‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 65 sur 213 · LES TROUPES DE MARMONT A VERSAILLES. 4R · texte numérisé non relu

LES TROUPES DE MARMONT A VERSAILLES. 4R

ment au milieu des ténèbres, sans rencontrer aucun obstacle; seulement, de temps à autre, des rumeurs confuses arri- Taient aux oreilles de nos troupes et leur donnaient à penser. Elles étaient à la hauteur de Petit-Bourg, quand le jour commença à poindre. Alors elles virent la route bordée des deux eôtés par les Russes qui , avertis par les lieutenants de Marmont, avaient ouvert leurs rangs pour laisser passer les troupes françaises, et qui leur rendaient les honneurs militaires, suiirant les termes de la convention signée entre le duc de Raguse et le prince de Schwarzenberg. Le gros des forces de Marmout était engagé au milieu des masses de Tannée coalisée. Les troupes, à qui la gravité de leur action apparaissait, continuaient leur route, mornes, sombres, et à la fois irritées etafiligées. A la Belle-Épine , elles quittèrent la route de Paris pour prendre celle de Versailles. L'arrière-garde, formée de partisans et commandée par le général Chastel, n'étant point encore engagée dans les lignes russes au moment du lever du soleil, rétrograda vivement à leur vue , revint à Essonne et mit le pont eu état de défense. La division du général Lucotte , qui occupait Corbeil , avait reçu Tordre de suivre le mouvement du sixième corps ; elle ne bougea pas , et le général Lucotte annonça , dans un ordre du jour, que, chargé d'occuper Corbeil , il restait fidèle à son poste avec ses soldats. Ce furent, avec les partisans du général Chastel , les seules troupes du sixième corps qui conservèrent leur position.

Quand les régiments de ce corps furent arrivés à Versailles, leur mécontentement se traduisit bientôt en clameurs et en mutineries. Les bruits de trahison circulaient; on avait voulu, disait-on , livrer les troupes du sixième corps pour les faire désarmer. Les soldats se rassemblèrent tumultueusement eu groupes où Ton parlait d'aller rejoindi*e TEmpereur. Pendant que ces scènes se passaient sur les places et dans les rues de Versailles , les colonels s'étaient réunis chez un d'entre eux , le

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colonel Ordener, qui les avait convoqués pour aviser au parti à prendre dans cette situation critique. Il fut convenu que Ton conduirait les troupes à Rambouillet, et, de là, à Foutaiuebleau ; le commandement fut déféré au colonel Ordener par ses camarades, et Ton se mit en marche, cavalerie, infanterie, artillerie. L'anarchie descendait de proche en proche. Les colonels cessaient d'obéir aux généraux , comme les généraux au maréchal, leur commandant en chef, comme celui-d i TEmpereur, dont il tenait son commandement. C'était comiiie une dissolution génénde de l'Empire, dont les symptômes éclataient partout.

Ces déUbératioiis , ces tumultes militaires avaient rem[di les premières heures de la journée du 5 avril. Un exprès vint à Paris avertir Marmont de ce qui se passait à Versailles. H se jeta dans une voiture et courut , en toute hâte, à la poursuite de son corps d'armée. Au point où en étaient les choses, la résolution désespérée du sixième corps ne pouvait rien sanver, elle ne pouvait qu'amener des malheurs, prolonger inutilement l'effusion du sang, et aggraver la situation de rarmée et celle de la France. Marmont atteignit ses troupes à deux lieues de Versailles seulement , au hameau de Trappes. Il marcha droit à Ordener, lui reprocha l'usurpation de couunuH dément qu'il avait commise , et le menaça de le faire arrêter et traduire devant un conseil de guerre. Ordener exaspéré hn répondit avec violence sans ménager les expressions de dltfiertion et de ira/tison , et le mit au défi d'exécuter sa menace et de trouver dans l'armée un seul homme qui voulût s'en iaire l'instrument. Le maréchal et le colonel étaient face à face , h menace à la bouche, pleins de la passion qui les animait : Marmont invoquait les lois de la hiérarchie méconnues, les droits du commandement >ii»lés, la dignité du gi*ade foulée aux pieds; Ordener le principe de la fidélité miUtaire de Tannée à l'Empereur, et le dt^Noir tjui Tobli^eait à g;irder le poste confié

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