SITUATION A LA PIN DE DÉCEMBRE
qui s'obtient, mais ne se commaDde pas. Ils portaient dans ces petites vanités la force de leurs passions, et ne pouvaient pardonner aux hommes de l'ancien régime l'avantage que leur donnaient la grâce et Thabitude des bonnes manières d'autrefois S et cette supériorité indéfinissable qui choqua si profondément madame Roland quand elle compara pour la première fois les députés de la droite à ses amis du côté gauche. Le salon de la duchesse de Saint-Leu, qui était devenu le rendez-vous de la noblesse impériale mécontente , recueillait toutes ces petites jalousies et en attisait les flammes.
Pour remuer les mauvais instincts qui se rencontrent dans la partie la plus grossière de la population des grandes capitales, d^autres incidents ne manquèrent pas. Les princes de la maison de Bourbon se plaisaient à donner à la religion cathoUque des marques de la piété héréditaire dans leur race. Le 15 août 1814, la procession du vœu de Louis XllI avidt eu lieu, après tant d'années d'intervalle, et la famille royale l'avait suivie. Ce fut un sujet de moquerie pour les voltairiens attachés au bureau de l'esprit public de la police de Fouché , et un moyen de décréditer les Bourbons dans l'opinion de cette partie du peuple qui prenait la brutale incrédulité de l'ignorance pour une force d'esprit. Quelques mois plus tard, en jamier 1815, un autre incident fit éclater d'une manière plus marquée encore cette fâcheuse tendance : une actrice d'une grande réputation au théâtre, mademoiselle Raucourt, étant morte, le curé de Saint- Roch refusa à son corps l'entrée de l'église. 11 agissait dans la limite de ses attributions spirituelles , et il ne devait compte de sa conduite qu'à ses supérieui's ecclésiastiques légitimes et
1 . Nous ernprunlons lextuellemcnt celle remaniue à madame de Slaël. tlle ujoule : • Le^ généraux qu'iliuAlraient les batailles gagnée» voulaient Cire genlilâlioiiimes de la chambre, et que leurs Temmes Tussent dames du |>alais. Singulière aiubilioii pour un guerrier qui se prétend le défenseur de la liberté! » [Considéralioin uir ta lUiolution françaiêe.)
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à sa conscience. On cria à Tintolérance; la foule s'ameuti pour forcer les prôtres à introduire le corps dans Téglise, m nom de la liberté religieuse qu'on yiolait dans la personne di curé , en voulant le contraindre à faire une chose qu^il jugoi contraire aux règles canoniques. Ce désordre prit les proportions d'une émeute : le cercueil fut introduit à force de bras dm Téglisc profanée ; une foule considérable s*amassa dans la rae Saint-Honoré , et quelques patrouilles de la Maison-Rouge as purent rétablir la circulation au milieu de la foule qui trait une passion que l'excitation des esprits et peut-être rinter\'ention de partis déjà organisés pouvaient seules eqfiquer. Le ministère , suivant sa funeste habitude , après moir d'abord montré l'intention de faire respecter la liberté rKgieuse et l'ordre , s'alarma quand il vit le mouvement preodie un caractère plus grave. Louis XYIII, cédant aux pertinkiteurs, envoya, dit-on, un prêtre de sa chapelle prononocr quelques prières sur le cercueil de Tactrice. Ainsi force demeura à la multitude qui commandait à TÉglise comme ■ gouvernement : la liberté religieuse et Tautorité civile Hêt dînèrent devant un caprice de la foule. Tout concourait afaiBi dès la fin de 1814, à affaiblir le gouvernement royal à rimérieur, et le sentiment de sa faiblesse et de son instabilité a^* mentait la confiance de ses adversaires.
COXGRËS DR VIKNNE.
Dans les derniers mois de cette année, le congrès de Vienne, réuni pour régler lu situation de l'Europe et opérer entre les grandes puissîuices le pailage des populations et des territoins conquis sur la France et ses alliés, avait commencé ses tu-
M. DE TALLBYRAND A VIENNE. 564
IX. La France n'avait point d'intérêt direct à faire valoir 38 ces négociations ; son sort avait été réglé par le traité de ris signé le 30 mai 1814, qui la réduisait à son ancien ter- >ire du 1" janvier 1792, accru du département du Montjic détaché de la Savoie, et de quelques annexes ; mais elle lit un intérêt indirect très-puissant à exercer, si cela lui était ssible, une action sur l'organisation nouvelle de TEurope. s questions de frontières, d'équilibre et d'influence euromne qui devaient être résolues dans le congrès, ne pouent lui demeurer indifférentes. M. de Talleyrand, négoteur de la convention du 23 avril et du traité du 30 mai, it trop naturellement indiqué pour que Louis XVIII pût Mter sur le choix de son plénipotentiaire. M. de Talleyraiid donc envoyé à Vienne, où il emmena le duc Dalberg, le nte de Latour du Pin, le comte Alexis de Noailles et M. de Bemardière , rédacteur habile de notes et de protocoles, au vail duquel il était habitué.
D'après une clause du traité du 30 mai, signé à Paris Ire huit puissances de forces inégales, TAutriche, TAnîterre, la Prusse, la Russie, la France, l'Espagne, le Portai,-la Suède, le congrès devait se réunir le 1*^' août de la Ime aimée, mais diverses causes en avaient suspendu l'ou- •ture. Pre&que aussitôt après le traité de Paris, au coraîncement de juin 1814, l'empereur de Russie et le roi de usse, réunis à Londres avec le prince de Metternich et lord stlercagh, convinrent de proroger jusqu'au l^ octobre l'ourture du congrès. Lorsque le plénipotentiaire français arriva 'ienne, vers la lin du mois de septembre 1814, l'empereur de issie et le roi de Prusse n'y étaient donc que depuis quelqu(^s irs.
L'histoire, aussi loin qu'on veuille remonter, n'avait jamais
à constater un pareil concours de monarques, de princes
uverains, d'hommes d'État, de plénipotentiaires et d'eu-
Hiit. de Ia RcsUur. I- SC
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Yoyés de toute espèce, réunis pour traiter des intérêts si nombreux, si compliqués, si importants et si divers. Les congifi de Westphalie et dTtrecht n'avaient rien eu de companbk. L'empereur d'Autriche, Tempereur de Russie, le roi de Pnuie, le roi de Bavière, le roi de Wurtemberg, le roi de Danemuk, le duc de Brunswick, le duc de Saxc-Weimai", le duc de Sii^ Cobourg, rélecteur de liesse, le gi-and-duc de Nassau, le gnn^ duc deBadc étaient à Vienne au commencement d^octobrelSlL Puis les plénipotentiaires : pour rAutriche, le prince deHelF lernich et plusieurs diplomates habiles; pour la France, H. de Talleyrand et ses trois collègues; pour la Grande-Bretagne, lord Castlereagh ; poin* la Prusse, le prince de Hardembei^g, k bai*on de Iluniboldt ; pour le Saint-Siège, le cardinal (ionsahi; pour la Russie, le prince de Razuumowski, le comte de Stackelberg, le comte de Nesselrode, le prince de Czaitoriski, M. Capod'Istria; pour l'Espagne, le marquis de Labrador; pour kPoi^ tugal, le comte de Palmella. La Suède avait envoyé le comte de Lœwenhielm; le Danemark, le comte de Bemstorff; la Baviève, le prince de Wrede; les Pays-Bas, le baron de Spœn de Wooi^ stonden et le baron de (jagcrn; la Sardaigne, le marquis de Saint-iMarsan et le comte de Rossi. Tandis que les BourboM de Sicile députaient au congrès le commandeur Ruffo et k duc de Serra-Capriola , Joachim Murât, comme roi de Naplei, s'était fait représenter par le duc de Campo-(!hiaro et le prinee Cariati. La diète hehétique avait envoyé Jean de Rheiuard, J<'an de Montenacli, et Wieland, bourgmestre de Bàle. El outre, chaque canton avait son représentant paiiiculier; plusieurs avaient choisi Laharpe, ancien précepteur de rempereor Alexandre. Tous les Ktats souverains de rAlleinague, an nombre de trente-d(Hi\ ; les villes hbrès, les communautés, de simples particuliei*s mOme , les juifs de Hambourg , de Brème, de Lubeck; h^s catholiques âe Francfort, les juila de l*'rancfoi1, les libraires d'Allemagne, avaient des envoyés au