M. de Tanxia appartenait au culte protctUnt
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qu'une voix s'écria : a Ouvrons les bras au prince, et chassons l'Anglais à coups de fusil. » Lord Beresford lut sur les visages le fâcheux effet de ses paroles et se hâta d'ajouter qu'il entrerait dans Bordeaux comme dans une ville amie. Le cortège se mit alors en marche vers la \ille. M. Lynch précédait de cent pas le maréchal Beresford. Une collision faillit s'élever au moment où il entrait dans Bordeaux. Deux compagnies de h garde urbaine, choisies, autant que possible, par les autorités impériales, parmi les partisans de l'Empire, et commandées surtout par des officiers bonapartistes, étaient en bataille sur h place d'Aquitaine. M. de Martignac, déjà célèbre parmi les avocats de Bordeaux, était à leur tête. A la vue de M. Lynch, revenant avec la cocarde et l'écharpe blanches, elles mirent en joue le cortège; trois ofliciers royalistes, qui étaient dans le secret du mouvement , firent relever les fusils , et le maire put rentrer dans Bordeaux sans qu'aucun conflit ensanglantât la journée. 11 conduisit lord Beresford à l'hôtel de ville, où l'attendait M. TaSard de Saint-Germain. Celui-ci, en qualité de commissaire du roi , confirma le maire et les adjoints dans leurs fonctions, et harangua le général anglais. Lord Beresford, froid, soucieux et embarrassé, répondit par quelques paroles sans suite.
Cette scène pénible se prolongeait, lorsque le duc de Guiche arriva , annonçant que dans deux heures le duc d'Angoulême serait à Bordeaux. Lord Beresford se retira dans le logement qui lui avait été préparé, et M. Lynch avec ses adjoints, portant cette fois les clefs de la ville , qu'il n'avait pas voulu présenter au général anglais , se dirigea vers les portes de Bordeaux, précédé, entouré, suivi d'une foule immense.
L'arrivée du duc d'Angoulême venait comme une diversion utile. Cotte population méridionale se précipitait avec l'ardeur de son sang, de son caractère et de son cUmat au-devant du prince : la joie tenait du délire. On s'embrassait, on pleurait,
6D se jetait à genoux ; il semblait que tous les maux de la France fussent finis, «t Celui-là est de notre sang! » criait-on. Le duc d'Angoulême, objet de tous les regards, s'avançait au milieu de ces mains étendues, de ces acclamations enthousiastes qui semblaient vouloir élever jusqu'au ciel l'expression de l'allégresse publique. C'était à qui toucherait ses habits ou son cheval. Il fut, pour ainsi dire, porté dans la cathédrale, sur le seuil de laquelle l'archevêque ^ entouré de son clergé , l'attendait pour le conduire à l'autel. Sa première visite avait été pour Dieu, sa seconde fut pour Bordeaux, qu'il alla remercier dans son hôtel de ville. Il y prit le gouvernement de la province au nom de Louis XVIII, et l'on répétait avec ivresse dans la foule les paroles qu'il y avait prononcées : « Plus de guerre, plus de conscription, plus de droits réunis, plus d'impôts vexatoires. » C'était le résumé des vœux généraux de la France et des vœux particuliers de Bordeaux. Le soir, à la lueur des illuminations générales, on lisiiit une proclamation de M. Lynch, qui félicitait ses administrés d'avoir les premiers donné un grand exemple à la France.
Trois jours après, le 15 mars, le duc d'Angoulême remerciait, dans la proclamation suivii9t>e, les Bordelais de leur chaleureux accueil.
« Ce De sont pas les Bourbons , disait-il , qui ont aUiré sur votre territoire les puissances alliées ; elles s'y sont précipitées pour préserver leurs États de nouveaux malheurs. Comme elles sont convaincues qu'il n'y a de repos pour leurs peuples et pour la France que dans une monarebie tempérée , elles ouvrent les voies du trône aux successeurs de saint Louis. Ce n'est que par vos vœux que le roi mon oncle aspire à être le restaurateur d'un gouvernement paternel et libre; jusqu'à cette époque , il ne veut rien innover dans la forme de votre administration. Gomme lui , satisfait de vos vœux et de votre amour , je déclare que rien De sera changé par moi ; seulement , j'aime à vous répéter que ma plus consolante mission est de proclamer, au nom du roi , qu'il n'y aura plus de conscription ni d'impôts odieux; que la liberté des cultes sera maintenoe ; que le commerce et l'industrie , véritable source de la prospérité
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publique , seront encouragés ; qu'il ne sera porté aucune atteinte à là propriété des domaines qu'on appelait nationaux. Si je n'ai pas dû re* tenir le premier élan de vos âmes , je dois tous conjurer, ô Français ! de TOUS abstenir de tout esprit de parti y et d'éviter ainsi un malheur pire encore que la tyraimie. »
Ainsi parlait le duc dWugouléme, et ses paroles étaient confirmées par ceUes do .M. Lmué, qui aviût accepté les fonctions de préfet provisoire du dépiirtement. Son allocution se terminait ainsi : « Sous des princes dont le cïiractère est pour la nation une garantie plus grande encore que les institutions politiques et libérales qu'ils veulent consticrer, nous pouvons enfin jouir avec sécurité d'une sage liberté et de l'exercice de nos facultés, de notre industrie, et, s'il est permis de le dire, de la liberté de famille et du bien-être de la conscience. »
Tels étaient les événements qui s'étaient accomplis vers la moitié du mois de mars, pendant que Napoléon, obligé de renoncer à entamer les Pnissiens, séjournait à Reims.
Ce n'est pas le seul dommage qu'ait éprouvé la cause impériale : les nouvelles de Lyon sont mauvaises, l'armée que le maréchal Augereau commande dans cette partie de la France, et sur laquelle l'Empereur comptait pour seconder ses mouvements, se trouve en ce moment tenue en échec. Elle a suivi trop loin le comte de Bubna , qu'elle a obligé de se renfermer dans Genève ; mais, pendant ce temps, deux corps, détachés de la grande armée autrichienne, et commandés par les généraux Riîmchi et Uesse-IIombourg, se sont dirigés à marches forcées sur Dijon , pour occuper les routes de la Saône et protéger l(»s armées coalisées qui opèrent à l'intérieur. Les communications a^ec Augereau sont interceptées. Murât qui, depuis le mois de novembre 1813, avait ouvert des négociations avec rAutriche et l'Angli^terre, a passé aux coiilisés le 6 janvier 1814; il a livré la flotte de Naples aux Anglais, et, le H janvier de la même année, il a signé avec les Autrichiens
un traité en vertu duquel il marche contre le prince Eugène , vice-roi d'Italie. Le temps où celui-ci aurait pu se replier sur la France est passé. Eugène, menacé par Murât sur le Taro, par les Autrichiens surleMincio, ne peut plus détacher aucun secours pour fortifier l'armée de Lyon qui , à son tour, ayant en tête le général Bubna, qui occupe Genève, et, en queue, les généraux Hesse-Hombourg et Bianchi, qui occupent Dijon, ne peut envoyer aucun renfort à Napoléon. Dans le sud-ouest de la France, lord Wellington, franchissant notre frontière après la bataille d'Orthez, a suivi , on Ta vu , le maréchal Soult sur- Toulouse.
Ainsi, ni du côté des Alpes et de Lyon, ni du côté du Rhin, ni du côté des Pyrénées, Napoléon n'a de secours à espérer. Dans deux de ces directions, les Alpes et les Pyrénées, il y a des armées qui s'observent et s'équilibrent, quoique l'avantage soit aux coalisés ; sur la troisième, le Rhin, le chemin reste ouvert, et de nouveaux flots d'ennemis pénètrent en France. Pendant que hors de la France et sur les frontières les armées se neutralisent, les coups décisifs vont être portés dans la campagne de l'hitérieur. Au dedans, le drapeau blanc est relevé k Bordeaux, où se trouve le duc d'Angoalême; la présence du €omte d'Artois à Vesoul a été signalée. Les prévisions du duc de Vicence commencent à se réaliser : l'extrémité des souffrances de la France et la gravité toujours croissante de la crise font songer à la maison de Bourbon. A Troyes, le sang royaliste a coulé pour eux. L'Ouest s'émeut, ses bois se peuplent de réfractaires ; la hgne de la Loire, cette seconde ligne de défense de la monarchie française, menace de faire défaut à l'Empire, trop nouveau pour être incontesté.
Tandis que l'Empereur exécutait contre les Prussiens cette pointe qui, loin d'améliorer sa situation, achevait de la compromettre, les coalisés avaient signé le traité de Chaumont. Danb ce traité, conclu à la date du l'"^ mars, et motivé surtout
par les conférences de Lusigny, qui avaient fait craindre que FAulriche ne traitât isolément, les quatre grandes puissances prenaient les engagements suivants, dans le cas où Napoléon refuserait d'accepter la paix sur les bases proposées le 17 février, c'est-à-dire les limites de la Fnmce avant la guerre de 1792 : « L'Autriche, la Prusse et la Russie tiendraient en campagne active chacune cent cinquante mille hommes, et rAngleterre fournirait un subside de cinq millions sterling (cent vingt* cinq millions) jusqu'à la fin de la gueiTe ; aucune négociation séparée n'aurait lieu avec l'ennemi commun ; la guerre serait poursuivie avec un parfait concert, jusqu'à ce qu'on fût arrivé au résultat désiré . »
(l'était l'Angleterre qui avait pris l'initiative du traité de (Ihaumont. En se résolvant à doubler les subsides, portés à cinq millions sterling, elle déjouait la tentative faite par Napoléon pour obtenir la couser\'ation des ports et des côtes de la Helgique, y compris Anvers, question capitale pour le cabiuet de Saint-James , qui avait fait tant d'effoits aiin de nous enlever cette redoutable position d'offensive. Plus on marchait, plus la partie se nouait étroitement entre les coalisés. Du côté de l'Europe, les Umites de 1792 devenaient une condiiïon sine gua non de paix, et Napoléon étant encore résolu à ne pas les ac* reptrr, la continuation de la guerre et, par suite, la rupture (1rs ronrér<»nc(»s de Chàtillou, devenaient inévitables.
Depuis le commencement de cette campagne, Napoléon éuiit obligé d'abandonner l'utile pour courir à l'essentiel. Les Prussiens, loin d'être détruits, s'étaient fortiliés en se rapprochant dr Iruis n»nfurts; il fidlait renoncer à les attaquer. S'ils n'étaient pas vaincus, ils étaituit du moins éloignés de Paiîs; il devi»nait urgi^nt de inarchi»r aux Autrichiens qui s'en rappix)chaient. Le plan de Napoléon est Av prendre leur armée en (iueu(»; il trou>e s<»s forces trop p<*u nombreuses pour les attaquer de front. Pour exécuter c«» n^ouvemeiit, l'armée française
SITUATrON A LA MI-MARS 181 4. fy
86 mettant en marche le 17 mars au matin, se dirige presque en droite ligne du nord au midi, de Reims sur Méry, en passant par Épernay et par la Fère-Champenoise. On suppose, en effet, que l'armée du prince de Schwarzenberg est arrivée à Nogent. Le corps d'armée du prince de la Moskowa, qui doit seconder le mouvement de Tarmée impériale, suivra la grande route de Châlons à Troyes. Le rendez-vous général est sur les bords de l'Aube.
En prenant ces dernières dispositions , Napoléon écrit à son firère Joseph pour lui enjoindre de faire sortir de Paris l'Impératrice et son lils à la moindre apparence de danger, et de les envoyer avec les ministres sur la Loire * . 11 ne peut se dissimuler que le mouvement qu'il commence contre les Autrichiens laisse la route de Paris ouverte à Blttcher, qui envoie des partis jusqu'à Compiègne. C'est là le vice de sa manoeuvre, et peut-être plus encore le vice de sa position : il ne couvre Paris d'un côté qu'en le découvrant de l'autre. L'ordre qu'il donne d'en faire sortir, à la moindre apparence de danger, Marie-Louise et le roi de Rome, indique d'avance qu'il ne compte pas sur la défense de cette ville, et contribue à la livrer. On ne conserve point les capitales que l'on quitte. Quoi d'étonnant si les motifs qui décident Napoléon à faire sortir sa femme et son lils de Paris décident ceux qui ne peuvent en faire sortir leurs femmes et leurs enfants à se rendre ?
Le duc de Trévise demeure à Reims avec son corps d'armée , augmenté de deux mille chevaux , et il doit combiner ses opérations avec le duc de Raguse, dont Tinfanterie se rallie à Berry-au-Bac , sur l'Aisne, un peu au-dessous de Craonne; la cavalerie sur la Suippe, un des affluents de TAisne. Leur mission est d'arrêter, le plus longtemps possible, les masses des coaUsés prussiens, nisses, suédois,