‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 48 sur 213 · LA RUE SAINT-FLORENTIN ET LES AFFAIRES · texte numérisé non relu

LA RUE SAINT-FLORENTIN ET LES AFFAIRES

de celle du prince de Schwarzenberg, n'hésita pas. A deux heures, il porta l'épreuve à M. de Talleyrand, qui la relut avec lui dans l'embrasure d'une croisée ayant vue sur la place Louis XV, où le mouvement royaliste commençait à se dessiner. L'imprimeur n'y avait changé que le titre ; au mot pro^ clamation il avait substitué le mot déclaration^ qui lui parut mieux convenir à la nature et à l'esprit de l'acte. Le prince de Talleyrand approuva cette substitution. La lecture de l'épreuve n'était pas encore achevée^ quand on vint annoncer que M. de Caulainr ourt se présentait, demandant à être introduit auprès de l'empereur Alexandre aussitôt qu'il serait arrivé. Le prince de Talleyrand parut contrarié de cette circonstance; il fit répondre qu'il ne savait pas à quelle heure arriverait le Czar, qui, dans tous les cas, ne recevrait certainement personne dans la soirée. Il ajouta, en se tournant vers l'imprimeur : « J'espère que nous allons marcher vite et que demain , dès le matin, l'affiche géra placardée sur tous les murs de Paris. — J'ai dix afficheurs tout prêts, répliqua l'imprimeur, et la pièce sera placardée ce soir même. » M. de Talleyrand, retenant le zèle qu'il avait stimulé , fit obsei-ver que l'empereur Alexandre n'avait pas encore lu la déclaration; il prescrivit de ne rien publier avant qu'il l'eût approuvée. Ce fut peu de temps après que le Czar entra dans l'hôtel; il était quatre heures de l'aprèsmidi. Le prince de Talleyrand prit l'épreuve des mains de rimprimeur et entra chez l'empereur Alexandre, dans le cabinet disposé pour le recevoir. Un quart d'heure à peine s'était écoulé, quand on rendit l'épreuve à M. Michaud; le Czar avait approuvé la pièce, il l'avait signée en y ^joutant un paragraphe tout favorable à la France ; car, après ce passage : a Les souverains respecteront l'intégrité de l'ancienne France, telle qu'elle existait sous ses rois légitimes, y^ il avait fait écrire ces mots : a Us peuvent même faire plus, car ils professeat toujours le principe que, pour le bonheur de l'Europe, il faut que

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la France soit grande el forte. » M, Michaud, après avoir donné ces détails, ajoute ce qui suit : « J'entendis le monarque russe, dont la voix était très-élevée, dire au prince de Talleyrand, en le congédiant : « C'est une compensation de h « Polosrne et de Tltalie, nous en étions convenus à ChAtillon. » L'imprimeur se retirait, quand le prince de Talleyrand le lit rappeler \xn\v lui prescrire d'apporter avant toute publication cent épreuves, dont Tempereur de Russie avîût besoin pouries envoyer, soit à l'étranger, soit à Dijon, où se trouvait encore l'empereur d'Autriche.

l'ne heure à peu près s'écoula entre le départ de l'imprimeur et son retour. Pendant cette heure, il v eut comme une mise en scène destinée sans doute à préparer le succès de h Déclaration rédigée, adoptée, signée et imprimée avant Toiiverture de la conférence d'où Ton a prétendu qu'elle était sortie. Il semble, d'après le récit d'un des témoins de cette conférence, que le Czar eût mis l'Empire, la régence et h Restauration aux voix dans une réunion politique dont le roi de Finisse, le prince de Schwiirzenberg, le prince de Lichtensieiiii M. de Talh^yrand, h duc dcDiilherg, le comte Pozzo di Borgo, et, vers la fin de la séance, M. de Pradt et le baron Louis ftîsaient partie, et que la décision prise eût été adoptée après une sorte de scrutin. C'est rarement ainsi que les choses se passent en politique; ce ne fut point ainsi qu'elles se passèrent. L'empereur Ah^xandre prit d'abord la résolution; la délibération ofiicielle commime ne la précéda pas, elle la suivit; la teneur même de l'acte indiqua l'initiative personnelle qu'avait eue le Czar dans toute cette afiaire.

La conférence officielle s'ouvrit à cinq heures, dans le grand sidon du premier étage de Thùtel de la rue Saint-Florentin, comme il avait été convenu le matin, avant l'entriH» des troupes. Huit personnes y assistaient : l'empereur Alexandre, k roi de Prusse, le prince de Schwarzenberg, le prince de

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