‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 49 sur 213 · CONSEIL- TENU RUE SAINT-FLORENTIN · texte numérisé non relu

CONSEIL- TENU RUE SAINT-FLORENTIN

Lichtenstein, le comte de Nesselrode, le comte Pozzo di Borgo, le prince de Talleyi'and et le duc de Dalberg.

L'empereur Alexandre ouvrit la délibération en rappelant que Napoléon était venu porter la guerre au fond de ses États. Ce n'était point, ajouta--t-il, pour exercer des représailles qu'il arrivait lui-même avec ses alliés. Puis, continuant à développer les paroles qu'il avait adressées la veille aux députés chargés de traiter de la capitulation : « Nous ne faisons pas la guerre à la France, dit-il, nous n'avons que deux adversaires à c rabattre : Napoléon et tout ennemi de la liberté des Français. » Ici il prit à témoin le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg, représentant de l'Autriche, de la communauté de leurs Mies avec les siennes : « Guillaume et vous, prince, leur dit-il, les sentiments que je viens d'exprimer ne sont-ils pas les vôtres? » Le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg firent de la tête un signe d'assentiment. L'empereur de Russie ajouta quelques mots, et, sans discussion. Ton convint tout d'une voix que la paix avec Napoléon était impossible. La seconde question se présentait naturellement : Était-il possible d'obtenir d'une régence napoléonienne les sûretés nécessaires? Le duc de Dalberg, remplissant sans doute un rôle convenu , plaida la cause de Marie-Louise et du roi de Rome. L'empereur de Russie, immobile, froid et contraint, récoutait»sans faveur. Le prince de Talleyrand attachait des regards distraits au tapis. Le comte Pozzo di Borgo combattit vivement l'opinion du duc deDalberg. Les regards de ceux qui n^étaient pas dans le secret épiaient la pensée de l'empereur Alexandre; elle était évidemment contraire à la régence. Cette combinaison fut écartée.

Le prince de Talleyrand prit alors la parole. La question se trouvait résolue par le rejet des deux premières combinaisons. L'Empereur et la régence écartés , il n'y avait de possible que les Bourbons. Le prince de Talleyrand proposa leur retour, en

disant que c'était la seule solution réalisable, la seule désirée. Le prince de Lichtcnstein contesta la second^ assertion. 11 a£Eimu que les coidisés n'avaient nulle part entendu exprimer unirœu de cette nature dans la partie du territoire qu'ils avaieot travei-sée. Dans Tarniée, les soldats avaient montré pour la cause de l'empereur Napoléon le plus grand dévouement. Alexandre rappela, h Tappui de cette obser\'ation, que, peu de jours auparavant , au combat de la Fère-Champenoise , des conscrits, arrachés la veille à leurs foyers, s'étaient^ fait tuer aux cris de Vive r Empereur! yi. de TiUleyrand proposa aloi's de considter deux des honmies qui, selon lui, connaissaient le mieux l'étol de Topinion en France, MM. de Pradt et Louis. Us se tenaient dans une pièce voisine. M. de Talleyrand, dont la propoâtioo fut asrréée, les lit entrer dans la chambre du conseil. A leur entrée, tous les assistants étaient ainsi rangés : du côté droit, le roi de Prusse et le prince de Schwar/^enberg étaient les phu rappruchés du guéridon placé au milieu de Tappailemeut. Le duc de Dalberg était à la droite du prince de Schwarzenbeig; les couites de Nesselrode et Pozzo di Borgo et le prince de Lichtt'ustc^in venaient ensuite. Le prince de TiUleyrand était à la gauche du ri»i de Prusse. MM. de Pnidt et Louis prirent place auprès de lui. L'empereur Alexandre, qui faisait face à la réuniiai, se promenait de long en large. 11 interrogea les deux nouveaux veiuis. « Nous sommes tous royalistes, toute h Frauct» est royaliste, » s'écria le fougueux archevêque de Malines. Le biiron Louis répéta et contirma vivement ces paroles; puis il ajouta brutalement : a La France rt»pousse Bonaparte, elle n'en \eut plus; cet homme n'est plus qu'un cadavre; seulement il ne pue pas encore. »

Aucune objection ne s'éleva. L'empereur Alexandre seul, pour acquitter la promesse faite deux ans auparavant au prince royjil de Suède, dans la conférence d'Abo, lit observer que toutes les combinaisons n'étaient pas épuisées, et murmura

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