‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 33 sur 213 · SUR PARIS · texte numérisé non relu

SUR PARIS

Nous avons pris jusqu'ici notre point de vue dans les conseils de Napoléon ; le moment est venu de pénétrer dans le conseil des coalisés, et de voir quels projets y étaient agités pendant qu'il commençait cette dangereuse manœuvre. Les souverains étaient entrés sur notre territoire sans parti pris contre Napoléon; ils n'espéraient pas le renverser, ils ne le désiraient pas. Toute leur ambition se réduisait à diminuer sa puissance et à lui ôter les moyens de troubler la paix du monde, en ramenant son empire à des proportions plus étroites et en organisant territorialement l'Europe contre lui. La pensée du retour des Bourbons ne leur était pas venue. Us ne le croyaient ni désiré, ni désirable, ni possible. Le 22 janvier, l'empereur Alexandre, en entrant à Langues, disait à son hôte le baron de Chalancey, qui cherchait à lui suggérer cette pensée, que « la France ne désirait point le retour des Bourbons, et que les souverains coaUsés n'avaient point le projet de favoriser leur rentrée en France *. » Comme M. de (Ihalaneey insistait en disant que les Français verraient avec bonheur les Bourbons régner sur la France Alexandre reprit : ce Vous le désirez , un certain nombre de gentilshommes comme vous peuvent le désirer aussi ; mais je suis convaincu que la majorité de la France ne veut pas des Bourbons, le peuple surtout n'en veut pas. » Alors un ouvrier menuisier, qui achevait de monter un lit dans ndcôve où devait coucher Alexîuidre

I • Ce fait et les détails qui «uivei.l nous ont été communiqués et certiliéspar M. Théodore de S.-F., neveu de M. de (Chalancey.

7* ■;»?▼£ Z'T l'rYriKE

•"•^^ : :"::M'7 -v!*-- . r- .'-rlr^* ^i^-::--::* : - Sii^. dît-il à IVm-

;^-'.-i.». \. ♦,- :r-ij--z y:- ■- !•- :z'*:r: L- ^^u: r^a? du retour dvï^ lVii;f ?-.!.■-: ir -»;> îj:: ^-.ii^Tr •■ïj^TÎ-r-r. i«r!v- de plusîeurs enf ..'i*-. ' - T:' îi j'i-^ rr:»^ hr-.- > 'îr .--.ini-r leur v^ et le mien; **i: fi'iii* ^ivîiî:-r nj •!: b: -- «ir- î" i^-iir i:pi.^ les Bourbuus re-

yii'l]- iiîjj.T' *-i"ii pr^'îui-:* ^lï^^^•^pritd"AWand^e eettepre-

fii»'/»- m i!jif' *t î*i"ii du r- ytli-Mi- jH.puliiiv dans le pays d'où

jKtiiiii- iV\\i- »'* 'M >nTii» pi»n!' -.iuv^r \i monarchie? Nul ne !♦•

-lit. TonjûMi- ••-^-il qu»- c»tt»- iIIlpIv^^i^.^Il ii#> dura pas long-

t'Tiip-. «"li iiii iij«i-p!ii- t.ird. .ii Truvirs, Alexandre tenait à peu

[>n> !•• iip'ijjr I.'iiii::ii:»' a MM. dr «ïault »'t de Widranges. Lord

\VÉHiiit.'ioii rit- ruii i'tiU'. quel> qiiH fussent d'ailleurs ses senti-

ifH'iit- p»-i>onii»'l>- n'avait laissr qu'à ïrrand'peine . on Ta tu,

I»' rjiir H"Aiii"iiil«"rii»- <*' dirii'er \frs Bordeaux, v\ lord Berês-

foi<l. -iiii li»'iitf'iiant. avait dîtr»*m»'nt avnliles Bordelais qu*ils

a;:i*-ai»'nt à l«'iii> riM|ii»s *t pf'rik. sans aucune espérance de

Ijintcrtioii roiitr»' \t'< viiidirtf- impériales si If s conférences de

Cliâtilldii abouti*<aiï'iit à un traité. L«*s Autrichiens étaient

iiatiN't'IlciiKiit cnron* inrtins favorablfS aux Hourhons à cause

(Ir Inir airliidiirlH^sr Mari<*-Louise. CVst à peine si Mofh-

s/rt/r, rouit*- dWi'tnis, était toléré à Vi'Suul; il vêtait sans rela-

fioii- iiolifiqnc-. sans appui: on avait mis p(»ur condition à Sii

pi'é-rncr qn*il iM* poi'triait ni uniforme, ni cocarde, ni armes.

Li-. éini--aiivs (pTil a\ait rnvoyés au quartier général, le

roniti" Kranroi-i <lrs r.ar< rt l»* ct)nitr dr Polignac, n'avaient

pa^ éié irrii^. A Dijon, à (lliaunuHit, occupés par les troupes

I. M. Ilit'oilnn' tli> S, !•'. iijiMiItt: ■ C.iMiii'miisifT.<*'up|ii*lait C.laude Yincpnl. Le iiiM i|ii<- ji> \it'M" (II* laciiiilrr lui mlil «|iii'l(|i]i*)t iiioiii plus laril au duc (i4> Berr}. .1 rti»ii |i.fiii<;r .1 !.Hiixn'<«. Il ^1' Ikl prt'M-nlrr Yiumit , lui <loiina une pension el Mil linn-l ilr iiicnulHii'r ili' la niiiimin. l iii< ruiicifiiK* xur lai|uell(* on liïiait : Fût- < fif . Mfiii'fMjft i/f- S. A, II. Mtmst mm nr If iliiritr Uvrrij^ Tut dès Iur8 placée auiIi'n^un tir la |iiirli' di' non iilflln- cl \ ri*Hta juKtprA oa mort. Une Hllc de VineeDi liiilillail cui-iii-i' i iilt)ilrii en IK.'t<i. ■

coalisées, il fallait, en février et mars 1814, user de subterfuge pour introduire des proclamations de Louis XVIII *.

Lîi coalition faisait donc une guen'e d'intérêt et non de principe. Cette guen*e avait eu ses vicissitudes. Les coalisés^ avaient longtemps délibéré, hésité. Divisés dans la pensée et dans l'action, ils s'étaient montrés inégaux en audace et en ardeur, et la difficulté de faire subsister une multitude immense d'hommes sur le même point venant s'ajouter aux inconvénients des plans de campagne discutés dans un conseil de guerre nombreux, de la diversité des politiques et des incompatibilitùj de caractère et de génie militaire entre les généraux, la coalition avait commis des fautes chèrement payées. L'ignorance profonde où elle était sur les dispositions du pays où elle opérait ne lui avait pas permis de faciliter son œuvre militaire par l'habileté de sa politique. Elle avait pourtant résisté à ses fautes par ses forces prodigieuses, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, par sa masse qui la rendait indestnictible malgré tous les échecs partiels. Il devait amver avec le temps, qu'éclairée par ses fautes et avertie par ses échecs, elle recevrait des lumières sur la vérkable situation du pays.

C'est ici qu'il faut placer le récit de la mission que se donna à lui-même un homme d'un esprit clairvoyant, avisé, d'un caractère hardi jusqu'à l'aventure, qui éprouvait pour Napoléon une de ces haines vigoureuses assez communes sur la tin de TEmpire. Le baron de Vitrolles, du haut de ses montiignes des Alpes, avait vu venir de loin la chute de l'Empire. C'était un ancien condéen, mais qui s'était résigné au gouvernement

!• Mademoiselle Rebillot (de Vesoul) i^e servit du moyen suivant pour introduire les proclamations de Louis XVIll à Dijon : elle enveloppa un prand nombre de pains de sucre avec celte proclamation , et les vendit au-dessous du cours. La foule, avertie par des afTlches de cette vente, accourut, et le sucre et les prorlamations furent à l'instant enlevés.

7i r.HlTE DE l'empire.

nouveau f-l a^ait rn^me accepte de lui le? fûiiolions de maire et le litre dr harou. L»-ï souffr-^iice? inoui»^ de la France pendant le? d^-mièr»-? anu»^»-? de Napuléitu, le dé?ir de les voir finir, la convictiiiij pri'fi.iiid».- qu'elles ne pouvaient a\iiir un terme qu*a- \ec le it-eiie duii honim»:' ch«-z qui k-s revers ne diminuaient point reni\ix'nicnt de ?es anciens ?ucctrS. lui avaient rendu tous >••? sentiment? doppusitinn contre Napoléon : les événements lui avait-nt rendu toutes se? anciennes e?pénuices de royaliste. De? k* roinin»'iiceni«*iit de 1813. il étiiit accouru à Pîuns dans re?poir d y trouver dr? lumières sur le? dessein? de l'Europe, et quelqu»* pai*tie nouét* contre l'Empereur. Rien ne bougeait t^icore. Il repartit pour le? Alpes. Mais après la bataille de Leipsick. et? i.-uup de massue frappé sur la puissance de Napoléon, il revint à Paris m t)ctobre 1813. Il y trouva quelques mécontents (h: iortune ou d'opinion : le duc de Dalberff, le baron Louis. M. de Pnidt qui recevait les journaux anglais, dans lesquels on trouvait les nouvelles, chose si rare idorsà Paris, oùû n'était pas plu? permis de ?avoir que de vouloir. 11 y retrouva aussi (raiiciennes amitiés, quelques-uns de ces royîdistes dont la loi et les îdlectioiis politiques persistent à travers toutes les ré\olutions, coimni.' le marquis et la marquise de Durfort.Dans ee centre d'opposition naquit, grandit le projet que M. de VitroUes confia à trois pei*sonnes seulement, le duc de Dalhei'K <'1 le nian|uis et la marquise de Durfoil; il le mdisa en partant à la fin de la première semaine de mai^s, dans Tespoir de parvenir jusqu'au (^omtt; d'Artois que l'on jugeait devoir (Mre à ItAle, d'après ce «pf avaient dit les j(»urnau\ anglais en .umoiirant s(»n départ d'Anglett^re. Le but de son voyage était de savoir tpiehpie chose sur les dispositions de l'Europe, et de porter an priiu-e d(*s linnières sur la situation de la France. M. <le Talleyrand connaissait {ku* ledut^ de Dalberg le départ de M. d<î Vitrolles, il avait pnimisdi*raccréditer auprès de MM. de Mt^lternich et de Stadii»n; mais il hésita au dernier moment et

refusa, dans la crainte de se commettre, de donner à Taùdacieux voyageur aucun ^igne de reconnaissance. Celui-ci partit donc comAie un ambassadeur de roman , emportant deux lignes écrites à Tencre sympathique sur une gaze de soie par la marquise de Durfort pour M. le comte d'Artois, les noms de deux femmes de Vienne, souvenir de jeunesse , et un cachet de cornaline avec des armes allemandes , talisman qui devait prouver à M. de Stadion qu'il venait de la part du duc de Dalberg, enfin deux lignes de ce dernier qui en-r traient plus avant dans le sens des affaires, et qu'il devait remettre à M. de Nesselrode. Les hasards d'un vcryage aventureux, tenté à travei*s un pays en état de guerre, le conduisirent à Châtillon, où se tenaient les conférences. Là, il conversa d'abord avec M. de Stadion; puis, appelé à Troyes, au grand quartier général, où il arriva le il mars 1814, il eut plusieurs conférences avec MAI. de Metternich et de Nesselrode. Enfin l'empereur Alexandre désira lui-même l'entendre * .

La vivacité intelligente de sa conversation, la nouveauté hardie de ses aperçus, l'ardeur et l'énergie de ses convictions, les renseignements qu'il apportait de Paris , produisirent une gi*ande impression sur tous ses interlocuteurs. La thèse qu'il développait était toujours la même, a La France, disait-il, voulait la stabihté et le repos, et désirait se retrouver en société avec les autres nations européennes. Elle ne pouvait obtenir ces avantages avec Bonaparte. Point de paix avec lui, point de France sans les Bourbons. Si la France ne les demandait point, c'est que la terreur comprimait l'expression de ses vœux. 11 y avait deux choses également impossibles pour les coalisés :

]. Plufliea» personuetf \inrcnt apporter au quartier général deii idées analogues à celles de M. de Vitrolles. Pour ne pas multiplier les détails, nous résumont toutes les missions clandestines que se donnèrent plusieurs esprits entreprenants dans le récit de l'intervention de M. de Vitrolles.

76 CHirr. de l'f.vpiiif..

trait»?r -ùn?m^nt ri\vo BL.iiapartè. conquérir la France. Ils nV vaif-iit donc qu'un pai-^i â prendre : rompre les conférences de Châtillon rt ùt»*!' .linsi la fiiro»- qu'ils donnaient à Napoléon, et fmhra*s»?r une ciure frîni>^?e. « M. de VitroUes résumait .'lin?! si-ilonaïK-s ot fîvijuoiitrs conversation? : rupture du congT»-.s d»- rhîitillon: d/'clanttÎMn qu'un ne tniiterait pas avec Bonapaile: reciinnaissance du roi de France sous rautorité dufiuel j»'raient plaréi-s les pro\inces occupées par les armées coalisées: formation de trois quartiers généraux, 3/ow5i«ir. le rointe dWrtoi-, à Luné\ille. le duc dWuffouléme h Bordeaux. le dur de Rourhun à Lvon.

X. de Stadioij, di»nt les sentini«*nts personnels étaient sympathiques au\ Bourbons, l'avait écouté avec faveur; M. de M<*tt<Tnieh a\»»c intérêt, mais comme un homme prudent et sa<:e, d'un ♦'sprit plus avisé qu'inventif, et plus accoutumé à employai' les é\énements qu'à les faire naître. Il les attendait doue, en répétant à M. de VitroUes. pour le consoler, que peutêtn* ils lui app«»rtpraii»nt des argmnents. Jusque-là, il se retranchait dans un thème invariahle : c'était à la France à faire SIS di'stiiHM's. Si rlle \oulait 1rs Bourbons, Marie-Louise ne srrait pas un obstacle; mais il n'appartenait point aux coalisés dé» s'innnisccr dans ses affaires intérieures. Depuis deux mois qu'ils étaient rn France, aucun symptôme n'était venu leur révéler les tiMidances d'opinion sifrnalées par M. de VitroUes. La coMlition, ju>qM'à ce qniî des événements nouveaux se prodnisisMMit, n'avait donc à se préoccuper que des intéi'éts de l'Knropc. Son but était le rétablissement de l'équilibre par une balance de population, de Hure, de puissance, entre la France, la Bnssii*, l'Autriche et la Prusse a^rrandie; la construction d'un royaume hollando-belp\ <pn servirait de barrière, et l'Alleina^ne placée connue un bastiuf^a^e entre les grands Ktats. r'étaît à l'époipie i»n M. de Metternich avait ces entretiens av«»c M. de VitroUes (pi'il écrivait au duo de.Yicence:

« L'empereur Napoléon laisse passer les dernières heures qu'il a pour traiter, et il ne les retrouvera plus. » Coïncidence l'emarquable qui éclaire ce point d'histoire et confirme le témoignage de M. de VitroUes.

L'empereur Alexandre ajouta aux objections de M. de Mettemich des objections nouvelles, tirées des préventions qu'il nourrissait contre les Bourbons. Les obstacles qui les séparaient du trône lui paraissaient désormais insurmontables. « Ils reviendi-aient aigris par le malheur. Alors même qu'ils sacrifieraient leurs ressenthnents, ils ne pourraient modérer ceux des hommes qui avaient souffert pour eux et par eux. L'armée, les générations nouvelles, les protestants leur étaient opposés. L'esprit du temps était contre eux. Tout cela avait été pesé. Il serait encore plus difficile de les soutenir que de les établir. » C'était dans l'après-midi du 17 mars 1814 que l'empereur Alexandre s'exprimait ainsi relativement au retour des Bourbons. 11 ajouta qu'on avait songé à Bernadotte, mais qu'on y avait renoncé. Le prince Eugène, agi^éable à l'armée, pourrait convenir. Qui sait si une république, sagement organisée, n'irait pas inieux à l'esprit français?

Ainsi la république elle-même avait de meilleures chances que les Bourbons au quartier général des coalisés.

La froideur glaciale et les préventions de l'empereur Alexandre n'avaient point déconcerté M. de VitroUes. II avait réussi, sinon à faire accueilhr, du moins à faire entendre ses idées; chose toujours importante, caries idées, comme une graine invisible, germent dans les intelUgences quand les circonstances favorisent leur développement et que la raison, qui finit toujours par avoir raison, les avoue. M. de VitroUes avait fait apparaître devant l'Agamemnon de la coaUtion une nouvelle force à laqueUe il n'avait pas songé, la force des choses, la nécessité logique de la situation qui ramenait les Bourbons. L'Europe voulait la paix ; la France , la paix et des garanties ;

Napoléon ne pomait donner ni Tune ni les autres. Aucim nom propre ne pouvait ce que ne pouvait pas Napoléon. La famille en qui se personnifiait le droit héréditaire était seule à la hauteur de cette double tâche par la puissance de son principe. 11 n'y avait qu'un dénoùment digne de la croisade européenne, le rétablissement de l'inviolabilité des trônes. Hors de là, rien de possible. Des idées de conquête ou de morcellement trouveraient la France résolue à vaincre ou à mourir. « Si l'on renonce à traiter avec Bonaparte, et si Ton marche sur Paris, résolu à donner toute liberté à l'opinion, elle se prononcera. Je laisse ma tête entre les mains de Votre Majesté, répéta avec chaleur M. de YitroUes, et je consens à ce qu'elle tombe sur le billot si, à Paris, l'opinion ne se prononce pas. »

A ces paroles, les yeux d'Alexandre étincelèrent. En exprimant ses opinions, M. de Vitrolles venait d'apporter un argument îi un(; opinion soutenue en toute occasion par le Czar avec uni» persistance qui avait fini par importuner ses alliés : la marche sur Paris, a Le jour où je serai à Paris, interrompit le (!zar, je lu) reconnaîtrai plus d'autre allié que la nation française. Je pars demain pour le quartier général du priiicr de Sclmarzenberg. dette conversation aui'a de grands résultats. »

Ainsi touttîs les choses arrivaient à point, comme lorsque la IM'ovidciuM» a résohi de faire intervenir le dénoiiment. Les idéi's rt 1rs faits marchaient du même pas. Le Czar et son intprlocuti'ur si^ séparrrent. (!elui-ci allait continuer cette ambassade intellectuelle qu'il s'étîût donnée, (»t, introduit dans le ronscil des ministres diritrfîuits qui préparaient les solutions auxqu(»l]es les armées ouvraient la voie en combattant, il faisait aci^ieillir par MM. de Metteniich, Nesselrode, Schwarzenberg, Castlereagh, le 19 mars, à Har-sur-Seine, ses idées sur la nécessité de ne plus traiter avec Bonaparte, et de reconnaître les

Bourbons. Les événements, ces auxiliaires que M. de Metternich lui avait fait^ espérer, étaient venus. Les conférences de ChAtillon étaient rompues, et la situation, en faisant un grand pas, avait atteint les idées qui avaient paru téméraires quand elles n'étaient que prévoyantes. L'on avait eu , au quartier général des coalisés , la nouvelle des événements de Bordeaux. Un courrier du duc de Rovigo, ayant été intercepté, avait mis les souverains à même de reconnaître, par les lettres qu'on adressait à Napoléon, le mouvement des opinions devenu, à Paris, contraire à l'Empire,^ la nullité des moyens de défense, le découragement de la capitale; de sorte que les dépêches écrites pour rappeler Napoléon à Paris allaient contribuer à y appeler les coalisés, qui connaissaient le but et l'objet de la marche de Napoléon sur leurs derrières.

L'empereur Alexandre, auquel toutes ces circonstances réunies donnaient l'avantage, n'hésita plus à prendre une initiative que, depuis longtemps, un de ses conseillers intimes, M. Pozzodi Borgo, lui suggérait', et qui devait tout entraîner. Dans un premier conseil de guerre où siégeaient seulement les généraux Barclay de Tolly, Diebitsch et WolkQUsky, cette détermination fut arrêtée. Puis, le même jour, il y eut un conseil général tenu sur un grand chemin entre l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg que le Czar venait de rencontrer. Alexandre développa avec la décision et la fermeté d'un parti pris sa résolution de marcher sur Paris. D demanda que les deux grandes armées de la coalition fissent leur jonction dans les plaines de Chalons pour opérer ce mouvement décisif, et déclara que, s'il n'était pas suivi, il marcherait avec ses propres forces.

A la nouvelle de l'approche de Napoléon, il y avait eu de

1. M. de Chateaubriand dit dans ses Mémoires (tome III, page 233) : « J'ai entendu le général Pozzo raconter que c'était lui qui avait déterminé Tempercur Alexandre à marelier en avant. »

80 CHl TE DE L EMPIRE.

rhéîritatioij dau? l\-*prit circonsf»ei't de Schwarzeuberg; il .i\<'tit iijêiiif' ^0Ii£;•r uu inuiiiëut à ^tr retirer sur le Rhiu. Mais tout plia devant ]*a^i^ de hiirdit-sse rai>iniuée soutenu avec autorité par renjp*-reur .Vlexaiidre. L*: inouvt- meut siu* Paris fut téîolu. A l'iuslaut niénif . de ^ urdrt- s fureut expédiés à Blûcher pour qu'il eût à cunduiie sou armée au rendez-vous fixé dans <:es inunens«.*s plîiin»-s où. hit-u des siéeles âupiiravaut, Attila .iA.'iit \\i les hordes inui.imbrabJfS de ses Huns vaiucues par l'eli'oil combiné de- Franes. des Boureniguons et des (jotbs. Après deux moi? de campa^^ue. l'Europe retrouvait une inspinitioii cojnmune. La lenteln' de Sihwai'zenber? se mettait au pas de rimpétuoïité de Blurh«*r. Le dénoiiment se faisait proche. Au reru de la dépêche qui lui annonçait cette grave rt'-ïolution, Blûcher accourut, et Schwarzenbersr se mit ai numxenient sur (^hàlons pour aller au-de^ant de lui.

On étîiit au 20 mars. L'armée du prince Schwai-zeuberg, se (liri/:eaiit de Trcjyes vers Chàlons par la route d'Arcis, arrivait pai- la rive ^^auche dt: TAube sous les mui^ de cette ville. L'arni«''e tVançaise, qui avait quitté Châtres dans la nuit pour se porter MU' (ihanniont, remontait la rive droite de TAube sous la conduite di; Napoléon, après avoir franchi le pont de riancx . A midi, les deux armées se trouvèrent en présence sans hêtre cherchées;!' Aube seule les séparait. Cette rencontre fortuite amena nm; bataille acharnée. Napoléon, qui ne savait point à qml corps ennemi il avait attaire, lit pousser rapidement une reconnaissance de Taulre cott^ du pont qui continue la route lie 'IVo\e> à Chalons; s«'s édaireurs, (pii avaient traversé la \ille, renc(»ntrant une résistance imprévue, il les fit •«oulenir. Comme reimeuii recevait à chaque instant des renforts, noî^ troU|M'> pliaient, lorstpie Napoléon, recomudssant, an déploiement des fon'e> ennemies et à 1 hitensité de la canonnade, la présence de toute rarniéedi' Sch^^arzenberg, passa r.ipidemenl le jioiil a la tête iln m-os de son armée. Il courut

de grands dangers dans cette lutte opiniâtre, et plusieurs fois, enveloppé dans le tourbillon des charges de jjavalerie, il paya de sa personne et dut mettre Tépée à la main pour se dégager. On remarqua que, loin d'éviter le péril, comme doivent le faire les généraux en chef, comme il le faisait lui-même dans les circonstances ordinaires, il semblait plutôt le chercher. Il comprenait sans doute la nécessité de soutenir le moral de l'armée, dans l'extrémité à laquelle sa fortune était réduite. Un obus étant tombé à peu de distance du front des troupes, et un mouvement de fluctuation s'étant fait sentir dans les rangs, il poussa son cheval sur le projectile fumant et le lui fit flairer. L'obus éclata et Napoléon disparut un moment dans un nuage de feu et de fumée. Quand ce tourbillon tomba, il s'était déjà relevé, et, abandonnant le cadavre de son cheval tué sur le coup, il montait sur un autre cheval pour courir à de nouveaux dangers.

Les Autrichiens, dont les forces augmentaient de moment en moment par l'arrivée de nouveaux renforts, formaient autour d'Arcis-sur-Aube un immense fer à cheval qui, se rétrécissant peu à peu, tendait à enfermer l'armée française dans un cercle de feu. Sa résistance s'était prolongée jusqu'à la nuit, mais elle ne pouvait durer longtemps. Cette bataille épisodique, qui n'entrait pas dans les plans de Napoléon, et qu'il avait acceptée du hasard, dont les chances tournaient depuis quelque temps contre lui, n'aboutissait qu'à éclaircir les rangs de son année déjà si réduite. C'était la troisième fois qu'il recommençait une tentative que les hommes du métier ont qualifiée de laute : celle d'assaillir, sans aucun avantage de terrain, les masses de la coalition avec des forces tellement disproportionnées que le résultat de la lutte devait infailliblement tourner contre lui'. Le combat d'Arcis-sur-Aube venait, après la

I. « L*Emperear déboucha le 31 mars, à deux heures du malin, en avant Biit. de la Reslaw. 1. 6

82 CHUTE DE l'empire.

Rothiere et Craonne, comme une troisième épreuve et une épreuve chèrement payée de beaucoup de sang inutilement vorsié, établir une vérité déjà hors de doute, c'est que Tannée franraisï* n'était plus en mesure d'attaquer de front les coalisés là où leurs forces étaient concentrées.

Se décidant enlin à donner Tordre de la retraite, Napoléon l)r()lita de la nuit pour faire jeter un nouveau pont surTAube, vi fit conmiencer Tévacuation de la ville. 11 fidlut livrer un s«*cond combat le lendemain poiu' assurer la retraite, et ce r(»ml)at fut meuiirier pour notre armée, obligée d'opérer son mouvement sous le feu de Tîutillerie eimemie. Napoléon, cette fois, convaincu que son armée était tr(»p faible pour lutter corps à corps contre les masses de Tennemi, renonçait à leur disputer le chemin de la capitîde. « 11 ne voulut point reculer devant Sclnvar/euberfi jusqu'aux barrières de Charenton, » dit Tinterprcte autorisé de sa pensée*. Ce que TEmpereur ne pouNait faire avrc la meilleure et la plus nombreuse année ([ui combattît sous nos drapeaux, comment des lieutenants aurairnt-ils pu le faire avec des forcrs moins nombreuses? Qui réussirait à arrétrr les masses ennemies qu'il renonçîdt à arrêter lui-même? Si, dans la positi(Hi qu'il quittait, il ne restait pUis i\ui\ rrculcr jusqu'aux barrières dv (Iharenton, les lieutenants placés par lui dans cette positi(»n pouvaient-ils faire autre

tlAivis, (luiis lu (liriM'Iioii du Troxes. Arrixt'; sur lu vrèlc du plateau, ii décoii- \ril toiiti* rurnu'c cuiiiMiiie t'oriinri.' Aur trois li^iips, i)ré;*uiitant à la vue toutes m lorrt^ r«';uiii(^i» , et axant sa droite à l'Aube et sa (rauclie à Uarbuis«e. Malgré eet <'tat d.- cliosc», rKiiipereur lit ei:}!u}:er ralVuire; niuis, peu après , dcA obier- \ali(»iis ri-il<'iVi-> lui axant été raileu sur l.>s résullatâ iuraillibles d'un combal M'ri table dans une situation »>niblable, axée des Torées si disproportionnées, et (|ui (binnaient à Tennend lu nioxen , en opérant par sa droite, de s'emparer de nos ponts i-t de mdre li^rne di* retraile. il se dérida à faire ee^s^r l'attaque. La p'tiaite fut ordonnée; mais l'exéention était dillleilo et le dan^'er imminent. La «IcMruetion de l'armée aurait été l'elVct de la moimlre xigueur delà pari des alliés. » (.tfj'wio/rex tit d.u dr liinj.tsc , tome VI, paî:e 227.; I . l.e baron Faln , Mtinusait dt 1 8 1 i , pajre 211.

chose que ce qu'aurait fait l'Empereur? Après avoir laissé à Reims et sur la ligne de l'Aisne les ducs de Trévise et de Raguse dans une position où ils ne peuvent arrêter l'armée prussienne, il laisse l'ai'mée autrichienne libre de ses mouvements, et, abandonnant la route de Paris, il opère sa retraite par les chemins de traverse qui conduisent du côté de Vitry-le-Français et de la Lorraine. Le plan de la campagne de 1814 a dès lors définitivement échoué.

11 faut désormais laisser Napoléon suivre la route qui l'éloigné du centre du mouvement et du théâtre de l'action où doit s'accomplir le dénoùment du drame. Tandis qu'il chemine par Saint-Dizier en se croyant suivi par la grande ai'mée de Schwarzenberg, la jonction de l'armée anglo-prussienne et de Fai'mée autrichienne s'est accomplie. Celle-ci a forcé le passage de l'Aube h la hauteur d'Arcis. Blûcher a rejeté les corps des ducs de Raguse et de Trévise sur Château-Thierry qui forme l'angle aigu d'un triangle renversé dont la base s'appaierait sur Soissons et sur Reims, et il est arrivé sur les bords de la Marne en conquérant tout l'espace contenu entre cette ri^îère et l'Aisne. Le 23 mars, les deux armées coalisées sont au rendez-vous fixé; elles s'élèvent au moms à cent quatre-vingt mille hommes. Les deux maréchaux, autre inconvénient du changement de plan, n'ont reçu aucun des courriers que Napoléon leur a envoyés pour les avertir du nouveau plan d'opération qu'il a adopté. Ils manœuvrent jusqu'au 23 mars à l'aventure, dans la conviction que l'Empereur persiste dans son mouvement sur Troyes, et, pour l'appuyer, ils quittent Château-Thierry, et, pensant se retirer sur lui , ils opèrent dans la direction de Vitry-le-Français. Dans la soirée du 24 mars seulement, le duc de Riiguse apprend par des officiers envoyés eu éclaireurs la manivuvre qui conduisait l'Empereur de l'autre côté de la Marne, vers Saint-Dizier, la concentration des armées ennemies à

84 CHITE DE l.'tlVPIRi:.

Châluiis, et la lV^olutii•n des ctKilisés de marcher s>ur Paiîs ^ Le 2o mars, à la peinte du jour. a>aiit que le corps du duc de T^é^^se eut rejoint celui du duc de Rasuse, à*Soudé-la- Croix, lieu marqué pour le reudez-Yi»us commun, les coalisés, déployant des masses énormes d'infanterie, précédées par vingt mille chevaux, marchèrent contre le duc de Raguse. Quand ra\ant-grarde ennemie lut à portée de canon, il com» menca son mouvement de retniite. et marcha sans être entamé jusqu'à Sommesous. Là il dut attendis les troupes du duc di* ïrévisi', à qui cette direction avmt été donnée. Quitter la position avant leur arrivée, c'était les livrer à renneoii. Il fidlut donc accepter contre la cav.derie ennemie un engagement que Textréme disproportion des forces rendait trèsdangereux. Kntin les troupes du duc de Trévise panirent, et le duc de Kaguse n»prit immédiatt»ment son mouvement de retraite, en soutenant les charges sans cesse renouvelées de la cavalerie. Les deux corps français, qui montaient ensemble à douze mille hommes, éprouvèrent des pertes sensibles en tra-

I . Jffurnni tirs {tpérnlious dtt .%is'>ènic corps , par le colonel Fahvier. Le dur df Kaguse dit tlans w» MémoireH : • Le 15 man nous partîmes de Vertus, le dar de TrévUe et moi , pour Vitrv, dans rosçpérance d'opérer notre jonctkm aver I'F)mpercur. Nous içavions par Io!« habitants que l'on s'était battu à Sommetoai les 22 et 23 ; il y avait eu des coups de canon tirés pr^s de la Marne : iIihI II était clair que l'Empereur était pW^s de cette ri\it*re; mais nous ignorkMH tll l'avait passée. Les deux années ennemies oiiéraient leur réunion, mais 11 B*était pas certain qu'elle fût complètement elTectuée. Dans un pareil état de chosM, il 9,\ ec les onlres revus , il fallait opérer suivant les circonstances. Le point eoBvenu entre nous pour notre établissirnient du 24 au soir Tut le village dd Sondé : nos deu\ corps ainsi caiiq^és ensemble fiourraient immédiatement prendre le |*arti qui serait commandé par les événements. Si l'Empereur était à portée il si nous iiou\ions communiquer avec lui, nous le rejoindrions et nous f ni priions prendre ses ordres; si rKiiipen^ur avait passé la Marne, rcnncmi pouYait fUie trois choses : le suivre ; nous étions bien placés nous-mAme^ pour suivre l'ennemi et Taire une diversion ; man-her sur Paris ; nous étions bien placée pour le précéder, évacuer sans |Nïrte les grandes plaines Jusqu'à Sézanne , et enenHi résister dans toutes les posltbms faviirables. Nous |>ouvlons nous retirer d'aboid pour revenir ensuite. •

MAKCHK DRS COALISES SUR PARIS. 85

versant le défilé qui \ient après Sommesous; une brigade de la jeune garde, faisîmt partie du corps de Mortier, fut enfoncée et prise; quatre mille trois cents hommes tués, blessés ou prisonniers, et trente pièces de canon aux mains de Teniiemi, tel fut le résultat de cette journée, qui aurait lini par l'entière destnictiou des deux corps si Tinfanterie des coalisés avait eu le temps d'arriver. Ce fut avec des peines infinies que les deux maréchaux opérèrent leur retraite, toujours en combattant.

Fendant que ce combat est dans toute sa vivacité , deux divisions de gardes natiouiiles, commandées par les généraux Paethod et Amey, chargés de mener à l'Empereur, de Meaux à Sézanne, un convoi considérable d'artillerie, sont arrêtées devant le Morin par Tavanl-garde des coalisés. Elles se replient, lorsque, entendant sur leur droite une forte canonnade, elles veulent se diriger du cAté du canon, mais elles tombent dans les résenes russes ; ces gardes nationales, égjdant l'héroïsme (le nos vieilles bandes, ne succombent qu'après une résistance dont l'énergie a forcé l'admiration de l'ennemi lui-même, qui, les entourant de forces quintuples, îi pu les détruire^ mais sans les obliger à accepter quartier, .\iusi la bravoure française éclate dans un désastre. La résistance héroïque di; ces paysans, la plupart appartenant aux provuices de l'Ouest, a permis au moins aux coips de Raguse et de Mortier de se dégager, et d'opérer leur retraite. Le soir de cette sanglante journée qm nous a coûté plus de dix mille hommes, les deux mapéchaux ont pris position sur les hauteurs du village d'Allemeut, situé dans une position élevée, attenant au même plateau que Sézaime. Le 26 mars, au soir, ils ont trouvé la route de la ville de la Ferté-Gaucher barrée par les corps de Ueist et d'York, et le maréchîd de Trévise a du s'ouvrir un chemin sui* Paris par un effort désespéré, k la pointe de ses baïonnettes, tandis que le duc de Raguse contenait les corps

86 CHITK DK i/kMPIKK.

ennemis qni nons pressaient, et les arrêtait à un défilé. Cessant enfin d'être poursuivis, ils ont pu, après avoir pris un instant (Je repos, dans une bonne position, à Provins, précipiter leur marche par Rosoy et Bric-sur- Yères, où ils sont arrivés le 18 mars, pour gagner les approches de Paris. Il en était temps. Le même jour, les armées coîdisées, après avoir descendu la rive gauche de la Manie, passaient sur la rive droite par le pont de Tripon, et s'emparaient de Meaux.

L'arrivée des masses ennemies à Meaux posait naturellement la question prévue dans la lettre écrite par Napoléon le 16 mars, et datée de Reims. L'ennemi n'était qu'à neuf lieues, à deux journées de la capitale; on n'avait plus, on ne pouvait avoir aucune nouvelle de l'Empereur ; les communications étaient interceptées. Les débris des corps de Mortier et de Marmont étaient le seul obstacle à la marche des coalisés, obstacle que Théroïsme de nos soldats n'empêchait pas d'être impuissant. Joseph Bonaparte convoqua le conseil de régence; d'après la teneur de la lettre de l'Hmperour, il ne pouvait s'en dispenser. Ce conseil, présidé par l'Impératrice, se composait de seize membres: Joseph Bonaparte, Cambacérès, Lebrun, Talleyrand, Régnier (duc de Massa), président du Coi^ps législatif; (laudin (duc de (iaëte), ministre des finances; Savary (duc de Rovigu), ministre de la police; (llarke (duc de Feltre), ministre de la guerre ; flhampagny (duc de Cadore) ; Mollien, ministre du trésor; Montalivet, ministre de l'intérieur; Daru, Boulay (de la Meurthe), Regnaud dt» Saint-Jean d'Angély, Defermont et Sussv.

La question posée par Joseph Boiiapaile, au nom deTImpéralriee, fut celle-ci: « L'Impératrice et le roi de Rome doiv«Mit-ils rester à Paris ou se retirera IWois? » Une vive discussi(»n s'engagea dans le conseil. Joseph, Cambacérès et Claïkt* soutenaient le parti du départ avec une grande insistance». Bt)ulay (de la Meurthe) et Tîilleyrand le combattaient.

DÉPART DE MARIE-LOllSE POCR BLOIS. 87

Lebrun, Régnier, Monlalivet, Sussy et Regnault de Saint-Jeau d' Angély se rangeaient au premier avis ; les ducs de Gaète et de Rovigo, MM. Daru, MoUien, Defermont, au second. Il y avait partage. Mais, peu à peu, quelques voix se détachèrent de la fraction qui opinait pour le départ, et se rangèrent à Topinion de ceux qui demandaient que Tlmpéralrice restât. La majorité du conseil devenait donc favorable au séjour de l'Impératrice dans la capitale, malgré l'approche des armées ennemies.

ÉvidenMnent cette majorité était formée d'éléments divers, et les motifs qui déterminaient M. de Talleyrand n'étaient point ceux qui déterminaient iLM. Daru et Boulay (de la Meurthe). M. de Talleyrand voyait dans la présence de l'Impératrice à Paiîs une pièce de plus sous sa main pour jouer, selon les hasards de la lutte, la partie de ses intérêts. On a pensé, non sans vraisemblance, que sa préférence eût été pour une régence napoléonienne qui l'eût laissé le premier homme de l'État. Lorsque le duc de Dalberg l'avait pressenti, de la part de M. de Vitrolles, quelques mois auparavant, sur le retour possible des Bourbons, il avait répondu à cette question par une question où se peint toute sa pensée , et pour laquelle son interlocuteur n'avait pas de réponse : « Comment seront-ils pour nous? » Le séjour de l'Impératrice à Paris était commod*? pour M. de Talleyrand, sa présence dans la capitale le dispensait de la suivre à Blois , ce qu'il ne voulait pas , ou de rester à Paris malgré son départ, ce qui pouvait le compromettre. Le comte Daru , homme de fermeté et de sens , voyait dans ce séjour un moyen de maintenir, aussi longtemps que possible, le gouvernement de l'Empereur : Tabsence de ses représentants devait, en effet, livrer Paris aux influences contraires. M. Boulay (de la Meurthe), avec ces souvenirs de l'histoire que les esprits courts prennent souvent pour des espérances, déclamait sur l'exemple légué par Marie-Thérèse, et conseilla»^

S8 CHtTE DE L*ESIPIME.

à rimpératrice de prendre son fils dans ses bras, et de le porter à rhètel de ville. Singulière confusion des temps, des situations et des personnages ! Conunent , en effet , assimiler un gouvernement tout personnel , posé sur le sol , et que Mallet avait failli renverser d'un souffle avec la nouvelle de la mort de l'Empereur, à ces vieux gouvernements enracinés dans les mœurs , dans les souvenirs et dans les cœurs, et les mul* titudes urbaines qui songent à \i>Te avec le fait de la journée^ à ces mâles et fortes populations hongroises, s'écriant, en brandissant leui*s épées : « Mourons pour notre roi Marie- Thérèsi?! »

Les membres qui soutenîdent Topinion contraire cédaient aussi à des mobiles de plusieurs genres. Quelques-uns, sans doute , écoutaient la voix de la prudence , qui porte les hommes à fuir l'approche du danger ; mais d'autres , serviteurs pei>ionneU de l'Empereur encore plus que de l'Empire, appréhendaient que la présence de l'Impératrice et du roi de Uom(; à Paris ne de\1nt luie arme entre les mains des étrangers. Se pouvaient-ils pas, en effet, en acceptant la régence d(^ Marie-Louise et le gouvernement de son fils, fermer les portes de Paris à Napoléon , détacher de lui les populations fatiguées, jeter de l'incertitude dans son armée elle-même, et réduire ains^i sa fortune à une situation désespérée ' î L'insistance de M. de Talleyrand pour faire demeurer l'Impératri(îe et le roi de Rome à Paris augmentât ces appréhensions, car, ne pouvant l'attribuer jui dévouement, on l'attribuait au calcul.

Au milicîu de ces tiraillements en sens contraires , Joseph produisit la lettre de l'Empereur, deux qui avaient soutenu l'avis du départ s'en armèrent; ceux qui l'avaient combattu

1. CvÉ mollf* M>nl indiquée pnr M. «lo lavalf^ltc «lann «ca Mémoires, tome II , page 88. — Pari». 1831.

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