‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 111 sur 213 · PREMIER CONSEIL TENU PAR LE ROI · texte numérisé non relu

PREMIER CONSEIL TENU PAR LE ROI

1 remarqua que lorsqu'il reçut l'ordre de Saint-Louis, le ) mai 1814, et que le Roi le releva après la prestation du ser* leni pour lui donner l'accolade , le duc s'inclina de nouveau baisa respectueusement la main du Roi '. Les diverses nuances qui s'étaient produites dans l'émigram se retrouvaient donc en France dans la plus haute sphère, y avait la poUtique du Roi, Louis XVIII, celle de Moneur, comte d'Artois, les idées plus absolues des chefs milidres des légions condéeunes ; enfin, le duc d'Orléans devait Mnmeucer de bonne heure à avoir dans l'opinion une situaon particulière, qui lui étiiit faite à la fois par son passé et par NI avenir possible, par ses adversaires et par ses amis.

Au milieu des difficultés inhérentes à cette situation , lOuis XVllI avait plusieui*s tâches d'une haute importance à ^plir. Il fallait organiser le gouvernement, c'est-à-dire imposer un ministère; pourvoir à toutes les branches de idministration pubUque, à la distribution de la justice. Les ttatre questions hors ligne qui appelaient sa sollicitude étaient :

gestion de la force publique, c'est-à-dire Tannée ; la ques- ^n des finances , le déficit était ccmsidérable, les dépenses ^rchaient toujours, et les impiMsne rentraient presque plus; gestion diplomatique, c'est-(i-dire le traité à signer avec * puissances coalisées, pour régler les Umites de la France et •tenir l'évacuation de son territoire ; enfin , la question de la •Usiitution.

ftès le 5 mai, le Roi tint un conseil. 11 avait ordonné à M. de ^ît>lles, qui remphssait les fonctions de ministre d'État sans ^ ^\oir le titre, de réunir, sans modification aucune, le con- *1 de gouvernement dont s'entourait Monsieur, ainsi que les *nistres provisoires. Le Roi, assis dans son fauteuil et dé- *^U'ert, avait à sa droite Monsieur, à sa gauche le duc de

> • Moniteur du 30 mai 1 8 1 4 .

Uitt. de U Rettaor. I. 23

3*34 CIJAKTË DE 1814.

Berry. MM. de ïalleyraiid, de Moutesquiou, le géuénil de Ikunionviile, le duc Didberg, les maréchaux Moncey et 0bdiiiot, et le baron de Yilrulles prireut place comme membici du conseil. Les commissaires provisoires qui dirigeaient la ministères, c'est-à-dire M. Uenrion de Pausey, le comte de Laforest, le général Dupont, le comte Beugnot, le baron Loun; MM. Malouet et Angles aNaient été extraordinairement como- (jués. Tous, excepté les princes, étaient assis sur des tabounli sans dossier que, dans la langue de l'étiquette, ou appelle ds pliants. Le Roi ouvrit la séance en prouonçaut, d'une veh l>ien accentuée, quelques paroles convenables et dignes. Illt moi^na sa satisfaction à ceux qui avaient dirigé les affaires di royaume dans des circonstances si difiiciles. 11 espéi*ait qucivironné de leurs lumières et secondé par son frère, il trmmraitles niuvtfus de rendre à la France Tordre, la pru^péiilèd j ci\s libertés, qui sont le privilège imprescriptible de la franiaise. Il appela ensuite l'attention du couseil 5?ur Toi sation de Tarmée et particulièrement sur celle de la garde fi doit environner le tn'>ne, pour servir à son éclat et ganriit sa sûreté. 11 annonea Tintention de rétablir sa maisou sur le pied où elle était «< avant que des réformes funestes sent privé le lloi de l'appui qu-il aurait trouvé dans des où riionneur gai'antissait la lldélité. » 11 avertit le conseil les capitaines des gardtîs du corps, commandant les q anciennes conqiajinies, axaient repris leur service auprès lui, et que son intention était de lV»rmer deux nouvelles paunies, dont il donnerait le connnandement à deux ciiaux, comme un gage public de sa contiance égale puur les Franci'ds, sous quelque drapeau qu'ils eussent combattu.

Le lloi avant inxité les meinbred du conseil à falix; co leurs obserxations, Monsieur répondit par ime adhésion ei*^ [nimée, le reste par une adhésion silencieuse.

La lecture de plusieurs rapports, cehii du comte BeiVS^

RAPPORT LU PAR LE PRINCE DE TALLEYRAiND. 355

situation de la France , ceux du comte Dupont sur l'armée future réorganisation, du baron Louis sur les finances, uron Malouet sur la marine, remplirent la séance. Les di- 5 questions soulevées par ces rapports furent renvoyées lamen, mais il y en avait une qui ne souffrait point ^mise et qui fut résolue d'urgence : c'était la question apports des autorités françaises avec les généraux étran- ^ dont les troupes occupaient les départements. Ce in rapport lu par le prince de Talleyrand, au comement de la séance, qui appela sur ce point l'attention >i.

situation de plusieurs départements était déplorable, invention du 23 avril était loin d'être partout appliquée, levalier de La Salle, commissaire du Roi à Strasbourg, le sAuguste de Juigué, exerçant les mêmes fonctions dans le hîné, rencontraient des obstacles insurmontables quand ^ulaient faire reconnaître le gouvernement du Roi dans ys occupés par les troupes étrangères. 11 en était de même le Nord. Presqu'aux portes de Paris, la ville de Joigiiy était ée par les officiers wurtemburgeois d'une contribution lerre de 74,000 francs, avec menace d'une exécution mi- 5 si la somme n'était pas payée dans les >îngt-quatre *8. ÎA\ préfectunî de l'Yonne annonçait que le baron d'Ulm exigé que les principaux habitants de la ville d'Auxenv Tivissent des lettres de change pour le montant des coulions publiques dues au Trésor en avril. En Lorraine, Alopéus faisait vendre les troupeaux mérinos appartenant at.

«sieur avait réclamé ; les souverains étrangers montraient lispositions bienveillantes pour le Roi et pour la France ; leurs généraux et leurs armées, animés d'un esprit de sailies et invoquant le droit de la guerre , saisissaient les *g publiques, vendaient les coupes de bois, levaient des

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c(»ntributi()iis et refusaient de reeonualtre les autorités udoiimées par le Roi.

Quand Louis XYIII entendit Texposo de ces faits, son infr ^niation fut vive. Plus prompt encore, le duc de Berry s'écm <^ qu'il y avait encore trois cent mille hommes de boBn» troupes en France et qu'il fiillait repousser la force par la foite.i Le Uni reprit au^^it(^t ([ue a bien que la paix fût la cause etb tVuit (le s<nj retour, rien ne Tempt^eherait, si les étrangers M faisaient \)i\< droit à ses jusles m'iamations, de soutenir pv i(i\\< les moyens riioinieur de sa couronne. »

Les réclamations furent faites, les souverains étrangers T il»''frW'rent.

L" Moniteur du î) mîu publia une note ainsi conçue : Lk sniiMrains alliés ayant appris avec déphisir que la remiaede r.Mlininistration de plusieurs provinces françaises occupéeifv li'ii.rs arniérs, stipulée par l'article 8 de la convention datf .iM'il dernier, a éprou\é des difiicultés par suite d'une faafll interprétation de la réserve contenue dans cet article, oiltfl^ donné (jne Tordr»' sui^ant fut rendu public : « L'article 8 A Tainiistice ayant donné lieu à quelques fausses interprétalMV Ml la ïéserv»' qu'il conti-nait, les ordres les plus positif (!. vîmes aux autorités des puissances îdliéi'S ét«iblies daof Iv pîn\inres indiquées par Tailich» 2, de remettre immédia radinini-^tratiim de ces provinces aux commissaires m [)ar S. M. le roi de France. » {\v\ ordre était signé parle Sîein, chef du dépaiieinent centrai de radministratioD l)îo\iiices occupées par les armées alliées.

Le premier acte d»' Louis \VII1 fut donc une déclaFatioo I itîuelle on peut diie <pi'il repiiMiait possession de la nciupée par les armées étrauirèn.'s. Su seule présence la (Hiérait à un ir<)uvernement national. « Nous nous f.tit représenter en noln» conseil d'État, disait-il dans cette claration, publiée le 10 mai, mais rédigée quelques jours

DÉCLAHATION ROYALK DV 10 MAI. 357

les conventions passées entre la France elles hautes puissances îiUiées le 23 avril dernier et ratifiées le 2S avril du même mois par notre cher frère Monsieur. Nous nous sommes fixé en particidier sur rarlicle 8 de la convention, où les puissances alliées expriment par un effet de leur amitié pour la Fnuice la volonté de faire cesser les réquisitions nécessaires, dès le moment où les provinces auraient été remises au pouvoir légitime. Ce n'e^t donc pas sans étonnement que nous avons appris que nialgrt'* que l'autorité royale soit seule reconnue en France , des commandants ou des intendants des puissances alliées avment continué de requérir des contributions de guerre ou d'exercer des réquisitions très-étendues; que même, dans quelques provinces, on avait procédé à des adjudications anticipées de bois et à des ventes de mobilier appartenant à l'État. Nous avons rheureuse assurance que*de pareilles mesures n'entrent nullement dans les intentions des souverains réunis dans notre capitale, et qu'ils veulent terminer avec générosité une guerre entreprise moins contre la France qui* pour le salut de l'Europe. »

Après avoir ainsi constaté la triste situation du pays sur lequel TEmpire avait attiré l'invasion, Louis XVIII continuait ainsi : « Ordonnons: Article l•^ Les autorités, dans chaque dépailement de France, d'après les ordres qu'elles recevi'ont de nous et par les moyens qui leur sont propres, pour^'oiront aux subgistances et aux besoins des troupes des puissances alliées jusqu'au moment où elles auront évacué le territoire français. — Article 2. En conséquence, nous leur faisons très-expresses interdictions et défenses d'obéir aux réquisitions qui auraient été ou seraient directement faites sur nos sujets par les commandants ou intendants des puissances alliées , postérieurement à la ratification des conventions du 25 avril dernier. — Article 3. Toute vente de bois de futaies ou de taillis des ordinaires de 4843, 1841 et années suivantes, faite de l'autorité

des susdits commandants ou intendants postérieuremeat à ladite époque, sont déclarées nulles et de nul effet. »

C/était là un assez beau langage dans la bouche d'un roi ipi reparaissait, seiil et sans soldats, dans sa capitale occupée fv cent mille étrangers et son royaume envahi par quatre eol . mille soldats. Louis XYIII ét^iit le Roi, il protestait au noBiéi \ 1 1 force du droit contre le droit de la force, et il lui sufifisôtdi ^e nonmier pour faire cesser le régime d'ai'hitraire et de cm- (jnête qui pesait sur la France.

L:i composition du ministère coûta quelque peine et fil l'objet de négociations assez laborieuses, qui u^aboutirentàfli résultat que le 13 mai. Pour les affa'u:es éti*aiigères, il ny eri [)oint de doute; le prince de Talleyraud était trop natufd^ ment indiqué pour rencontrer des concurrents. Le titre elkl fonctions de chancelier de France ne pai'urent pouvoir iHn conférés qu'à M. Dambray, gendi*e du dernier chanoeiv«. M. de Dareiitin, ou à M. de (irosbois, ancien premier présideit du parlement de Besançon. Le désir de perpétuer les fonctiMl dans les familles, qui était systématique chez Louis XVIIl,|t I)encher la balance en faveur du premier. Pour les ^fffP*S trois hommes paraissaient en ligne : M. Bérenger, qui étntll lumirre du conseil d'fitat dans ces matières, M. Moliien, denar ministre du Trésor, et le baron Louis. Le premier parut iTm car.-icti.*re trop difticile; le second, engagé trop étroitemefll^ troi» récemment avec l'Empire; le troisième, déjà en (\{\ pi^rtrfeuille et (jni avait rendu des ser\ices politiques les derniers événements, prévalut.

Il fallait poiii'voir M. de Montesquiou; il avait été le corn^pondant dt- Louis XVllI et avail une part considérakk rrstime du Koi, qui attachait une importance exagérée à fonctions d'ancien président de l'assemblée constituante; il avait joué un rôle impr)i'tant dans le gouvernement provisofel^ L'abbé di' Montesquiou désira le ministère de Pintérieur,

COMPOSITION DU MINfSTÈRK. 359

M on le désira autour de lui. Homme de théone et non iplication , il joignait au défaut d'expérience administrative jéfaut d'aptitude aux fonctions qu'on lui attribuait , quoîl eût d'ailleurs à un assez haut degré l'esprit de cour et le de reparties. Cette nomination amena un froissement entre et M. Beugnot, qui exerçait les fonctions de ministre de érieur d'une manière intérimaire, et les p?ropos imprudents alon , une des plaies de ces premiers temps de la Restaumy envenimèrent encore leurs ressentiments mutuels *. n avait songé au duc de Raguse pour la guerre; M. de eyrand le fit exclure, et le général Dupont consen^a le efeuille. Cet officier général, que tant de grandes actions taires avaient illustré avant la catastrophe de Baylen, était euré, depuis cette malheureuse affaire, dans une postiion teuse devant l'opinion. Le glorieux soldat de Pozzolo, beck, de Diernstein, de Halle, de Braunsherg, de Fried- *, flétri dans l'ordre du jour du 3 septembre 1808, avant e information , car Napoléon , enivré alors de ses prospéi, n'admettait pas que ses aigles pussent ôtre malheureuses, t été condamné sans être jugé, condamné non par la haute % à qui revenait légalement cette affaire , mais par une

Le comte Ôeiignot parle ainsi de la numinalion de M. de Monlesquioii les Mémoires : «• Madame de Simiane était une de ces intimités entre Ics- M Vohhé de Monlesquiou partage sa >ie depuis cinquante ans ( elle était si ); Il loge chez elle à Paris, et c'est là <|ue toutes les douairières du hon , temps \lennent adorer Torade. On y parlait de la prochaine organisation ibinet, et ipiehpfun voulut bien prononcer mon nom pour le ministère fie rieur. La marquise s'en scandalisa, et sur ce que la môme personne insistait niant ma capacité, madame de Simiane reprit : — Il ne s'agit pas de cela ; it bon du temps de Uonaparte ; aujourd'hui il Taut mettre dans les minisdes gens de qualité qui ont h leurs ordres de bons travailleurs qui font les •e», ce qu'on appelle des houleux, — On me fit craindre que l'abbé de Monliou ne s'emparât du ministère de l'intérieur et ne voulût me garder comm» ujc. Le lendemain, j'appris que ma crainte était réalisée en partie seulement le J'étais nommé directeur général de ta police du royaume, ■

On trou>e dans V Histoire de l'Empire , par M. Thiers, le récit des faits nés du général Dupont.

commission dVnqurte instituée d'office par TEmpereiir. Soi procès, suspendu pendant quatre ans, a^'ait été instruit en 181S, en dehors de toutes les garanties qui sont la dette de taj» tice, le droit des accusés '. Privé de ses grades, de sestitnii condamné par un simple décret impérial à un emprisonna ment illimité, il avait en vain demandé des juges, et triM* féré de prison d'État en prison d'État ', il était encore sovh sur\eillance de la police à Dreux, lorsqu'à la fin du moiill mars 4814, le gouveiTiement provisoire, dans lequel fignl un de ses ju^es, M. de Talle^i'and, Tappela pour lui coilv le portefeuille de la guen*e. u Un voile épais, dit le gèwèd Foy ^, couvrit les événements désastreux de Baylen; Qb*A transpira que ce qu'il était impossible de soustraire à la site publique. On sut que les officiers généraux qui avaiorti part à ces événements étaient arrêtés, enveloppés dansle sort. La pitié s'attacha à unhommeestimé, que Ton considMft

1. (^nibacérès, prim'e, aitMiioliaiicelier de rEmpire, disait daiM à TEmp^reiir, qui en atvopla les conclusions : « On ne peut pas porter! devant la haute cour: elle n*esl |>as encore constituée; la rétroaction ii*flil] la justice de V. M. On ne peut la porter devant les tribunam ordlBalrBa«j (|u'un grand officier de rKuipire Ci^t impliqué. C'est devant une commiariaA^j qiiAle qui* cela doit vivo porl<^ ; les accusés y eoiuparaltront Ram parce qu'il ne 8*a<;it |Hdnt de jugement à rendre» mais d*avii \ émettre AT. &] pour qu'elle prononce sur le sort des inculpés. •

2. Depuis 1808, t^poqui* de son retour d'Elspagnc, le général Duponlt au fort Lamalgue (trois mois, à l'Abhave de Paris (neuf mois), puis hIs surveillance d'un gendarme ri de la |K)lice dans une maison de aanlé délai Qichy pour s'y rétablir, ensuite aux Thermes chez son beau-père le gon, directeur des eaux et rorèti»; jeté de nouveau, après deux ans d*i oubli, dans la prison de l'Abbaye pour y subir de seconds interrogaloIrM i dant cette Tois la commistsion d'enquête, comme ceux de 1808 devaient | la haute cour imp<^riale, alnr» d<^!tign<^e et conKlituéc |K>ur juger rallkirr de I et euUn, après avoir ^té dépouillé de tout, transféré au fort de Joux sur la de IVanee et de Suisse ^(|uator/e mois , puis h la citadelle de Doullensea (neuf mois) était, après ces cinq ans et demi de captivité et de persémliOBfi une fois en sur\eillanee à Dreux depuis trois mois, le 30 nwrs 1814. (!filB< luuniqiiée |»ar Madame la comtesse Du|*ont.)

'\. Ili\lvitf (U- In tjuerrt de In Pènhisulvt |»ar le général Koy.

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