COMPOSITION DU MINISTÈRE
comme victime du despotisme, a Ce fut sous le coup de cotte impression, rendue plus vive encore par la réaction générale de Topinion contre le gouvernement impérial, que Louis XVIII rendit au comte Dupont, le 13 mai 1814, ses titres, grades ei majorât, en le maintenant au ministère de la guerre. Le Roi lui avait dit, le jour même de son entrée : «'(iénéral, je eomiais votre gloire et vos malheurs. » C'était le devoir du Boi de rendre justice au général Dupont; mais il n'était pas politique de placer au ministère de la gueiTe un homme dont la position devant T opinion, devait rester douteuse jusqu'à et' qu'une enquête équitable et publique eût dissipé les nuage.que le gouvernement impérial avait accumulés sur l'afFaii'r de Baylen.
A la marine , les ministères de M. de Sartines et du maréchal de Castries, qui avait dirigé avec succès la guerre d'Amérique, avaient accrédité l'opinion qu'il était mieux de ne pas confier ce département à des officiers généraux de mer. On y plaça le baron Malouet ; il avait rempli les fonctions les plus hautes de Tadministration maritime, entre autres celles de gouverneur deCayenne, et sous l'Empire, il avait dirigé, comme commissaire général de la marine, des travaux importants à Anvers; comme politique , il était membre de la fraction modérée de TAssemblée constituante, et il avait été appelé au conseil intime de Louis XYI.
Le ministère de la maison du Roi fut l'objet d'une négociation épineuse. Plusieurs personnes, entre autres M. d«î Vitrolles, s'étaient entremises pour le faire accepter à M. de Blacas, qui, hors le ministère, devenait im obstacle, et, hitroduit dans son sein, lui prêtait une force, h cause de la faveur dont il jouissait auprès du Roi, faveur pei'sônnelle qui avait besoin d'être justiliée par une fonction pubUque. Un motif singulier fit, au dire du baron de Vitrolles, hésiter longtemps M. de Blacas : il croyait déroger a la dignité de ses fonctirais
digue derrière le torrent pour se consoler de ne pas rarraratiClé. Les Parisiens, toujours curieux, counirent aux cérémomesol parurent ces uniformes inusités. On prit mal à propos curiosité pour une approbation. Malgré les beaux soi militaires laissés par ces corps héroïques auxquels on afaitH la victoire de Fontenoy, cette évocation du passé n*était nitaircHise ni politique. Il y a en toute chose une harmonie qA faut respecter. Ces anciens uniformes mêlés aux nowMi choquaient les yeux comme un anachronisme. En outre, m coips privilégiés de nouvelle date mécontentaient TaMil déjà si difficile à concilier à la Monarchie. Quoiqu'ils composés de jeunes gens braves et très-capables de ItHirs preuves, les anciens militaires, surtout ceux quia trouvaient privés de l'activité, ne do'aient pas leur pardoMt d'avoir obtenu sans combats ces grades laborieusement eflK quis dans l'armée impériale sur les champs de bataille. CM la pente invincibli' de la nature humaine qu'il n'aurait paslii méconnaître * .
Si la considération qui entraînait à créer des corps veaux était la nécessité de donner à la royauté restaurée force militaire sur laquelle elle put compter, il ne fiiDait perdre de vue cette considération en s'occupant de V tion {générale de l'armée, et l'on aurait trouvé une garantie en faisant tout à nouveau.
L'armée avait tenu jusqu'au dernier moment pour N Par la solidarité des victoires et des souvenirs, elle ap plus à son général qu'à la France. Il y avait peu à
1 . l.c ^'i>ii(>i-;il Dupont a\iiit prudriiiiNeiit clahli quo leA iimplei a\:<iinl raii^' d • linilcnaiit m entrant l;iii:i le cor\*i pouvaient cauiltM-ie ilr l'ainiiV a^ev un ^rade siipt^rieur à celui qu'ils trant ()an< Icn ronipaj^nics dc^ gardes, mais :ieideiBeiil M bMit dedU Hft Ml*.' i!,in> Il i!i-nim|M^'ni<.. .Urdonnanc» du 10 juin I8M.) Malt cet iipi'nl 'h.in'ji'fs ■'OU* un d»» ses surreiseur*.
REORGANISATION DE i/aRMKE. ,W5
«UT elle contre lui, d'autant moins à compter qu'après quelques WOOÊÈ de repos, elle devait être facilement amenée à comparer la monotonie de la vie de garnison avec la vie accidentée et pleine 4*inlérét des bivacs et des champs de bataille. Dans les con- Ursations des casernes, les souvenirs de l'Empire devaient IhPe sans cesse évoqués. Il n'y avait qu'une chose à faire après Ift chute de l'Empire, c'était de licencier l'armée en conserfWt les officiers dans leurs honneurs, grades et pensions, en lisant ensuite rentrer les soldats dans la nouvelle armée léoi^^anisée sur im nouveau plan. On l'aurait préparée pour li Monarchie ; agir autrement , c'était la réseiTer pour BonafÊoete. Il l'avait lui-même senti, au moins pour sa garde, car il disait, après avoir signé son abdication : a Si j'étais liOiiiB XVIII, je ne conserverais pas ma garde; il n'y a que moi ^ftà puisse la mener; et puis je l'ai trop bien traitée pour qu'elle tte me conserve pas son affection. Je la licencierais en donnant de bonnes retraites aux sous-officiers et soldats, et de l'airancement dans la ligne à ceux qui voudraient encore servir. » Dès le 6 mai, une ordonnance constitua un conseil de Kuerre, chargé de la réorganisation de l'armée. Il se composait des maréchaux Ney, Augereau, Macdonald, du comte Dupont, flûnistre de la guerre , des généraux de division Compans et Gurial pour l'infanterie; du général de division Latour-Maubourg et du général de brigade Préval pour la cavalerie ; du général de division Lery pour le génie; du général de division Sorbier et du général de brigade Évain pour l'artillerie ; du général de division Kellermann pour la garde ; du commissaire ordonnateur Marchand pour l'administration de la guerre ; du général de brigade Félix, inspecteur aux revues, pour l'admittistration militaire; ce dernier fut nommé, en même temps, ftqyporteur du conseil. C'était donc exclusivement dans Farmée impériale qu'on avait choisi les membres de ce conseil Aai^é de réorganiser l'armée.
Conformément mu\ avis de ce conseil, une ordonnoiee royaie, en date du 12 mai 1814, conserva rin&nteriecib cavalerie de la vieille garde avec son ancienne organîsatifli; on substitua seulement le nom de grenadiers et de chasseundi Fnmce aux anciennes dénominations, et l'on prit une mean analogue pour la cavalerie. Les officiers conservèrent le n| du grade supérieur, et en portèrent les marques distindifei^ ce qui n'avait pas lieu sous Napoléon; les sous-officiers, kfr ^fadiers et capoitiux continuèrent à porter les nutfquei h Kmrs grades; mais la solde fut diminuée d'un tiers, ei« magnifique corps, qui se montait à 7,376 hommes, perfith privilège qu'il avait de veiller sur les jours du souverain et di tenir garnison à Paris.
Ce n'était point une réorganisation , c'était simplement ■ changement de nom qui laissait à l'ancienne garde son ts/A de corps, ses prétentions, et le regret de sa position pMk (comparée à sa position présente.
L'infanterie de ligne , par une ordonnance du 12 jM| fut organisée ainsi qu'il suit. Elle forma quatre-vingl-il n'igiments, chacun de trois bataillons; chaque bataia étant d(^ six compagnies, dont une de grenadiers et une voltigeurs. Les trente premiers régiments conservèrent numéios ; les autres prirent le numéro le plus proche h (relui qu'ils avaient eu. Le pi^emier régiment d'in£uiail rt^cnt li' n(»m de régiment du U(»i; le second, de régimeÉlll la Heine; le troisième, du Dauphin; le quatrième, de Ihi" sieur; le cinquième, d Angoulénie; le sixième, de Benyth s«'ptiènie, d*Orlé(uis; le huitième, de Condé; le neuvièmeyà: lUuu'bon.
Ou appliqua les mêmes mesuivs à l'infanterie légère fin à (|uin/e ivgiments; ils ivçuivnt les mêmes dénominatiM honorifiques.
Les tivnte-neuf ivginuMits de ligne, les \îngt et un l^
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ments d'iufajiterie légère, les quinze régiments de tirailleurs, les quinze régiments de voltigeurs, les deux régiments de ilanqueurs qui existaient en dehors de cette organisation, servirent à compléter les cent cinq régiments d'infanterie, dont la force resta fixée à 1,379 hommes, dont 67 officiers el 1,312 sous-officiers et soldats.
La force totale de Tinfanterie de ligne se trouva ainsi fixée à 144,795 hommes. Tout le reste des hommes fut renvoyé h ses foyers.
Dans Tamalgame qui eut lieu pour la formation de chacun des cent cinq régiments , les officiers et sous-officiers de tout grade furent placés titulairement suivant leur rang d'ancienneté. Pour diminuer le nombre des officiers qu'on était obligé de mettre en non-activité, l'ordonnance du 12 mai 1814 décida que l'on mettrait à la retraite tous les officiers qui, par l'ancienneté de leurs services , leurs blessures ou leurs infirmités, auraient des droits acquis à une solde de retraite, d'après les règlements en vigueur. On conservait à la suite de chaque régiment, et suivant l'ordre d'ancienneté, mi chef de bataillon , un adjudant-major, six capitaines, six Ueutenants , six sous-Ueutenants , y compris un quartier-maitre , qui, de même que les officiers titulaires, conservèrent le traitement d'activité. Tous les autres officiers, sans distinction de grades, y compris les officiers prisonniers qui allaient rentrer après l'organisation effectuée, devaient jouir, dans leurs foyei's , d'un traitement égal à la moitié de la solde d'activité. Les deux tiers des nominations devaient se faire selon l'ancienneté , le dernier tiers était au choix du
Roi.
Du moment que l'on repoussait l'idée d'un Ucenciement complet et d'une organisation complètement nouvelle , il n'était pas possible de mieux faire dans l'intérêt du pays et de l'armée.
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Lt f r-^-^ :r h v-':2 i-r rr-? Tv^im^-nts fut fixée à 602 hcMUMi dr •: "t-^ -" =t W^ ohr^iiiT. îvec 42 oftiriers et 38 eheuB d* •'!:•:>> -:: 'Vh-'T- : •: "^t.^it un M.'d de 33,683 hommes h tr-. »;:-•. rfi- 2.352 ••:*:: oier? eî de 29.312 cheTaux, y fOiii|irii
L-r rj/-n"min.iti«"n'? h'-noritiques, l'ins^titution des officient l;i riiitr. 1 1 di^^rihiition d^ s honimr's des régiments supprinii dan- l'^-:^ n-eimenS con^^^-nés. l'avnncpment de» deux tien doniH': a rnnr-i*Tiiift^, li mise à la demi-solde de tous les oBcier? r^frt»^ fn dehors de la nouvelle organisation, fureMipili^ qii«^ à l.'i cavalerie comme à rinfanterie.
La force totale du corps royal d*artillerie fut de huit «%iments d'artillerie à pied, de quatre régiments d*artillem I rhf'val , d*nii bataillon de pontonniers , de douze compaglÉl d'oii\rirM*< d'artillerie , de quatre escadrons du train et #«•• ploy<'*s à la suite du corps. Chacun des régiments d*aitiMi à pird coiriplait \M\ hommes, en comprenant les oflBiMl Charuii dfs ivgimciitsd'ailillerieàchevalcomptaitil I homoMi L'effectif pourrai de Tartillerie s'élevait à 11,312 hommes.
La foret* totale du corps roy;d du génie était de 4,824 hoB» uies. Il sr C(»niposait de trois régiments de sapeurs et ai* neui's, d'uni' compagnie d'ouvriers, d'une compagnie du tnh du ^riiir.
Lr total pMirral dr Tarmée était de 223,812 hommes eCdl \\2M\\i\\v\M\\.
Si la Ui'stauratiou n'était point à l'abri des servitudes et te uiisrns (|ui pestant sur TétablissiMiient de tous les gouveni* ukmHs, rlli' reiiouM'lait par la paix la population de la Fmei t*t soulautNÛt SOS tiuancrs. Par suite de la rédaction de M ftvtif. plus de trois cent mille honnnes pi'ésents sous les dfl^ peaux yi\\ pri>oinnf rs étai»Mit riMidus à leurs foyers, à la
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qui manquait de bras, à i'industne. Près de quatorze mille officiers retournaient dans leui's familles avec la demi-solde. C'était pour le moment, il est vrai, avec un brisement de cœur que ces vaillants hommes de guerre déposaient leurs épées ; oiais si la Restauration devait souffrir de leur injuste mécontentement,— injuste, car la guerre n'est pas un état de choses normal, et ne saurait être qu'une nécessité malheureuse, — la France devait profiter de l'activité féconde de tous ceux d'entre eux qui étaient assez jeunes pour se créer de nouvelles carrières. La nation retrouvait le nerf de sa populatimi. En même temps, l'immense réduction de l'effectif soulageait d'un doids annuel de trois cents millions nos finances obérées; c'était la différence entre l'état de guerre et l'état de paix.
La question financière devait être portée devant les Chambres. n n'y avait, pour les premiers moments, que des mesures provisoires à prendre. Le Roi adopta celles proposées par le baron Louis. Par une proclamation du 10 mai 1814, il prorogea, au nom du salut de l'État, l'exécution des lois antérieures sur les impôts existants, y compris l'administration des droits réunis, « jusqu'à ce que d'autres lois procurassent à ses peuples les soulagejnents qu'ils réclamaient et que les circonstances rendraient possibles. » On put marcher. Seulement, cet avantage financier fut balancé par un inconvénient politique. Il falhit donner un démenti aux promesses que Monsieur avait faites sur la route de Nancy à Paris, et M. le duc d'Angoulême à Bordeaux et dans les provinces du Midi, en répétant cette phrase : « Plus de conscription, plus de droits réunis! » Le mécontentement fut tel à Bordeaux qu'il y eut une émeute contre la perception des droits réunis, et le duc d'Angoulême dut s'y rendre pour calmer l'agitation des esprits. Les troubles s'apaisèrent, mais la considération du gouvernement royal souffrit de celte espérance imprudemment donnée et si promptement déçue.
IN
TRAITÉ DK PARIS.
Le Roi avait uaturellomeiit charge M. de Talleyrand de négocier avec les puissances coalisées le traité qui devait ré^ les nouvelles frontières de la France. La couvention du 23 anfli signée pai* le comte dWrtois sur le conseil de M. de Talleynad, posait les bases du traité à intervenir. 11 y était dit, en eiel, que la France reprendrait ses frontières du l*' janvier 1781 C'était du reste la condition sine qua non posée dès Fobveilure du congrès de Chàtillon, F ultimatum conlinué parle traité de Chauniont, et que M. de Caulaincourt avait mitriei d'accepter pour Napoléon quand il rejoignit le quartier génénl des coalisés avant leur entrée à Pms. Cependant, d'^rès k traité définitif signé le 30 mai 1814, Tancienne France reili agrandie de plusieurs fractions de tenîtoire qui, venant s*^jlMter aux départements du Nord , des Ardenues , de la Mofidki (lu BaS'Rliin et du Doubs et formant un nouveau départemeri, celui du Mont-Blanc, pris sur la Savoie, ajoutaient au leirilfliR national une étendue de cent cinquante milles carrés, etqpHki cent cinquante mille Ames à sa population ^ D^stprès cettedfr
1 . (Ie8 adjonctions territoriales se (ltfou)iH)saicnt ainsi : 1^ Du le département de J(;ninia()C8 les cantons de Dour, Beaumont et Chiniay, formant un an^le rentrant entre le départemoit da rt celui de Saml»rc-et-Meuse; par ordonnance ro\alc du 18 août 1814» toi premier» cantons furent réunis au département du Nord, le quatrième à Anlennes.
2° Du le département de Sambre-et-Meuse , les cantons de Valcoer, P^ rennes, Beaurain^r et Gedinnc. iUi» cantons furent réunit, par une datée du uiî^me jour, au département des Ardenncs.