I . Dcpi^clios du 5 niar
parti qu'exigent les circonstances, tout nous échappera *. » Napoléon était averti par le duc de Vicence dans la campagne de France, comme il avait été averti, avant la rupture avec rAutriche, par M. de Narbonne. Le duc de Vicence demandait des instructions promptes et précises. Fallait-il accepter les conditions posées? S'il fallait présenter un contre-projet, quelles devaient en être les bases? Ni sur ce point, ni sur le premier, le courrier du cabinet, Rumigny, n'emporta les instnictions précises qu'attendait le négociateur français. Il était clair que Ni\poléon ne voulait point accepter le projet des coalisés. Quant à présenter un contre-projet, il s'y refusa, en employant une de ces phrases triviales qui se rencontraient quelquefois dans sa bouche : <( S'il faut recevoir les étrivières, dit-il, c'est bien le moins qu'on me fasse violence. » Sa véritable pensée, divulguée depuis par ses confidents^, c'est que puisque les coalisés avaient hâte de conclure, il fallait différer, tâcher de pénétrer leur pensée véritable, et attendre, pour faire des sacrifices, qu'on vît d'une manière plus claire quelle était l'étendue de ceux que l'Europe exigeait, de peur de lui offrir plus qu'elle n'espérait obtenir.
C'était précisément la disposition que le duc de Vicence combattait dans ses lettres, comme fatale. En arrêtant les négociations. Napoléon n'arrêtait ni les armées ni les événements. Il laissait passer les heures de grâce qui restaient à sa fortune, et, faute de savoir ou de pouvoir descendre, il allait être précipité.
Il avait sans doute l'espoir qu'un retour de succès militaires le placerait dans de meilleures conditions pour traiter. Le lendemain, il devait livrer bataille aux armées prussienne et
1 . Dépêciie du G mars. (Voir ces deux dépAches dans le Manuscrit de 1814 , où elles sont in extenso,)
?. Le baron Fain , dans le Manuscrit de 1814.
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russe réunies devaut Laon. S'il remportait la victoire, k& situations seraient changées. C'était la même erreur qui revenait toujours. 11 y a des circonstances où les victoires ellesmêmes ne changent rien, parce qu'elles ne peuvent être décisives, et que le courant général emporte dans ses grandes eaux tous les incidents paiticidiei's. Cette bataille que Napoléon espérait gagner, il ne put pas même la livrer. Le 10 mars, au matin, au moment où il donnait l'ordre de marcher à rennemi, il apprit que, pendant la nuit, les bivacs du duc de Raguse avaient été sui'pris, et que son coi^ps d'armée était hors d*état de prendre part à l'affidre*. Dans ce moment même, l'ennemi, encouragé par son succès de la nuit, venait attaquer l'armée française. 11 fut repoussé; mais c'est en vain qu'on essaya de le débusquer de la position qu'il occupait devant Laon. Il fallut y renoncer, et se résigner à la retraite.
Ainsi les nMes changeaient. Depuis Meaux, les Pmssiens se retiraient devant nous; à Laon, loin d'être détruits, ils reprenaient l'offensive avec le concours des Russes, et nous contraignaient à nous retirer devant eux. C'était là le résultat auquel aboutissait ce mouvement prolongé jusqu'aux Ardennes, et
1 . Voici rexplicatioii que donne le colonel Fabvicr de ce grave éeliec oà le duc de Uaguso perdit , selon 8c« calcula , de mille h douze cents hommes et quarante pièccfl de canon , et après lequel il fut obligé d'effectuer sa retraite » |iar le déOlé de Fethieux , sur Corbeny : « On doit attribuer notre défaite , 1* à l'inconrcvable disposition de rKuipercur, (lui attaqua avec toutes ses forces per un dénié qu'il ne put forcer, tandis qu'il nous faisait déboucher avec une poignée de monde dans une ])laine immense ; 2° à la faute du général qui abandomii les fermes et le village d'Alys sans combattre; 3" ù la trop grande quantité d'artillerie et à rinexpérlencc d'une partie des soldats qui la servaient (c'étaient dos matelots), et surtout au mauvais emplacement de la grande batterie, qtà n'était paît appuxée; 4** au trop grand désir du maréchal de prendre parte rafTuire (à l'afTaire de la veille : il avait envoyé mille hommes pour tâcher de joindre l'Kmiiereur). A l'entrée de la nuit, quand il put Juger qu'il ne pouvait plus lien et que sa position était des plus critiques, u'aurait-il pas dû regagner le dédié, ou du moins placer toute son artillerie sur la route en amont du petit bois? l.a retraite aurait pu alors s'eiïei'lucr sans pertes. » {Joumal des opérù" liofix du xUièhic corps , page 52.)
qui avait éloigné l'armée française de la position centrale de ges opérations, située entre la Marne et la Seine. II faut que le duc de Trévise défende avec énergie Soissons, pour laisser le temps à l'armée française d'opérer son mouvement de retraite^ et Napoléon doit marcher en personne pour reprendre Reims, qui vient d'être occupé par un nouveau corps d'armée russe, afin d*empécher la position du duc de Trévise à Soissons d'être tournée , et les communications entre l'armée prussienne et Famiée autrichienne d'être rétablies.
HALTE DE NAPOLÉON A REIMS.— SA SITUATION A LA MI-MaRS 18 14.