‹ Histoire de la restauration (volume 3)Chapitre 99 sur 122 · LA C1IAMBIIK DE 1824. 6ID · texte numérisé non relu

LA C1IAMBIIK DE 1824. 6ID

pas les désigner comme candidat!- officiels sur les listes des présidences, avait réussi & écarler M. di' Luiot de l'assemblée; mais SI. de la Bourdonnaye y rentrait d'autant plus implacable dans son opposition, que le ministère avait fait plus d'etforts pour l'empêcher de revenir.

Ce simple exposé suffît pour faire entrevoir que la position du gouvernement éiaît loin d'i^tre sans difficultés. Les collèges électoraux ne liii-envoj'aicnt pas une majorité purement et simplement ministérielle; c'était une majorité oii se reflétaient les idées et les aspirations diverses sur quelques points contradictoires qui régnaient dans la droite, composée d'opinions souvent exigeantes, impérieuses bien plutAt que dociles. Pour les conduire, il fallait marcher dans leur sens, et elles ne marchaient pas toutes du même pas, ni dans le môme sens ' . Le public, qui ne discerne pas les nuances, ne voyait qu'une chose, c'est que la victoire de la droite avait été complète ; et, mesurant sa responsabilité à la puissance qu'il lui supposait,

I. ODTÎlperrer cei dliïidfnccs dans une polénil(|U«quI l'jlevn enirnis Qaolidienne et le Journal dti Dfbnli, au aujel d'un acte minlatérlcl qui 111 Krind bruU «u moment des éleclloni. H. Forlui, direeleur de l'école de Sorrtw, fui lutpendu de tce roocllon» ol invité à traiter avec un «ujet approuté par le grand mallrc. L'arr^I^ mlnlsUrlcl motivait celle meture en alléguant • que l'Mucallon de la jeuneue élevée ï Sorrèie n'était pas dirigée d'aprii lei principes religieux et monirchiquCB qui daivenl Mre la base de loul enneignemenl, el que ta preique lolalil^ des matlrea vivaient dani une iudlIT^renre pnUlque et marquée pour lu prallquei lei plua iudiapenaalgle* de la rallglon. > H. Ferlua pruteata conlre la mesure dans deu) lellrea adressées au Journal Utt Débuli, qui prll cliaudement sa dérense, en ajoutant : ii Rien n'esl plus pmpre i|a« oel icle ï iccrédiler certuina lirulls répandus sur dea vue* aecritea at des projet* oacllés, reUIlfs k l'inslruction publique, t Le Mémorial calboUqut et la QaoliJieiiiir répondirent Irèa-ilveuienl. Une nouvelle polémique, non moins ardente, s'életa enlre les Dtbati el les inPmes Journaui, au snjel d'une ordontMiKe qui Kupprlmail le rectorat de l'dcad^mie de Paria, et réunissait lea fonctlont du recicur à celle du grand mailrc. Il Taul dire que le recteur éloll H. t'abbé Nicole, eaprll modéré, ami parlicaller du due de Richelieu, depulx OdMU, et qui aiall dea tiena élroils de canaraderls avec lea Frires Berlin ' di^l* leur commune Jeunesse, car lia avalent élé életéi eaaemble à Saliile- Bartie. ,

il attendait d'elle de grandes choses, et la rendait responsable de tout ce qui se faisait comme de tout ce qui ne se faisait pas. La droite elle-même, se voyant à peu près seule dans TAssemblée, avait le sentiment instinctif de retendue de la tâche qui lui était imposée. Les plus ardents de ses membres, se croyant maîtres de la situation, accueillaient Tidée d'une sorte de refonte sociale qui ne se présentait pas à leur esprit avec des formes bien déterminées. On voyait percer celte pensée dans la Quotidienne, qui s'écriait : a Yoilà donc la France déblayée, le gouvernement représentatif purgé d'une opposition contre nature... L'œuvre des royalistes n'est pas finie, elle commence. »

Il y avait dans cette disposition du public et dans celle d'une partie de la droite un double péril; car si les obstacles avaient disparu sur les bancs de la gauche déserte, ils subsistaient dans la société, qui, après comme avant les élections de 1824, contenait des intérêts anciens et des intérêts nouveaux, des aspirations contraires, des passions rivales, et qui portait les cicatrices des blessures qu'elle avait reçues pendant la Révolution, et les marques des régimes qu'elle avait traversés. , Le triomphe absolu d'un parti n'était pas possible dans un pays qui ne vivait que de transactions, oii les intérêts étaient si nombreux et si compliqués, et dans lequel le gouvernement n'était lui-môme que le résultat d'une transaction entre le présent et le passé. Dans l'organisation même des pouvoirs parlementaires on devait trouver, si l'on s'engageait sur le terrain de la droite extrême, une pierre d'achoppement dans la chambre des pairs, qui appartenait plutôt, par sa composition, au centre droit nuancé du centre gauche qu'à la droite, depuis la promotion de M. Decazes, après le 5 septembre. Enfin, outre ces obstacles que la droite devait trouver en dehors de ses rangs, elle allait, on vient de le voir, en rencontrer aussi dans son propre sein. Il était donc à craindre que

Al'i'UoClll^ hh I.A Si:SMON. {y2[

son attente fut trompée et qu'elle trompât celle du pays. Immobile, elle était unie ; mais dès qu'elle voudrait marcher, il y avait de grandes chances pour qu'elle se divisât. Dans la première quinzaine du mois de mars 1824, toutes les affaires arrivaient à point pour qu'on pût arrêter les termes du discours de la Couronne. On a vu que M. de Villèle était parvenu à signer avec les banquiers réunis le traité qui lui permettait d'annoncer la conversion des rentes; le seul dissident, M. Sartoris, devait apporter son adhésion tardive le matin môme de l'ouverture des chambres '. M. de Chateaubriand, de son côté, n'avait cessé de presser M. de Talaru de pesej sur le gouvernement espagnol pour obtenir cinq choses : la reconnaissance des avances de 34 millions que nous avions faites ; le traité d'occupation ; le décret ouvrant les colonies espagnoles aux pavillons étrangers, terme moyen qui, sans reconnaître l'indépendance de ces colonies, faisait sortir le cabinet de Madrid de la situation fausse où il était placé vis-àvis des autres cabinets, et dégageait la question de l'émancipation des Amériques espagnoles de son plus puissant intérêt pour les colons eux-mêmes et les États commerçants; l'envoi d'une note diplomatique réclamant la médiation de toutes les grandes puissances européennes, y compris l'Angleterre, pour arriver à un arrangement entre la métropole et ses anciennes provinces américaines, que le cabinet des Tuileries avait encore l'espoir d'organiser en monarchies indépendantes sous le gouvernement des infants; enfln une amnistie. Le cabinet de Madrid opposa aux instances de l'ambassadeur de France sa lenteur proverbiale, qui, cette fois, n'était pas

1. Je trouve à ce sojel sur le carnet de M. de Villèle, à la date du 13 mars 1824, la note suiVaulo qui Indique combien les ombrages avalent grandi entre II. de Villèle et M. de Chateaubriand : « J'ai reçu un mot de M. de Chateaubriand qui me presse d'en flnir à cause du discours du Roi. Il craint que je ne l>alanee à m'engager dans la question où la dérection et lui ont résolu de me renverser. •

&ii SUCCÈS EN ESl'AGKE. — BLKCTIUNS (iÉNËRiLES.

de l'habileté, car le temps coui'alt contre l'Espagae. Un d espéra même ua niomeiit de rien obtenir et le murquis de Talaru fui averti qu'il serait rappelé et que le vicoiole de .Marcellus irait le remplacer, comme simple chargé d'afiâires; blessé de cette annonce d'im rappel, il donna sa démissioti, qui ne fut pas acceptée. M. de Chateaubriand se montrait d'autant plus aOligé de la lenteur impolilique du cabinet de ' Madrid, qu'il appréhendait que M. Canning ne prit sa revanche de nos succès dans la Péninsule, en reconnaissant l'iodé' pendance des Amériques espagnoles : c'était sa préoccupatîuu continuelle dans la correspondance presque journ.'tiiére avec le prince de l'olignac ' . 11 adjurait M. de Talaru d'agir comme s'il était roi d'Espagne, d'emporter l'affaire Ac haute lutte, u! de se faire accompagner, s'il le fallait, à l'Escurial, par le général de Dourmont, commandant en chef de l'armée d'occupation, en annonçant quti le roi Louis XYIU retirerait ^u ambassadeur et son armée, si dans un temps donné il n*ob^ tenait pas satisfaction. ^^

Tandis qu'il mandait à M. de Talaru de presser le gouve^H nement espagnol, il recommandait à M. de Poiignac de releair le gouvernement anglais en lui offrant d'entrer dans une conférence européenne où la question des Amériques espagnoles serait étudiée et résolue. Le prince de Polignac, dans une lettre confidentielle du 3 février 1824, exposait avec une lucidité remarquable l'état où se trouvait la négociation eti^J motifs qui l'empêchaient d'aboutir. Voici cette dépêche : fl

n L'idée d'avoir des eonfc-rences provoquées par l'Espagne réclamant les conseils de ses alliés était bonne; mais les ré présentations de la France n'ont pu ubtenir du cabinet de Madrid ce qui les aurait rendues possibles et frurlucuses. Il aurait fallu qu'ellvs pri'Cédasseiil

I . Nou« *voui 50U1 lea yeux cM» corrupondonce i|uc M. 1« duc de HoligiiK ■Du du prince) ■ eu ruliligeanen Us nom eominunlriuer. ctdonlH. diChNlMOliiiand a tHi quelqueg rragnionlB Irèi-courla dam aon Comjr/t de Vironr,

APl'ROCUES DE LA SESSltlS. U23

de deux mois la session du Parlement; l'Espagne n'en a fait lu dniiaiKli; officielle à l'Angleterre que quinze jours avant la session. Elles auraient éù 4lre préciïdées d'une déclaration du gouvernement espagnol annoDçant la liberté du commerce entre toutes lea nations amies et ses cubtiies ; cette déclaration sollicitée par nous a été refusée. 11 aurait bUu témoigner une modération salutaire contre des sujets égares dans les deux héiuispht^res ; les décrets successirs rendus à Madrid n'an- Bonccot que destitutions et ne promettent que vengeances. Il aurait bJlu qu'il y eût un ambassadeur csp^nol k Londres, il n'y en a point. Il n'y a plus aucun espoir de faire consentir l'Anj^leterre à des con- Krences communes. Elle ne veut pas travailler à une /éconciliation. tlle travaille à une séparation complète. Cela est évident depuis qu'elle a envoyé des consuls. Que vont faire les puissances? Ou elles se Cfoicnt assez fortes pour agir sans l'Angleterre et ménie contre l'Angleterre ; alors qu'elles se hâtent. Ou elles n'agiront pas; alors la France ne doit songer qu'aux intérêts de son commerce, et entrer en rapports avec les nouveaui États. Ou l'Espagne, se réveillant de sa lêtliargie, peut, muilié |Mr les armes, moitié par négociation, conquérir une partie de ses Anciennes possessions, et y fonder, avec des princes espagnols, de nouvelles dynasties; alors qu'elle le montre. »

Ed face de cette situation dont le prince de Polignac exposait si clairement les diverses alternatives, le gouvernement trançais obtint au moins une chose : il empâclia le cabinet anglais de reconnaître les nouveaux États espagnols avant l'ouverture de la session française. Si le gouvernement français appréhendait que le cabinet de Saint-James reconnût les colonies espagnoles comme États indépendants en se faisant assurer des avantages particuUers, le cabinet de Saint-James éprouvait une autre crainte : il appréhendait que le gouvernement français ne se fit assurer des avantages pai-ticuUers en prolilanl de la clause du traité d'occupation qui, bien qu'indiquant la date du t" juillet 1824 comme celle de l'évacuation, réservait aux deux puissances la faculté de renouveler ce traité. Une conférence secrète, qu'eut le prince de Polignac avec M. Rush, ministre des États-Unis, jette un grand jour sur le sujet de ces appréhensions de l'Angleterre : elle craignait de nous voir occuper indéfiniment Cadix ea faÏBanl ainsi

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'TihrLrar . M. ilaUiiiirii- iii mom^at où le poriement allait

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^^^K ArPItOCUES DE LA SESSION. G25

^^Intir, demanda au priûce de Polignacelfît demander par sir Charles Stuart à M. de Chateaubriand des déclarutioniî sur les desseins de la France relativement à l'occupation de l'Espagne, de nature à armer le ministère anglais contre les interpellations de l'opposition à ce sujet. Ces déclarations furent faites; M, Canning, complètement satisfait, s'exprima au parlement dans les termes les plus honorables pour la France, en ajoutant que l'occupation du territoire espagnol n'avait pas été résolue avec des vues d'intérêt personnel, et « que l'assurance verbale qui lui en avait été donnée par le gouvernement français équivalait, à ses yeux, à une parole écrite. » Le traité d'occupation, signé h la rai-février 1821, stipulait que nous laisserions en Espagne quarante-cinq mille hommes à notre solde, et que l'Espagne ne nous payerait que la différence du pied de paix au pied de guerre, évaluée à deux mil* lions, y compris les frais de notre marine à Cadix, entretenue aussi sur le pied de guerre. A la même époque, l'Espagne signa la reconnaissance des trente-quatre millions que nous lui avions avancés pendant la lutte. Elle consentit de plus à adresser aux puissances ime demande en médiation. Enfin Ferdinand VU rendit le décret qui ouvrait les portes des colonies espagnoles au commerce de toutes les puissances amies, ce qui ôtait toute raison d'être à une reconnaissance prématurée de l'Angleterre. L'amnistie seule se faisait encore attendre; de toutes les politiques, la plus difficile à faire accueillir en Espagne, c'est celle du pardon. Cependant il y avait ime négociation activement poursuivie ' et qu'on avait espoir

Uqae. Ce qun Je lui disait élBlt ûlcli pir te >lf déilr de voir m perpétuer entre ■a cation el ta niieniiB t«B «enllmenis d'aiiiUlé qu'elles ont toujours proCuté» l'une pour l'niilre. M. nusli ('on*inl de InjusteaBS demesobtertnlions. J'ajoutai que le principe de li^glirniili iiua nous proFeBsons l'appliquait aux n^publlques tdgaleoiettt élaUtes comme aux nionartlites. b {Documcnii intdiu.)

I. Le 19 février I83t, U. de Cliatcaubriand écrl*a1t ï H. de Talaru :

■ Vont ne doiui jamais conscnlir à ce qu'on ne publie pas l'amnistie. Le Roi

Hi«. d« Il ntiiiur. — r. ïi. 40

de voir prochainement aboutir comme elle aboutit, en effet, au mois de mai suivant. On pouvait donc ouvrir la session.

Peu de jours avant la séance, une préoccupation nouvelle vint ass^llir le ministère. La santé du Roi déclinait de plus ai plus. Il avait lui-même la conscience de son affaiblissement Il ne se sentit pas la force d'apprendre son discours par cœur, comme les années précédentes; il préféra le lire, el^ craignant en outre de se tromper dems cette lecture, il voulut que la copie qu'on lui remettrait fût tracée en gros caractères et d'une écriture à lui connue. Louis XYIII indiqua à M. de Yillèle la personne par laquelle il fallait faire faire cette copie ; elle demeurait au Palais-Bourbon, et le président du conseil se rendit immédiatement à l'adresse indiquée. L'état de santé du Roi compliquait singulièrement la situation générale ; on allait entrer dans une session où les mesures les plus importantes, la septennalité, la conversion des rentes, l'indemnité des émigrés, devaient être discutées. Louis XVIII vivrait-il jusqu'au terme de cette session, et tandis qu'on cherchait la stabilité dans l'institution parlementaire par la septennalité, l'instabilité des choses humaines ne se manifesterait-elle pas par un changement de règne?

et le prince généralisaime regardent leur parole engagée, et Sa Mi^esté tieal à en parler dans son discours à l'ouverture des chambres. • Congrus ie Vérone, t. Il, p. 849.

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