LA CENSURE : LES JOURNAUX
contre les idées et les intérêts auxquels la Charte reconnaissait droit de cité. Elle entretenait ainsi la passion politique dans son opinion. D'autres feuilles moins accréditées allaient encore plus avant dans ce sens.
Comme il arrive toujours, la polémique avec les partis contraires venait attiser cette flamme. La polémique des joumaux a bien rarement, dans les temps troublés, le caractère de ces discussions où la vérité jaillit du choc des opinions. C'est la guerre. On frappe et l'on est frappé, mais personne n'écoute. On comptait dans le camp opposé au camp royaliste , d'abord le Censeur européen^ journal grave et sévère, où les principes constitutionnels étaient développés dans toute leur rigueur, et la Charte interprétée dans le sens le plus favorable aux prétentions des Chambres et aux principes de la Révolution; c'était l'organe des constitutionnels de la Chambre, les presbytériens politiques de nos révolutions. MM. Comte et Dunoyer, publicistes honnêtes et distingués , mais roides et inflexibles dans leurs théories, faisaient la guerre à la politique de la Restauration sans comploter, et mtîme sans désirer son renversement ; mais ils poursuivaient imperturbablement leur idéal sans beaucoup s'inquiéter du possible, et voulaient la monarchie sans savoir à quelles conditions elle pouvait vivre.
Le Journal de Paris était rédigé par des écrivains employés naguère au bureau de Y Esprit public sous l'Empire , MM. Etienne, Jay et Jouy. Il y avait dans ce journal des \tres moins élevées, un culte beaucoup moins sincère des principes, mais beaucoup plus de souplesse dans la rédaction, et un art assez remarquable à tourner les difQcultés de la censure pour attaquer les hommes et les choses de la Restauration. Les écrivains pensionnés par l'Empire cherchaient dans les institutions nouvelles un terrain qui pût leur rendre l'importance qu'ils avaient perdue par la chute du gouvernement précédent. C'est là encore un des écueils les plus dangereux de la
presse après les révolutions : les hommes se servent des ittei
au lieu de senir les idées. Un i^ecueii périodique armé à b
légère, le Nainjaime^ fiiisait, sans avoir ni la gratté du Ce»-
seur Européen ni la notoriété du Journal de Paris ^ une
guerre acharnée à la Restaumtion. Les écrivains impériafislo
et les écrivains constitutionnels s'y rencontraient dans an
[)éle-méle malveillant pour le gouvernement royal, qu'ils allft-
i[uaient avec Tarme de Tallusion, du pei*siflage et du ridcide.
En dehors de la presse censurée, des publications plus \ê^
dies ébranlaient la royauté à peine établie. Le Mémcùre et
Caruot au Roi, qui produisit une impression profonde, tStà
jusqu'à Tapologie du régicide. Quand Fhistoire compare h
longanimité de la Restauration de Louis XYIII en France wa
sanglantes représailles de celle de Charles II en Angieton,
elle peut s'étonner de voir accuser la royauté française fiee
cette violence et cette acrimonie de la situation de edk
société qu elle n'avait pas faite, mais dont elle héritait. Le tu*
tament de Louis XYI avait été appliqué avec un religieux m-
pect. Aucun de ses juges n'avait été inquiété ni pourniiL
Voici cependant qu'un de ces juges prenait la parole tm
un accent hautain , non-seulement pour rejeter la mort et
Louis XVI sur le clergé et la noblesse, qui, disait Camot, M
l'avaient pas défendu, récrimination qui pouvait trouver, flîm
sa justificatirm, au moins son explication dans les attaquesfifr
gées par les feuilles royalistes contre les révolutionnaires, nH
pour légitimer le régicide lui-même et exalter la GonvenliflL
a Louis XVI ne pouvait éviter s^i perte, disait-41, sa mort fut p»
noncéc comme celle d'un malade dont on désespère : il a^f
avait plus moyen de contenir les factions. L'inviolabilité dek
pei*sonne royale ne dut pas arrêter ses juges : Louis utUlâk
plus roi quand il fut jugé. Cette inviolabilité d*ailleun nV
t-elle pas de limites? Regardera-t-on comme inviolables et »
(Tés les princes pour lesquels il n'y a rien d'inviolable ni A