NAPOLÉON APPREND LA CAPITULATION DE PARIS
velle troupe panit, c'était une colonne d'infanterie. « Qtielles sont ces troupes? demanda de nouveau TEmpereur qui rencontrait ainsi successivement les épaves de son naufrage. — C'est rinfanterie du duc de Trévise, répondit le général Curial. — Faites-le appeler. — Il est encore h Paris. » Alors le prince de NeuchAtel, le duc de Vicence et le général Belliard renouvelèrent leurs représentations avec une insistance croissante , et Napoléon consentit à rétrograder vers la maison de poste de la Cour-de-France, tandis que le duc de Vicence retournerait en toute hâte à Paris, avec tous les pouvoirs nécessaires pour intervenir au traité, s'il en était temps encore, et avec la mission de prendre des informations précises sur la situation exacte des choses, et d'envoyer un courrier dans la nuit même à l'Empereur. M. de Flahaut, aide de camp de rEmpereur, fut expédié à Marmont. Napoléon, renonçant plus que jamais à prévenir et k déterminer les événements par h rapidité do son initiative, les attendait.
Il demeura à Juvisy jusqu'au retour du courrier qui arriva à quatre heures du matin. Caidaincourt lui annonçait que tout était consommé, et lui envoyait une copie de la capitulation , qui avait été signée le 31 mars, à deux heures de la nuit. Les troupes françaises devaient avoir évacué Paris au lever du soleil. Les coidisés entreraient le matin même, à huit heures, dans la capitale, recommandée à la générosité des hautes puissances alliées *.
Napoléon, après avoir lu cette dépêche, resta accablé sous le coup; il s'assit sur le parapet des fontaines de Juvisy, la tête appuyée sur ses mains, et demeura pendant plus d'un qiiîU't d'heure absorbé dans ses réflexions '^; puis il se remit
I. Voir aux Pièces justi/iatiives le texte de la capitulation. Le colonel Denys, premier aille de camp du dut; de Raguse, devint plus tard le général Den}'d Damrémont. Il fut emporté par un boulet de canon, le mutin de la prise de Constanline, le 1 2 octobre 1 837 .
)• Mémoires de LavaUtte,
Hît(. de la Retliur. I. i>
114 CHUTE DE i/eMPIBE.
en route vers Fontainebleau. Ainsi c'était à Fontainebleau, ce palais où le pape Pie Vil avait été si longtemps captif, que la fortune des armes, cet instrument de la Pro>ideuce, ramenait Napoléon pour que le lieu témoin de la captivité du pontife fût aussi témoin de la chute du conquérant.
La nuit du 30 au 31 mars se passa à Paris, pour les hommes qui s'occupaient des affaires publiques, en courses et eu conversations sur la situation que la prise de Paris faisait à h France, et sur la révolution qui devait en sortir. M. de Talleyrand, le plus considérable de tous les hommes politiques demeurés à Paris, celui qui, par sa position, pouvait avoir k plus grande influenct* sur le Sénat et qui, par ses anciens n^ ports diplomatiques avec les souverains étrangers, se trouvait naturellement accrédité auprès d'eux, avait envoyé, dans la soirée du 30 mars, le duc de Dalberg à Bondy, afin de pressentir les dispositions de Tempereur Alexandre. Le duc de Dalberg était chargé de faire naître dansTesprit du Czar ridée et le désir d'employer l'habileté, le crédit et le zèle de M. de Talleyrand, à qui tout deviendrait possible, si Ton sentait der» rière lui la main toute-puissîuite d'Alexandre, cet arbitre de la situation. 11 devait, en même temps, insister sur Tutilité de donner des gîU'anties à tous les intérêts sortis de la révolution. Tout indique que la nécessité de mettre de côté Fempereiir Napoléon fui touchée. Le duc de Didberg revint dans la ouik apporter des nouvellt^s à M. de Talleyrand. Le Czar acceptait ses offres de ser\ices, il prenait en considération ses idées, fl ferait connaître ses intentions dans une déchu^ation soleunefle (jui serait publiée le lendemain même, après son entrée à Paris. 11 descendrait h ThiMel de la rue Saint-Florentin, et donnendt ainsi une marque publique de fineur à M. de Talleyrand. Ces nouvelles furent portées dans la nuit à la connaissance des hommes qui se trouvaient en relation d'idées rt d'intérêts avec la société du prince de Talleyrand. La rue
NUIT DU 30 AU 31 MARS 1814 A PARIS. Il 5»
Saint-Florentin devint dès lors un centre d'action politique. Tous ceux qui espéraient contribuer à fonder Tordre de choses nouveau et à le fonder dans des conditions conformes aux intérêts et aux idées qui dominaient dans la société de M. de Talleyrand y affluaient.
En même temps d'autres sentiments , d'autres passions , d'autres intérêts s'agitaient dans cette nuit témoin des convulsions de l'Empire à son lit de mort et des premiers vagissements du gouvernement qui aUait naître. Il y avait toujours jBU une organisation royaliste à Paris , même dans les temps de la toute-puissance de l'Empereur; mais cette organisation, d'abord bien faible, s'était développée et avait pris des allures plus vives depuis les persécutions dirigées contre le chef de l'Église. Le sentiment religieux froissé s'était rencontré avec des convictions poUtiques restées inébranlables au milieu des révolutions. Il était sorti de là une espèce d'association plus religieuse que politique chez les uns , plus politique que religieuse chez les autres , mais qui trouvait son unité d'action dans la même pensée d'opposition et de résistance contre un gouvernement à la fois hostile aux droits spirituels de TÉgUse, et contraire aux principes traditionnels de la monarchie française. Dans l'état d'éparpillement où se trouve une société après la chute d'un gouvernement , ce pouvait être une force, au moins un moyen de manifestation. 11 y avait en outre des hommes d'ardeur et de dévouement qui employèrent la nuit en courses et en démarches pour prévenir les royaUstes les plus dévoués, afin de faire le lendemain une manifestation de nature à convaincre les souverains étrangei's que l'opinion royaliste n'était pas moi1e dans la capitale.
Ainsi, pendant cette nuit agitée, tous ceux qui aspiraitnt à remplacer le gouvernement qui tombait se concertaient , réunissaient leurs moyens, et surtout échangeaient entre eux l'expresî?ion de leurs désirs et de leurs espérances. La fuite des
116 CHUTE DE l'empire.
iuitorités impériales avait laissé le champ libre aux initiatives individuelles. Le préfet de police, M. Pasquier, resté seul à Paris, s'eil'açait et ne tentait point un cifort inutile pour prolonger Tagonie d'un gouvernement que tout le monde regardait ronnne fini.
Il y eut, pendant toute la soirée et toute la nuit du 30 au ;^1 mars, des communications actives entre le quartier générd des coalisés et Paris. Tout se préparait pour Tévénement du lendemain. Deux officiers supérieui's de la garde nationafei MM. d(* Tourton et Alexandre de Laborde, y vinrent vers quatre henres du matin , au moment du retour du comte OrlofFetde ses collègues; MM. Pasquier, de Chabrol, et une députationde la municipahté de Paris, composée de huit maires, les accompagnaient pour porter les clefs de la ville à Tempereur Alexandre.
Par suite de ces «dlées et venues, la proclamation du prince de Schwurzenberg pénétia dans Paris; dans la soirée do 30 mars, elle commentait à circuler. Cette proclamation, attribuée par les uns à Tinspiration du prince de Talleyrand, par d'autres, et avec plus de vraisemblance, à rinspiration de M. i^)Zzo di Borgo et de quelques Français émigrés qui se trinivaient au quartier général, était de nature à consoler k fierté national*^ au miheu même des souffrances mor«i]es que lui faisait éprouver Tinvasicm :
« Depuis vingt ans , disait le généralissime, l'Europe est inoniUedt sang et (le larmes ; les tentatives pour mettre un terme à taut de ml* iicurs ont été inutiles parce qu'il existe, dans le principe même da goa* vernement qui vous opprime, un obstacle insurmontable à la paix* Parisiens, vous connaisse/, la situation de votre patrie; la conserratioa et la tranquillité de votre ville seront l'objet des soins des alliés. Cert dans ces sentiments que l'Kurope en armes devant vos murs s'adresiei vous. »
Quel que fût Tiuspirateur de cette proclamation , elle bjwX
RXAMEN d'lIVE QfESTION IIISTORIQI E. IH
toute sa valeur morale dès qu'elle était acceptée par les puissances coalisées. Ce n'était point un médiocre hommage rendu à la force et k la grandeur de la France que cet appel adressé par TEurope en armes à Paris désarmé.. Le succès des coalisés demandait à nos désastres le repos du monde, et , malgi-é nos revei's, nous n'avions point à solliciter la paix : on nous Toffrait.
Avant que les événements du 31 mai^s prennent leur cours, il importe d'examiner une question qui se présente ici d'ellemême. On a beaucoup parlé des trahisons de J814. L'histoire même s'est rendue l'écho des bruits contemporains qui coururent à ce sujet. Le moment est venu d'apprécier la valeur de ces rumeurs confuses qui bourdonnent autour de toutes les grandes catastrophes. Est-il vrai que la chute de l'empereur Napoléon soit le résuhat de quelques trahisons, d'une intrigue tramée à Paris dans le salon du prince de TallejTaud, ou de quelques manifestations royalistes fiutes dans la journée du 31 mars? Ou bien cette chute fut-elle le résultat inévitable de causes générales contre lesquelles pei*sonne ne pouvait lutter ?
Lorsque, en se détachant de toute opinion préconçue, ou étudie ce problème , il y a tout d'abord une considération qui frappe : l'empereur Napoléon n'a point péri par tel ou tel abandon, il a péri par l'abandon universel. Il éprouva l'inconvénient d'un gouvernement fondé exclusivement sur le génie et la fortune d'un homme. Quand la fortune manque h ce génie, et, disons-le aussi, quand ce génie se manque à luimême, tout hii manque à la fois. Sa famille est la première à l'abandonner. Joseph, son frère, donne l'exemple de la fuite, et Ton a vu le général Dejean s'efforcer en vain de ramener à son poste ce fuyard impérial. L'impératrice Marie-Louise l'a devancé sur la route de Blois avec Cambacérès, le conseiller le plus intime de l'Empereur , et tous ses fonctionnaires et toute
ff8 CHl'TE DE L*EXPIRE.
sa cour. Il est difficile de persuader à une ville que Ton quitte parce que Ton ne croit plus y Hre en sûreté qu'elle est en sûreté elle-même , et quand les plus intéressés à la défense y renoncent , il est indiqué qu'elle ne se prolongeja pas. Il paraît tellement impossible à Joseph Bonaparte de la prolonger, qu'il laisse en partant aux maréchaux Mortier et Marmont Tautorisation de capituler. Ceux-ci, qui ont combattu îivec un courage admirable dans les journées précédentes, et qui, avec des forces prodigieusement inégales , ont fait des miracles, viennent apporter Tappui de leur autorité d'hommes de guerre à l'opinion de Joseph sur l'impossibilité de tenir plus longtemps sans exposer Paris aux rigueurs d'une exécution militaire ; ils demandent une suspension d'armes , puis ils signent une capitulation.
Dans tous ces événements, qui ne sont que le prélude de ceux qui vont suivre, on retrouve la trace d'une influence irré» sistihli» qui mène les hommes et les choses. Il y a , dans les affaires humaines, deux actions qu'il faut toujours distinguer, sous peine de confondre l'accessoii^e avec le principal : les causes générales qui dominent les situations et les hommes, et h's circonstances particulières à l'occasion desquelles ces causes généndes produisent leurs effets. 11 y avait, en 1814, une cause générale qui dominait tout : l'Europe et la France avaient un besoin impérieux de la paix , elles la voulaient passioiniément. Kllt»s avaient tant souffert de la guerre qui désolait le monde depuis \ingi et im ans, que les vainqueurs dn jour, vaincus de la veille, et les vainqueurs de la veille, vaincus du lendemain, aspiraient également au repos. On a pu depuis, dans des intérêts de parti ou pour flatteries passions ou Finisgination de la France, tracer de ces temps un tableau de fantaisie, montrer les classes les plus nombreuses ardentes à sa lev(»r en armes, les classes élevées seules incUnant à la paiï, et un petit nombre d'hommes pusillanimes ou corrompus arrê-
EXAMEN d'une question HISTORIQUE. 149
tant Tessor national au moment où une levée en masse va rejeter l'étranger vaincu hors de notre territoire. L'histoire, qui dit les choses non comme on voudrait qu'elles fussent, mais comme elles sont, ne peut entrer dans ces calculs. Le sentiment dominant de cette époque, c'est une lassitude universelle ; cette lassitude est plus marquée encore dans les classes populaires que dans les classes aisées ; plus on descendait, plus la souffrance des appels était sentie * . Les témoignages des contemporains , à quelque idée , à quelque parti qu'ils appartiennent, sont unanimes sur ce pomt. Carnot parle à ce sujet comme Chateaubriand; Caulaincourt, M. de Narbonne, Rovigo, Duroc, le comte de Ségur et d'IIauterive, seniteurs de Napoléon, ses maréchaux eux-mêmes, comme madame de Staël, sa grande ennemie. Pendant la campagne de 1813, Fouché, Ro\igo, Caulaincourt, Cambacérès enfin, malgré sa timidité complaisante, ne cessent d'avertir Napoléon de cet épuisement et de cette lassitude du pays. I^endant la campagne de France, au commencement de mars 1814, Joseph Bonaparte écrivait à l'Empereur son frère : « Sire, vous êtes seul; votre famille, tous vos ministres, tous vos serviteurs, votre armée veulent la paix que vous refusez. » Comment n'aurait-on pas désiré la paix? M. de Ségur, en retraçant depuis l'histoire de la campagne de Russie, à laquelle il assista, a écrit ces lignes : <c On ne comptait dans l'Empire que des hommes vieillis par le temps ou par la guerre , et des enfants ; presque tous les hommes faits, où étaient-ils? Les pleurs des femmes, les cris des mères le disaient assez. Penchées laborieusement sur cette ten'e qui , sans elles , resterait inculte , elles maudissent la guerre. » Ce n'est encore là qu'un coin du tableau. Il faudrait
I. Celle remarque est de M. Thiers, qui ajoute, après avoir rappelé plusieurs manifestatioiiâ populaires dont Napoléou fut témoin en personne dans les faubourgft de Paris : « J'écris d'après les rapports de la police impériale que J'ai tous les yeux. » (Histoire de l'Empire, tome XV, page 243.)
420 CHITE DE l'empire.
y ajouter les parents arrêtés coinnie responsables de la fuite de h^ui's lils , et les livrant quelquefois , car devant cette nouveUe terreur les sentiiueuts de la nature tlécliissaient , les habitants des villages frappés solidairement des peines applicables à un réfractaire , les afliches de la conscription collées au coin des rues, et lues avec presque autant d'effroi par les passants que, dix-huit ans auparavant, les listes des arrêts du tribunal révolutionnaire ; les soldats français eux-mêmes souvent mal i*eçus et maltraités par les populations désespérées*. Il n'y eut donc pas, quoi quuu ait dit, de levée .11 masse contre Tét-. anger. ]1 y eut quelques eiforts pîuliels et bien rares. La France ne résista pas à Finvasion ; la preuve, c'est qu'elle put être envahie. Klle ne résista pas, parce qu'elle haïssait encore phis la guerre que Tennemi.
L'Europe, toutes les paroles, tous les actes des puissances eoidisées concourent à l'établir, n'était pas moins aifiuuée de repos qur la France. Klle se ruait désespérément à la conquête de la paix ; elle l'efusait les trêves et les armistices, et déclarait qu'elle ne s'arrêterait que lorsqu'elle aurait la certitude d'un trahé durable et solidement garanti. C'est ce qui avait fait échouer les conférences de Lusigny, les négociations de Châtillon, et amené la convention de Chaumont, enfin la détermination prise par Alexandre de marcher sur Paris. La procla-
1. Phisieurâ liiii'luricns ra>uralilo8 à Nai)uh*un uiit constaté des faiU à Tappol de celte ot>riiT\aliuii. M. de Menlrul, dans son IWantné de l'histoire de CkaM' paync^ s'cxpriiiie ainsi ; « La niaii\aisr fiirlune dr Nai>oléon le fit accueillir daiu Tro\os comme 8i le eceptn^ imiM^rial i^tait di^jà écliapiMj de êca mains. Ses soldilf eu\-mcmes KUit re^-us comme s'ils irrtaicnl pas IVanyais; aucun secours, point de soins pour cu\ ; on ne leur prodigue que de perfides conseils qui eu décidenl un grand nond>re :\ <li^serler. » II. de Sal\and\ a raconté, dans ses 5cèffet 4ê Bii'iic, ipie . dans lt>s plaines de la (.liampa^ne . près de Mt'r\-sur-Scinc , une fernùcre ndt ellf-nn^me le (eu à sa firme , où il était couché sur la \^al]\e avec SOS camarades : •• Dans ri\resse de mi douleur et de sa \ engeance elle avait mit le feu à son propn* toit. Quand on >oulait sortir, on trouxait cette malheureuH^ la fourche i\ la main . e^sn\ant de fermer les (tassages et de rejeter dans U» flammes les coupables auteurs de ses malheurs. »
EXAMEN D*UiNE QUESTION HISTORIQUE. 121
mation du prince de Schwarzenberg sous les murs de la capitale de la France respire le même sentiment , la ferme volonté de ne déposer les armes que lorsqu'on aurait la confiance d'avoir assuré définitivement le repos de l'Europe , qui n'en pouvait plus de fatigue.
C'était là l'arrêt de la perte de l'empereur Napoléon. La France et toutes les nations de l'Europe voulaient passionnément la paix , et il était la guerre. Ce n'était pas seulement chez lui une affaire de génie et de tempérament , c'était une affaire de nécessité. Le principe de son gouNernement était le principe militaire. Dans un temps et dans un pays où toutes les idées avaient été remuées par une révolution qui avait jeté dans les esprits des germes d'indépendance, la passion de la liberté et de l'égalité , et rhid)itude d'un libre examen , toutes les supériorités d'institution sociale étant détruites , il ne restait plus pour gouverner que la supériorité naturelle du génie, constatée chaque jour par un triomphe ; et , tous les principes politiques ayant été mis de côté , on ne pouvait plus guère trouver le nerf de l'autorité souveraine que dans une armée victorieuse. S'il n'avait pas eu lui-même le sentiment de sa position , le succès momentané de la conspiration de Mallet , qu'il apprit au milieu de ses désastres de Russie , la lui aurait révélée. Cesser de vaincre , de dominer l'Europe , c'était pour lui cesser de régner, car c'était au moyen de ces victoires, de cette domination européenne qu'il gouvernait à l'intérieur. 11 avait des compagnons de gueiTC qui aspiraient à devenir ses égaux, et des instruments qui se changeaient en obstacles dès qu'il n'était plus le vainqueur et le dominateur de l'Europe. Il ne pouvait donc rester sous le coup de ses derniei's revers, et le sentiment vrai de sa position lui dictait les paroles , déjà citées, qu'il adressait à ceux qui lid proposaient d'accepter l'ultimatum qu'on lui imposait au congrès de Chàtillon : « Que serai-je pour les Français quand j'aurai signé leur
h'i:r:;l.i\::i? 'V^ ;•.-•::.-;: : ::..Li:»r r^ui républicains du >^r:î':. rii'i -.? ^.-i::':i: :::-: irUtndrr leur barrière du Rhi::t il .'V.' L'. ■::. ir : :„ lus i^in m .luivaraTant , dans Ir frir::: : r^:.-. i >î. i- M-*vr-::h- itr.^ -rr-îe .^ntre conférence fi-: .1:. I^f3. : :: -\-: . -. ii-- ?: £T\i.i^ iniurnce sur sa des* tiii - : V -i r.'r.-rilL^ i-^ ^'ir :•: :p>ae ne peuvent pas me crripr- ii'ir-. *^\[v.A :.- irri'ir^r.: t -.".us dans leurs capitales, il n'»[i e-r' ni pi:.:- :ri ni iîi-^ p- i.ir ^?u\: moi. je ne suis qu'un s*4«l l^ ii î Jiut 'jU': j :• :i^: pir-*::/.': •♦jiïjv'Urs devant nn»n peuple çloririiv •:t '.nlnih* \ • ttu» .?»:*:e iMn^irMùn était profondé.nent
P'iiir 11 Fr.iiice ••••mm»* pour rKurope, vouloir la paix, r:*ét;iit ^loin; »r\*;Iiir».' N ipol»;».»!!. L»-? effets lo^iqties de cette n/;^r»'--iti'^ p»'rp»'-tii».'ll».' A*' truenvs tt Je \ictoires ne lui avaient pas <:tt; iimiiis pr»!'judiiiabl»r> qiià rEuropc. f!e n'était pas Tint»'*nH fniiir.iis qui coininandait ces rxpéditions sans cesse renairraiites ; car rint^'-riH d'un pcupl».- ifost pas d'élargir sans tin son trrritoir»i coiitr»: l*-s luis mrines de la politique, les droits (1rs iiationalit«'*s, et «iitin la nature des choses, mais iYvwvn^Y \\\\i* aclion l«'*^ifinie dans les destinées générales et diî trouver sa part diî vin morale et intellectuelle et la somme d«; jouissance et de bien-être qu(i Dieu lui a attribuées. Le mobile de la politique d(; Napoléon, dans la seconde partie de sou rè^Mie, ce lut Tiutérét de revtension de la puissîuice napoléouieuue : la Frauce n'était plus li» but de cette politique, elle eu était ile\euue le moyeu. Il devait donc arriver, parle proi;rès lo^'i(|ue di's évéueuH'Uts, une situation dans laquelle la la»^>itude de la Frauce laisserait tomber les barrières devant l'actiou dési'Spérée de l'F.iu'CJpe.
Tel était reuseud»li» «les causes ^éuéndes qui dominaient li's \oloutes parli*'idièi'es au momeut de la capitidation de
!• Hutotri' (/r /'KiH/>iri', |).ir M. TliltTii. loiiiuWI, |Kl^c C»8.
EXAMEN d'une question HISTORIQUE. 123
Paris. Vouloir la paix pour l'Europe, c'était exclure Napoléon, et par suite sa dynastie, car une régence napoléonienne n'aurait ser\i qu'à préparer le retour de l'Empereur. Vouloir la paix, c'était pour la France rejeter Napoléon et la régence napoléonienne, car la régence napoléonienne ramenait Napoléon qui ramenait la guerre.
Il faut ajouter que, pour l'Europe, vouloir une paix solide et durable , c'était consentir au retour des Bourbons ; que , pour la France, vouloir la paix aux conditions les plus avantageuses et les plus honorables qui pussent être obtenues, c'était le demander.
On n'improvise pas un gouvernement pour une nation. La peine qu'avait eue la France à s'en faire un , quand elle s'écarta de sa tradition politique, les sacrifices auxquels elle avait dû souscrire, le joug sous lequel elle avait dû ployer, attestent assez haut cette vérité. Les frais d'établissement dynastique que l'empereur Napoléon crut devoir faire en guerres et en victoires en sont une nouvelle preuve. L'Europe ne pouvait signer une paix sur la durée de laquelle il fût possible de compter qu'avec un gouvernement qui aurait des chances de vie et de durée. La France ne pouvait arracher aux appréhensions de l'Europe une paix honorable qu'en se donnant un gouvernement sur la loyauté et sur la vitalité duquel on pût faire quelque fondement.
Les Bourbons répondaient seuls à ce double besoin. Louis XVIll était dans des conditions incomparables pour traiter avec l'Europe. Il était lui-même une des \ictimes de la révolution française et desgueri'es de l'Empire; on ne pouvait donc lui en faire porter la peine. En outre, il était placé par la puissance de son droit et par l'antiquité de sa race de niveau avec ceux qui traitaient avec lui. Ce n'était pas un trône qu'on lui donnait, et que, par conséquent , on aurait eu le droit de lui faire acheter ; c'était son trône qu'il repre-
naît. Cela seul mettait une distance incalculable entre la Restauration et toutes les autres combinaisons. Tout autre que Louis XVIII n'eût été sur le trône que le lieutenant de TEurope ; il y montait , lui , comme le successeur de Louis XIV, (^t non comme Télu de la coalition. En même temps, il pouvait donner h TEurope la garantit? d'un principe politique, et, par (^on^équent , elle devait exiger moins de garanties matérielles t'U présence d'une haute ganmtie morale. A la France il donnait la garantie d'un caractère rovîd qui avait noblement soutenu répreuve de l'adversité, et, au moment où l'épée de Napoléon, échappée de ses mains, cessait de la couvrir, il étendait sur elle le sceptre de Louis XIV. Eniin la famille incontestable, comme l'appela IJenjamin Constant, pouvait, en veilu de la force moriil; de son principe, essayer de donner à la France une autre espèce» d(* gouvernement que le gouvernement mi- Utîdre. Le droit supporte le voisinage du droit; Tautorité légitime, fondée non sur la volonté piissagère du moment, mois sur la raison traditionnelle des siècles, peut seule supporter le voisinage d'une honnête Uberté. Or, après tant d'années de (compression , la liberté n'étiiit guère mohis nécessîiire Ji l'intérieur qu(? la paix îiu dehors.
yue pouvait-on trouver, non de mieux, mids même d'aussi avîintageuv , ou plutôt que pouvait-on trouver en dehore de cette combinidsun? La répubUque, à laquelle Alexandre avait songé un instiuit? Ni la France ni la condition n'en voulment; tdle (îifrayait tout ht monde, l'ne autre dynastie? Laquelle? Où la trouver, si on excluait les Bourbons et les Bonaparles? Le gouvernement du Sénat consenateur? C'eut été une moquerie, et il eût bientôt péri sous la risée publique. C'est en vain que l'on cherche, on n'aperçoit rien. Les Bourbons étaient la paix, comme les lionapartes étaient lîi guerre. La nécessité de la paix rappelait Louis XVlll, comme elle excluait Napoléon. Ce n'était point la forée des hommes qui poussait le problème
vers cette solution ; c'était ce que les politiques appellent la force des choses, et les chrétiens la Providence.