‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 66 sur 213 · MARMONT DEVANT SON CORPS D* ARMEE · texte numérisé non relu

MARMONT DEVANT SON CORPS D* ARMEE

à SOD courage. Les soldats débandés faisaient cercle autour des deux interlocuteurs , et les écoutaient avec une attention passionnée, passant rapidement d'un sentiment à l'autre, ▼ivement remués par ces paroles ardentes, mais quelque temps irrésolus. C'était une de ces scènes dont l'histoire de l'empire romain est remplie, quand les légions, entre une déchéance et un avènement , tour à tour haranguées par les chefs des partis contraires , éclataient en rumeurs confuses , mêlant les acclamations aux murmures , et balançant sur la résolution à prendre.

Enfin Marmont, s'animant au bruit de ses paroles, fit un effort désespéré pour reconquérir l'obéissance de son armée. Il attesta ses vieux services , montra ses blessures , rappela les derniers combats dans lesquels , sous les murs de Paris , il avait prodigué sa vie. Il demanda si c'était bien lui qu'on pou- Tait soupçonner de trahir les intérêts de l'armée. « Le sixième corps , s'écria-t-il , n'a quitté Essonne que pour hâter la paix, elle va être conclue , croyez-en la parole de votre général : obéissez-lui, et tout sera oublié. Votre honneur, n'est-ce pas mon honneur? Votre vie, c'est ma vie. » Les soldats subjugués par cette parole , cet accent, ce geste , par ces souvenirs invoqués , et aussi sans doute par cette nécessité de la paix et cette impossibilité de la guerre qui se révélaient peu à peu à tous les yeux, abandonnèrent Ordener et obéirent au maréchal. Ils quittèrent la route de Rambouillet pour prendre, sous la conduite de leurs généraux , la route de Mantes , où des cantonnements leur étaient assignés. Maimont revint le 5 avril au soir à Paris , et fut reçu avec acclamation à l'hôtel de la rue Saint-Florentin par les personnes qui rempUssaient les salons du gouvernement provisoire. Le bruit de cette sédition militaire avait fait craindre de nouvelles complications de la part de l'armée. Le parti de la paix était heureux de les voir dénouées , et chacun allait féliciter le maréchal qui, par son au-

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ilace et sa résolution , venait d'écarter une pierre d'achoppement du chemin où Ton marchait *.

Tandis que ces événements se passaient à Versailles et à l\uris , les plénipotentiaires de Napoléon retournaient à Foulainebloau pow lui apprendre que Tabdication conditionndle no suftisiût plus et qu*on attendait de lui une abdication ûh >kAx\k\ Les nou\ollos d'Essonne et de Paris les avaient devaneii. l.o vixniéral ChastoU en se repliant sur le pont d*Essonne, daw Li uiatinéo du 5 avril , avait envoyé un officier d'état-nugv ^HHU* prvvouir TEmpereur du mouvement opéré par le siiièiM oor|^. IVu d*iust;uits auparavant il avait l'eçu par un expcèB do CHulaiiu\»urt uuo copie de la convention du duc de RagVN a\tv le prince de Sohw;u7enberg.

l.oi^^pic NapoUvn apprit ces nouvelles, il essaya d*abordde iloutoi* lie lour ovaotitude. Puis son regard devint fixe, il se tut « > assit . et se li\ra au\ pensées les plus sombres. Les de^ lùi'ivs lueurs d*ospénuice s'évanouissaient. Il préparait, d^oii la >oillo , une réponse aux considérants de Tacte de déchéance \oto |KU* lo Sénat, il voulut y ajouter une note de blAme pov le inaivolud Manuout et les événements d*Essonne, et avant h tin do la journée , Tordre du jour suivant était lu à la tête de tous les régiments. Il portait pour suscription : Ordre dujmm <i r armée . Fontainebleau, le Ji avril 1814.

« L'Hnipcrcur remercie rarraéc pour rattacheoiciit qu'elle lui témoîgpe et principalement parce qu'elle reconnaît que la France est eu lai et Mi ims dans le peuple de la capitale. Le soldat suit la fortune et l'infortHe de son général , sou honneur et sa religion. Le duc de Raguse ii*a poial inspiré ce sentiment à ses compagnons d'armes ; il a passé aux allMti

I. Uonrrirnnti , présent à celle scène, raconte atn«i l'ovation qui accueillit h iluc do Raguw à son entrée dand le salon du prince de Tallejrand : • Quinaeal ^* tout passés, et il me semble assister encore à cette scène. Tout la M«ll Uni do dtncr; il se mit seul à table devant un petit guéridon placé au «Iv U Mlle et sur lequel on le senit. Cliacun de nous allait causer avec lui ft k • <iiu|iliuiouter: il ftil le iiéros de celte journée.

ORDRE DU JOUR DE L*EMPEREUR A l' ARMÉE. 494

L'Empeieor ne peut approuTer la condition sous laquelle il a fait cette démarche; il ne peut accepter la tîc et la liberté de la main d*nn aiyet. « Le Sénat s'est permis de disposer du gouTemement français; il a cmblié qu'il doit à l'Empereur le pouvoir dont il abuse maintenant, que c'est l'Empereur qui a sauvé une partie de ses membres des orages de la réfolution, tiré de Tobscurité et protégé l'antre contre la haine de la nation. Le Sénat se fonde sur les articles de la Constitution pour le reu- Terser. Il ne rougit pas de faire des reproches à TEmpereur, sans remarquer que, comme premier corps de l'État, il a pris part à tous les événemeots. 11 est allé si loin qu'il a osé. accuser l'Empereur d'avoir changé les actes dans leur publication. Le monde sait qu'il n'avait pas besoin de tels artifices. Un signe était un ordre pour le Sénat, qui toujours fiûsait plus qu'on ne désirait de lui. L*Empereur a toujours été accessible aux remontrances de ses ministres, et il attendait d'eux la justification la plus indéfinie des mesures qu'il avait prises. Si l'enthousiasme s'est mêlé dans les adresses et les discours publics , alors TËnipereur a été trompé , mais eeux qui ont teuu ce langage doivent s*attribuer à eux-mêmes les suites de leurs flatteries. Le Sénat ne rougit pas de parler de libelles publiés oontre les gouvernements étrangers, il oublie qu'ils furent rédigés dans son sein. Si longtemps que la fortune s'est montrée fidèle à leur souverain, ces hommes sont restés fidùlcs et nulle plainte n'a été entendue sur les abus de pouvoir. Si TEmpereur a méprisé les hommes, comme on le lai a reproché , alors le monde reconnaîtrait aujourd'hui qu'il a eu des raisons qui motivaient son mépris. 11 tenait sa dignité de Dieu et de la nation, eux seuls pouvaient l'en priver; il l'a toujours considérée comme un fardeau, et lorsqu'il l'accepta, ce fut dans la conviction que lui seul était à même de la porter dignement , le bonheur de la France paraissant être dans la destinée de l'Empereur; aujourd'hui que la fortune s'est décidée contre lui , la volonté de la nation seule pourrait le persuader de rester plus longtemps sur le trône. S'il se doit considérer comme le seul obstacle à la paix , il fait volontiers ce dernier sacrifice à la France. Il a envoyé en conséquence le prince de la Moskowa et les ducs de Vicence et de Tarente à Paris pour entamer la négociation. L'armée peut être certaine que jamais l'honneur de l'Empereur ne sera en contradiction avec le bonheur de la France. »

Ainsi le pouvoir absolu et la servitude s'entr'accusaient tous deux justement. La complicité des instruments n'amnistie |»as plus, en effet, les torts du maître , que Tinjustice impérieuse du maître n'excuse la coupable complaisance des însti-uments. Le manifeste sénatorial qui sert de considérant

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