentes 3 p. iOO, les sommes mcessaires pour désintéresser les rentiers qui opteraient pour !♦' remboursement de leur capital. Sous le coup de la mesun financière qui se prépM'ait, la rente poursuivait son mouvement ascensionnel; le 30 janvier elle atteignait le taux d«' 96 francs ; le 17 février elle arrivait au pair.
La quatrième loi était relative aux crimes et délits commi^ dans les églises ; elle avait pour objet unique d'élever le degn^do pénalité des vols commis dans les églises, et de terminer aiD?i le conflit qui s'était élevé entre les Cours royales et la Gourde cassation, celle-ci considérant les églises comme des Himiv habités, celles-là comme des lieux inhabités. La nouvelle loi
inssuHTioN i)K LA ciiamri'j:. (;05
donnait raison h la Cour de cassation, en assimilant les églises aux lieux habités, et en punissant de peines spéciales le vol des vases sacrés et la mutilation des statues et des objets consacrés à la religion .
Une fois d'accord sur les lois qui devaient, avec le budget, occuper la session, il restant trois choses à faire : dissoudre la chambre des députés, faire des élections générales, et arrêter les termes du discours de la Couronne. Une ordonnance royale, insérée au Moniteur du 24 décembre 1823, déclara la chambre des députés dissoute et convoqua les collèges électoraux chargés de procéder aux élections générales, les collèges d'arrondissement, pour le 26 février 1824, ceux des départements pour le 6 mars. L'ouverture de la session devait avoir lieu le 23 mars 1821.
Quoique le mouvement général des faits fût favorable aux idées de la droite, le ministère n'omit aucune démarche pour assurer le succès de ces élections, qu'il regardait comme décisives, en raison de la durée que la septennalité donnerait à la nouvelle législature et de l'importance des lois qu'il comptait lui soumettre. Il choisit d'abord avec soin les présidents de collège, la présidence équivalant presque toujours à une candidature officielle ; les présidents de collège étaient tous des hommes de droite très-prononcés, sauf de bien rares exceptions. En outre, le gouvernement se servit largement des moyens que la centralisation administrative mettait dans ses mains. Tous les hommes et tous les partis qui, en France, se sont succédé dans l'opposition, ont tour à tour accusé les hommes et les partis en possession du pouvoir d'avoir abusé , dans les luttes électorales, de la centralisation administrative, ce qui ne les a pas empêchés, une fois au pouvoir, de tomber dans le défaut dont ils avaient accusé les autres. Dans un pays organisé, comme on Ta dit, pour être administré et non pour être représenté, et où les agrégations politiques et sociales, qui
606 SUCCÈS EX EM'AGKE. — ÊLECTiOKS GÉNÉRALES.
sont en même temps une garantie pour Tordre et la libellé. manquent dune manière absolue, la tentation est trop forU-. Il faudrait une vertu surhumaine pour ne pas employer cette puissance avec laquelle on administre le pays à se donotr une chambre qui vous donnera tout le reste ; or les homme^ n^ont pas de vertu surhumaine. Le ministère de droite fit doue une partie des choses qu'il avait accusé le ministère de M. Decazes d'avoir faites. Des journaux de gauche puMil attaquer les circulaires de M. de Peyronnet, qui non-seulemeut annonçait aux fonctionnaires proprement dits que le gcHi- \emement comptait sur leurs voix pour le candidat officiel, eo ajoutant que toute infraction à ce mot d'ordre serait regardée comme un déni de justice envers le gouvernement, et que le retrait de leur emploi en serait la conséquence inéûlable; mais il étendait cet avertissement aux oCBciers ministériekf c'est-à-dire aux notaires, aux avoués, aux greffiers et aui huissiers Ml y eut des circulaires analogues» émanées du ministère de la guerre et adi'essées à Tarmée. Chose reniiiTquable, les hommes de di*oite, qui avaient accusé le ministère de M. Decazes, agissaient conune lui, et ceux qui attaquaient le plus vivement, à celle époque, les ministres de la droite, devaient agir plus lard comme eux; preuve è\idenle que i<^ iuconvénient tenait moins aux hommes quù la situatiou ptu-^ haut indiquée.
1. Vuici un extrait de cetle circulaire : « Si le ronctionnaire refim -* gouvernement les service» qu'il attend de lui, il Iratiil sa Toi, il rompt ^ol-"* tairement le pacte dont l'emploi qu'il exerce avait été l'objet et la r(>nilili**f* C'est la plus certains et la plus irrévocable des abdkaiiona. Le g«Hi%emeBKiil ne doit rien à celui qui ne lui rend pas ce qu'il lui doit. Hàtex-vous, uioD«iNr, de rappeler ces vj^rités à vos substllutji, an\ ofllciers de police jndkiaîrr f* aux ofllciera minititériels do voire retaorK en un mol à tous ceux dont U Vti vous Tait le surveillant ri le guide. » Des circuiairea analogues parlai«^ol àt* autres ministères, en particulier du ministère de la guerre : « Il serait absunifdiMM une de re* circulaire», de prétendre fervir le Roi de aoD épée, H d'tpf d'une manière opposée en volant daot un sent contraire à ses inlérêl#. *
Ctrlainemeiit ce ne turent pas les înJlutiKts adtumUtijttives employées qui donnèrent la majorité aui upiiiious de droite dans la chambre des députés, eileg l'auraient obtenue sans cela, et cette majorité eitt toujours été trèâ-forte ; ces opinions avaient le vent du succès eu poupe, et la masse énorme d'opiuions iucerlaiues et tlotlantes qui se rallient volonlici's à la forlime et à la victoire se TlU, dan-^ tous les cas, rangée de leui' côté. Mais les moyens employés purent contribuer h l'exclusion presque complète des houunes de gauche et à la diminution sensible du nombre des hommes du centre i^oît dans la chambre.
ËD cédauL à cet entralnimcnt, le gouvernement et la di'oite elle-même (ils ne tardèrent pas à s'en apercevoir] avalent été mal inspirés. La présence de la gauche était nécessaire pour maintenir l'union de la droite en l'avertissant qu'il y avait d'autres forces que les siennes dans le pays, et que son union pouvait seule préserver le ti-ône.Eu même temps, par cela seul que la droite était exclusivement malti'esse à la chambre, le gouvernement perdait les points d'appui nécessaires pom' tempérer sa marche, et. résister à ses passions, comme elle perdait elle-mi^me cette prudence que les partis ne conservent jamais dans Teuivrement du succès. Un vit ces divisions éclater dans les élections mêmes. Quelques jours avant l'ouvertiu-e des comices électoraux des collèges de départements, la Quotidienne porta, pour Paris, en opposition avec le Moncteur, une liste de candidats où de nouveaux noms, parmi lesquels se trouvait celui de M. de Yilrolles, l'aisaient concurrence aux candidats qui avaient été jusque-là porté» par la droite et le gouvernement. Ces candidats étaient ALM. Ulivieiv Breton, Ferdinand de Berthier et Bonnet. Le journal se fondait pour justiiier sa conduite sm' ce dilemme : de deux choses l'une : ou la droite avait la majorité des voix et, en réunis* sant les suffrages au second tour du scrtUiu sur le candidat
608 SUCCÈS EN ESPAGNE. — ÉLECTIORS GÉHÉBALES.
de droite qui aurait eu le plus de voix, on était sûr du succès; ou la gauche avait la moitié plus une des voix, et alors, dans aucun cas, la droite ne pouvait empocher le candidat de gauche de passer. Ce raisonnement, spécieux en apparence, péchait sur un point : qui pourrait dire quel effet ce second tour produirait sur les électeurs faibles et les indécis, qui ne se ralliaient à la droite que parce qu'ils la croyaient forte. On remarqua que M. Delessert, candidat de l'opposition, n'avait été distancé que de cinquante et une voix par M. Ferdinand de Berlhier, celui des candidats élus de la liste de droite qui obtint le moins de suffrages.
La gauche, quoique placée dans de mauvaises conditions par ses compromissions avec les sociétés secrètes, par soo attitude équivoque, malveillante, presque factieuse, pendant la guerre d'Espagne et par l'éclatant démenti que l'événement venait de donner à ses augures pessimistes, accepta résolument la lutte. Elle avait des journaux et la liberté de U presse pour s'en servir ; le droit d'association en matière électorale était incontestable et incontesté ; ce fut surtout sur ces deux leviers, dont elle usa avec une pleine indépendancf, qu'elle s'appuya pour combattre. On a vu qu'il s'était fait une fusion entre les différents éléments de la gauche et que oello coalition, réunissant les extrêmes et traversant les interincdiaires, allait du prince de Talleyrand à M. Manuel. Les directeurs de cette coaHtion avaient eu d'abord l'intention d« placer leur grand comité électoral dans le bureau des Teblettes universelles^ dont le directeur, M. Coste, avait i^^ l'agent le plus zélé du rapprochement de toutes les nuances de la gauche. Mais, avant que les élections s'ouvrissent, une révolution s'était opérée dans le bureau des Tablettes univer' selles : M. le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld, auxiliaire indépendant, indocile, et souvent incommode du ministèa», poursuivait, avec les fonds de la liste civile, sa cani-
AMnmi>-Hi:Mi:NT i>i> luriiNAix. 600
pagne d'araortissement des journaux ; il jeta ses vues sur les Tablettes * dont le directeur, obéré par les frais de son journal et des amendes subies, et d'ailleurs récemment condamné à un an de prison, ne résista pas à Tamorce d'une grosse somme d'argent. Au mois de janvier 1824, M. de la Rochefoucauld était propriétaire des Tablettes,
Outre ce qu'il y a de peu justifiable dans ces marchés clandestins, il est rare qu'ils profitent à ceux qui y ont recours. Le scandale dont ils sont l'occasion nuit plus au gouvernement que l'amortissement d'un organe d'opposition ne saurait le servir. M. Soslhènes de la Rochefoucauld, qui poussait toujours très-loin la confiance, avait espéré pouvoir garder une partie de la rédaction des Tablettes^ et par suite maintenir le journal, en faisant illusion à ses lecteurs. Le contraire arriva. La rédaction des Tablettes^ récemment fortifiée, se composait de jeunes gens d'un caractère indépendant, d'une opinion arrêtée et d'un talent réel : MM. Thiers, Mignet, de Rémusat, Rabbe, auxquels l'Université avait envoyé de puissantes recrues dans la personne de RM. Dubois, Théodore Jouffroy, Damiron et Trognon. Ces écrivains abandonnèrent en masse le journal, qui demeura sans rédacteur, et une lettre fort dure de M. Rabbe, adressée à M. Coste et insérée dans le Courrier français^ ayant amené un duel entre les deux écrivains, le public se trouva mis dans la confidence de la négociation par les explications échangées, de sorle que M. de la Rochefoucauld n'eut plus dans les mains qu'une feuille de papier blanc, sans lecteurs comme sans rédacteurs, ce qui le décida à Uquider les Tablettes.
] . C'est le vicomte Soslhènea de la Rocheroucaold qui , en pultliant sel mémoires et ses correspondances, a jugé à propos d'initier le public à celte négoeiation secrète. Voici le passage d'une de ses lettres à madame la comtesse du Ca;la : « Je ne sais comment cela s'arrange, mais je réussis toujours quand je ii*emp*.oie pas de tiers. Auâsi me trolte-t-il par la tOtc d'entreprendre moimême les Tablettes. •
Uit!. de U ResUur. — T. VI. 39
L'.-pc^'ïînon de icnitrs le? ouaDces de la gauche coaliset, se in:4XTu: chjkâfic^ du bureao des TabUtte$j tint une grande MftUKir diss k sâkiQ de M. Lafiitte. là on insUti^ p«:nBEiDâfiac e<: iziîrAknt MM. Benjamin Constant, le général F :y. M. df Tncy. k etoérai Thiars. A cette commission per- ELi^eiïir «car: ky<C'iiit un comité de rédaction dont faisaient porôe MM. V>?v7>e, de Kemusat, Larreguy, Mabul, BerL U r ar&i; en <:<nrt izn c>xnr:ê central d'ékctioDS^ où M. Manuel iT&h f li: rcsr^ oùŒiDt sôCKiairrs MM. de Rémusat, Mahul ^•; Ekcrf-e^jàs* iZv^agVThim ;l42S trois à l'ancienne opposition 6.«:r*z;iire . ill: L mh i ci4ir de maintenir, même par oe> ^.o:^=:â?i*:c^« ^ c:.^5^:ci de la gauche. Il fut convenu que jt icr^i:: ôf re rjcùe sc^aii établi, ainsi que la caisse des >.xi^^:^izc•:c^^ re^rijrLJkïï p:<ir ks frais électoraux, dans un jcçtijv^t^; >:'?sç«e. rot d'Anjou, par M. BourgecMS. •^jf àc:^ syza^c^fneé de division paraissaient îi àr:tv eciTTrr 5r sa irk:i»inr, k frauche, sous le coup 6? ses icb^^^^ srrrti; se? rkocs. Ites articles, délibérés au vViZLje tc Tviif z:^ ict&.-^oàfSDent par MM. de Rémusat et Larrti-^ , r»iriJssL>:c.: àiIi^ s^Ts- ;:^uniaux et allaient tous avec la :i>r:r«: li-^L^r-»: i-i iiftLik r«B;- Ils cherchaient à exciter le» :*s2i5iKc:j< r^c'-j^-^Tï- ::cr^ \k drcôir et à éveiller les alarmes à:> .*::r:> rr.-ii^. z>--ZâA:ct?, reprîaicnt-ils, par Taibitraire »^- ^>5Cri>'J, :\;l ..ivtsNt:; ^ .ùt drjà 5«s pix^jets centre les no- Vfcj-r:*?^ >»T"< i^r^> .iij:*:h.:^ iLizdsCtrit^ et les imprimeurs. Le .\cr!r>,r.x, . ..ô.b-r'it^ :*•*;;«< irs pinùfessions libérales, n'a- '^'uic; ^.. .".j: r::s>,cir.'î : t-cLv^ycr ies candidats de ToppositioD i .A :ii.r::.rtr:, Ai^ i .«^îC, si iTJÙi jKissible, aux candidats de -i ::r*,i.:: .»: :»r:>:vf : ^.: .\»i>.\tiirs rc-yal dont on ne se dissi- ::.-,,4;^; r%â> , ;ii»i:j:ci.^ sa: i;< rjerteurs. les jomnaux àa ^'*u."> D: 5%; r:c.:î<r: *: jijis UL menstioure qu'ils crurent ulik i j;*u: *,s*:s: , :j> .:i>-i.ufrfji; àvOïc que les candidats portés siïT h> hsJir< ,tîSî.\«f^ :> T. i';jJvji; qut ji^ candidats du minis-
tère, mais que le Roi, dont la sagesse avait dicté t'ordonnaoce du 5 septembre, demandait au contraire un point d'appui pour résister aux passions de la droite. Certes les journaux de gauche ne croyaient pas à rallégation pour laquelle ils réclamaient la créance des électeurs ; mais dans la âèvre électorale OD ne se refuse aucune parole qui peut servir, fill-elle fausse et invraisemblable, comme on ne se refuse guère aucun acte, Ttlt-il injuste, pourvu qu'il conduise au but.
Les jeunes gens qui avaient été introduits dans le comité électoral et qui se précipitaient dans l'action avec l'ardeur de leurs idées et la fougue de leur âge, espéraient trouver, daus leur parti, autre chose que des journaux et des comités improvisés dans les départements pour la circonstance. Ils cherchaient partout la trace d'une organisation politique, qui leur permit de lutter contre l'organisation administrative. Mais la gauche porta, en 1824, la peine de la confusion qu'elle avait laissé établir entre l'opposition légale et l'opposition révolutionnaire. Dans les deux dernières années, c'était celle-ci qui avait pris la tête du mouvement, en substituant l'organisation des sociétés secrètes à toutes les combinaisons légales. Les succès du gouvernement royal eu Espagne, et la dispersion des ventes du carbonarisme devant les poursuites qui avaient ctmduit plusieurs des conspirateurs au supplice, laissaient la gauche presque partout désorganisée, de sorte qu'il fallut improviser des centres d'action électorale et fourbir les année au moment de s'en servir.
Pendant que les membres du comité de gauche s'employaient ardemment à cette tâche, un des plus honorables publicistes du libéralisme, M. Charles Uunoyer, jeta, dans la polémique provoquée par les élections, uue brochure dans laquelle il disait de sévères vérités, à droite, à gauche, à aes amis comme à ses adversaires. Il voyait la source des abus dans les lois de l'empire dont le gouvernement se servait, et
Gi2 SUCCÈS E5 ESfAGKE. — ÉLECTIONS GÈBÉBALES.
dans Tabseoce des mœurs politiques et constitutioimelles e^ France.
« Le courage légal inanque dans notre pavs, disait-il. Le caracl^i de nos mœurs politiques est d*ètre à la fois factieuses et serviles, de q pouvoir rien souffrir et de n'<iser rien empêcher. Des hommes qui ti passent pas avec tranquillité devant une caserne, et que la vue d*uj gendarme effrave , ruulent toujours dans leur lèie quelque pensée d< révolution. On déclame beaucoup à huis clos, on s'échauffe, on s'eiahe, on forme des projets séditieux, et l'on recule ensuite devant le moindre acte de courage légal. *
Coup d'œil profond jeté sur les difficultés véritables du gouvernement représentatif en France, où il était entravé à la fois par des lois d'une centralisation excessive, legs de I empire, et par une complète inexpérience des devoirs et des pratiques de là vie constitutionnelle. On ne rencontrait que (k'» gens déclamant pour Tégalité et toujours prêts à profiter don privilège :
« Combien \ en aurait-il parmi les juges les plus sévères (^ ^ ;juerrc d'Espagne, s'écriait-il, qui eussent refusé de prendre part »«* «'mprunts émis par M. de Villèle pour la fain», s'il y avait eu de ViT?^^^ i\ gagner? »
Ainsi parlait M. Dunoyer, toujours austère et stoïque, iodi^ quant le mal plutôt que le remède ; car il ne faut pas attendre^ que les vertus politiques germent dVlles-raémes chei itt^ peuple. Elles peuvent exister exceptionnellement chez quel^ ques hommes d'élite ; mais, chez le grand nombre, ce soo^ les institutions et une longue pratique qui les créent.
Le ministère à son tour essuya le feu de quelques bn»*" chures de Textrême droite. Il n*avait pas voulu accepter M.d^ Vitrolles à Paris, il combattait Télection de M. de la Boiirdonnaye et de M. de Lalot : cela suffisait pour provoquer ctiattaques. Mais les journaux de cette couleur, sauf rexceptii^"
a. IlANl'EL ABANDOrtM^: PAH LA GAUCHE. 613
faite en faveur de la candidalure de M. de Vilrolles par la Qiiolidieime, n'engagèrent pas le feu contre lui dans cette campagne électorale.
On attendait avec ime certaine curiosité la liste des candidatures de la gauche, aux collèges d'arrondissement de Paris. M. Manuel, ou s'en souvient, avait été envoyé à la dernière chambre par cette ville, en même temps que par le département de la Vendée. Personne n'avait oublié l'eselusion temporaire dont il avait été frappé par la majorité, et la manifestation dont cette exclusion avait été le signal de la part de la gauclie, qui s'était Umt entière retirée avec lui. Après celle démonstration, la gauche ne pouvait abandonner M. Manuel sans inconséquence ; mais elle ne pouvait le soutenir sans commettre une faute politique. M. Mauuel, en effet, devenait un embarras pour la gauche, si celle-ci voulait se placer sur le terrain de la légalité. 11 représentait l'opposition à outrance, extra-légale, factieuse ; or la partie de cette opposition était finie, et, pour le moment, perdue. Il est à croire que ce fut là ta principale raison qui détermina le comité de gauche h ne pas inscrire le nom de M. Manuel sur la liste des candidats à la dépulalîon des collèges d'arrondissement de Pai-is. Il y a des choses dont les partis ont l'instinct alors même qu'ils n'en ont pas la notion claire : M. Manuel n'était plus un député ni un orateur en situation . On a dit qu'à ce motif principal s'ajûutirrent des motifs accessoii-es. Rien de moins impossible, de moins improbable même; il est rare, en effet, qu'une chose arrive par une seule raison. l'iusiem-s des candidats de gauche, assure-t-on, ne se souciaient pas d'être portés sur la même liste que M. Manuel, dans la crainte que son nom ne devint un épouvantail pour les électeurs d'un caractère timide ou d'un esprit modéré. Ce motif touche de bien près au motif principal que j'ai indiqué. M, Benjamin Constant, ce vieux routier des luttes électorales, comme des campagnes
parlementaires, désirait être porté sur la liste de Paris, parce que, dans cette grande capitale, la lutte est toujours plusfacile à l'opposition contre l'administration. L'intérêt général de l'opposition se rencontrait avec l'intérêt particulier de ses candidats à Paris et avec les calculs personnels de M. Benjamin Constant, mieux posé pour exercer une action dans la prochaine législature parce que, malgré ses vivacités de parole, il n'avait pas pris part aux complots des sociétés secrètes. M. Manuel ne fut proposé au comité général par aucun comité d'arrondissement, et son nom se trouva par là même exclu de la liste. D'après des renseignements donnés par un ami politique et personnel de Manuel, activement mêlé, dans ce temps, aux affaires du libéralisme ', le candidat exclu eut à se plaindre de plus d'une noirceur de la part de ses anciens amis qui l'abandonnaient. « Ses collègues allèrent jusqu'à écrire dans la Vendée que Manuel serait certainement élu à Paris, et montrèrent aux électeurs parisiens des lettres qu'ils s'étaient fait écrire de Vendée, et dans lesquelles ou affirmait que ce département revendiquait l'honneur d'envoyer Manuel à la chambre ^. » Machiavel, on le voit, n'a pas écrit seulement pour les rois, il a aussi écrit pour les partis politiques.
Quand la liste de gauche, qui portait pour candidats aux collèges d'arrondissement de Paris les noms de MM. Foy, Laffitte, Casimir Périer, Benjamin Constant, Delessert, Delaborde, Salleron, Ternaux, fut connue, il y eut un long cri de triomphe parmi les journaux de la droite, qui signalèrent l'abandon de la candidature de M. Manuel par la gauche comme une amende honorable de la conduite qu'elle avait tenue et comme un aveu de sa faiblesse. La partie la phis jeune et la plus ardente de l'opinion libérale fut péniblement surprise ; mais le général La Fayette, qui demeurait la haute