I. Nt^mvirts de /...ni/r//t' . tomi' \\, pa^i
rants particuliers qui annonçaient k manifestation royaliste préparée pendant la nuit. Sur la place Louis XV, la place Vendôme, les boulevards qui avoisinent la rue Royale, ceux qui longent la rue Saint-Denis, des groupes à pied et à cheval d'hommes portant à leur chapeau la cocarde blanche commençaient à paraître. Ils criaient : Vive le Roi! vivetit les Bourbons I en agitant quelques drapeaux blancs improvisés avec des mouchoii*s. La foule les écoutait, presque partout passive et silencieuse , étonnée de ce cri nouveau pour elle, qui ne rencontrait ni contradiction ni écho. Le vieux drapeau national , sous lequel la gloire française s'était abritée depuis Jeanne d'Arc, semblait un nouveau venu à force d'avoir été oublié. Comme il arrive dans les circonstances pareilles, un petit nombre de personnes devançaient les événements ; les autres, plus circonspectes, les attendaient. 11 n'y eut d'opposition que sur la place de l'Hôtel de ville et devant la porte Saint-Mai'tin ; là, quelques rixes s'élevèrent. MM. Louis de Chateaubriand, Archambaud de Périgord , de la (irange, Armand de Maistre, de Bonald, du Parc, de Luxembourg, d'Hautepoid, du Theil, Thibaut de Montmorency, de Morfoutaine, de Fitz-James, de Choiseul, de la Ferté-Meun, de Kergorlay, de Vauvineux, Sosthènes de la Rochefoucauld, de Maubreuil, de Sémallé, de Gontaut, de Talon, de Nieuwerkerke, de Forbin, Berryer, FinguerUn, d'Avaray, Charles Lacretelle, Beilin, Nicole, Michaud, Royou, Onésime Lenormand, Morin, faisaient partie de ces gi'oupes, qui offraient à la foule les cocardes blanches fabriquées par les femmes pendant la soirée de la veille et pendant la nuit. A mesure que la naatinée s'avançait, le nombre et le mouvement des gi'oupes qui cherchaient à exercer une action royaliste sur la population augmentaient. Plusieurs officiers de la garde nationale, en uniforme, prirent part à cett€ démonstration. Les salons, on peut le dire, descendirent peu à peu dans la rue, et une foule
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(\r trrmni^, jriiiif^ t^: -:rh'M!?i:^tts. distribuaient aux pas- ^lnt^ d-î^ O'O'.r^.i-s *.-.::: h^-? fiir h pboe Louis XV et sur les K«uiv\ir.>. • ' ■ d: • \: i- :v;nv n* un- rêpiaise à la proclamatioD du prinor d- <oh^ iizriii-rrf v\ au discours de Tempereur Alrxuidir. qui i\ai»:'îi: • xh-jn»" ks Parisiens à manifester leurs \*yf\i\ : \r^ l«•y.ùi^v•:i •^■: -a - :uai* nt los populations à cette mauifestiti'-n. »T ohorch lir ut :. îvs fairr sortir de Tattitude passive iiù f\l*'> ivsiai» nt.
Avant niiili. K-s •! -ux Jî^rs lat»'-r;\les di^s boulevards se trou- ^ait•nl lit*fral*vniiit » m«> -mîtiv.-; d'une multitude innombrable; la chaussé»' seuU- rtai* li!»iv . Les tivupes d'élite choisies dans li*s arnit'ts 4\ialisèe> pi«ur fairt* leur en1n*e siJeuuelle à Paris descendirent sur h? iMiulexards par U* iauluiurir Saint-Martin. A leur arri\t'*e. la cavahNule qui s'était promenée depuis le matin en di>tril)Uînit d^'s cneardes l^lanches dut prendre la tête du cinlé^e pour faire plat-*' à ce tlux vivant qui la suivait en la piMiSï^ant. In mrps nombreux de trompettes ouvrait la marche. La cavalerie marchait sur quinze hommes de front, TinEanterie sur trmte. Des ofiicirrs euirageaient poliment la foule à se raTiî;:er, attendu tprancnne troupe ne faisait la haie. Vers midi, on vit un brillant état-major déboucher sur les boulevards. L'empereur Ar Russie, portant un uniforme vert avec dt*s épaulettes d'or et un panache de plumes de coq à son chapeau, man^hait à la tête avec le prince de Schwarzenbeig, représentant de remp(U'eur (rAulrichi*, à sa droite, et le m de IM'Usse à sîi ^an(^he. L'helman Platof, le général Mufflin, lord (latheart et sir (Iharles Stewart faisaient partie du cortège militaire. Les troiq)es (jui faisaient leur entrée appartenaient à tnules les nations et à tontes les armes. 11 y avait là jusqu'à des l'orps mnsidmans \enns des profondeurs h»s plus lointaines de la llussie. Le> Parisii'ns sVlniniaient du nonjbre de ces troupts, de h'or tenui', d»* lem-s miifonnes variés. On leur avait dit qu'une eoltnme échappée à la poiusniti» île Napoléon sVtait
enfuie vers la capitale; à la vue de cette élite des puissantes armées anivées devant leurs murailles, ils comprenaient qu'on les avait trompés. Tout devenait un sujet d'observation : la fomie des casques, dont quelques-uns se rapprochaient de Tantique; les physionomies fortement caractérisées de ces hommes du Nord ; le morceau de linge blanc et les branches de feuillage que les soldats russes portaient sur leur tête, signe de reconnaissance et de ralliement pour éviter des méprises fatales entre des corps qui, la plupart, ne connaissaient pas les uniformes de leurs alliés. On se communiquait des observations sur les médailles d'argent qu'un grand nombre de soldats russes portaient suspendues à un ruban bleu de ciel ; elles servaient à distinguer ceux qui avaient fait la campagne de Moscou : un œil gravé au centre pour figurer le regard de la Pmvidence fixé sur la Russie, le millésime de 1812, et cette inscription pleine d'une foi chrétienne, écrite en langue russe, et traduite ObUgeamment par quelques officiers : (( Ce n'est pas à nous, Seigneur, ce n'est pas à nous que la gloire appartient, mais à ton nom, » faisaient rêver quelques esprits élevés, et consolaient les cœurs attristés en montrant la volonté de Dieu au-dessus des victoires et des défaites qui s'accomplissent sur la terre, mais qui viennent de plus haut.
Pour la première fois depuis des siècles, l'étranger entrait à Paris en vainqueur. Au commencement de notre histoire nationale, sainte (ieneviève avait écarté de ses murailles Attila et ses Huns. Les Anglais et les Espagnols n'y avaient paru, dans nos discordes civiles du quinzième et du seizième siècle , qu'introduits par nous-mêmes comme auxiliaires, non comme conquérants. Cette fois, cette ville, qui avait vu Téchafaud de Louis XVI s'élever, voyait, vingt et un ans plus tard, les Tartares entrer dans ses muniilles. L'empereur de Russie et le roi de Prusse, marchant à la tête de leurs colonnes, suivaient le long du boulevard la voie douloureuse que Louis XVI avait
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suivie pour aller au supplice, et le Czar entrait à la tête de sa garde dans la ville d'où étaient parties les phalanges qui avaient vu tomb«^r dans les ilamnies son Kremlin.
Le défilé des troupes dura quati'e heures. On estima qu'eUes ne s'élevaient pas à niuins de cinquimte mille hommes. Sur leur passiige , les souverains, l'empereur Alexandre surtout, dont Taffabilité attrayante captivait tous les r^ards, furent accueillis par de nombreuses acclamations : Tïre la paix! Vive r empereur Alexandre! Vivent les alliés! C'étaient là les cris les plus nombreux et les plus fréqueiits. Ils exprimaient la sécurité renaissante dans les cœurs des habitants de la grande ville qui avaient appréhendé tous les maux de la gueiTe, et qui, heureux d'y avoir échappé, jouissident du rétablissement de la paix, et cette admiration que les hommes ne refusent guère à la fortune, surtout à une fortune à la fins «'datante et modeste qui use avec modération de sa force et de son succès. Les fennnes se faisaient remarquer par l'ardeur de leurs démonstnitions; le grand parti des mères se déclarait contre Napoléon. Sur phisieui*s points, les cris de : Vivent ks Bourbons! se mêlaient aux acclamations en faveur de la paix : c'était la manifestation royaliste. A mesure que les souverains s'avancèrent vei*s la rue Royale , ces cris dcvinivnt plus vifc, plus intenses, plus fréquents. C'étiiit là qu'était le centre dn mouvement, Plusieui-s milliers de pei'sonnes couvraient le boulevard de la Madeleine et la place Louis XV, en faisant!^ tiMitir les cris de Vivent les Bourbons! quand l'emperear Ah'xandre et Tétat-major débouchèrent sur la place. La Pro- \idence permettait que la race de Louis XVI fût acclamée de nouveau sur le lieu même où Tabbé Edgeworth avait dit : u Fils de saint Louis; montez au ciel! » Plusieurs balcons étaient pavcâsés de drapeaux blancs. Aux fenêtres et sur h pLuuî même, les ftMumes, avec la chaleur de sentiment qui leur est naturelle, se uïiMaiciit i\ cette démonstration; toutes
X s'élevaient ensemble en faisant entendre les mêmes >U8 les bras étaient étendus. Cette démonstration parut Tattention de Tempereur Alexandre, qui s'avança sous irs balcons pour saluer les femmes qui agitaient leurs lOirs en Taccueillant de leurs vivat. M. de Talleyrand, une fenêtre de son hôtel de la rue Saint-Florentin, sui-
mouvement, demanda à M. Michaud l'imprimeur, qui a ce moment auprès de lui, « ce que c'était que cette î; » ce furent ses expressions. L'empereur Alexandre it-major des coalisés, traversant la place Louis XV, se mi aux Champs-Elysées où les troupes étaient venues jer sur deux lignes. Au retour de cette espèce de revue, reur de Russie, et bientôt après lui le roi de Prusse et le de Schwarzenberg entrèrent à l'hôtel de la rue Sainttin. Il était à peu près quatre heures de l'après-midi, [pulsion était donnée; les manifestations continuèrent; )upes de royalistes se répandirent dans Paris. Ici, on liait des proclamations en faveur des Bourbons ; là, on îhait. Chacun mettait dans ces manifestations la réserve mgue de son caractère. Toutes les révolutions ont leurs
tumultueuses. Sur la place Vendôme, la multitude 6 renverser du haut de la colonne la statue de Napoléon. moteur de cette démonstration avait été M. Sosthènes Rochefoucauld ; dans son esprit , il l'a dit depuis , elle être une preuve en action de l'impopularité du goulent impérial, et décider les puissances coalisées à se icer contre lui *. Pour attribuer à cet acte son véritable re, il faut se souvenir qu'il y avait là une grave éventua-
%i le motif que M. le vicomte de la Rociieroucautd donne dans .«os Mé- [>ubHé8 en 1837 : « Que Taudrait-il, dis-je à un des ofTlciers généraux { d'Alexandre, pour déterminer ce prince à reconnailre le roi de France? e peuple le demandât lui-même, et prouvât par quelque acte authenlilYersion pour TuBurpateur. — Le peuple, répondis-je, est glacé de ter- 1 était certain qu'on ne fit Jamais la paix avec ru8uri>aleur, vous verriei
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lité de péril. Napoléon était à Fontainebleau au milieu de sod armée, et les récentes exécutions ordonnées à Troyes dénonçaient les conséquences tragiques de son retour encore possible. Mais, malgré Tentraînement du moment, dont fl est juste de tenir compte, ce fut un triste spectacle que celui de cette multitude à laquelle on faisait des distributions de vin, s'attelant péle-méle avec des chevaux à la longue corde attachée par elle à la statue, et tentant de renverser du haut de son bronze triomphal l'empereur d'airain qui, inébranlable, semblait considérer d'un œil ironique ces efforts impuissants pour le jeter (i bas de son glorieux piédestal. Dans un des groupes, M. de Maubreuil, injure heureusement isolée, portait la croix d'honneur à la queue de son cheval, indigne outrage adressé h un insigne sous lequel tant de nobles cœon avaient battu. Il fallut renoncer le soir à cette œuvre d*ic<h noclaste; la statue ne devait être descendue que quelques jours plus tard par les coalisés. Tout ce qu'on put donner i la passion populaire , ce fut de briser dans les mains de Napoléon une figurine de la Victoire, insulte inutile, devancée par l'arrêt de la Providence , qui , punissant d'en haut, tandis que la muhitude insultait d'en bas, avait brisé dans les mains de Thomme lui-même , le talisman du succès. A faide d\me échelle, placée dans la galerie, au dessus du chapiteau, et qui avait servi à ceux qui avîiient chei*ché à déta-
i^rlator son <^lan : je lui proposoraiit do marcher à la place Vendôme pour abittic la statue de IJonaparte, il n'iM'silrrait pa*. — Tout ««rait i\Md6 par \h, m«dil-0.* Je nie retournai au^*itôl \(t« le piMipJo <pH» je haranguai aviT chaleur. Je fh la foule â'éhranler. el Je inYlanvai ^ui\i de d(>u\ à trois mille personnes (Wmoires du vicomte de la Hur/ujoncaitld, tome I, p. 3 U. M. de la RochefonniM ajoute, apri^s avoir racont<* l'arrivrc ih« la foule Mir la plare Vendôme el lebri» ment des portes d en bas et d'en haut di* la coloune : •< Je savais très-bien i|Mb statue était inipo>sihIe à abattre; au^si, telle n'«'tait \\n> mon intention;... c*élsil une démonstration éner(;ifiue qu'il était n«'ee>saire d ohleiiir; austsi une fbisdsftnée, Je ne uuMal plus mes ellorts à reiu qui redoublaient à chaque inttanl. Jl mo hAtai de quitter cette place. »