‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 43 sur 213 · NAPOLÉON A JUVISY · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A JUVISY

conversatiou s'engagea ainsi : « Eh bien ! Belliard, qu'est-ce que cela? vous ici avec votre cavalerie? Où est donc l'ennemi?

— Aux portes de Paris, sii'e. — Et Tarmée? — Elle me suit.

— Et qui donc garde Paris? — La garde nationale. — Et ma feoime et mon lils, et Mortier et Marmont? — L'Impératrice et le roi de Rome sont partis avant-hier pour Rambouillet, les maréchaux sont sans doute encore à Paris pour terminer leurs arrangements. »

Belliard raconta alors en peu de mots la bataille. Napoléon dit au duc de Vicence et au prince de Neuchâtel, qui arrivaient dans ce moment : u Vous entendez ce que dit Belliard. Je veux aller à Paris; partons. Caulaincourt, faites avancer ma voiture. »

Le général BelUard représenta à l'Empereur qu'il y aurait témérité à aller plus loin. 11 ne devait plus y avoir de troupes à Palis. « C'est égal, dit l'Empereur, j'y trouvei*ai la garde uationale; l'armée me rejoindra demain ou après-demain, et je rétablirai mes affaires. — Je répète à Votre Majesté qu'elle ne peut aller à Paris. La garde nationale doit, il est vrai, occuper les banîères jusqu'à demain matin sept heures, mais il est possible que l'ennemi ait passé outre, et Votre Majesté peut rencontrer aux barrières ou sur les boulevards des postes prussieus. — N'miporte! je veux y aller. Ma voiture! Belhard, suivez-moi avec votre caviderie. — Mais, sire, Votre Majesté s'expose à se faire preudi'e et à faire saccager Paris. Plus de cent vingt mille hommes occupent toutes les hautem*s environnantes. D'ailleurs j'en suis sorti en vertu d'une convention, et je ne puis y rentrer. — Quelle est cette convention? — Je n'en connais pas les termes ; miûs le duc de Trévise na'a prévenu qu'elle existait, et que je devais me porter sur Fontainebleau. — Que fait Joseph? Où est le ministre de la giieiTe? — Je l'ignore. Nous n'avons reçu aucun ordre de l'un ni de l'autre dans toute la journée ; chaque maréchiU agissant

449 CHUTE DE L*E.MPIRE.

pour son compte; ou ne les a point vus aujourd'hui, du moins au corps du duc de Trévise. — Allons, il faut aller à Paris. Partout où je ne suis pas, on ne fait que des sottises.»

L'Empereur, en proie à une agitation fébrile, allait et revenait à pas précipités. c( Il fîdlait tenir plus longtemps, répétait-il; il fallait tâcher d'attendre l'armée; il fallait remuer Paris, qui ne doit pas aimer les Russes, mettre en action k garde nationale, qui est bonne, et lui confier la défense des fortifications que le ministre a dû faire élever et hérisser d'artillerie ; elle les aurait sûrement bien gardées, tandis que ks troupes de ligne auraient combattu en avant et dans la plaine. — Je répète à Votre Majesté qu'on a fait aujourd'hui pbs qu'il n'était possible; l'armée, composée de quinze à dix-huit mille hommes au plus, a résisté à plus de cent mille jusqu'à quatre heures, espérant de moment en moment vous voir arriver. — Tout cela est étonnant! Combien aviez-vous et cavalerie de votre côté? — Dix-huit cents chevaux, sire, eo comptant la brigade d'Autancourt. — Mais, Montmartre kttifié, garni de gros canons, devait faire une vigoureuse résiitance. — Heureusement, sire, l'ennemi l'a cru comme vous, et voilà pourquoi il s'en est approché avec tant de circonspeetion; cependant il n'en était rien, il n'y avait que sept pièeei de six. — Qu'a-t-un fait de mon artillerie? je devais avoir deia cents pièces de position et des munitions pour les alimentor pendsmt plus d'un mois. — La vérité, sire, est que nous n'avons eu à opposer à l'ennemi que de l'artillerie de campagne, et encore à deux heures il a fallu ralentir l'action faute de munitions. — Allons, je vois que tout le monde a perdu h tête ! Voilà ce que c'est que d'employer des hommes qui n'oBi ni sens commun ni énergie! Eh bien, Joseph s'imagine cependant qu'il est en état de conduire une armée, et le routinier Clarke a tout l'orgueil d'un bon ministre. »

Napoléon semblait persister à continuer sa route. Une nou-

Page 1