CONSEIL TENU RUE SAINT*FLORENTIN
le nom de Bernadotte, mais d'une voix si basse qu'il semblait craindre lui-même de s'entendre et d'être entendu. M. de Talleyrand qui, avec son esprit net et sans passion, voyait d'une manière plus claire, à mesure que la discussion marchait, les Bourbons sortir des entrailles de la situation par l'invincible ascendant de la force des choses, ferma la délibération par quelques-unes de ces phrases fatidiques qu'il trouvait dans les grandes circonstances, et que, dans celle-ci, il avait eu le temps de préparer : « Sire, dit-il à l'empereur de Russie, il n'y a .que deux choses possibles : Napoléon ou Louis XVIII. Oui prétendrait-on nous donner à la place de l'Empereur? Un soldat? Nous n'en voulons plus. Si nous en désirions un, nous garderions celui que nous avons : c'est le premier soldat du monde ; après lui, il n'en est pas un autre qui puisse réunir dix hommes à sa suite. Napoléon écarté, il n'y a que Louis XVIII possible, parce que Louis XVIII est un principe, et qu'il faut un principe pour base au nouveau gouvernement. »
Le propre de l'évidence est de frapper tous les yeux et de ne pas laisser place aux objections. De même qu'elle était appanie au Czar avant la conférence, elle apparaissait successivement à tous les hommes qui en faisaient partie. Alexandre, qui prenait toujoui's l'initiative, déclara qu'il était décidé à ne pas traiter avec Napoléon, mais il ajouta que ce n'était pas aux étrangers à l'exclure du trône. « Nous pouvons encore moins, ajouta-t-il, y appeler les Bourbons. Qui se chargera de prendre l'initiative de ces deux mesures? — Les autorités constituées, rqpritM. de Talleyrand après un moment de silence; je me fais fort d'obtenir le concours du Sénat. »
Ces paroles fermaient naturellement la conférence. Cependant, avant que les assistants se séparassent, M. de Talleyrand demanda qu'un procès-verbal des décisions prises fût dressé sous forme de déclaration, afin de fixer les principes sur lesquels on était tombé d'accord, et qui devaient désormais servir
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de règle à la conduite des puissances coalisées. Ce fut pour lui une occasion de produii'e la déclaration écrite dès le matin, d qu'il présenta comme le résumé de la discussion :
DKCLARATION.
« Les armées des puissances alliées ont occapé la capitale de laFranoe^ Les souverains alliés accueillent le Tœu de la nation française ; ils dé* clarent :
« Que si les conditions de la paix devaient renfermer de plus fortei garanties lorsqu'il s'agissait d'enchaîner Tambition de Bonapaiie , dlv doivent cMre plus favorables lorsque , par un retour vers un gouveiwment sage , la France elle-même offrira Tassurancc du repos. Les soifB* rains proclament en conséquence :
« Qu'ils ne traiteront plus avec Napoléon Bonaparte ni aucuu meabif de sa famille ;
« Qu'ils respectent l'intégrité de l'ancienne France, telle qu'elle i existé sous ses rois légitimes ; ils peuvent même faire plus , car iispit* fesseront toujours le principe que , pour le bonheur de l'Europe , il M que la France soit grande et forte. Us reconnaîtront et garautiront la eoastitution que la nation française se donnera. Ils invitent , par conséqueifc le Sénat à désigner, sur-le-champ , un gouvernement provisoire ^ puisse pourvoir aux besoins de l'administration , et préparer la coHtîtution qui conviendra au peuple français.
« Les intentions que je viens d'exprimer me sont communes avec touMl les puissances alliées.
«< Alexaxdke. •
Quand cette déclaration eut été lue et adoptée, le prince de Talleyrand en demanda la publication immédiate. L*empereiv Alexandre, après avoir consulté d'un regai'd le roi de Proeee et le prince de Schwarzcuberg, accéda aussitôt à ce vœu. Dans ce moment même, il ét<iit six heures, Timprimeur I^iichaiid entrait avec un paquet d'afliches. « Lo prince de Talle\Tand fe saisit brusquement, continue celui-ci, il le porta dans le cabinet (»ù Alexandre s'étiut de nouveau retiré avec son ministre,