ABOLITION DE LA TRAITE DES NOIRS
ment posées : Comment serait constituée TMemagne? comment serait constituée l'Italie ? En remontant vers le nord, que ferait-on de la Pologne ? Par quels principes et quelles garanties défendrait-on les États de second et de troisième ordre contre les abus de domination dont une expérience récente enseignait le danger? Enfin, comme il arrive quand de grandes assises européennes viennent à s'ouvrir, toutes les questions qui pouvaient ressortir de ce haut tribunal convoqué à Vienne y étaient apportées *. Lord Castlereagh ne perdit pas un moment pour le saisir de la question de Tabolition de la traite des noirs. Depuis 1787, époque de la première motion de Wilberforce au parlement, c'était une de ces grandes thèses d'humanité qui ont le privilège de passionner l'Angleterre. Le peuple anglais, c'est un des nobles côtés de sa nature, une fois sous le coup 'd'une de ces passions généreuses, impose à l'intérêt particulier les sacrifices nécessaires pour faire prévaloir la cause de la vérité et de la justice ; mais en même temps , par une conséquence du génie essentiellement pratique de l'Angleterre, l'intérêt particulier, se préparant d'avance à un sacrifice prévu, finit par trouver un avantage à le faire, pourvu que les autres nations soient obligées à suivre l'exemple donné par la Grande-Bretagne. Les choses en étaient à peu près arrivées à ce point, quand lord Castlereagh saisit le congrès de la question deTabofition de la traite. L'Angleterre se préparait depuis
1. Il n'y eut pas jusqu'à la question du rétablissement de l'ordre de Maliu qui fut introduite par le comte de Lœwenhielm , ministre plénipotentiaire dr Suède, probablement à l'instigation de la Russie. Il invitait le congrès à demander à l'Espagne la cession de l'ile Minorque pour y établir cet ordre. Le marquis de Labrador rappela que les chevaliers de Malte avaient livré leur fie sans la défendre à Bonaparte, qui n'avait ni les moyens, ni le temps de la prendre. Il ajouta que si, malgré cela, l'on voulait rétablir l'ordre, il fallait le rétablir à Malte qui lui avait été cédé autrefois par l'empereur Charles-Quint, et que si l'ADgleterre n'était pas d'humeur à rendre cette Ile, elle pouvait donner à rordre un bon port et un territoire en Irlande. Celte plaisanterie Ut tomber la luropoiiUon.
vingt-sept ans à cet acte, et la France, TEspague et le Portugal, les trois seuls pays représentés au congrès qui eiusent des esclaves dans leurs colonies , se trouvaient pris au dépourvu par la proposition de l'Angleterre. Pour satisfaire lord Castlereagh, qui mettait à la fois dans la solution de cette question toute la vivacité d'un point d^honneur national ft toute Tardeur d'un intérêt commercial, on convint d*UDe déclaration préîdablc de toutes les puissances , et elle fut rédiger par M. (icntz, premier secrétaire du congrès '.
Quoique les quatre principales puissances coalisées coutR Napoléon eussent admis la France à figurer comme elles dansLi commission des cinq sur le pied de l'égalité, il est facile àt comprendre quetoutes les questions sur lesquelles rAngletem, TAutriche, la Prusse et la Russie s'étaient mises préalaUement (1 accord se trouvaient par le fait résolues. Il y avait d*aboid des populations qui rentraient sous le sceptre de leurs prinoe? légitimes. La Savoie et le Piémont retournaient au roi deSu*daigne, auquel on donnait en outre l'État de Gènes. La Lobhardie était replacée sous la domination de TAutriche, qui acquérait Venise. Le Ilanowe, agrandi de quelques annexes^ étidt érigé en royaume en faveur de la maison royale d*A^gi^ terre. La Norwége était réunie à la Suède, en vertu d* une promesse laite à Bernadotte et comme compensation de la Finlande et de la Bothnie, que gardait la Russie. Puis Fidée déjà ancienne de l'érection d'un royaume hoUando-belge destiné i servir de barrière contre la France était adoptée. Nousn*avioib rien à voir dans toutes ces dispositions, prises par les vainqueurs sans nous, quelques-unes contre nous.
(]r n'était que dans les questions où les quatre
I . M. lie l.al)ra(lur, en duiinant ces détails daus récrit plus luilK dlé , qu ; lord ('.a^llcreagh « laisail tenir souvent deux ^céancft pir Jonr, poar lopp.'r son thème favori de l'abolition qu'il voulait fUre prononeer inr^nt. ■ (Page 87.)
PRINCIPE DE LéGITIMITÉ POSÉ PAR M. DE TALLEYRAND. 58f
anciennement coalisées ne se trouvaient pas d'accord, que l'action du plénipotentiaire français pouvait s'exercer utilement.
Dès le premier abord, M. de Talleyrand, sans beaucoup î?'inquiéter de ses précédents qui s'accordaient mal avec la thèse nouvelle qu'il développait, se posa, avec cette aisance de grand seigneur qu'il portait dans les congrès comme dans les salons, sur le terrain du principe de la légitimité , auquel le retour des Bourbons en France venait de donner une solennelle consécration. La force matérielle lui manquait^ il s'empara de la force morale, qui joue toujours, quoi qu'on en dise, un grand rôle dans les affaires humaines. En s'établissant sur re terrain pour protéger le roi de Saxe dont il prit la défense, il atteignait un double but, car il menaçait par là Murât sur le trône de Naples , et en même temps , considération qu'il n'avait garde de mettre en oubli, il se rendait agréable h Louis XVIII. a La légitimité, disait-il, était une condition >upréme du pouvoir royal, qui n'avait pas eu de nom alors qu'elle existait par un fait continu, et qu'elle allait, pour ainsi dire, avec la nature, mais qu'il fallait bien m«iintenant nommer et définir après qu'elle avait été si fatalement interrompue. Le repos de l'Europe était à ce prix. Il falliiit désormais reconnaître l'imprescriptibilité de la souveraineté , personnifiée pour chaque nation dans une famille. L'épreuve de la doctrine contiaire avait été faite d'une manière assez dispendieuse pour rhumanité. Le principe de la transmission légitime devait être partout remis en honneur, pour l'inviolabihté des faibles, et même la sûreté des puissants, qui ne sont pas sûrs delV^tre toujours '. »
Ce principe une fois posé dans une réunion de plénipotentiaires dont les souverains avaient trop d'intérêt à le reconnaître pour le contester ouvertement, M. de Talleyrand arrir