AUTRICHE ET ANGLETERRE
équivalent en Allemagne. Cet équivalent, Alexandre Tavait trouvé : c'était la Saxe. Le roi de Saxe avait encouru le cas de forfaiture posé dans les déclarations de la coalition. Jusqu'au dernier moment, il était resté attaché à la fortune de Napoléon, et si Tai^mée saxonne s'était séparée de TEmpereur à Leipsick, c'était par un mouvement spontané, indépendant de la volonté de son souverain. Alexandre croyait donc la coali- •tion victorieuse légitimement autorisée à appliquer au roi de Saxe Tarret qu'elle avait prononcé au commencement de la campagne. La Saxe était à la portée et à ki convenance de la Pruôse. Elle lui donnait en Allemagne une îfolidité et une consistance territoriale qu'elle n'avait jamais eues. Aussi le roi Frédéric-Guillaume acceptait-il cette compensation, et marchait d'accord avec la Russie, à la politique de laquelle il était d'ailleurs étroitement lié par le souvenir du passé et l'espérance de l'avenir. Quant au roi de Saxe, Alexandre ne songeait pas à le déposséder sans indemnité. On lui aurait assigné des compensations en lui attribuant sur les bords du Rhin la partie catholique des territoires repris récemment à la France et qui formaient les départements de la Sarr, de Rhin-et-Moselle et de la Rocr, et en lui maintenant pendant sa vie le titre de roi. L'Autriche, appuyée siu l'Angleterre, son alliée naturelle, n'apportait pas au congrès des idées arrêtées sur ce point, mais elle craignait à la fois l'agrandissement de la Prusse, celui de la Russie et le voisinage que l'annexion complète des États saxons à la monarchie prussienne établirait entre la Prusse el l'Autriche. Elle suivait d'un regard déliant cette longue frontière qui de la Silésie à la Bohême côtoyait la sienne, et qui se prolongerait encore de la Silésie jusqu'aux États ottomans , par suite de l'alliance étroite des cabinets de Pétertbourg et de Rerfin. Elle était iu^tinctivement contraire à la réunion de la Pologne sous un sceptre russe. Elle eut donc dès le début des répugnances sourdes contre les plans
d* Alexandre, avant d'avoir des objections exprimées. U ne devait pas lui être difficile de communiquer ses craintes et seF méfiances à TAngleterre, qui regardait déjà la Russie comiM une rivale, à cause de ses prétentions sur TEmpire ottoiBaiL L'entente préalable existant entre rAutriche et l'Angjetem sur les affaires d'Italie les prédisposait à s'entendre sur ïah ganisation du nord de TEurope. En Italie, rAutriche désirÉ au début le maintien de Murât sur le trône de Naides, pam qu'elle prévoyait qu'un roi de si fraîche date, étrangferai pays et si mal assis , ne pourrait opposer aucun obslack i l'agrandissement de la puissance autrichienne dans le nori de la Péninsule it^ilique. Aussi ambitieuse dans le Midi qu*elr accusait intérieurement la Russie de l'être dans le Nord, l'Aitriche comptait étendre ses agrandissements. Les Légatîooi, cette portion du domaine du saint-siége, n'étaient pas mCv à l'abri de ses convoitises. L'Angleterre était favorable à projets, parce que la séparation de Naples et de la Sicile vait sa politique, et que la diminution de la puissance tCBporello du pape entre toujoui*s dans ses projets. Elle comptiil exploiter les craintes des Bourbons de Sicile, que le danger toujours imminent d'une expédition tentée par Murât denil livrer à la merci de sa politique et aux spéculations de soi coininerce.
Tels étaient les deux courants, presqu*imperceptihles encore, mais qui, pour les yeux clairvoyants, se dessinaient d^ dans les conversations intimes, dans les réticences encore pkai que dans les paroles, lorsque M. de Talleyrand arriva à Vieoiif. Il y avait quelque chose de séduisant pour la politique fr»çaise dans le plan de la Russie. La reconstitution de la Pologne. menu» sous un sceptre russe, était favorable à ses intérêts pe^ manents; on pouvait prévoir que la Pologne ainsi reconstitoée aurait bientôt s(»s vues et ses tendances propres, et que de deux choses l'une, ou les deux États se sépareraient, et l^Bn-
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rope occidentale recouvrerait ainsi son ancien boulevard, ou la Russie, obligée de prendre en considération les tendances de la Pologne, détournerait de l'Europe occidentale ses vues d'agrandissement, pour les reporter vers T Orient. Dans Tune et l'autre hj-pothèse, il y avait un avantage évident pour la France'. Il ne pouvait en outre lui être indifférent de voir la Pologne, son ancienne et récente alliée, recouvrer Tautonomie politique que comportaient les circonstances générales de l'Europe, et dont le partage de 1772, si souvent reproché à Louis XV coupable de l'avoir toléré, l'avait privée. Enfin, il était d'une bonne politique de marcher d'accord avec la Russie, autant que le permettraient nos intérêts. L'éloignement des deux pays qui n'avaient ni point de contact territorial ni occasion de dissidence et de choc, leur double situation de sur>eillance et d'antagonisme possible avec l'Autriche et l'Angleterre, semblaient les prédisposer à une alliimce que les sentiments de sympathique bienveillance que l'empereur Alexandre venait de témoigner à la France rendaient facile.
La seconde partie du plan de l'empereur Alexandre ne convenait pas moins à la France, à ne considérer que les intérêts purement politiques. Éloigner la Prusse de la frontière de la France sur le Rhin ; acquérir, au heu d'un voisin puissant , hostile au moins momentanément par le souvenir récent des blessures cuisantes qu'il avait reçues de la France, et d'une manière plus durable par la crainte permanente que nous n'eussions encore di^^ vues sur le Rhin, un voisin plus faible comme \o roi de Saxe, sympathique à notre pays par ses souvenirs, et «''prouvant le besoin de notre appui pour maintenir son indépendance vis-à-vis des grandes puissances allemandes, c'était une bonne fortune politique inespérée. Nous ne trouvions pas moins d'avantages à voir la Prusse se constituer d'une manière solide en Allemagne, du moment que les province s (lu Rhin ne s'élèveraient pas entre elle et nous comme
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une pierre d*achoppement. Le seul moyen de raflfranchir dr la tutelle de la Russie et de lui donner une politique propre, c'était de lui donner une existence forte et indépendante. Les États qui sont en voie de formation ont toujours dans levi allures quelque chose de fiiible et d'inquiel. Il convenait m outre à nos intérêts de ne pas laisser prendre à rAutrirheoK prépondérance exclusive en Allemagne, et le véritable mojci de balancer son influence était d'augmenter celle de la PniM
Malheureusement, il y avait des questions de principes il de sentiment qui, luttant avec la question politique, roettaiol Itî gouvernement français en désaccord avec la Russie surhi moyens d'exécution de la seconde partie de son plan. Aun»' ment où les Bourbons rentraient en France au nom du prilcipe de la légitimité, il étiiit naturel qu'ils défendissent, te la personne du roi de Saxe, le principe qui les ramenait eumémes. En outre, Louis XYIII, qui regardait les dettes de h France comme les siennes, ne pouvait oublier que ce qu'* reprochait au ri)i de Saxe, c'était d'être resté le dernier fiiHk au drapeau qui était alurs celui de la France, et que la eme de ce roi malheureux était populah'e daus notre pays. Enfii, il y avait entre la maison de France et la maison de Saxedei alliances de famille. Nous nous trouvions ainsi empêchés pv des raisons graves d'adhérer au plan de la Russie, parce qv nous ne pouvions consentir à sacrifler le i*oi de Saxe par attribuer ses États à la Prusse, seule compensation quepÉI accepter celle-ci en échange des provinces polonaises.
La France avait des sujets de disseutiment plus profoail encore avec l'Autriche et l'Angleterre, à Foccasion du phi qu'elles prétendaient réidiser en Italie. Ni l'intérêt de la France, ni la dignité de la maison de Bourbon, ne permettaient d*afrcepter l'étabUssement de la dynastie de Murât à Naples, fi livrait par contre la Sicile à l'Angleterre. 11 y avait là une m^ nace perpétuellt^ pour le gouvernement des Bourbons. N^lv*