LA RUE SAINT-FLORENTIN ET LES AFFAIRES
cher la statue à coups de marteau, un homme monta sur Facrotérium, puis sur les épaules de la statue, fit entendre le cri de Vive le roi! et déploya un drapeau blanc. Ce fut la fin de cette espèce d'émeute; la nuit, qui commençait à tomber, dispersa la foide.
Pendant que les passions politiques s'agitaient ainsi au dehors, les affaires se traitaient dans l'intérieur de l'hôtel de la rue Saint-Florentin. Avant môme l'entrée des armées étrangères à Paris, cette discussion des affaires avait commencé. Entre huit et neuf heures du matin, M. de Nesselrode, chargé des instructions de l'empereur Alexandre, était arrivé chez M. de Talleyrand, et quelques minutes de conversation avaient suffi pour mettre ce dernier au fait des intentions de l'empereur de Russie. 11 ne voulait plus traiter avec Napoléon, et il considérait une régence napoléonienne comme une combinaison impossible, attendu qu'elle préparerait le retour de celui dont la coalition regardait le gouvernement comme imcompatible avec la tranquillité de l'Europe. Tout indique que les vœux du prince de Talleyrand étaient pour ime régence impérialiste. Il avait fait des efforts pour retenir Marie-Louise à Paris, ce qui eût rendu plus difficiles les efforts tentés dans le sens d'une restauration, plus faciles les efforts tentés dans le sens de la régence de l'Impératrice. Les deux principaux motifs de la conduite de ceux qui n'ont ni principes ni convictions, la vanité et l'intérêt, le portaient vers cette combinaison. Grand dignitaire de l'Empire, premier personnage du régime impérial après l'Empereur, à l'aise sous ce régime qui admettait ses précédents révolutionnaires d'évèque marié, il n'avait à désirer, et par conséquent il ne dédirait qu'une chose, la disparition de l'Empereur et l'établissement d'une régence napoléonienne dans laquelle il aurait joué le principal rôle; c'est pour cela qu'il avait combattu, le 29 mars, le départ de Marie-Louise. Il avait contre une restauration de la
maison de Bourbon tout réloignemënt de son incompatibilité avec elle. C'est dans ces dispositions que le trouva le comte de Nesselrode. Mais le prince de Talleji'and ne s'entêtait point contre les faits. C'était un de ces hommes plus attentifs à discerner la pente des courants pour la suivre qm résolu à en remonter les eaux. Quand il vit que Fempereur Alexandre, arbitre de la situation, avait pris son parti, il prit le sien : impassible, insensible et paresseux, il était habitué à chercher sa place dans les choses faites, et il aidait les événements qu'il voyait arriver. Il se mit aussitôt à Tœuvre avec M. de Nesselrode et le duc de Dalberg, qui arrivait du quartier général, et discuta les termes de la procbh niatiun par laquelle les souverains coalisés annonceraient leurs intentions à la France : le secrétaire de M. de Talleyrand, M. Roux-Laborie, tenait la plume. Avant midi, c'est-àdin^ avant Theunî où les armées coalisées franchissaient ks barrières de Paris, cette pièce était rédigée. A midi, Roux- Laborie entrait dans les ateliei^s d'imprimerie de M. Michaud, situés rue Xeuvi»-des-Bûns-Enfants, en tenant une copie delà proclamation écrite de la main du duc de Dalberg*. C'était chose difticih», dans un»^ pareille journée, que de trouver un imprinitnn' dont les ateli(M*s fussent ouverts, plus difhcile encore d'obtenir l'impression d'une pièce de natun* à compromettre gravement, dans le cîis, encon» possible, d'un retour d(» rEuïpercHU', rimprimeur assez hardi pour avoh' prêté pn*sses à la reproduction d'un act(? politique qui frappait de déchéance Napoléon t»t sîi dynastie. Le secrétaire de M- de Tallrjnuid était tombé dans l'officine d'un homme de parti. M, Michaud, dont les presses multipliaient dans ce moment même les exemplaires d'une proclamation de Louis XVHI et
1 . (>A curieux (lélaiU flonl donnés par M. Mi<:liaud lui-mcmc dans la Vie Ai prlncfi deTallevraml. (Biographie univeridle,)