SITUATION A LA FIN DE DECEMBRE
compétition contre la royauté, qui s'était réservé la prérogative constituante que le Sénat aurait voulu s'arroger.
La Chambre des députés, avec des dispositions meilleures pour la royauté, avait cédé en partie aux mêmes instincts. Fatiguée de sa nullité dès les derniers temps de l'Empire, elle s'était précipitée dans la voie qui lui était ouverte par la Charte, comme s'il ne s'agissait plus que de jouir du gouvernement représentatif, tandis qu'il n'était que proclamé au lieu d'être fondé, et qu'il fallait autant de mesure que de sagesse et de bonne conduite pour acclimater en France, au miUeu de circonstances si difficiles, départis si divisés, et en face d'une conspiration systématique et raisonnée sur quelques points , instinctive sur un plus grand nombre d'autres, un régime si nouveau. Elle s'était donc enivrée du bruit de ses paroles , avait cherché les questions populaires, grossi les petits faits, en ne laissant échapper aucune occasion de faire du bruit et de se bien poser devant le public aux dépens du gouvernement, sans s'inquiéter de savoir si elle ébranlait ce gouvernement à la durée duquel était attaché ce régime représentatif auquel elle tenait tant.
La haute direction manquant dans les régions politiques , les partis, qui ne se sentaient ni contenus ni guidés, se précipitèrent sur la scène, et se servirent de la tribune et de la presse pour se porter des coups furieux, en blessant à l'envi le pouvoir, qui se trouvait, par la force des choses, interposé entre eux comme une barrière impuissante qui n'arrêtait per- < sonne et que tout le monde insultait.
Les royalistes d'ancienne et de nouvelle date, car, lorsqu'un pouvoir nouveau arrive, il y a bien des intérêts qui antidatent leur dévouement, et ce dévouement delà dernière heure n'est ni le moins bruyant ni le moins intolérant, trouvaient en général avec raison que la Charte avait été faite avec une précipitation fâcheuse , qu'on avait à y regretter des lacunes, et qu'il y avait telles de ses dispositions qui auraient dû être modifiées ou efiEa-
554 SESSION DE 1814. — CONGRÈS DE VIEmCE.
cées. 11 y en avait peu qui comprissent le service qu'elle renéiit
par cetlc puissance d'une chose convenue , au milieu d*ae
situation où tout semble en litige. Beaucoup d*entreeux «Trn-
taient aussi de Talfectation que mettaient les deux honuw
les plus iniluents du ministère, M. de Montesquiou et M. le
Blacas , à dédaigner et à négliger tout ce qui portait TaUiek
exclusive d*un royalisme antérieur à la Restauration. Les»
nistres espéraient ainsi se rendre populaires dans la piitieb
plus nombreuse de la nation, et ils disaient, avec une affecttlki
que ne justifiaient pas toujours leurs démarches et leurs KlKf
que ce qu'ils préféraient à tout c'était la capacité. Le RdiÉh
risait, par des paroles répétées de proche en proche, ratûifc
de son ministère sur ce point. Il croyait que les ro)'ali&tfi|i
longtemps exclus des affaires, n'étaient ni capables ni fir
sants, et, en se mettant sur ce terrain, il espérait se condkr
le gros de la nation. Parmi les royalistes, les plus déaôlé-
ressés blâmaient cette politique , parce qu'elle livrait les dedî-
nécs de la monarchie à des hommes, selon eus , peu sûrs. I y
en avait aussi chez qui les intérêts pei*sonnels, vivement eiciltt
par Vavénement du nouveau régime, mettaient dans leurs cn-
tiques exces^i^es Tamertume que laisse une déception iai'
tendue. De là ces vives polémiques dans lesquelles tAis b
souvenirs irritants, toutes les plaies saignantes depuis IW
étaient passés en revu<? avec une acrimonie toujours croisMÉSi
Tandis ({ue la passion royaliste était évoquée d*uncAtè,b
passion révolutionnaire s'enflammait de l'autre , et la goM
civile éclatait dans les idées. Les hommes qui avaient consenè
les théories les pkis accréditées dans la Constituante de ITB
ne les trouvaient pas assez complètement réalisées ptf li
Charte de 181 1. Ile là un premier sujet de récrimîoalML
Mais la plupart (Fentre eux , au lieu d'attaquer la Chartti
cherchaient à Tétendre et à l'exagérer dans le sens ds ta5
idées, en la connnentant : « Je trouve dans la Charte, dkii