M. BEUGNOT MINISTRE DE LA MARINE
lui succéda, craignant d'être suspect à titre d'ancien serviteur de l'Empire, se félicita de trouver les choses faites, et se garda d'y toucher, plus soucieux d'éviter la responsabiUté des malheurs possibles que de les prévenir. C'est avec cette légèreté que l'on traitait les affaires sérieuses K
Le maréchal Soult, entré dans le ministère avec le souvenir de la forte disciphne de l'Empire, le désir de montrer son zèle et un caractère naturellement roide et résolu, voulut faire un exemple pour rétablir dans l'armée l'obéissance ébranlée. On avait saisi des lettres du général Excelmans à Murât, de nature à compromettre cet officier distingué. Suivant la version la plus favorable, le général Excelmans annonçait à Murât, dont il avait été l'aide de camp, que, dans le cas où son trône serait menacé, il y avait parmi les officiers à la demi-solde un grand Dombre de bras tout prêts à tirer l'épée pour le défendre : or, le gouvernement de Murât n'était pas reconnu par le gouvernement français. Suivant une autre version , le général Excelmans, dans la correspondance saisie, aurait assuré le roi de Naples qu'il existait en France un parti considérable pour Bonaparte, et qu'il y aurait des chances pour le rétablissement de l'Empire. Le comte Dupont, après avoir pris les ordres du Roi, auquel il aviiit proposé d'envoyer le général devant un conseil de guerre, s'était contenté de l'avertir d'être plus circonspect à Tavenir. Mais le maréchal Soult, peu de jours après son entrée au ministère, fit mettre le général à la demi-solde d'activité, et lui enjoignit, le 10 décembre 18t4, de se retirer, pour jouir de cette demi-solde, à Bar-sur-Ornain, dans le département de la Meuse. Après avoir témoigné d'abord Tintention de se soumettre, en demandant seulement un délai à cause de l'état de sa femme ^, le général, conseillé par des
1. M. Bcu{aiot tut remplacé à la police par M. Dandré, ancicD ineiubre da parlement d'Ai\, employé par Louis XVHI dans ses négociations se<Tètej>.
2 . Voici la première lettre du général Kxcelnians, citée dans le rapport sur
hommes qui cherchaient h envcuimer toutes les questÛNK, déclara le 14 décembre, dans une lettre très-hautaine adresMe au génériU Maison, gouverneur de Paiis, qu'il considénil Tordre qu'il avait reçu comme un ordre d^exil auquel il ne devait pas obéissance, et auquel il n'obéirait pas. Le maréeU Soult prescrivit alors l'arrestation du général ExcelmanSi fl dans les vingt-quatre heures Une s'était pas soumis. Un pifMl d'infanterie se présenta, dans la nuit du 19 au 20 déoemhe^ au domicile du général , qui , barricadé dans sa maison, M* naça, sa lettre à la Chambre en fait foi, de faire feu sur les|i^ mières personnes qui entreprendraient d'entrer *. Dmi h matinée du 20 décembre, le baron Gnmdler s*étant jrâcilé avec six gendarmes parvint à opérer son arrestation; nutf k général, ayant demandé à passer un moment dans une piètt voisine, réussit à s'évader. Cette affaire, avant d'aDer se t^ nouer devant le conseil de guerre, fut portée devant la Ù^t bre, qui en fut saisie par une pétition de madame ExcelmM, qui se plaignait d'une perquisition faite dans son hAtdifib le départ de son mari, et par mie protestation du général Umême, qui disait que, <( ne sachant pas s'il ne serait pas eaW dans la nuit , il plaçait sa famille sous la sauvegarde de b Chambre. » C'était l'anarchie et la révolte dans le oimp, ifp lant les législateurs à son secours.
La pétition de madame Excelmans fut Fobjet d'une dimi-
les pi^lilionà 'séance du 24 décembre 1814), telle qu'on U tnmTe du 25.
" Paru, 10 décembre 181 4.
« Le profond respect «pie j'aurai loujount pour la volonté do Roi et lu di' Votn; Excellence m'aurait Tait déjà quitter l'ari*, si madame lait pa» dans 8on lit, prête à accoucher. Je prie Votre EzceileDce de cxpo.'terà S. M. la situation où je me trouve, aUn qu'elle daigne m délai, etc., etc. »
1 . Il est fait mention de cette lettre au Moniteur du 2& rapport présenté à la Cliauibrc par la commission des pétitions.