‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 26 sur 213 · I. Mémoires du duc de Raguse, tome V« page · texte numérisé non relu

I. Mémoires du duc de Raguse, tome V« page

de Soissons. L'Enipereur n'apprit qu'à Fismes, entre Soissons et Reims, dans une position à cheval sur la route qui relie ces deux villes, la prise de la première, sur laquelle il comptait pour arrêter les Prussiens. Le plan dont il poursuivait l'exécution est manqué, les Prussiens lui échappent. Pour les suivre, il faut qu'il s'écarte encore de sa position centrale entre la Marne et la Seine, qui lui a permis jusque-là, et encore au prix de marches prodigieuses et de fatigues surhumaines, de se porter successivement sur les points menacés, soit par l'armée prussienne, soit par l'aimée autrichienne, aujourd'hui sur la Marne, demain sur la Seine. L'armée française se trouve transportée aux débouchés des Ardennes.

Que se passe-t-il, pendant ce temps, au congrès de Chàtillon, aux conférences miUtaires de Lusigny, devant Troyes ? Quelle est la situation du faible corps de troupes laissé, dans cette direction, devant la grande ai'mée de Schwai'zenberg? Ces préoccupations assombrissaient les esprits et les visages dans les bivacs français. Cependant Napoléon ne veut pas être venu jusque-là sans infliger un échec à l'armée prussienne. 11 pousse plus avant encore son mouvement pour l'atteindre, laisse Fismes derrière lui, passe l'Aisne à Berry-au-Bac, à l'endroit où la route de Reims à Laon traverse cette rivière sur un pont, envoie des courriei's jusqu'à Mézières, Verdun et Metz , avertir les garnisons de l'approche de son tu'mée et leur prescrire de se mettre en mouvement pour fermer les routes aux corps qu'elle poursuit.

C'est évidemment le plan qui a manqué à cause de la reddition de Soissons qu'il veut transférer de l'autre côté de r Aisne, en remplaçant Soissons par Mézières, Verdun et Metz. Le 6 mars , il se met en marche sur Laon ; mais à Corbeny il apprend que l'ennemi vient lui présenter la bataille. Ce sont les corps russes de Winzengerode , de Woronsow et de Sacken, qui s'interposent entre lui et l'armée prussienne pour

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donner à celle-ci le temps de se rallier autour de Laon. Le 7 mars, à la pointe du jour, il engage la bataille de Craonne contre le corps de Woronsow. C'est une de ces batailles disputées et meurtrières qui ne décident rien. Les Russes nous abandonnent, le soir, le champ de bataille couvert de nos morts et des leurs, et se retirent lentement et sans désordre sur Laon, oii ils concentrent leurs forces. L'armée française les suit jusqu'au petit village de Chavignon , situé entre Laon et Soissons, à une égale distance de ces deux villes; mais les Russes ont tenu pendant plusieurs heures pour dé-. fendre la route de Soissons à Laon, afin de donner aux Prussiens le temps d'évacuer Soissons et de les rejoindre. Plus loin, ils nous ont annotés encore à deux lieues de Laon, en défendant la route resserrée entre deux marais qui en font un défilé. Ce n'est que le lendemain, 9 mars, qu'on pourra songer à forcer ce passage , disputé avec ténacité pendant toute la journée du 8 mars. Pendant ces délais, les forces ennemies ont eu le temps de se concentrer. Blticher ne recule plus. Il est plus fort que lorsque Napoléon est venu le chercher aux portes de Meaux. Les forces russes et prussiennes ont fait leur jonction. Bernadotte les a rejointes avec un corps suédois. Bulow forme son centre; les corps de Langeron, de Sacken et de Winzengerode sa droite ; les corps de Kleist et d'York sa gauche. En poursuivant Blticher, Napoléon n'a obtenu qu*un résultat, c'est de le rabattre sur des renforts qui le rendent plus redoutable que jamais '.

Cette pointe sur Soissons, puis sur Laon, n'a donc produit, de ce côté, que de fâcheuses conséquences pour la cause de Napoléon. 11 apprend sur le champ de bataille même de Craonne que les conséquences ont été plus fâcheuses encore

1 . « Attaquer BlUcher quand Tannée du Nord venait de le joindre et que tas forces réunies s'élevaient certainement à cent mille liommes, était folie* • ( moiret du duc de Ragute, tome VII, page 209.)

sur le point dont il s'est éloigné. Une dépêche du duc de Vicence Tavertit que les Autrichiens ont rompu les conférences militaires de Lusigny, dont ils n'avaient plus besoin ; que le congi'ès de ChâtiUon a repris ses séances, suspendues pendant quelques jours. Les coalisés ont signifié au plénipotentiaire français que le projet de traité préliminaire du 17 février 181 4 devait être accepté et ratifié dans un délai de quatre jours au plus, faute de quoi les conférences de Chûtillon seraient rompues, et les pléùipotentiaires retourneraient au quartier général.

Les conditions sont dures. Il faut accepter immédiatement les anciennes limites de la France avant 1792; renoncer à toutes les acquisitions faites depuis cette époque ; reconnaître d'avance les distributions que les puissances coalisées feront entre elles des territoires rétrocédés ; remettre en leurs mains, dans un délai qui ne pourra pas excéder six jours, Mayence, Hambourg, Anvers, dans l'état où ils se trouvent, avec leur artillerie, munitions de guerre et de bouche, etc.; Mantoue, Venise, Palma-Nova, Peschiera, et les places de l'Oder et de FElbe dans l'espace de quinze jours; livrer, comme dépôt et comme gage, les places de Besançon, Belfort et Huningue pour être restituées seulement lors de la signature de la paix définitive. Ce n'est plus une paix discutée, c'est une paix imposée. On la signifie au duc de Vicence, en lui intimant qu'on n'admettra aucune modification qui s'écarte sensiblement des propositions européennes. Si, le 10 mars, la réponse du gou- Ternement français n'est pas arrivée, les conférences de Châtfllon seront regardées comme terminées, et la fortune des armes décidera. C'est un ultimatum à jour fixe.

Le duc de Vicence, en envoyant ces nouvelles, insiste sur la nécessité de traiter sans retard. « S'il répète le mot de paix, dîi-il, c'est qu'il la croit indispensable et même pressante ne pas tout perdre. » Puis il ajoute : « Votre Majesté me

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reproche de voir partout les Bourbons, dont, peut-être à tort, je ne parle qu'à peiue. Votre Majesté oublie que c'est elle qui en a parlé la première dans les lettres qu'elle a écrites ou dictées. Prévoir, comme elle, les chances que peuvent leur présenter les passions d'une partie des idliés, celles que peuvent faire naître des événements midheureux, et l'intérêt que poui^ rait inspirer diuis ce pays leur haute infortune, si la présence (l'un prhice et un parti réveillaient ces vieux souvenirs dans un moment de crise, ne serait pas cependant si déraisonnable, si les choses sont poussées à bout. Dans la situation où sont les esprits, dans l'état de lièvre où est l'Europe, dans celui d'anxiété et de lassitude où se trouve la France, la prévoyance doit tout embrasser'. »

Le lendeniidn, 6 mars, le duc de Vicence écrit encore à l'Empereur : w Je vois tous les dangei^s qui menacent la France et le trùne de Votre Majesté, et je la conjure de les prévenir. Il faut des sacrilices, il faut les faire à temps. Comme à Prague, si nous n'y prenons garde, l'occasion va nous échapper. A Prague, la paix n'a pas été faite, et l'Autriche s'est déclarée contre nous, pai'ce qu'on n'a pas voulu croire que le terme lixé fut de rigueur. Ici les négociations vont se rompre, parce que l'on ne se pei'suade point qu'une question d'une aussi haute importance puisse tenir à telle ou telle réponse que nous ferons , et à ce que cette réponse soit faito avant tel ou tel jour. Cependant, plus je considère ce qui se passe, phis je suis convaincu que si nous ne remettons pas le coutre-prujet demîuidé, et qu'il ne contienne pas des modilicîitions îuix biises de Francfort , tout est lini. Les négociations une fois rompues , que Votre Majesté ne croie pas les renouer, comme on a pu faire dans d'autres occasions. On w veut qu'un prétt'.xte, et, faute de prendre le

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