‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 38 sur 213 · RETOUR DE NAPOLÉON SUR PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR DE NAPOLÉON SUR PARIS

tereau, et à qui le mouvement des troupes ennemies pour suivre Schwarzenberg sur la Marne avait permis enfin de passer par Sens et par Troyes. Chaque dépêche contenait un nouvel avis de se hâter. Napoléon ordonna au général Dejean, son aide de camp, de partir à franc étrier pour annoncer son retour à Paris. Il ne partit point lui-même, comme il aurait pu le faire, puisque la route était libre; il semblait avoir perdu cette confiance dans sa fortune qui était le principe de son activité ; il délibérait quand il aurait faUu agir, et il expédiait des aides de camp quand il aurait fallu sa présence pour défendre sa cause, si elle pouvait encore être défendue.

Après cette halte à Doulencourt, on se remit en marche et l'on aiTiva à Troyes dans la nuit. De Troyes, le prince de Neuchâtel dépêcha le général Girardin à Paris, pour multiplier les avis de retour. Le 30 mars, au matin. Napoléon se remit eu route. Il marcha militairement jusqu'à Villeneuve-sur-Somme, situé au point presque intermédiaire entre Troyes et Montereau. Là seulement, rassuré sur la sécurité de la route, il se jeta dans une carriole de poste ; il apprit successivement, en changeant de chevaux, les nouvelles les plus funestes pour sa cause : l'arrivée des coalisés devant Paris, le départ de l'Impératrice et du roi de Rome pour Blois, la bataille engagée par une poignée d'hommes contre les immenses armées des coalisés. Napoléon dévorait l'espace; les roues de sa carriole brûlaient le pavé, et il pressait encore du geste et de la voix les conducteurs. Arrivera-t-il à temps? Comme pour ce personnage de Shakspeare , l'Empire était pour lui au prix de la vitesse d'un cheval. Son œil interrogeait l'horizon ; son oreille, les bruits apportés par les vents ; son esprit, les chances de sa fortune. C'était une de ces tortures morales qui abrègent la vie. Les minutes pesaient sur lui comme des siècles. Le soir, il devait être aux portes de Paris, à Fromenteau, près des fontaines de Juvisy; mais Paris tenait-il encore?

OUI. de U RMUur. I. 7

M CHITE IC l'eSI-IAE.

BATAILLE IT .lAriT; iJkTîvS II PAtlS.

Aucun prirpàrïïtif ^»rrit•ll^ n" nait t>:é fait pûiir la défeiise de la capitale. 11 était t-\idt-nt que les homme? prépcisês par FEiih pereur à cettr tâche restaient au-dessims de leur mission ou ne voulaient pas la remplir: mais, dans Tune et Tautre alterna» tive. la responsabilité r».'moiite jusqu'à celui qui avait choisi de semblahles instruments, et qui. ^'éloignant de Paris, n'avait pounu ni à lunité. ni îi ihahileté, ni à l'énergie du couh mandement. II y avait, il faut le dire, un sentiment général qui pénétrait dans toutes les àm»-s : c'est que Paris ne voulait ni ne devait être sacritié à la prolongation du pouvoir de Napoléon, qui, tout le monde commençait à le voir, connût à sa pnli*. (l'est de ce sentimi-nt qu<^ n'ont pas tenu assez compte reux qui, depuis révéneinr^nt, ont curieusement recherché les ri'ssources qu'on aurait pu mettre en valeur, soit en hommes, soit en matériel. Les parcs d'artillerie, les arsenaux pleins de fusils, les magasins de poudre, les dépcMs des régiments, la gaidr* natiouîde disponible, tout a été soigneusement supputé par des calculateurs (jui ont oublié qu'à tout cela manquait la p:raude Ame <pii a\ait animé d<» s(>n souffle la défense de Sa- ;;onte (lu temps di's Homains, d'Orléans sous Charles VII, et di' Siuii^^n^î-e <le nos jours, la résolution de mourir pour la ri'li^ioM, pour la royauté, pour la nati(»nalité, pour la liberté, pour l:i patrie, ici, au contraire, on comprenait instinctivement <pril m'\ avait de meiiaeés «pu* la domination d'un seul, Miu ^'^prit (le eouïpiéte, son ambition trop à Tétroit dîuis l'Europe. (>n\ (pii amaieiit di'i donner des ordn^s n'en donnaient pa<. et ceux «pii, dans d'antri ^ circonstances, auraient pris

rinitiati\e ne songeaient pas à la prendre. La population était inerte et le gouvernement inactif. Les émissaires des hommes qui, par devoir, s'occupaient de la défense, attendaient pendant des heures entières le réveil du roi Joseph qui tenait sans doute à prouver que les minuties de l'étiquette, si souvent reprochées aux vieilles dynasties, sont au nombre des emprunts que leur font le plus facilement et le plus volontiers les dynasties nouvelles ^

Paris n'offrait de défenses naturelles que sur un cinquième environ de sa circonférence. Depuis Rosny jusqu'au faubourg de la Villette, une chaîne de collmes continues s'élève; Romainville est le point culminant de cette chaîne. Depuis la Villette jusqu'à Montmartre, le terrain ne présente aucun accident; il n'y avait donc pour défense que les deux faubourgs et les maisons construites au dehors des barrières. 11 en était de môme de Montmailre à NeuiUy. De l'autre côté de la Seine, Paris était abordable par tous les points, car on ne trouvait nulle part de hauteur qui put servir à aiTêter l'ennemi. Cette configuration de Paris était sans doute au nombre des motifs qui étaient aux lieutenants de l'Empereur Tespoir d'en défendre les abords. 11 était évident qu'au bout de quelques heures les chefs des coalisés, en examinant les divers points par lesquels on peut aborder la ville, découvriraient les points d'attaque sur lesquels la résistance était impossible. Le bonheur voulut que l'ennemi arrivât par le côté que protégeaient des défenses naturelles.

Le 29 mars 1814, à trois heures de l'après-midi, les têtes de colonnes de Schwarzenberg occupaient Rosny et le bas do Romainville, et faisaient halte dîuis cette position, convaincues qu'il y avait des obsUicles devant elles. Ce ne fut que dans la

I . ■ Je rentrai à Paris et je ne pus jamais joindre Joseph Bonaparte. Le miiiifttre de la guerre même ne fut accessible qu'ù dix heures du soir. » ( ITi'moins du d,tc de Hatjute, !ome VI, p;ii:r 241.)

feoirêr qur Mirmvti* r^ M-rirr. jiii i^i>-nt franchi la Marae au piiDt de Chmen:'.!!- :■: «iTErr^:!" Piri? par Saint-Mandé et Char»jniii>. rt îîiwrit ^-j^i'i q i irïir tour k BelleviDe, à Baguol^-t et aux ^illa2e> rcvi^-nnaii:?. sur Ir? •X'IHd*^ destinées h devenir !•- Iendem:mi I- ^bê.îîre de là lutte. Le duc de Raguse visita :ui?îitMt lfr^ buttes de rhtuiG'.'n: r* de Belleville, deruij-res p-.isitiijn? militaires iju'il eût s-ju^é à étudier dans ses lonsrues rampaçues. Il r^o«»uiuit que les nombreux murs des jardins attenant aux mais«»ns Svur nient '»?s mouvements de 5»*s Injuprs, et. voulant d'-nner un peu de repos à ses soldats harassés, il se rendit au ministèr»* de la guerre ahn de demand»'r les ou\Tiers nécessaires pour faire quelques travaux pendant la nuit, et réclama les vi\Tes. les foun-ases. les souUers, dont <nu corps avait un pressant besoin. Mais le ministre de la çuorre était invisible comme Joseph Bunap;irte; le duc de Raguse ne put rien obtenir, rien même demander; il dut laissiT en se retirant une lettre pour le duc de Feltre, qui ne la lut que le lendemain*.

Les troupes qui allaient défendre Paris étaient en bien petit nombre. Les forces réunies des ducs de Raguse et de Trévise ' n'arrivaient pîis, d'après les évaluations les plus élevées, à sept mille fantassins et deux mille cavaliers. Deux petits corps, sous les ordres des généraux (lompans et Arrighi, allaient à peine h cinq milita hommes; en ajoutant à ce chiffre environ deux inill<^ hommes d(* la garde, quelques centaines de gardes na* li(»nanx volontaires, <>t im certain nombre de soldats de toutes armrs lirén di*K (lép(^ts et placés sous les ordres du ministre de

I . Oit lit it.11111 le Journal drt opératiouM du ^ixiVmt* corps, par le colonel Pab- %I«M ; • On rrtilra ilinirllfinml i|iir, «|iian(l no« troupeu arrivèrent h Charenton , |ii<lii>\ll|p, rlc, rllni n'> lrou\^ri*nl |hir uni* ration do vivres ni de fourrmgv» , ri «pli' 11* Icndriiialn plu* di* troli n^nt» hoiiinu'rt combattirent pieds nus, tandU ipir il«*pul« loiiKli*inp« lr« mluilnUlralloiM uiltllalrcs étaient h Bric-Conite-Robeii (iMv un i^nornii* t-tanoldf* vUrc* i*t d'rlTi'U d'IinblUrmiMit. • (Page C».)

la guerre et du commandant de la division, on a de la peine à rélever au-dessus d'un effectif de seize mille combattants ^ C'était avec cette faible armée, qui n'avait rien d'homogène et qui avait en outre l'inconvénient de ne pas être concentrée sous le méftie conmiandement, et d'obéir à plusieurs chefs indépendants les uns des autres, que Ton allait tenter de lutter contre les forces formidables arrivées devant Paris et qu'on ne peut évaluer à moins de cent vingt miUe hommes, dont soixante-treize mille hommes furent engagés. Le duc de Raguse, commandant en chef les deux petits coi'ps formant UD effectif de neuf mille hommes, se chargea de défendre les approches de Paris à droite de la route de Meaux; il laissa an duc de Trévise le soin de couvrir la Ugne qui s'étend à gauche de cette route. Comme la position de l'ennemi indiquait que l'attaque principale serait dirigée contre le duc de Raguse, celui-ci partagea inégalement les troupes, garda son corps réduit à deux mille cinq cents fantassins et huit cents chevaux, y ajouta les cinq mille fantassins et les sept cents cavaliers du général Compans, et laissa deux mille hommes au duc de Trévise.

« Le 30 mars, avant le jour, dit un des plus vigoureux soldats de cette suprême lutte , les troupes montèrent à Belleville et à Ménihnontant ; l'ennemi était en avant de Romainville ; on l'attaqua follement; il fut repoussé et notre Ugne rétablie : la gauche au moulin de Romainville , tenant tout le petit bois ; la droite aux maisons les plus élevées de Bagnolet et au mouUn de Malassise. Une partie de notre cavalerie resta à droite dans la plaine ; le reste fut envoyé à gauche avec celle du duc de Trévise. On se battit dans cette position jusqu'à dix heures avec un grand acharnement. A dix heures, notre droite fut forcée et notre gauche recula jusque hors du petit bois. Le

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