‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 184 sur 213 · INSTRUCTIONS DE M. DE TALLEYRAND · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DE M. DE TALLEYRAND

en effet, devenait le point de ralliement et Tauxiliaii^e naturel de tous les mécontents de France, et pouvait servir d'intermédiaii*e entre eux et l'Ile d'Elbe. C'était en outre une diminution morale pour le chef de la maison de Bourbon que de laisser ainsi la plus belle partie du royaume d'un descendant de Louis XIV occupée par le beau -frère de Napoléon. S'il continuait à régner, la puissance fédérative de la France perdait d'ailleurs l'alliance de Naples qui lui devenait plus que jamais nécessaire pour balancer, dans une certaine mesure, la prépondérance que l'Autriche allait exercer en Italie. L'intérêt de la France comme le devoir du Roi très -chrétien devaient le porter également à défendre contre les convoitises de TAutriche les Légations pontificales, encore occupées par les troupes de Murât, et que le cabinet de Vienne voulait s'approprier. Enfin la Sicile, pLicée sous le protectorat de l'Angleterre, devenait une cause d'affaiblissement considérable pour nous dans la Méditerranée. Quant à l'Allemagne, le cabinet de Vienne désirait naturellement l'organiser de manière à avoir les États secondaires et les petits États à sa merci, tandis que la politique traditionnelle de la France était de protéger leur indépendance. Le môme cabinet souhaitait le morcellement de la Pologne pour en avoir sa part, et pour empêcher l'empereur Alexandre de la posséder tout entière. Nous étions au contraire engagés d'honneur comme d'intérêt à procurer, autant qu'il était en nous, à cette j/aillante nation, sinon l'indépendance complète que les circonstances européennes ne comportaient pas, au moins son intégrité territoriale et ses institutions nationales sous le sceptre de la Russie.

M. de Talleyrand arrivait à Vienne avec des instructions spéciales très-sommaires et une grande latitude dans les instructions générales. Il lui était recommandé de tout faire pour obtenir Téviction de Murât du trône de Naples et la reconstitution du royaume des Deux-Siciles en faveur de Fer-

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dinand, et le maintien du roi de Saxe sur son trAne ; il deuit en outre appuyer tout ce qui se ferait en faveur de la PokgMi et, s'il était possible, travailler à éconduire Bemadotte du tite de Suède. Pour le reste, il agirait au mieux selon les inlMl de la France. Louis XYIII, si nouvellement rétabli dans M royaume et demeuré étranger aux a&ires diplomatiques 4e TEurope pendant ces dernières années, n*avait pas la Rétention de donner des directions à Thomme qui passait pov connaître le mieux TEurope, qui avait la pratique des gnaàê affaires et des intelligences nouées avec toutes les chanodleries. Le prince de Talleyrand allait donc être à Yienne h suprême régulateur de la politique française.

Malheureusement ses tendances étaient autrichiennes A anglaises, et comme il mettait ses intérêts et ses passions dw la politique, les derniers rapports qu'il avait eus avec Tmf pereur Alexandre qui, après lui avoir montré une gmâl bienveillance, avait conçu pour lui des sentiments tout tf^ rents sur la lin de son séjour en France, achevaient de h pousser dans cette voie.

Il eut en arrivant un premier obstacle à vaincre. Les quÉtoi grandes puissances signataires du traité de Chaumont auîal décidé, à la majorité, par un protocole du 22 septembre 181(i qu'elles tiendraient des conférences préalables à quatre, smt r Angleterre, T Autriche, la Prusse et hi Russie, et que, dans eei conférences, elles feraient 1^ distribution des territoires enbfb à la France ou à ses alliés ;qu'après un parfait accord à cesifi^ elles devaient entrer en conférence avec les plénipotentisii de France, de Suède, de Portugal et d*Espague. Elles valent cette résolution en alléguant qu*il y aurait de giSM inconvénients à discuter chaque question avec un ""'^M**^ qui favoriserait tel ou tel souverain d*après ses vues paitinn licres, ce qui exciterait les petits princes d'Allemagne à fecw mencer ces manèges et ces intrigues qui avaient produit hl

DIFFlCULTiS PRÉJUDICIELLES. 575

malheurs des dernières années. Les anciens coalisés oubliaient deux choses : la première, c'est que depuis qu'il s'agissait de partager le butin de la victoire, au Ueu d'être des alliés ils n'étaient plus que des compétiteurs en présence, et qu'il leur serait bien difficile de se mettre d'accord sans un tiers arbitre ; b seconde, c'est que la France, matériellement désintéressée dans les questions qui allaient s'agiter, puisque son sort était fixé par le traité du 30 mai, était parfaitement préparée à ce rôle. Lord Castlereagh n'avait point admis le principe du protocole du 22 septembre 1814, ce qui permit aux plénipotentiaires de France et d'Espagne, instiiiits de cette résolution fêor une communication clandestine, de protester contre cette détermination'. Ils objectèrent que la qualification de puis^ êofices alliées, restreinte aux quatre signataires du traité de Chaumont, avait cessé d'être apphcable depuis le traité de Paris du 30 mai 1814. a La dénomination d'alliées que s'attribuent réciproquement et exclusivement quelques puissances, disait le prince de Talleyrand dans une première note , est tombée de plein droit par le seul fait de la paix générale ; elle est inutile, elle est surannée maintenant. Injurieuse au roi de France qui n'y était pas compris, elle ne saurait être reconnue par son ministre. Il n'existe aujourd'hui qu'un congi'ès européen auquel

1. Noa< pui«ou8 ces détails dans un écrit publié en I84U par M. le marquis de Labrador, à Paris, sous ce titre : Mélanges sur la vie publique et privée du mar' qmii de Labrador. M. de Labrador était, on l'a vu, plénipotentiaire del'Espagne au congrès de Vienne. « Les plénipotentiaires étaient réunis depuis Tort peu de Jours, dit-il, lorsque M. de Labrador découvrit que l'Angleterre, la Russie. la Prusse et TAulriche avaient signé entre elles une convention amicale dans laquelle on stipulait que, pour ce qui avait rapport aux affaires générales , on ne ferait aucoDe attention aux réclamations de la France et de l'Espagne... M. de Talleyrand prétendit que la bonne Toi de M. de Labrador avait été surprise, et que •ans doute il avait payé fort cher une fausse communication qui ne méritait aucun crédit. Par un liasard singulier, M. de Labrador a\ait l'original de la con- ▼entinn signée par les chefs des quatre cabinets désignés. M. de labrador fit voir à M. de Talleyrand cet étrange document et le laissa maître d'en prendre copie. • (Voir l'écrit ci-dessus indiqué, page Z&.)

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toutes les puissances sont appelées à concourir dans une mène indépendance de tout lieu particulier et dans un seul iDtM de justice et de paix. » Les coalisés s'étant appuyés sur k texte du traité de Chaumont, M. de Talleyrand s'arma de lei termes mômes en montrant que c'était « un instrument de guerre, une convention comminatoire à Tusage des agreasevi et périmée par la paix. »

Après quelques notes échangées, on finit par fûre droit, ■ moins dans la forme, à cette réclamation. Le 5 octobre, « tomba d*accord que les plénipotentiaires de France, d'Espagne, et aussi de Portugal et de Suède, en leur qualité de cosigiitaires du traité de Paris, prendraient part aux conféreoM préliminaires. On déclara le 8 octobre que l'ouverture du séances générales serait différée jusqu'au l*' novembre, poor laisser aux communications libres et confidentielles des plévpotentiaircs de toutes les puissances le temps de conduire ki questions à un degré de maturité qui en faciliterait la schitioai Une conférence centrale et préparatoire se trouva donc fomie de M. de Mctteruich pour l'Autriche, de lord CastlereagfapOT l'Angleterre, du comte de Nesselrode pour la Russie, du prive de llardembcrg pour la Prusse, du prince de Talleyrand pw la France, du marquis de Labrador pour l'Espagne, du cook de Lœwenhielm pour la Suède et du comte de Palmella pw le Portugal. Cette première déclaration du congrès produMl une certaine émotion en Europe. On croyait généralemert que les puissances arrivaient avec des décisions arrêtées, avant leur entrée à Paris; on apprenait le contraire. On que les souverains avaient obtenu de Louis XYIII la promeM de tout accepter sans discuter ; cet espoir, malveillant peff la France, recevait un démenti.

Le prince de Talleyrand avait proposé dans les séances pn^ ticulii'ies des 3 et o o(;tobre que les plénipotentiaires des M puissances, signataires du traité de Paris, formassent

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