‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 35 sur 213 · LES COALISÉS DE\ANT PARIS · texte numérisé non relu

LES COALISÉS DE\ANT PARIS

direction opposée on voyait, du haut des buttes Montmartre et Belleville, Tavant-garde des armées ennemies, spectacle iBConnu depuis des siècles, qui arrivait par la forêt de Bondy aux portes de la capitale de la France. Ces nations, que Tesprit de conquête était allé visiter chez elles, venaient, h leurttrur, déployer leurs drapeaux aux portes de notre grande cité^: le reflux de la fortune napoléonienne nous apportait l'invasion. Chose étrange , et qui accuse le plan de TEmpereur : sans la présence fortuite des corps de Marmont et de Mortier, continuant de se replier sur Paris, parce qu'ils n'avaient pas réussi à se frayer un passage pour se rallier à l'Empereur, les coalisés n'eussent trouvé aucune force devant la capitale et y fussent entrés sans coup férir.

Le 29 mars 1814, on lisait, à midi, sur les murs de la ville, la proclamation suivante du roi Joseph, lieutenant général de TEmpereur :

« Une colonne ennemie s'est portée sur Meaux, elle s'avance sur la route d'Allemagne ; mais l'Empereur la suit de près à la tète d'une armée Tictorieuse. Le conseil de régence a* pourvu à la sûreté de l'Impératrice et du roi de Rome, je reste avec vous. Armous-nous pour défendre notre TÎlle , ses monuments , ses richesses , nos femmes , nos enfants , tout ce qui nous est cher ; que cette vaste cité devienne un camp pour quelques instants , et que l'ennemi trouve la honte sous ces murs qu'il espère franchir eu triomphe. L'Empereur marche à notre secours , secondez-le par une courte et vive résistance , et conservons l'honneur français. »

Il y avait quatre mots de trop dans cette proclamation : a Je l'esté avec vous. » Joseph Bonaparte, au lieu de rester avec les Parisiens, se prépai'ait à pourvoir à sa sûreté et à rejoindre à Blois le conseil de régence. De tous les membres de ce conseil, un seul était décidé à ne point quitter Paris : c^était M. de Talleyrand, un de ces hommes experts à tirer profit des circonstances difficiles et troublées. Ce n'était pas pour servir l'Empereur, c'était pour servir la circonstance et

9i cHrre de l'empire.

pour s'en senir qu'il demeurait dans le lieu où se perdent et se gagnent les couronnes. Habile cependant à se mettre en règle avec toutes les chances de la foilune, il affecta de vouloir quitter Paris comme tous ses collègues. Le 30 mars an matin, sa voiture, avec des domestiques en livTée, se dirigea \ers la banière d'Enfer. Mais quelques-uns de ses familiers lui avaient ménagé d'avance un obstacle dans le poste de la garde nationale de la barrière d'Enfer : le commandant de ce poste lui demanda de produire un passe-port que le prince avait eu soin de ur pas se procurer. Tout se passa selon son désir : on arrêta sa voiture, on le reconduisit à son hôtel de la rue Saint-Florentin, contraint de rester à Paris, qu'il ne voulîiit pas quitter, et ayant dès lors une excuse valable à présenter à l'Empereur, si celui-ci avait un retour de fortune. <!ett(^ petite scène de comédie, venant s'intercaler dans le drame de la chute de l'Empire, était un nouveau coup porté à la foi-hUH^ d(» Napoléon. Les armées étrangères étiiient devant Paris; lt»s débris des coi*ps des ducs de Trévise et de Raguse, ramenés sous les mui's de la ville par leur défaite même, la <ouv!aient imparfaitement di» leurs batiiillons réduits; Plmpératri(M», le roi de Romt», le frère dr Napoléon et ses serviteurs les plus dévoués étaient sur la route diî Blois; M. de Talleyrand, dont l'attitude équivoque avjiit excité les défiances et les alarmes de l'Emptîreur, n»stait seul à Paris. La manière dont h'S acteiu's étaient placés sur le théâtre des événements indi- (|uait déjà la direction uhérieun» du drame.

Pcn<lîmt que les aftair<\s prenaient cet aspect à Paris, que devenait Napoléon? Après h» sanglant et stérile combat livré le 20 mars à Arcis-sur-Aube, il avait passé la nuit du 21 au âS au village de Sonnnepuis, à mi-chemin de Vitry-le-Franç^s. Dans la soirée» du 22, il avait fait faire piu* un détachement une démonstration inutile contre Vitry-le-Français, occupé par l'ennemi. Le 23 mai's, l'armée avait continué son mouvement

Page 1